La restauration d’une Coiffe

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose de retrouver les conseils avisés et quasi professionnels d’Eric en matière de restauration de reliure, avec ce soir, la question de la restauration des coiffes (après les coins et les mors).

Je lui cède la parole:

Avant toute chose, notez bien que plus encore que les autres opérations, celle-ci est délicate et je vous encourage donc fortement à vous entrainer sur des ouvrages de faible valeur.
La coiffe avant restauration
La coiffe après restauration
Restauration d’une coiffe :

Etape 1 : Recollage du cuir
Application d’Elasta N entre le cuir et le dos, puis serrage avec une sangle
Cuir décollé
Cuir recollé

– Etape 2 : Comblage des trous et démarcation du cuir ancien

A l’aide de pelure de cuir, je comble toutes les démarcations que l’on sent en passant le doigt. On ne doit rien plus rien sentir.
Petits comblages effectués

– Etape 3 : Réalisation de la tranchefile

Analyse de la tranchefile existante (si existante, sinon réalisation d’une tranchefile classique)

Tranchefile existante (sur l’autre coiffe)

Zut, il s’agit d’une tranchefile papier sur ficelle de chanvre. Vous allez échapper à l’explication de la confection d’une tranchefile brodée, mais si j’avais effectué cette analyse plus tôt, j’aurais pu coller de suite la tranchefile papier en même temps que le vieux cuir.

Je conserve tout è j’ai donc utilisé une bandelette de papier 18° pour réaliser la tranchefile
Tranchefile papier sur ficelle de chanvre
Collage de la tranchefile et vieillissement à la terre pourrie. Nouvelle tranchefile

Etape 5 : Elagage du cuir ancien (âmes sensibles, passer directement à l’étape suivante !)

On coupe, dans l’épaisseur du cuir. L’opération est délicate, amateurs s’abstenir. En effet, au dos, la lame du scalpel passe sous la dorure :

Elagage du cuir

Etape 6 : Préparation de la pièce de cuir

Découpe d’une pièce de cuir, puis parure. L’opération est là aussi délicate. En effet, il faut être plus fin qu’une feuille de papier au bord et conserver suffisamment d’épaisseur à l’endroit du bourrelet qui constituera la nouvelle coiffe.
Pièce de cuir parée

Etape 7 : Positionnement des « pattes » et incrustation du cuir

Le positionnement est là aussi délicat. Pour ce qui est de l’incrustation, même procédé que pour un mors. Désolé, j’ai oublié de prendre la photo de cette étape è je vous en propose donc une avec un autre livre
Dos incrusté

Etape 8 : Réalisation de la coiffe

Je vous montre juste le résultat final.

Vérification de la bonne ouverture et fermeture du livre.

Une seule précision pour les relieurs qui veulent se lancer de la restauration : de grâce ne faites pas d’« oreilles » à vos coiffes sur un livre ancien, cela ne se faisait pas à l’époque !
Coiffe restaurée, avant estompage

Etape 9 : Estompage de la restauration (dépend fortement de la nature du cuir)

Vieillissement et reprise de teinte pour retrouver le fond du cuir ancien et ajout de petites taches noires pour retrouver la tonalité exacte

Et voilà le résultat final :

Coiffe restaurée, coté droit

Allez je vous remets un avant/après :

AVANT :
Coiffe avant restauration, côté gauche

APRES :
Coiffe après restauration, côté gauche

Et pour finir, le livre, prêt à être consulté par son propriétaire :

Coiffe après restauration, de face

Pour toute question sur la restauration de livres anciens, vous pouvez me contacter à restauration@z1k.com .

Je réponds maintenant à celles que l’on me pose le plus souvent : combien ça coûte ???

Cela dépend bien sûr du livre, mais en gros 70 euros. Combien de temps cela prend ?

Une à deux demi-journée selon l’habileté du praticien!

Eric.
Bravo Maestro! H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

La Reliure à Plaque / Dubuisson

La Reliure à Plaque / Dubuisson

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Après la dentelle et la reliure Aldine, abordons aujourd’hui la reliure à plaque (ou « à la plaque »), et par extension, les reliures exécutées par Dubuisson, l’un des grands relieurs du 18ème siècle.

