Promenade de Bibliophile: l’exposition organisée par la bibliothèque Mazarine à Paris, “un succès de librairie européen, l’Imitatio Christi, 1470-1850″

Amis Bibliophiles bonjour,

Vendredi 6 juillet, l’exposition organisée par la bibliothèque Mazarine à Paris, “un succès de librairie européen, l’Imitatio Christi, 1470-1850″, a fermé ses portes. 

À chaque fois que je pénètre dans l’ancien collège des Quatre-Nations j’éprouve les mêmes sentiments de calme, d’harmonie et de jubilation. Il faut franchir la passerelle des Arts et s’émerveiller des vues incomparables sur Paris, entrer dans la cour de l’Institut, monter à gauche cet escalier en colimaçon, et péristyle orné de bustes, puis pénétrer dans la bibliothèque elle même.  L’exposition se tient, tout au bout de l’immense salle en retour couverte de livres jusqu’au ciel, autour du globe céleste, un peu après les deux girafes, la grande et la petite. Dans une atmosphère feutrée où la pendule égrène ses quarts d’heure et le parquet ses craquements assourdis, emplie des odeurs de cire et de papier, à l’abri de la touffeur et des clameurs de la ville, vous contemplez, seul au monde, la quarantaine de livres présentée.
L’exposition est née de la publication de l’ouvrage dirigée par Martine Delaveau et Yann Sordet, “Edition et diffusion de l’Imitation de Jésus-Christ (1470-1800), études et catalogue collectif”. Cette oeuvre monumentale (514 pp) recense 932 éditions sur la période considérée. Ce nombre explique à lui seul, le retentissement de ce livre dans l’histoire de l’imprimerie et des idées.
“L’Imitation de Jésus-Christ” est née de la réunion de quatre traités dont le plus ancien manuscrit date de 1427. Son auteur le moins contestable reste le chanoine Thomas Hemerken dit de Kempis. Nous devons son identification, entre autres, aux travaux de Gabriel Naudé bibliothécaire de Mazarin qui étudia la question de l’attribution et écarta les prétendants, Giovanni Gersen et Jean Gerson.
L’exposition commence, bien sûr pour une oeuvre née avant l’imprimerie, par la présentation de deux manuscrits. Cependant la première édition,  sortie de la Réserve de la BSG, provient des presses de Gunther Zainer à Augsburg en 1470 au plus tard, soit du vivant de l’auteur.  Il faut attendre 1488 pour voir la première édition française imprimée à Toulouse chez Heinrich Mayer ornée d’un bois gravé à pleine page.
Le bibliophile s’attarde sur l’édition archaïsante de la veuve Kerver, Yolande Bonhomme de 1554, “Eternelle consolation” qui passe pour une édition vernaculaire de l’Imitatio. Ce livre est présent dans la plupart des grandes collections des amateurs français de l’ancien régime tels que Henri d’Hoym, le marquis de Paulmy, Girardot de Préfons, ou Etienne-Charles de Loménie de Brienne. L’exemplaire présenté est un rare exemple de reliure “en trompe l’oeil” (j’y reviens tout à l’heure).
Parmi les versions exposées je note l’édition Plantin-Moretus de 1599, in-18 ornée d’un cuivre, établie sur un manuscrit autographe de 1441, l’exemplaire personnel et annoté de Naudé, qui juge “fautive” l’attribution à Ionnis Gessen par cette édition romaine de 1616, l’édition royale in-folio de 1640, qui inaugure l’Imprimerie Royale, ornée du frontispice gravé d’après Stella et recouvert d’un maroquin rouge issu peut-être de “l’atelier du Louvre”, l’édition en caractères de civilité de Pierre Moreau à Paris en 1643, des éditions en arménien, en arabe et même en breton à Quimper en 1743 (par un ancêtre du Textor? NDLA). Enfin pour clore cette présentation et sortir de ses limites temporelles, Les Imitation de Léon Curmer de 1836 et 1856, monumentales productions historicistes et éclectiques ornées de reliures de velours couvert de plaques de chêne sculptées  des ateliers Gruel.

