Le Théâtre des Martyrs de Van Luyken

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Suite à l’ouvrage présenté la semaine passée, et dans la même veine, si j’ose dire, je vous propose de découvrir aujourd’hui le Théâtre des Martyrs de Johann van Luyken.
Johann van Luyken (1649 – 1712) est un célèbre graveur hollandais. Dans cet ouvrage, il nous permet de nous représenter le martyr enduré par les saints, mais aussi par les victimes de nombreuses persécutions religieuses, depuis les débuts de l’ère chrétienne, jusqu’au milieu du 17ème siècle, et ce à travers toute l’Europe. On y croise les apôtres, les saints, mais également les vaudois, les albigeois et d’autres victimes de persécutions.
Mon exemplaire est paru à Leiden, chez Pierre van der Aa, au début du 18ème siècle. C’est un format in-4 oblong, contenant 115 gravures à pleine page, le tout dans une reliure 19ème aux armes. Les gravures sont montées sur onglet, et il n’y a aucun texte qui les accompagne, à part les légendes.
Ce qui frappe dans cet ouvrage, c’est le réalisme de la gravure, qui transporte littéralement le lecteur sur place, et qui est très caractéristique de Van Luyken. Elle fera de lui l’un des grands artistes néerlandais avec Rembrandt. Vous remarquerez par exemple avec quel souci du détail les costumes d’époque sont représentés. De manière générale, chaque gravure présente un incroyable luxe de détails.
Dans ma bibliothèque, le Théâtre des Martyrs se repose paisiblement à côté du Vestergan… suffisamment haut pour que des petites mains innocentes ne puissent s’en emparer.

H

La lettre du bibliophile

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Les femmes bibliophiles à la bibliothèque du chateau de Chantilly

Les femmes bibliophiles à la bibliothèque du chateau de Chantilly

Amis Bibliophiles bonjour,

La bibliothèque du château de Chantilly présente une exposition jusqu’au 27 juin intitulée “les femmes bibliophiles de Catherine de Médicis à la duchesse d’Aumale”. Les livres exposés dans le cadre incomparable du Cabinet des livres, couvrent chronologiquement toute l’histoire du livre depuis le livre enluminé médiéval jusqu’aux productions contemporaines. Ils ont tous appartenu à des femmes d’exceptions, bibliophiles exigeantes, dans un monde essentiellement masculin.Armes de Catherine de Coëtivy sur :Christine de Pizan, Épitre d’Othéa à Hector, Ms. 495, cliché CNRS-IRHT, © Bibliothèque et archives du château de Chantilly.Catherine de Coëtivy poursuivit à la fin du XVe siècle et au début du XVIe, une collection de manuscrits enluminés du XIIe au XVe commencée du vivant de son époux. Elle l’enrichit largement et s’inspire du plan de la bibliothèque idéale composée pour le roi. (Une quarantaine de ses livres est conservée à la bibliothèque du château). Les manuscrits enluminés grand in-folio portent les armes et la devise de la bibliophile.
Reliure au chiffre,armes et devise de Catherine de Médicis sur:De l’Estat et succez des affaires de France par Bernard de Girard, XXIII-BIS-C-006, bibliothèque et archives du château de Chantilly© (Domaine de Chantilly) / René-Gabriel Ojéda.On ne présente plus les deux rivales Catherine de Médicis et Diane de Poitiers qui sont probablement moins des bibliophiles que des “femmes de pouvoir et de savoir” selon les termes d’Olivier Bosc commissaire de l’exposition. Parmi les splendides ouvrages présentés signalons pour la reine, “L’Estat et succez des affaires de France” par Bernard de Girard chez Pierre l’Huillier en 1572, en plein maroquin olive aux petits fers, chiffres et symboles dorés et aux armes, emblème et devises peintes. Pour la favorite, à laquelle on à beaucoup attribué à tort, nous choisirons cette reliure à la grecque et aux entrelacs mosaïqués qui porte son monogramme.
Armes de la Grande Mademoiselle sur:Mémoires de la cour d’Espagne (1679-1681) par Mme d’Aulnoy, VII-G-049, © bibliothèque et archives du château de Chantilly.  Au XVIIe, la Grande Mademoiselle tient salon et sa bibliothèque presque entièrement reliée en maroquin rouge suit l’évolution de la reliure pendant le Grand Siècle. La comtesse de Verrue est une grande collectionneuse et laisse derrière elle deux bibliothèques, une à Paris et une à Meudon où ses livres portent ce supra libris (”Meudon”) doré au-dessus de ses armes.
Armes de Madame de Pompadour sur :Divertissements du théatre des Petits Appartements pendant l’hiver de 1748 à 1749 et de 1749 à 1750, XII-F-035, © Bibliothèque et archives du château de Chantilly.Les livres de madame de Pompadour, rassemblés par le duc d’Aumale, sont parmi les plus exceptionnels. Voici en cinq volumes en maroquin bleu orné à la dentelle et aux armes dorées et argentées, un des trois exemplaires sur vélin, des “divertissements du théâtre des Petits Appartements…” organisés et joués par la favorite pour le roi. Retrouvons ensuite, au XIXe Marie-Caroline duchesse de Berry, puis la “femme du bibliophile”: la duchesse d’Aumale.
Le cabinet des livres nous propose de terminer ce voyage en compagnie des Cent Une, société bibliophile bien connue des lecteurs du Blog et toujours très active. De nombreuse réalisations récentes alliant texte et illustrateur sont exposées, affirmant ainsi de belle manière la pérennité de la bibliophilie au féminin.
Lauverjat

