« Io. Grolierii et Amicorum », ou les fabuleuses reliures de Jean Grolier

Amis Bibliophiles bonjour,
Le samedi 8 octobre 2011, la salle des ventes de Montluçon dispersait l’importante collection de l’ancien maire de la ville, monsieur André Guy.
Au programme beaucoup de régionalisme Bourbonnais, un peu Auvergnat et des provinces circonvoisines, et un nombre conséquent d’ouvrages du XVIe souvent en latin.
Comme il se doit la vente comptait quelques lots phares. Le numéro 64 donnait lieu à une bataille nourrie au téléphone.

Il s’agissait de la seconde édition aldine (Venise, 1521),“Institutionum Oratoriarum libri XII..” de Quintilien. L’intérêt des enchérisseur était aiguillonné par la reliure de ce livre, sortie des mains de Jean Picard vers 1543-1546, à la commande de Jean Grolier. Ce volume, en veau, de format  in-8 (papier 134 x 220 mm) au décor géométrique d’entrelacs dorés délimitant des réserves rondes occupées par des fleurons dorés en écoinçons, porte au centre du premier plat le titre doré et au centre du second plat la devise “ Portio mea, domine, sit in terra viventium” du bibliophile.
Bien sûr, le premier plat porte en queue le supra libris doré célèbre “Io. Grolierii et amicorum”. L’état de la reliure laisse cependant un peu à désirer, mors fendus, coiffes arasées, coins émoussés, “cuir du dos sec et légèrement racorni”. L’estimation imprimée était de 15 000 à 20 000 euros. Premier émoi, la mise à prix est de 20 000 euros. (Mes amis s’attristeront de savoir que je n’étais déjà plus sur les rang de toutes façons; la lecture des notices de catalogue garde ceci de plaisant que l’estimation est toujours à la fin). Mais les amis de Grolier, eux, sont nombreux et convaincus; le marteau tombe sur l’enchère de 72 000 euros aggravée de 17,642 % de frais…
Le chroniqueur de la Gazette Drouot semble un peu perdu devant ce résultat et laisse à penser que la rareté de l’édition prime sur l’origine de la reliure. Il est trop évident que l’acheteur s’est enthousiasmé pour la reliure et sa provenance.
Rappelons que Grolier (1479-1565),  trésorier général du roi de France à Milan, puis trésorier de l’extraordinaire des guerres, officier et  proche collaborateur du Grand Maître Anne de Montmorency, dont il surveille la construction de ses châteaux et administre les finances,  amateur d’art, constitua une bibliothèque célèbre. En fait trois bibliothèques successives, les deux premières seront dispersées après des revers de fortunes (on en connaît subsistant  aujourd’hui respectivement 27 et 25 volumes). Jean Grolier reconstitua sa bibliothèque après 1538, confiant ses travaux de reliures aux maîtres parisiens.
Qu’en est-il de la rareté? Quelques 450 volumes de cette dernière bibliothèque, qui en comptait peut-être 3000,  sont parvenus jusqu’à nous. Parmi ceux-ci les ouvrages en français sont  très rares.
Les bibliothèques publiques et les institution comptent donc de nombreuses reliures « de » Grolier qui sont régulièrement exposées. De mémoire, la bibliothèque de Mariemont en possède une, la bibliothèque Municipale de Versailles deux comme celle de Nancy et celle de Vesoul qui en a découvert deux dans ses réserves il y a peu d’années. La bibliothèque du Château de Chantilly conserve une quinzaine de reliures Grolier dont une Bible de Robert Estienne offerte par Grolier à Christophe de Thou. La bibliothèque Mazarine est un peu moins riche… La Wittockiana malgré ses réorientations conserve encore quelques reliures Grolier invendues.
En fréquentant les ventes récentes, il était aussi « possible » de faire son marché.

Chez Christie’s, la première vente  Wittock à Londres proposait sept “grolier”: sous le n° 32, Caton, Disticha moralia, Bâle, Froben, 1526, un in-8, en veau au décor à encadrements dorés qui fit partie de la première bibliothèque de Jean Grolier avec son ex-libris manuscrit au colophon, adjugé 21 510 Livres (39 686 Dollars) frais inclus; n° 38, Ciceron, Officia…, Lyon, Trechsel, 1533, relié en maroquin vers 1540 par Jean Picard orné d’un décor géométrique typique vendu frais inclus 68 118 Livres (125 672 Dollars, le double de l’estimation haute); le    n°54, Diogenes Cynicus, Epistolae, Venise 1487 [1492], reliure in-4 veau blond glacé à encadrements et entrelacs de fers dorés et azurés réalisée vers 1555 par le relieur de Thomas Mahieu (dit “le relieur de l’Esope de Mahieu”) vendu 81 260 Livres (149 925 dollars);

