Après le portrait de Danton, Bertrand nous propose un nouveau portrait rétrospectif très instructif, celui du Hibou, j’ai Restif de la Bretonne. Je lui laisse la parole.
Portrait rétrospectif : Restif de La Bretonne et son Œuvre, vus par Eusèbe Girault de Saint-Fargeau (1839). Je vous propose de suivre le portrait de Restif de La Bretonne tracé par Eusèbe Girault de Saint-Fargeau que l’on trouve dans second tome (p.199-204) de sa Revue des romans, recueil d’analyses raisonnées des productions remarquables des plus célèbres romanciers français et étrangers, contenant 1100 analyses, faisant connaître avec assez d’étendue pour en donner une idée exacte, le sujet, les personnages, l’intrigue et le dénouement de chaque roman. Cet ouvrage, publié en 1839 chez Firmin-Didot (2 vol. in-8), largement oublié aujourd’hui des bibliographes et des amateurs de romans du XVIIIè et du XIXè siècle, mérite pourtant le détour à plus d’un titre. On y trouve en effet nombre de notices des plus intéressantes sur des ouvrages aujourd’hui dédaignés ou peu connus, on peut connaître grâce au « résumé » détaillé de l’intrigue, connaître la teneur exacte d’un titre.
Mais c’est ici Restif de La Bretonne qui va nous intéresser. Bien connu aujourd’hui des amateurs, ses éditions originales s’arrachent aujourd’hui à prix d’or (justifié ou non ?, mais là n’est pas le propos). Ce polygraphe excentrique, ce diable d’homme pourrait-on dire a produit une œuvre immense. Mais laissons la parole ou plutôt la plume à Girault de Saint-Fargeau :
« Environ deux cent cinquante volumes sont sortis de la plume de ce fécond écrivain (né à Sacy dans l’Yonne, le 22 novembre 1734 et mort en 1804 ou 1806, car on n’est pas d’accord sur l’époque précise de son décès – ce point étant désormais éclairci, Restif est mort à Paris le 3 février 1806, il avait 72 ans). Mais ses habitudes, peu en harmonie avec la dignité de l’homme de lettres, le retinrent presque toujours dans une basse et repoussante société. Il ne put jamais acquérir du goût, et manqua de la connaissance du grand monde ; aussi le peignit-il mal lorsqu’il voulut l’essayer : en revanche, nul mieux que lui n’a fait connaître le langage, la manière de sentir, les mouvements de l’âme, les mœurs, les usages des dernières classes du peuple de Paris.
Il y a dans ses tableaux des choses frappantes de vérité, des traits admirables, et qui peignent ce qui passe sous nos yeux. Il a pris la nature sur le fait ; il la montre dans toute sa simplicité, ou dans son horrible turpitude. Il décrit les caprices, les fantaisies du vice en homme qui a puisé aux sources. Il ne faut pas demander à ses personnages la délicatesse idéale des héros, des héroïnes de nos romans de bon ton ; il ne se doute pas qu’elle existe. Il rend les femmes telles qu’il les a vues, les hommes tels qu’ils se sont montrés à son regard ; mais ce sont bien eux véritablement. Restif, en général, n’est connu dans la littérature que d’après ses parties les moins recommandables. La platitude ordinaire de son style, l’extravagance de son amour-propre, le peu de distinction des personnages qu’il fait mouvoir, la singulière orthographe qu’il avait adoptée, l’ont rendu ridicule : on s’est moqué de lui, on a étouffé sa réputation. Cet homme, étranger d’ailleurs aux plus simples convenances, n’ayant nulle retenue, ennemi de toutes les règles, brille néanmoins par une richesse d’imagination surprenante. Il retrace des caractères avec habileté ; la fable qu’il invente attache presque toujours. Il y a dans son dialogue une vérité naïve qui charme ; il écrit des pages délicieuses de naturelle et de douce volupté ; il trouve des tableaux frais et riants ; il appelle tour à tour le rire, la réflexion, la pensée profonde, et, presque toujours, jette dans le cœur une émotion extrême. Ces qualités sont toutefois obscurcies par un dévergondage sans pareil, par des infamies racontées comme avec plaisir, par d’obscènes peintures, qui montrent l’espèce humaine dans un état complet de dégradation. Ses filles publiques sont vraies à faire frémir ; ses escrocs repoussent par la hideuse figure qu’il leur donne. En un mot, Restif, avec ses qualités et ses défauts, n’est pas aussi connu en France qu’il mérite de l’être : tel auteur qui le méprise ne le surpassera jamais ; ses ouvrages sont une mine féconde, dans laquelle il y a de bonnes choses à prendre ; la plupart de nos faiseurs de comédies, de vaudevilles, de drames, si pauvres d’invention, y rencontreraient des sujets de pièces très attachants, ou propres à provoquer la gaieté. »
Quel éloge ! Est-ce lié au fait que Girault de Saint-Fargeau est également natif du département de l’Yonne (à peine plus de 60 kilomètres séparent Sacy de Saint-Fargeau). En tous les cas, pour l’époque, si frileuse en récompense littéraire pour les esprits libres… bel hommage.