La reliure à plaque se réalise en appliquant une plaque métallique sur le plat d’une reliure pour y « imprimer » son empreinte. La plaque est alors le décor obtenu, et la reliure à plaque, la reliure dont les plats présentent ces plaques. Elle se distinguent des reliures à la dentelle, qui utilisent le plus souvent des petits fers, poussés à la main par le relieur.
Les plaques sont apparues dès le 15ème siècle, mais c’est Dubuisson qui va réellement leur donner leurs lettres de noblesse au 18ème siècle. En effet, Pierre-Paul Dubuisson, qui sera relieur du Roi à partir de 1758, va créer une vingtaine de plaques décoratives, qu’il apposera ensuite sur de nombreuses reliures de la seconde partie du 18ème siècle.

Ces plaques sont particulièrement élégantes et fines et elles laissent le plus souvent libre le centre des plats, pour permettre d’y frapper les armes de leur propriétaire éventuel. La plupart des plaques connues et attribuées à Dubuisson étaient destinées à des formats in-8 ou in-12. Pour des reliures de grande taille, le relieur pouvait raccorder des plaques de tailles différentes pour créer des décors à l’échelle.
Dubuisson est mort en 1762, ce qui a donné lieu à des débats pour lui attribuer telle ou telle plaque. Si vous souhaitez plus d’informations, ou si vous souhaitez identifier l’une de vos reliures afin de savoir si la plaque est bien de Dubuisson, vous pouvez vous rapporter à deux ouvrages :

1. Les travaux d’Edouard Rahir, dans son catalogue « Livres dans de riches reliures », Paris, 1910.
2. Le Manuel de Bibliophilie de Christian Galantaris, Editions des cendres, dans lequel Monsieur Galantaris a complété les travaux de Rahir et présente une vingtaine de plaques attribués à Dubuisson.
Bien sûr, il existe aussi des reliures à plaque du 18ème qui ne sont pas l’oeuvre de Dubuisson, attribuables à Padeloup par exemple.

Vous allez me demander comment on attribue une plaque à un relieur, alors que les relieurs du 18ème signaient très rarement leurs oeuvres. Il y a plusieurs solutions, mais la plus simple est que Dubuisson en a malgré tout signé quelques unes. Ainsi, sur un Almanach Royal de 1752, avec une reliure à plaque, on a pu retrouver l’étiquette suivante : « Du Buisson le Fils relieur doreur […] Fait en or les armes de toutes les têtes couronnées, princes, princesses, prélats, grands officiers de la couronne et de la maison du Roi« .

Si vous avez une plaque à identifier, n’hésitez pas à m’envoyer une image, je ferais de mon mieux pour vous aider.

H

13 Commentaires

  1. Bonjour Jean,
    il n'y a pas de secret, ou en tout cas il ne devrait pas y en avoir : utilisation de copeaux de parure que je colle avec de l'elasta N ou de la colle de pâte.
    Les copeaux foncent ==> les prendre un peu plus clairs.
    Plus les copeaux minces et filandreux, mieux c'est.
    Eric

  2. Bravo, belle restauration.
    Pouvez vous trahir un secret : quel mélange faîtes vous pour reconstruire le cuir manquant ?
    Pelure de cuir avec quoi ? colle ? résine ?
    J'aimerais bien essayer votre technique mais il me manque cette info.
    En tout cas bravo

  3. Beau travail Eric! Je n’ai pas ta patience; aussi je fait faire mes restaurations par un professionnel. La restauration complète (coiffes, mors,coins et dorure) revient à plus de 200 euros, avec 6 mois de délai.Mais ça en vaut la peine.

  4. Du très beau travail, Eric.
    Cet ouvrage n’attend plus que de retrouver les ors de sa tomaison pour être parfait. Non? ne me dites pas que vous savez aussi faire cela ? J’enrage de jalousie.
    Cordialement. Pierre

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