n°80 , Marullus, Epigrammata et Hymni, Paris, Wechel, 1529, in-8, reliure moderne à l’imitation, ex-libris manuscrit de Grolier, estimé de 9 100 à 12 000   mais non vendu; n° 91, Pic de La Mirandole, Hymni heroici tres, Strasbourg, Schürer, 1511, in folio veau brun, grand décor d’entrelacs géométriques dorés du relieur Jean Picard, estimé 76 000 à 120 000   et non vendu;  n° 103, Sadolet, Interpretatio in Psalmun Miserere mei Deus, Lyon, Gryphe, 1533 (suivi de in Psalmum XCIII interpretatio,1534), in-8 relié par l’atelier  “à la fleur de lis” veau orné de filets à froid et dorés en encadrement, grands fleurons dorés aux coins et large composition d’entrelacs floraux en losange au centre des plats, estimé de 16 000 à 23 000   et non vendu;

Enfin le n°118 qui terminait la vacation et ornait la couverture du catalogue, Vigerus, Decachordum Christianum, Fano, Soncinus, 1507, reliure en veau fauve ornée d’entrelacs géométriques dorés et peints en vert et blanc formant un encadrement central où se logent 3 cercles contigus peints en noir par le  relieur dit “à l’arc de Cupidon” vers 1547-1553 estimée entre 38 000 et 53 000   et non vendu.
La troisième partie de la vente Wittock, le 7 octobre 2005, à Paris, proposait 5 livres de Grolier, soit les numéros 24, Hérodien, Historiarum libri, Venise, Alde, 1524, in-8, reliure de Jean Picard vers 1540, maroquin olive discrètement restaurée à encadrement de filets dorés et à froid assez sobre, livre vendu frais inclus 66 000 euros;
Le n° 27, Huttich, Imperatorum romanum libellus. Strasbourg, Köpfel, 1526, un petit in-8 en veau fauve de l’atelier dit “à la fleur de lis” vers 1540, adjugé 85 000   (102 000 avec les frais) acheté par la maison Spink & Son à Londres précisait la Gazette de l’époque;  n° 32 Lopez de Zuniga, Annotationes contra Erasmum Roterodamum (suivi de) contra Iacobum Faabrum Stapulen (Lefèvre d’Etaples), Alcala de Henares, 1520 et 1519, in-folio veau de Jean Picard au fantastique décor d’entrelacs géométriques peints et dorés (dos orné au XVIIe d’un semé de fleurs de lys) adjugé 90 000   (108 000   avec les frais);  n°38, Pigghe, Hierarchiae ecclesiasticae assertio.. Cologne, Melchior Novesianus, 1544, in folio de veau fauve de Jean Picard au décor de feuillages dorés et d’entrelacs géométriques dorés, autrefois peints en noir, non vendu (estimé 60 000 à 90 000); n°41, Polybe, Historiarum libri quinque…, Venise, Alde, 1521, in-8 maroquin blond de l’atelier  “à la fleur de lis” assez semblable au n°27 qui coûta 46 800   frais inclus.
Chez Christie’s toujours, le 7 juillet 2010, nous trouvons à la vente (the Arcana collection, part 1) l’édition originale Aldine incunable de 1499 de l’Hypnerotomachia Poliphili dont Hugues s’était fait l’écho ici. Ce livre frais inclus atteignit 313 250 Livres (473 321 Dollars).
Les ventes Bérès virent l’adjudication de deux livres. Lors de la deuxième vente le 28 octobre 2005, le °48:

Simonet, De Christiane fidei et romanorum pontificum persecutionibus, Bâle, Kester, 1509, un in-folio en veau brun redevable à Estienne Gommar vers 1555, l’un des derniers relieurs de Grolier, au décor d’entrelacs dorés et peints, courbes, au dessin nouveau de “cuir enroulé”, au dos lisse muet orné de croisillons dorés, obtint 200 000   le double de son estimation (plus 21,10 % de frais).