Evidemment, les puristes, les amateurs éclairés d’aujourd’hui, à la lumière de nouvelles données sur la vie et l’œuvre de Restif, ne manqueront pas de noter quelques différences dans les appréciations d’hier à aujourd’hui. D’ailleurs, les réactions sur Restif et son œuvre sont les bienvenues.
Mais laissons poursuivre Girault de Saint-Fargeau qui nous propose l’analyse détaillée, selon ses propres critères de 10 ouvrages :
Le pied de Fanchette, ou l’orpheline française. 3 vol. in-12, 1768. On trouve dans ce roman de l’originalité et des situations touchantes. Il a obtenu une cinquième édition publiée sous le titre du Pied de Fanchette, ou le Soulier couleur de rose, 3 vol. in-18, 1801. (Pour ce titre, Girault oublie, sans doute volontairement, d’expliquer l’intrigue du roman…) Le pornographe, ou idée d’un honnête homme sur un sujet de règlement pour les prostituées. In-8, 1769. Dans cet ouvrage qui fit beaucoup de bruit, Restif propose d’ériger en loi la prostitution. Les filles publiques devaient être cloîtrées ; leurs vies, leurs plaisirs, leurs devoirs, tout est tracé dans ce singulier ouvrage rempli de détails obscènes. On a cru, dans le temps, et cela est fort probable, que la police n’était pas étrangère à sa publication : ce n’était pas sans doute dans l’intention de corriger les abus qu’il signalait, car elle trouvait trop son compte à leur existence ; mais enfin elle avait une intention secrète qui n’a pas été connue.
La paysan perverti, ou les Dangers de la ville. 4 vol. in-12, 1776. (aucun commentaire. Voir au titre suivant).
La paysanne pervertie, 4 vol. in-12, 1776. Dans le principe, le Paysan perverti formait un ouvrage à part. Restif ensuite le fondit avec la Paysanne pervertie, et n’en fit qu’une seule production. Le Paysan perverti est sans contredit le meilleur ouvrage de Restif.
Le nouvel Abeilard, ou Lettres de deux amants qui ne se sont jamais vus. 4 vol. in-12, 1778. C’est une composition bizarre qui renferme une excellente morale. On y trouve de charmants épisodes, et il y aurait peu à faire pour qu’elle devînt un très bon roman, utile à l’instruction des nouveaux époux.
Les contemporaines, ou Aventures des plus jolies femmes de l’âge présent, etc. 42 vol. in-12, 1780 et années suiv. Cet immense recueil de plus que quatre cents histoires, presque toutes vraies au fond, offre une variété de sujets bien remarquables. De même que dans les Provinciales et dans les Nuits de Paris, Restif a eu l’impudence de joindre, à des noms obscurs et méprisables, ceux de plusieurs femmes que des erreurs de jeunesse n’empêchaient pas d’être estimables, et dont quelques-unes moururent de chagrin d’avoir vu révéler des fautes qu’elles avaient d’ailleurs expiées par un long repentir, et une conduite à l’abri de tout reproche. – La lecture de ce recueil est en général très amusante ; tous les goûts trouvent à s’y contenter, tous les genres s’y rencontrent : le terrible, le tendre, le galant, le naïf, le bizarre, etc.
