Quand la reliure faisait la Une des journaux ou une reliure aux armes de Catherine de Médicis dénichée en brocante… O tempora, o mores

Amis Bibliophiles bonjour,
Il faut avouer qu’on ne croise pas tous les jours une reliure aux armes de Catherine de Médicis, même au Grand Palais. Aussi quand mon oeil endormi se posa sur l’étal de cette brocante, je franchis en un temps record les quelques mètres qui me séparaien du stand. Mon jour était venu, effacé le Lycosthènes de Montaigne, oublié le tome de la Bible de Gutenberg retrouvé dans un presbytère, à moi la gloire, ou au moins la joie de dénicher ce petit trésor… dont je devinais qu’il était de format in-folio.

Las, plus je m’approchais, plus la joie s’estompait. Ce que j’avais déniché était en fait le numéro de Noêl 1929 de l’Illustration (L’Illustration est un magazine hebdomadaire français publié de 1843 à 1944. Il connut 5 293 numéros, soit 180 000 pages environ), dont une partie est consacrée aux « Belles reliures de la Bibliothèque Nationale ». Je fis contre mauvaise fortune bon coeur et m’acquittais le coeur léger de la modique somme demandée, aussi bien pour ne pas rentrer bredouille (ce qui est l’habitude du bibliophile en brocante, vous le savez tous) que pour me plonger avec délice dans l’article proposé par Emile Dacier (1876 – 1952, archiviste paléographe, conservateur adjoint à la bibliothèque nationale, inspecteur général des bibliothèques et des archives; Secrétaire de rédaction de la « Revue de l’art ancien et moderne).

Celui-ci nous invite à découvrir cet « art mineur » qu’est la reliure au travers d’une douzaine de reliures anciennes conservées dans la Réserve de la Bibliothèque Nationale, d’un superbe évangéliaire de Metz (or, ivoire, pierres précieuses et émaux cloisonnés) aux reliures aux armes du XVIIIème siècle. 

Ce qui frappe, en dehors de l’évidente qualité des reliures présentées, qui ne surprendra personne, c’est la beauté des planches proposées par l’Illustration qui méritait parfaitement son nom. 

Dacier conclue par ses mots: « Et puis, qui sait? D’avoir admiré tant de chefs-d’oeuvre, peut-être un visiteur, jusqu’alors insoucieux de ces choses, sera-t-il touché par la grâce, c’est-à-dire frappé de respect pour les vieilles reliures – pour toutes les vieilles reliures, fussent-elles simplement revêtues d’un humble veau fauve et tout juste relevées d’un filet d’or sur leurs plats, comme celles que l’on s’avise aujourd’hui de transformer en bonbonnnières, après avoir éventré le livre qu’elles protégeaient et dont elles ne sont plus désormais que le couvercle dérisoire. ».
Ce qui me frappe moi, c’est qu’à l’aube des années trente, la bibliophilie faisait encore suffisamment partie de de la vie « courante », pour qu’un périodique comme l’Illustration lui accorde sa Une. Nous en sommes loin désormais. Faut-il s’en réjouir?
H
P.S.: je n’ai pu résister… j’ajoute quelques publicités qui ont aussi fait le charme de l’Illustration. 

La lettre du bibliophile

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Le Dictionnaire Encyclopédique du Livre

Le Dictionnaire Encyclopédique du Livre

Amis Bibliophiles Bonjour,

Etre Bibliophile, c’est aussi il me semble dépasser la relation au livre objet et au texte pour s’intéresser à l’histoire du livre, à la science du livre, sous tous leurs aspects.
J’ai déjà évoqué ici quelques « livres sur les livres », sans pourtant jamais m’attarder sur le plus exhaustif d’entre eux, qui procure des centaines d’heures de lecture agréable et instructive au bibliophile: le Dictionnaire Encyclopédique du Livre. Cet ouvrage monumental est en effet une mine extraordinaire d’informations sur le livre et la bibliophilie. Avec le Manuel de Bibliophilie de Christian Galantaris, il constitue l’un des ouvrages de référence.

Ce Dictionnaire encyclopédique du livre a été élaboré sous la houlette de trois directeur (Pascal Fouché, Daniel Péchoin et Philippe Schuwer) et cinq « responsables scientifiques » : Pascal Fouché et Philippe Schuwer pour l’édition contemporaine, Jean-Dominique Mellot pour l’histoire du livre et de l’édition, Alain Nave pour les arts et industries graphiques et Martine Poulain pour la « bibliothéconomie » et la lecture – tandis que Martine Barruet prenait en charge l’iconographie. C’est Henri-Jean Martin qui le préface, mais au final, ce sont plusieurs centaines d’auteurs qui ont déjà participé aux deux premiers volumes.

Il s’agît bien d’un dictionnaire: si cette forme un peu abrupte surprend au premier coup d’oeil, on s’en félicite très rapidement lorsque l’on cherche une information précise, qu’il faut parfois trop longuement traquer dans de nombreuses bibliographies. Ici la recherche est directe et rapide et on se laisse souvent transporter d’une entrée, d’une notice à l’autre… Il y en a déjà plusieurs milliers dans les deux premiers volumes.

La grande qualité est que les notices sont le plus souvent rédigées par des spécialistes de chaque sujet. Enfin, l’ouvrage est global, au sens où il traite aussi bien les diverses formes de reliure que les imprimeurs parisiens du 17ème siècle ou les grandes bibliothèques, etc.

Je ne peux que vous recommander ce Dictionnaire Encyclopédique du Livre dont seuls les deux premiers volumes (sur 3) sont déjà sortis des presses. En passant, j’ajoute que l’ouvrage lui même est de qualité: bien imprimé, sur un papier de très bonne qualité, en format in4. Un bémol? Il est cher, très cher (350 € les deux volumes au maximum), mais si vous pouvez vous le permettre, vous ne le regretterez pas. Vous y apprendrez un nombre incroyable de choses sur le livre et la bibliophilie.

H

P.S.: petit point sur les chiffres du blog… Vous fûtes environ 3000 bibliophiles différents ou « uniques » à visiter le blog au mois d’octobre. Les chiffres ne cessent de croître, je vous en remercie.

5 Commentaires

  1. A mon avis l'art contemporain a remplacé aujourd'hui les livres auprès des élites comme éléments de différentiation et d'affirmation de sa culture.
    non ?
    Finalement, on posait à coté d'ouvrage qu'on avait jamais lu, dans des langues oubliées, aujourd'hui on pose à coté de toiles aussi peu compréhensibles.

    Mais ça permet d'afficher une forme de compétence, et de distance face à l'idiot ne comprenant rien. (moi j'ai du mal avec les lapins en plastique à Versailles par ex.)

    Bon, c'est mon interprétation.

    Mais si ce postulat et le bon, rien n’empêcherai un grand mouvement totalement artificiel de "redécouverte" de la bibliophilie, à condition d’être soigneusement soutenu par des leader d'opinions.

    J'ai donc espoir, de ne pas être toute ma vie ( que j’espère longue ) un cœlacanthe de l'art.

    Bonne soirée

    YS

    ps : Hugues, n'oubliez pas mon email de ce soir 😉

  2. Certains numéros de l'illustration comme les numéros de Noël ont fait appel à de grands illustrateurs et ont une cote honorable. Idem pour pour certains numéros spéciaux sur le jardin, le salon de l'auto ou la présentation du "Normandie". J'aime beaucoup et ne suis jamais déçu.

    Vous avez raison de mentionner que la reliure faisait partie intégrante de l'"Art" à cette époque. Pierre

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