Le n°10 de la quatrième vente, le 20 juin 2006, Saint Jean Chrysosthome, Aliquot homiliae (suivi de) In epistolam divi Pauli…, Bâle, Froben, 1533, in-4, relié vers 1540 par Jean Picard, en veau brun à décor d’entrelacs géométriques et de fleurons azurés fut adjugé 62 000 euros au marteau.
Vous me direz qu’on n’assiste pas à de telles ventes tous les jours. Nous vivons une époque d’exception!? Mais alors les livres de Grolier sont-ils rares? Précieux, raffinés, luxueux, émouvants, mythiques certes, coûteux (oh combien) et recherchés (excessivement), bien sûr, ils sont à l’évidence moins rares que certains mandements d’évêques crottés du XVIIe… Mais ces derniers n’intéressent personne, personne ne les recherche et ils ne font rêver personne. Dommage, des mandements, j’en avais.
Lauverjat
Sur Grolier et ses reliures la littérature est abondante et la recherche toujours renouvelée et actualisée, sur le personnage on peut encore consulter :Antoine Leroux de Lincy Recherches sur Grolier, sur sa vie et sa bibliothèque, suivies d’un catalogue des livres qui lui ont appartenu, Paris, L. Potier, 1866. (Numérisé par Google)

La lettre du bibliophile

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Portrait de bibliophile : Philippe, 22 ans… passionné

Portrait de bibliophile : Philippe, 22 ans… passionné

La bibliophilie est souvent une passion qui se vît en solitaire et pour moi, qui en suis l’auteur, l’un des intérêts majeurs de ce blog réside dans les divers échanges qu’il a fait naître entre passionnés.

Depuis sa création, j’ai échangé des emails et des messages (et même rencontré en vrai), plus de bibliophiles que j’en avais croisés jusqu’à maintenant.

Et la bibliophilie, on le voît bien, peut revêtir bien des formes, c’est pour cela que j’ai lancé il y a peu une série de portraits de passionnés, qui peuvent être libraires, bibliophiles ou proches de cet univers. Finalement, découvrir ces personnalités, ces façons de vivre notre passion, c’est également pour chacun une opportunité de réfléchir sur soi, et de découvrir de nouveaux horizons. D’ailleurs, si ces portraits vous plaisent (ou non), n’hésitez pas à le faire savoir en commentaires.

Dans une étude qui m’est passée récemment sous les yeux, il apparaît que l’âge moyen du bibliophile se situe bien au delà de 60 ans, même si comme nous sommes sur internet pour ce qui concerne ce blog, il est plus que probable que notre moyenne d’âge à nous est beaucoup plus basse…

Ainsi Philippe, que nous découvrons aujourd’hui, ou l’occasion de croiser un fort jeune bibliophile, puisque notre ami « n’a que » 22 ans. Il est étudiant, actuellement en Master 2 d’Histoire Moderne, et bientôt thésard, il habite près de Versailles…(pardonnez la balourdise de mes questions, je ne suis pas journaliste).

« Bonjour Philippe,
Bonjour à tous
Pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?
Elle tient dans ma chambre, dans l’appartement de ma mère. Imaginez-vous une pièce de 9m² recouverte d’étagères sur les quatre murs, tordues sous le poids des bouquins. Il y en a partout! Les livres trainent sur mon bureau (surtout quand j’ai besoin de les lire pour les études), sur le meuble télé, le lit quand je ne suis pas à l’intérieur (et encore… j’en oublie parfois), et, je l’avoue, parfois par terre, à traîner dans la poussière…
J’ai réussi à caser environ 1500 bouquins dedans, mais ça commence à devenir difficile de trouver des places pour les nouveaux arrivants. C’est la crise du logement! Le problème, c’est surtout mon autre passion livresque très envahissante: les mangas. A eux seuls, ils occupent près des deux tiers de ma bibliothèque. Ensuite, viennent les livres d’histoire (deux cents, à peu près), les livres de littérature classique ou SF (la même chose), et enfin, les bouquins anciens (suivant la dénomination consacrée, je n’en ai réellement qu’une cinquantaine, mais je possède aussi une autre cinquantaine de livres du XIXème siècle).


Depuis quand la passion de la bibliophilie s’est-elle emparée de vous?