La découverte australe, ou les Antipodes. 4 vol. in-12, 1781. C’est un roman imité des Voyages de Gulliver et de l’île inconnue, dont l’idée principale est bizarre. L’auteur veut que l’homme ne soit que la perfection de chaque espèce d’animaux, que par suite de nos vertus et nos vices proviennent des appétits de nos pères primitifs ; ainsi, la colère est descendue du lion, la férocité du tigre, la bonté du mouton, la faculté de ramper du reptile, etc La vie de mon père. 2 vol. in-12, 1778. Ce roman est sans conteste le chef-d’œuvre de l’auteur ; aucune tache ne le dépare. On y trouve une touchante et délicieuse image des mœurs champêtres, des descriptions riantes et gracieuses, des détails d’une naïveté charmante, des traits pleins de sentiment et d’énergie ; tout l’ouvrage respire la vertu et l’humanité.
Les nuits de Paris, ou le Spectateur nocturne. 15 vol. in-12, 1788-1791. C’est un recueil d’anecdotes scandaleuses dans le genre des Mille et une nuits, mais sur un autre plan. Les premiers volumes peuvent être comparés à ce que Restif a fait de mieux.
Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé, etc.16 vol. in-12, 1796-1797. Ce sont les mémoires de la propre vie de Restif, qui a voulu imprudemment marcher sur les traces de J.-J. Rousseau. Tout surprend dans cet ouvrage, dégoûtant de cynisme, d’amour-propre, de haineuses passions.
Ces analyses, très détaillées, apportent, il me semble, un éclairage sympathique à la vision globale du personnage « Restif » et à son « Œuvre », désormais tous deux reconnus.
Pour ma part, ayant lu les Nuits de Paris (ou plutôt survolé je dois l’avouer…), j’ai trouvé quelques passages sublimes, de nombreux passages sympathiques, une majeure partie de l’ouvrage, d’un style lourd et ennuyeux… Les fantaisies typographiques et stylistiques de l’auteur, avec les innombrables digressions que l’on sait, ne facilitant pas l’assimilation d’un texte long et peu cohérent. Il faut dire que pour les Nuits, comme pour les Contemporaines et d’autres ouvrages, le nombre de volumes (le nombre de pages devrais-je dire) est plus que conséquent… J’ai lu quelque part que toute l’œuvre de Restif pourrait être réduite à quelques dizaines de volumes seulement si l’on éliminait, d’une part tous les morceaux inintéressants et d’autres part toutes les redites (de nombreux ouvrages ou passages d’ouvrages sont en effet intégralement et presque mot pour mot dans d’autres ouvrages parus sous d’autres titres…) ?? De nombreux ouvrages de Restif ont eu du succès grâce aux très belles illustrations dues au talent de binet. C’est certainement aujourd’hui un des éléments forts en faveur de l’engouement bibliophilique autour des EO de Restif lorsqu’elles sont illustrées.
Je vous laisse juge.
Exposez-nous votre vision du monde rétivien ? La pensée, le style et la bizarrerie rétivienne vous passionnent, alors donnez-nous votre sentiment de lecteur, de collectionneur, d’amateur.