Le catalogue de cette exposition est sur chaque livre fort passionnant, in-4 cartonné de 198 pages, co-produit par les Editions des Cendres et la Bibliothèque Mazarine, il vous en coûtera 32 euros.
LauverjatP.S.: ayant beaucoup voyagé ces derniers temps, je n’ai pu hélas poster ce message avant, et maintenat l’exposition est fermée. Mince… Ruez-vous sur le catalogue!

La lettre du bibliophile

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Raynal et l' »Histoire des deux Indes »

Raynal et l' »Histoire des deux Indes »

L’Histoire philosophique et politique des Établissemens et du Commerce des Européens dans les Deux Indes (Orientales et Occidentales) est l’un des livres phares de l’anticolonialisme. Ce fût notamment l’un des ouvrages de référence de Toussaint Louverture, le leader de la révolution de Saint-Domingue/Haïti à partir de 1791.

Parue une première fois à Amsterdam en 1770, mais sans nom d’auteur, « L’Histoire des deux Indes » ne fût définitivement attribuée à Raynal qu’en 1775, lorsqu’il en admît implicitement la paternité en faisant ajouter son portrait en frontispice.

Après cette première parution à Amsterdam, l’ouvrage fût interdit en 1772, publiée à nouveau en 1774 mise immédiatement à l’index en par le clergé. L’édition de 1780, la plus virulente, est brûlée en place publique par le bourreau… ce qui assurera immédiatement son succès et sera à l’origine de la vingtaine d’éditions et de la cinquantaine de contrefaçons qui suivirent. Ces retirages sont également source d’une recherche importante afin de mesurer les évolutions du texte d’édition en édition.

Si le contenu de l’ouvrage est aujourd’hui reconnu comme capital et d’une grande qualité (malgré des disparités importantes), ce n’est forcément le cas de Raynal lui-même.

En effet, après de longues études chez les jésuites, et la prêtrise, plus par désir de promotion sociale que par véritable vocation, Raynal est nommé à l’église Saint-Sulpice de Paris où il est rapidement connu pour ses agissements souvent déontologiques : simonie, inhumation de protestants qu’il fît passer pour catholique contre paiement, facturation de messes, etc. Il quitte alors Saint-Sulpice et entame une carrière dans les salons de l’époque où il croise la plupart des Lumières, étant tour à tour éditeur, imprimeur, etc… et finalement directeur du Mercure de France en 1750.

La parution de 1780 de L’Histoire des Deux Indes le condamne à l’exil. Il ne reviendra qu’après la Révolution, échappant d’assez peu à la guillotine.

Au delà des messes monnayées, l’autre reproche souvent fait à Raynal est de ne pas avoir toujours facilement reconnu que son oeuvre majeure, l’Histoire des Deux Indes était en quelque sorte le copier/coller de textes de lui, certes, mais aussi de Diderot (les meilleures pages), d’Holbach ou Naigeon.

Reste que l’ouvrage est une oeuvre majeure et se doit de faire partie de toute bonne bibliothèque sur les voyages. C’est l’une des premières fois en effet que sera dénoncée, parfois violemment, l’esclavage et l’exploitation des colonies.

Les éditions sont nombreuses et souvent de bonne qualité, elles peuvent comprendre un Atlas. L’édition de 1780, parce que « finale », est le plus souvent considérée comme la meilleure.

C’est un ouvrage que j’affectionne particulièrement… et que Philippe connaît sans doute mieux que moi.

Quelques nouvelles du blog : des connectés exotiques aujourd’hui, originaires d’Hawaï, Hyderhabad, Québec! Une nouvelle maquette, que j’espère plus lisible. Un deuxième petit sondage.H
Ouvrage présenté : une édition de 1775, en format in-4, de cet ouvrage.

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