Comme vous le voyez par le nombre de mes livres, je débute! J’ai toujours aimé les livres. Depuis tout petit, j’ai été passionné par l’Histoire, découverte à travers les bouquins que m’avaient offert mes parents. Aussi loin que mes souvenirs me ramènent, j’ai toujours eu une bibliothèque, plus ou moins imposante. Mes parents aussi adorent les livres; celle de ma mère actuellement doit être deux fois plus importante que la mienne. Le livre fait partie de ma vie, et je n’arriverais pas à vivre loin de mes bouquins!
Pour ce qui est de la bibliophilie pure et dure, celle des livres anciens, l’histoire d’amour est encore récente. Il y a environ deux ans, je suis tombé sur un brocanteur qui vendait aussi des livres anciens. C’est lui qui m’a fournit ma première drogue! J’y ai découvert un exemplaire illustré de Bel Ami de Maupassant (mon oeuvre préférée!) datant de 1904, donc pas très ancien, et un petit Cicéron du milieu du XIXème. Ils étaient déjà assez chers pour me ruiner! J’y suis revenu quelques fois, mais mes moyens, déjà fortement entamés par mon autre passion japonisante (ça coute cher d’acheter toutes les nouveautés des séries que l’on a commencé!), ne me permettaient pas de me ruer sur les sublimes ouvrages que j’y trouvaient. Ce n’est que plus tard, il y a un peu plus d’un an, alors que j’étais dans un vide grenier à Cachan, que les étincelles de la bibliophilie se sont transformées en brasier! 🙂 Ce jour-là, j’ai trouvé ce qui représentait à l’époque LE trésor, un Plutarque en anglais de 1749, assez abîmé mais encore très « frais » vu les conditions de stockage lamentables.
A partir de là, ma collection a vraiment commencé à enfler.

Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de coeur?

J’aime beaucoup la littérature, donc beaucoup de mes achats concernent des romans, des pièces de théâtre, de la littérature classique (actuellement, je lis Roland Furieux, que j’ai trouvé il n’y a pas longtemps). Quitte à avoir les grands auteurs chez soi, autant les avoir dans la version originale! Bien sûr, c’est toujours difficile d’avoir de grands auteurs connus (les oeuvres de Voltaire à 900€, etc., ce n’est pas pour moi!), mais quelques fois, on tombe sur de bonnes occasions.

Ce qui me plaît aussi, ce sont les auteurs antiques. Cicéron, Tacite, Suétone, Horace, etc. On trouve assez souvent des livres à faible coût de ces auteurs, et c’est ce qui m’intéresse, puisque pour le prix d’un livre de poche, on peut parfois avoir une édition du début du XVIIIème siècle. Le prix, toujours le prix… C’est parfois déprimant. Mais je pense qu’on est tous (en tous cas, pour ceux qui ont commencé la bibliophilie, ou plutôt qui ont été touchés par la fièvre bibliophile en étant étudiant) passé par là.

Troisième secteur qui m’intéresse, les livres d’histoire. Et en particulier ceux qui me servent dans la rédaction du mémoire, c’est-à-dire Raynal et Linguet principalement. Mon premier gros achat (qui va peut-être vous paraître ridicule) a été une édition de 1773-1774 de l’Histoire des Deux Indes sur ebay. A peine 200€ pour 5 volumes. Depuis, j’ai acquis plusieurs livres d’autres éditions, en particulier les livres qui me servent le plus (ceux sur la situation en Europe, les relations de l’Angleterre et de ses colonies, etc.). D’ailleurs, je dois dire que j’aime beaucoup cet ouvrage. J’ai trouvé aussi un volume des Annales de Linguet sur le net, le premier, le seul qu’il me restait à étudier puisque je ne le trouvais pas en bibliothèque. Une chance. J’ai aussi eu la chance de trouver un dictionnaire de l’Académie de 1776 (la date qui m’intéressait juste! Gallica ne possédait que l’édition de 1762, et la bibliothèque ne l’avait tout simplement pas…), que j’ai eu pour pas cher.

Et enfin, outre les livres achetés pour leur reliure (ça fait toujours joli dans une bibliothèque, les reliures XVIIIème), j’ai commencé une collection de Classiques Hachette du XIXème-XXème siècle. Des petits bouquins sans valeurs, mais que j’aime beaucoup. Ils valent moins cher que des livres de poche actuels, et ils ont un certain cachet que les autres n’ont pas. Malheureusement, il est difficile de tous les trouver. Les plus communs sont légion (les classiques français en particulier), mais les autres sont plus rares, étant donné la qualité matérielle des livres. Ils ont souvent tendance à tomber en ruine.

Où achetez vous vos livres.? Internet, salons, libraires?

U
n peu partout où j’en trouve! Internet bien évidemment. Il y a déjà eu un certain nombre de discussions à ce sujet sr le blog. Il est clair que sans e-bay, je ne pourrais pas avoir les livres que j’ai actuellement. Les prix en librairie sont bien plus élevés. Surtout depuis que mon libraire a fermé ses portes (le métier ne rapporte pas, malheureusement…).
J’essaie de trouver de bons livres sur les brocantes, mais c’est difficile. Souvent, les vendeurs pensent avoir des perles en magasin, et vendent à prix d’or des livres qui ne valent pas un sou.
Je ne suis encore jamais allé sur un salon, ni dans une salle des ventes. Peut-être un jour… Déjà, je vais essayer d’aller sur le Marché Brassens à Paris le week-end prochain. Ca sera une grande nouveauté!

Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?

Le livre qui me fait rêver… Le Liber Chronicarum, dit Chronique de Nuremberg d’Hartmann Schedel, datant de 1493. Mon histoire avec ce livre est simple. Il y a huit mois, j’ai découvert cette oeuvre à travers un cours de mon professeur. J’en suis tout de suite tombé amoureux, via le fac-similé de Taschen. J’ai cherché à me renseigner dessus sur le net, et je suis tombé sur Ebay. Un antiquaire allemand vendait des folios de cette oeuvre magnifique. Bien que voir les livres ainsi dispersés soit douleureux (je ne supporte pas qu’on abîme un livre!), j’ai comme même participé à la curée. C’était aussi mon premier contact avec ebay. Je me suis plongé dans le grand bain, après avoir hésité longtemps. J’ai donc obtenu un folio de l’édition originale en latin (le 563; un folio de l’édition allemande a suivi quelques temps plus tard), mais ce n’était pas suffisant! Il me fallait plus! Je suis donc allé sur abebooks pour investir dans cet ouvrage! Bon, ce que j’y ai vu m’a tout de suite refroidi… 65000$ pour une édition complète en allemand. Ca attendra. Mais si je gagne au loto, c’est le premier livre que j’achète!

J’ai quelques livres que j’adore. Le premier est celui dont j’ai déjà parlé plus haut, le volume 5 des Vies de Plutarque (Tonson et Draper, Londres, 1749), qui est abimé, jauni, etc. Mais il trône toujours au milieu de ma bibliothèque, bien en vue. Ensuite, mon livre le plus ancien, une Vie des Douze Césars de Suétone, Rouen, 1661, un tout petit in-12 (il faudrait même dire in-36) qui est le dernier livre que j’ai acheté chez mon bouquiniste avant qu’il ne ferme ses portes. Il est en assez mauvais état aussi, mais il a un charme particulier qui m’a tout de suite attiré lorsque je l’ai vu. Et enfin, le dernier est celui qui a le moins de valeur pécuniaire je pense, mais le plus de valeur sentimentale. C’est un Tout en Un (une sorte de quid du début du XXème) qui a appartenu à mon grand-père.
Comme vous le voyez, mes livres préférés ne sont pas d’une grande valeur pécuniaire. Mais ce n’est pas ce qui doit pousser à acheter un livre. Pour revenir à l’avant-dernière question, il faut que le livre que je trouve m’attire. Ce n’est pas simplement l’aspect extérieur, le sujet, ou autre. C’est un ensemble de choses. Et ce n’est certainement pas le prix!

Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie?

Ce n’est pas grand chose, mais la première fois que je suis allé chez mon vendeur de livre, je suis tombé sur un exemplaire ancien de Paul et Virginie (Paris, Librairie d’Education, 1838), dans une petite reliure en cuir de style romantique, qui à l’époque valait 50€. Il était clair pour moi que je ne l’achèterais pas à ce prix. A chaque fois que j’y retournai, je flashais sur ce livre, sans pouvoir me l’offrir. Et un jour le livre avait fait le chemin vers les bouquins soldés! 10€!! Magnifique. Je l’achète donc, ni une ni deux, et retourne chez moi, fier de mon achat. Il reste quelques temps dans ma bibliothèque, sans être ouvert, puisque j’étais sur une autre lecture à ce moment là (les Oeuvres de Maupassant, mon auteur préféré, dont j’essaie de trouver les éditions originales, mais c’est difficile, là aussi). Un jour je l’ouvre, le feuillette, en lis quelques pages, et arrivé à la moitié du livre, je tombe sur un bout de papier. Juste un ticket d’omnibus jauni . A partir de là, on peut imaginer toute sorte d’histoire. C’est ce qui me plait dans les livres anciens. Ils ont tous une histoire avant nous, et ils en auront une après nous.


Enfin, vous êtes un visteur fidèle du blog… qu’en attendez-vous?
Que peut-il manquer à ce blog? Pas beaucoup de choses à mon avis. Peut-être parler des livres dans leur « milieu naturel », celui des librairies et des bibliothèques, de France, de Navarre et d’ailleurs. Ou de chez nous, tout simplement! »

H.Images : le Liber Chronicarum, un manga (Zipang) appartenant à Philippe, et son Plutarque.

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