En espérant vous avoir fait passer un bon moment de lecture,
Amicalement, Bertrand pour Eusèbe Girault de Saint-Fargeau.H
La lettre du bibliophile
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Je vous propose ce soir un nouveau portrait de bibliophile, Frédérick, fidèle lecteur du blog, et qui était présent à notre dernier déjeuner, l’occasion du Salon du Grand Palais. Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas un jeu de questions/réponses, mais un autoportrait, ou presque. Je laisse la parole à Frédérick. Je me permets également une petite remarque en préambule, je ne pense pas qu’il soit absolument nécessaire d’avoir des moyens financiers importants pour être un grand bibliophile, même si cela peut aider (étudiants bibliophiles, ne soyez pas découragés! Sourire). La bibliophilie est une affaire de connaissance, plus que de possession, et je connais de jeunes bibliophiles plus compétents que d’autres, plus riches, plus gâtés, et plus âgés. Ce n’est pas le cas ici, puisque Frédérick a réussi à accumuler des livres très précieux, tout en développant une connaissance de fond sur le domaine qui l’attire. Il sait vraiment de quoi il parle. Dans le même temps, ce qui ressort de son portrait je trouve, et c’est à mon sens la plus belle leçon à en tirer pour d’autres, c’est l’exigence. C’est ainsi finalement que se construit un bibliophile. Non?
« Voici un peu de lecture, une histoire entre ma bibliothèque et le jeune bibliophile de 34 ans que je suis à travers laquelle, je l’espère, d’autres passionnés de livres y trouveront une partie de leur propre histoire passée ou à venir… Aussi loin que je puisse remonter dans ma jeunesse y chercher la genèse de cette curieuse passion, une image unique revient toujours. J’avais une douzaine d’années et les illustrations du « musée des sorciers » de Grillot de Givry me fascinaient. Le désir ardent de posséder les livres représentés dans cette ouvrage ne déclina plus. Il faut bien l’avouer, cette passion était issue du rêve, du désir, rien d’autre. La frustration de ne pouvoir acheter ces livres, l’attente d’avoir suffisamment d’argent eut le mérite de me pousser à en gagner suffisamment pour assouvir ma passion, car c’est une passion onéreuse, surtout lorsque l’on ne rentre que des ouvrages en parfait état, sur un thème aussi prisé aujourd’hui que l’ésotérisme.
Quels sont vos domaines de prédilection?
La magie, l’alchimie, la sorcellerie, matières souvent dédaignées des positivistes, offrent pourtant un vaste et passionnant champ d’étude : celui de l’histoire des idées. Du rêve de ma jeunese à aujourd’hui, ma connaissance de la bibliophilie et plus particulièrement l’étude de ces matières changea fondamentalement ma vie. Je m’étais fixé un but à atteindre, celui de parvenir à avoir l’une des plus belle bibliothèque sur le sujet. A ceux qui pensent que la lecture de ces matières est ridicule, vaine ou même dangereuse, Je ne crains pas de dire que rien n’est certain en ce monde, que la quête mérite de dépoussiérer les livres oubliés, et que je ne crois pas que ces sujets n’ébranle trop ma foi, qui est tout ce qu’il y a de plus orthodoxe. De gauche à droire : grimoire d’honorius, les sorcelleries de Henry de Valois (1589), et les jugements astronomiques de Ferrier (1550) ex. Guaita.De gauche à droite, le Khunrath (1609) en plein mar. et le J Wier « de l’imposture des diables » (1579) en peau humaine.Une rencontre majeure façonna ma manière d’aborder la bibliophilie. J’avais osé écrire à Guy Bechtel, grand collectionneur de livres, qui me conseilla avec patience à une époque où l’on a besoin d’un guide. Au départ, on rentre des incomplets, des livres mal reliés. Ces déchets sont les plus onéreux. On les fait restaurer, et on fini par mal les revendre pour de plus beaux… mauvaise affaire à tous égards. Planche dépliante de Ziarnko qui n’est présente que dans quelques exemplaires du De Lancre « des sorciers ».A mon avis, la bibliophilie est un mélange raisonné de passion et de rigueur. J’étais persuadé au début de ma collection ne jamais revendre un seul de mes livres, trop attaché à l’histoire et au lien étroit qui se créé entre l’objet et l’humain. Et pourtant, le temps passe et le livre que l’on croyait essentiel à sa bibliothèque devient moins nécessaire, puis il passe au second plan. Je crois qu’il est important de savoir se défaire d’un livre pour acheter un meilleur exemplaire ou un livre plus rare. Dans cette logique, il est alors impératif d’être bon gestionnaire afin de ne pas perdre d’argent à la revente et même en gagner le plus possible. J’espère n’en choquer aucun en soutenant que le livre est indissociable de sa valeur, et même si sa valeur est inconnue, incertaine, ou même spéculative. Je veux dire par là que le bonheur passe aussi par la bonne affaire. L’important, me semble-t-il, est de pouvoir toujours racheter un livre ! Alors, ne dilapidons pas ce qui est si dur à gagner. Manuscrit sur le procès de Gilles de RaysOù achetez-vous vos livres?
