Au sommet, les dix livres les plus chers de l’Histoire: n°1, Le Codex Leicester

Amis Bibliophiles bonjour,
Les commentaires suscités par mon post sur la bible de Gutenberg et la suggestion de Leah me conduisent à vous présenter à partir d’aujourd’hui les dix livres les plus chers de l’Histoire. Il est bien entendu que l’on peut trouver son bonheur de bibliophile dans un livre sans valeur, et que ces ouvrages appartiennent autant à l’art, à l’histoire qu’à une certaine forme de spéculation.

Le « Codex Leicester » semble être à l’heure actuelle le « livre » le plus « cher » du monde. Il a été acheté en 1994 par Bill Gates pour 30,8 millions de dollars (24 millions d’euros). Cette collection de 72 feuillets d’écrits scientifiques et philosophiques sont dans un état remarquable de conservation. L’ouvrage datant de 1500 a la particularité d’être composé à l’envers, en écriture spéculaire : il faut un miroir pour lire correctement le texte. 
Le Codex Leicester est une collection d’écrits de Léonard de Vinci a caractère essentiellement scientifiques. Il tient son nom du premier Comte de Leicester, Thomas Coke, qui l’acheta en 1717. Le codex se présente sous la forme de 18 feuilles doubles, soit 72 pages de format 21,8 x 29,5 cm. Il donne un aperçu de l’esprit de ce penseur, artiste et scientifique de la Renaissance, notamment par le lien permanent qu’il crée entre l’art et la science.
L’histoire du codex: si la plupart des dessins et des manuscrits de Léonard de Vinci furent conservés par son élève Francesco Melzi jusqu’à sa mort en 1570. Le Codex Leicester fait figure d’exception: le sculpteur Guglielmo della Porta le possédait dès 1537. En 1717, le peintre Giuseppe Ghezzi (qui l’avait trouvé parmi d’autres documents ayant appartenu à Guglielmo delle Porta) le vendit à Thomas Coke, comte de Leicester, d’où il tient son nom.

Le manuscrit resta dans la demeure familiale d’Holkham Hall à Norfolk jusqu’en 1980. Il passa alors en vente chez Christie’s le 12 décembre. C’est le milliardaire Armand Hammer, qui gagna les enchères. Hammer fit construire le UCLA Armand Hammer Museum of Art and Culture Center à Los Angeles, pour abriter sa collection de tableaux et de dessins ainsi que le Codex Leicester qui fut rebaptisé Codex Hammer. En 1994, le musée décida de s’en séparer. Cette fois-ci c’est Bill Gates qui s’en porta acquéreur1. Il redonna au manuscrit son nom d’origine, le Codex Leicester.
Daté aux environs de 1508-1510, par comparaison avec d’autres manuscrits de Léonard, le Codex est composé de 18 feuilles de papier, chaque feuille est pliée en deux et chaque côté de la feuille est écrit, le document complet comporte donc 72 pages. Les feuillets du Codex ont été numérotés au xvie, puis reliés au xviie siècle, suivant l’empilement des 18 double feuillets pliés par leur milieu. Cette présentation ne permettait pas la lecture du Codex. La présentation actuelle lui redonne sa configuration initiale sous forme de feuillets séparés tels que Léonard de Vinci l’avait composée. Seule cette présentation pouvait permettre son étude.

Comme évoqué plus haut, le codex a la particularité d’être écrit en écriture spéculaire (ou écriture miroir), c’est-à-dire que le texte est à l’envers et qu’il faut le placer devant un miroir pour pouvoir le lire. Les pages sont ponctuées de très nombreux dessins et diagrammes.
Le Codex ne prend pas la forme d’un livre linéaire, c’est un recueil d’observations dans des domaines très divers, à l’image du génie universel qu’était l’auteur : théories sur l’astronomie ; les propriétés de l’eau, des roches et des fossiles ; l’air ; la lumière céleste.
H

La lettre du bibliophile

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Portrait d’une Bibliophile, Valérie

Portrait d'une Bibliophile, Valérie

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose ce soir le portrait d’une bibliophile, Valérie, plus connue sous le nom de Bergamote. En plus d’avoir la qualité inégalable d’être Lorraine, Valérie est à mes yeux un « spécimen » particulier de bibliophile, dans la mesure où elle fait plus que rassembler et lire des livres anciens : elle les utilise (recréant des recettes du 18ème) et elle pratique également la reliure.

Voici donc son portrait.

Pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?
J’enseigne les mathématiques (j’entends déjà les réflexions désobligeantes 😉 dans un collège de banlieue et je suis amoureuse des desserts. J’aime tant les sucreries que je leur consacre un blog : Sucrissime.com. J’ai 31 ans et j’habite non loin de Paris. Ma bibliothèque n’est pas énorme, je possède en réalité peu de livres. Mais je chéris ceux que j’ai, et ne m’en séparerais pour rien au monde.
Depuis quand la passion de la bibliophilie s’est-elle emparée de vous?
Toute petite, déjà, je lisais beaucoup. Enormément, même. Je dévorais un livre par jour. Après avoir lu toute la (petite) bibliothèque de mes parents, je me suis attaquée à la bibliothèque municipale. A cette époque, les « grands classiques » avaient ma préférence. Je m’étais en quelque sorte lancé le défi d’avoir lu tous les livres dont le professeur de français parlerait dans ses cours. J’ai toujours aimé les livres, au début pour leur contenu seul, ensuite pour l’objet et son contenu. On peut dire que ma passion pour la bibliophilie proprement dite date du moment où mon bibliophile de mari (« z1k ») s’est replongé dans ses livres anciens, il y a un peu plus de deux ans. Le Coffret de Santal, reliure en peau d’autruche pistache, tranchefiles « peau », papier marbré « ethnique » assorti C’est à cette date que j’ai commencé à prendre des cours de reliure. La reliure est une activité passionnante, j’aime particulièrement choisir les peaux, les textures, les couleurs, le papier marbré… Je pourrais en parler pendant des heures. C’est un travail que l’on n’imagine pas avoir de s’y être essayé. Des heures et des heures passées sur un seul ouvrage, mais quel plaisir lorsqu’il est achevé !

Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de cœur ?
Mes choix sont complètement éclectiques : je possède (dans une édition tout-à-fait quelconque) tous les Arsène Lupin de Maurice Leblanc, je craque pour des livres de cuisine, qu’ils soient anciens ou neufs, j’aime les livres très très vieux, le parchemin, le vélin, les reliures avec ais de bois… Je fonctionne complètement au coup de cœur : je pourrais acheter un livre uniquement pour sa reliure, ou pour la peau dont il est paré, à cause de son format (minuscule ou énorme), ou encore parce qu’il contient une recette ou un poème que j’apprécie. Je suis très attachée au livre en tant qu’objet. Je me l’approprie, il est à moi.
Où achetez-vous vos livres? Internet, salons, libraires?
J’achète peu de livres, habituée que j’étais à les emprunter à la bibliothèque. Je dirais majoritairement en librairie, et en second lieu sur internet.

La Bible de Gutenberg d’AustinQuel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?
La Bible de Gutenberg exposée à Austin (Texas) m’émerveille. Je rêve de réaliser la même reliure. J’aime les livres d’artistes, mais n’en possède malheureusement aucun…
Les livres qui me sont particulièrement chers ? Entre autres, ceux que j’ai moi-même reliés : Le Coffret de Santal, de Charles Cros, en peau d’autruche pistache. L’intégrale de « Chocolat Magazine », reliée et dorée par mes petites mains. Un dictionnaire de patois lorrain de 1842 (ma région natale) en veau velours ocre. Livres sans grande valeur pécuniaire, mais leur valeur sentimentale est infinie.
Chocolat Magazine, toile noire, pièce de titre dorée à la main, signet (pour mieux retrouver les recettes, bien sûr !)Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie ? Pas vraiment une anecdote, juste une petite histoire : le grand-père de mon mari, auguste médiéviste aujourd’hui décédé, me faisant un jour visiter sa bibliothèque absolument énorme, j’eus l’imprudence (ou l’impudence…) de lui demander s’il avait lu tous ses livres. Il me regarda, interloqué, se demandant sérieusement si je ne me moquais pas de lui, et me répondit (usant d’une concordance des temps que je ne saurais reproduire, pardonnez-moi) : « Comment, Mademoiselle, pouvez-vous imaginer un instant que je n’aie lu chacun de ces livres ?!? ». (NDLR : amusant, j’ai déjà lu une anecdote en tout point identique dans un ouvrage sur les bibliophiles)/

Enfin, vous êtes un visiteur fidèle du blog… qu’en attendez-vous ?
Qu’il continue à me faire découvrir de nouveaux auteurs, types de reliure, à m’instruire… Qu’il m’oblige à me creuser la tête (j’adore l’énigme du vendredi soir). Qu’il reste un lieu d’échanges convivial et enrichissant (sans aspect mercantile :).

Je dois dire que je suis souvent intimidée par la culture des visiteurs qui laissent des commentaires sur ce blog, commentaires très intéressants mais si érudits que la simple prof de maths que je suis hésite souvent à écrire un message par peur du ridicule. Merci Hugues, et longue vie à ton blog !

(NDLR : c’est déjà ça, petite vengeance, j’en ai tant bavé cours de maths en prépa… bien fait!).

Merci Bergamote/Valérie.

H

2 Commentaires

  1. Un fragment du Codex Alanticus de Léonard De Vinci a été découvert en fin d’année dernière par un journaliste dans les archives de la Médiathèque de Nantes. Après lecture d’une biographie du maitre écrite par Serge Bramly (Editions Lattès), ce journaliste avait découvert qu'un des écrits de Leonardo se trouvait à Nantes. Il s’est précipité à la bibliothèque de Nantes et l’a rapidement déniché. Ce fragment de manuscrit avait été donné à la ville de Nantes par Pierre-Antoine Labouchère en 1873. Et complètement oublié depuis… Ce fond Labouchère contient près de 5.000 documents. Ce collectionneur a réuni des manuscrits allant du XVème au XIXème siècle dans les domaines culturels, scientifiques et politiques… En 2007, ce même journaliste avait découvert une partition inédite (et authentifiée depuis) de Mozart. La municipalité nantais envisage (enfin !) d’étudier de près cette donation Labouchère.
    David (lecteur assidu et admiratif de ce merveilleux blog)

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