6 Commentaires

  1. Pour ceux qui ne retrouvent pas leur exemplaire (ou qui l’auront imprudemment prêté):

    « Il avait fait tapisser de rouge vif le boudoir, et sur toutes les cloisons de la pièce, accrocher dans des bordures d’ébène des estampes de Jan Luyken, un vieux graveur de Hollande, presque inconnu en France.

    Il possédait de cet artiste fantasque et lugubre, véhément et farouche, la série de ses Persécutions religieuses, d’épouvantables planches contenant tous les supplices que la folie des religions a inventés, des planches où hurlait le spectacle des souffrances humaines, des corps rissolés sur des brasiers, des crânes décalottés avec des sabres, trépanés avec des clous, entaillés avec des scies, des intestins dévidés du ventre et enroulés sur des bobines, des ongles lentement arrachés avec des tenailles, des prunelles crevées, des paupières retournées avec des pointes, des membres disloqués, cassés avec soin, des os mis à nu, longuement râclés avec des lames.

    Ces oeuvres pleines d’abominables imaginations, puant le brûlé, suant le sang, remplies de cris d’horreur et d’anathèmes, donnaient la chair de poule à des Esseintes qu’elles retenaient suffoqué dans ce cabinet rouge.

    Mais, en sus des frissons qu’elles apportaient, en sus aussi du terrible talent de cet homme, de l’extraordinaire vie qui animait ses personnages, l’on découvrait chez ses étonnants pullulements de foule, chez ses flots de peuple enlevés avec une dextérité de pointe rappelant celle de Callot, mais avec une puissance que n’eut jamais cet amusant gribouilleur, des reconstitutions curieuses de milieux et d’époques; l’architecture, les costumes, les moeurs au temps des Macchabées, à Rome, sous les persécutions des chrétiens, en Espagne, sous le règne de l’inquisition, en France, au moyen âge et à l’époque des Saint-Barthélemy et des Dragonnades, étaient observés avec un soin méticuleux, notés avec une science extrême.

    Ces estampes étaient des mines à renseignements: on pouvait les contempler sans se lasser, pendant des heures; profondément suggestives en réflexions, elles aidaient souvent des Esseintes à tuer les journées rebelles aux livres.

    La vie de Luyken était pour lui un attrait de plus; elle expliquait d’ailleurs l’hallucination de son oeuvre. Calviniste fervent, sectaire endurci, affolé de cantiques et de prières, il composait des poésies religieuses qu’il illustrait, paraphrasait en vers les psaumes, s’abîmait dans la lecture de la Bible d’où il sortait, extasié, hagard, le cerveau hanté par des sujets sanglants, la bouche tordue par les malédictions de la Réforme, par ses chants de terreur et de colère. »

  2. D’un livre à l’autre, regardez dans « A rebours » au chapitre 5, ce que Des Esseintes accroche au mur de son boudoir rouge et ce que Huysmans dit de Jan Luyken.

    « Ces estampes…aidaient souvent Des Esseintes à tuer les journées rebelles aux livres. »

    Raphael

  3. Ce sont des gravures sur cuivre Pilou. Si j’étais courageux, je ferais une comparaison avec le Vestergan, il est possible qu’il y a ait, pour un même événement, des gravures différentes dans les deux ouvrages.
    H

  4. Sublime! Si tu ne sais pas quoi faire de ce livre… tu sais qu’il y a quelqu’un qui accepterait volontiers des cadeaux! 😉
    Question technique: s’agit-il de gravures sur bois, cuivre, ou eaux fortes (faisables si le livre a été tiré à peu d’exemplaires). Ca concorderait avec le site hollandais du siècle d’or, mais bon… Il y a tellement de détails que j’ai peine à croire qu’il s’agisse de gravures sur bois.
    Allez, je me répète, mais les images sont vraiment sublimes…

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