J’ai commencé par acheter en brocante, puis en vente aux enchères. C’est là où l’on trouve des livres à des prix abordables, car c’est l’une des sources d’approvisionement des libraires. Puis j’ai avec acharnement poussé chacune des portes des libraires, qui malgré mon jeune âge, ne me rejetèrent pas tous. La grande majorité ouvrent leur porte aux jeunes bibliophiles. Les plus connus sont tout de même assez intimidants. On a toujours peur de ne pas être à sa place en passant le seuil de ces antres mystérieuses qui semblent absolument impénétrables, et dont les prix des livres font immédiatement fuir. Ne soyons pas trop dur avec les libraires parce que l’on ose pas entrer. C’est une affaire de volonté dans la majorité des cas, et puis il faut ne pas être trop mal habillé, c’est comme ça. De plus, les libraires intelligents savent que leurs clients les meilleurs ne sont plus de toute première jeunesse. Ils ont interêt à bien acceuillir la nouvelle génération qui sera cliente à un moment ou un autre. Bref, j’achète partout ou l’on connaît le mot « livre », et j’en respecte les codes. La brocante, même si elle ne produit plus vraiment de bonnes surprises bibliophiliques, garde encore son charme. Les ventes aux enchères provoquent le grand frisson; A tester absolument, et même pour une bricole convoitée, les sensations sont incroyables, que l’on ai remporté l’enchère ou non). Mais je préfère tout de même la librairie. Il y a un vrai contact et de bons conseils (souvent mais pas toujours, car le libraire est un commercant avec un stock à écouler). Licetus, De Monstris, 1665J’ai la chance d’avoir déjà la plupart des livres qui me firent rêver il y a quelques années. Curieusement, mon premier gros achat se trouva être le « Compendium Maleficarum’, l’édition de 1626, livre qui plus que les autres, me faisait rêver. Il possède de nombreuses et extraordinaires gravures de diables. C’était en plus l’exemplaire de Maître Maurice Garçon, célèbre avocat et grand collectionneur de livres de démonologie. Son ex-libris est d’ailleurs tout à fait amusant : un petit diable tenant en l’air les initiales M.G. Les grands classiques de la sorcellerie de ma bibliothèque proviennent pour la plupart de la collection Frédéric et Anne Max, et notament un Jean Wier, « l’imposture des diables » relié en peau humaine (reliure dont les pores de la peau sont par groupe de trois, caractéristique de la peau humaine, alors que la peau de truie se singularise par une disposition de ses pores par groupe de quatre). Ce livre n’apparaît pas au catalogue de la vente. Il y aurait tellement de livres passionnants à vous décrire, et même des manuscrits dont celui-ci, du 18ème siècle, procès de Gilles de Rais copié sur l’original. Des curiosités sur la lycanthropie (Nynauld, 1615), la mandragore (Deusing, 1659), des grimoires tel « le véritable gremoire » ayant appartenu à Eliphas Levi, le »grimoire du pape Honorius » en somptueuse reliure et véritable édition ancienne (1670) ou bien « l’enchiridion » édition de 1633 en plein maroquin olive d’époque. Je viens de rentrer le Khunrath, bien complet de toutes ses planches, en plein maroquin 18 ème. Quelques illustrations du compendium maleficarum de Gaccius, 1626.
Des livres d’alchimie, le Barlet » la theotechnie ergocosmique » en édition inconnue : l’édition dite originale est de 1653, la mienne est de 1651. Mais surtout, le Mutus Liber en édition originale, complet du feuillet de privilège, ainsi qu’un mutus liber manuscrit. Dans les manuscrits, un 17ème du « traité de la quinte essence » de Roquetaillade. Des livres annotés par Julien Champagne, illustrateur de l’oeuvre de Fulcanelli (dont je possède également un dessin original). J’ai une attirance toute particulière pour Stanislas de Guaita, dont je possède de nombreux livres de sa bibliothèque, ainsi que des correspondances originales et inédites. EO sur papier japon, en plein mar. du Caillet (photo de la dédicace de Caillet à Dorbon). Sans parler des livres du 19ème, toujours avec provenance. Enfin, la bibliographie, que j’adore. Le Caillet, en plein maroquin, exemplaire sur japon offert par l’auteur à Dorbon. Le Yve-Plessis ex.N°7 de Dorbon, etc.
Auriez-vous une anecdote à nous raconter?
Le parcours du bibliophile est jonché d’anecdotes et d’aventures. J’en aurais des dizaines à raconter, car le sujet qui m’occupe est un milieu de charlatans, d’illuminés, mais il y a des gens sincères, passionnants, qui cherchent la vérité… ou plutôt un certain équilibre. J’ai rencontré des gens extraordinaires, mais l’anecdote qui me vient à l’esprit est purement bibliophilique. Il y a quelques mois, j’avais remarqué une vente aux enchères dans le sud de la France. Dans ces contrées chaudes et sèches, on imagine toujours quelque château de vieilles pierres dont les héritiers ignares dispersent aux gré d’une vente la précieuse bibliothèque. Page de titre de l’édition originale du mutus liberPage de titre de mon mutus liber manuscrit (reliure pl. mar vert)
J’ai toujours la flamme en parcourant les catalogues de ces petites ventes de province. Ils sont souvent mal rédigés avec des notices sommaires. C’est pourtant l’une des forces de ces catalogues, car j’ai l’impression qu’il est possible d’y faire une découverte. A cette vente, un lot de 60 gravures de sorcellerie. Le grand frisson, pas de description, la découverte totale. Même un coup de téléphone à l’expert ne m’apporta pas grand chose. Il me donna tout de même un bon indice en décrivant – aussi bien qu’il le pouvait – quelques planches alchimiques « assez anciennes ». Je demandais de pouvoir surenchérir par téléphone, afin de ne pas rater le lot pour quelques dizaines d’Euros. Je remportais le tout pour 200 Euros, prix plus que raisonnable me semble-t-il. Il serait toujours possible de revendre les planches les moins bonnes. La description par l’expert des gravures me faisait rêver. – pourquoi pas après tout, trouver un « mutus liber » inconnu ? J’avais tellement eu de chance avec ce livre; j’avais pu en acquérir deux (un original et un manuscrit), alors qu’ils sont absolument introuvables. Le précieux paquet arriva par la poste après de trops longues journées d’attente. Me remémorant mes espoirs de découverte, je faisais défiler les une après les autres des gravures amusantes, mais aucune n’illuminait le lot. Jusqu’à ce que j’arrive à un planche incroyable, inconnue, numérotée 2, puis une troisième, une quatrième…. douze d’une même suite. Je connais assez bien ce qui existe en gravure alchimique, mais là, le mystère totale. Un personnage, sans un mot de texte, cherche le secret de la pierre philosophale à la manière du « mutus liber ». Pas beaucoup d’indices 10 planches sur 12 semble-t-il, pas de page de titre. J’avais décidé d’offir une reliure somptueuse à ces planches exceptionnelles, en laissant des feuillets vierges montés sur onglet à la place des deux manques. Il y a quelques jours, un ami érudit me donna la clé de l’énigme. Ses recherches, qu’il avait poussé plus que les miennes, l’emmenèrent vers un manuscrit de la bibliothèque de Lyon, « Opération et génération du grand-oeuvre », manuscrit dont parle en plusieurs endroits Fulcanelli. Mes planches seraient les représentations imprimées de ce manuscrit… qui vient d’être publié, et dont j’attends pour l’heure et avec impatience un exemplaire, qui pourrait confirmer ou infirmer cette piste. EO de « l’ombre idéale de la sagesse universelle » (1679). Les ex. existants ont deux parties (latin + français). A l’origine, c’était une grande planchein folio, qui a été coupée, puis montée sur onglet, ce qui explique la grande rareté des ex. qui ont subsisté.Qu’attendez-vous du blog?
Le monde de la bibliophilie est rempli de ce genre d’anecdotes. J’aimerais que vous, lecteurs du blog, me racontiez plus souvent vos aventures. Faites-nous rêver. C’est le privilège du bibliophile, le don d’aimer le beau et de s’évader un moment d’un monde sans saveur, d’où le rêve et le fantastique ont disparu. Si vous ne me croyez pas, regardez autour de vous. Moi, je retourne lire un livre sur la mandragore. Je vais au pays des chimères., c’était le notre, mais plus personne n’y croit. Manuscrit intitulé « election d’aller à la guerre ». Il donne les dates favorables aux guerres terrestres, maritimes…
Amis Bibliophiles bonjour,L’édition de Don Quichotte publiée par Hachette en 1863 (L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche. Avec 370 gravures de Gustave Doré, A Paris, Hachette, 1863, deux volumes in-folio) est l’un des grands […]
Amis Bibliophiles Bonsoir, Gilles/Lauverjeat, que vous connaissez bien pour ses identifications héraldiques, vous propose ce soir un message sur Charles d’Orléans de Rothelin dit l’abbé de Rothelin, grand bibliophile du 18ème siècle. Fils puîné de […]
Amis Bibliophiles bonjour,Mon activité professionnelle est intense en ce moment, mais je peux compter sur la collaboration très appréciée des lecteurs du blog: Ugo, Bernard et aujourd’hui René qui vous propose un texte sur l’un […]
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– C’est au bas de son acte de mariage en 1760 que Nicolas signa pour la première fois « Restif » avec un « s » ; en 1767, il signa « M. de la Bretone », avec un seul « n », et en 1769 il devint « Rétif de la Bretonne ». – L’ « Ingénue Saxancour » (1789, 3 vol.), dirigée contre son gendre Charles-Marie Augé, est le plus rare des ouvrages de Rétif (les pages 249 à 252 du tome III manquent très souvent). – En dehors de la BnF et du British Museum, qui ne possèdent pas de collection complète des oeuvres de Rétif, seule la B.M. de Troyes conserve une grande partie de l’oeuvre grâce au legs d’un bibliopphile troyen.
je connais « mes inscriptions » de Rétif, retrouvées et publiées à la fin du XIXè siècle, mais je ne les ai pas lu (peut-être bientôt). Je ne peux donc en parler.
Pour ce qui est du Rétif ou Restif typographe et imprimeur, pour avoir vu plusieurs de ses livres sortis de ses mains (c’est lui même qui composait), c’est étonnant :
signes bizarres, renvois intempestifs, notes à toutes les pages ou presque, note qui renvoie à une autre note, différenciation des mots qu’il jugeait important en les imprimant autrement (en grand, en majusculen en italique, précédés d’une main…)
Un fou furieux de la case typographique. Des pages de titres très caractéristiques. des catalogues de ses propres livres à la fin de certains volumes (des listes de livres à n’en plus finir).
Bref, Restif devait être aussi touffu dans sa tête pour écrire que pour composer ses feuilles d’imprimerie.
Ce qui fait aujourd’hui le charme des éditions de Restif, ce sont sans conteste les femmes aux petits pieds fins dessinés par Binet. Restif était monomaniaque des pieds des femmes. Une fixation en somme pour ne pas dire une obsession. Restif s’est ruiné plus d’une fois pour donner à certains de ses ouvrages des suites de très nombreuses gravures d’après Binet. Cela explique en partie pourquoi il en manque souvent dans les exemplaires même reliés à l’époque (le tirage des gravures devait être moindre que celui des volumes…)
Une existe une association des « Amis de Restif de La Bretonne » facile à trouver sur le net. Vous y trouverez de nombreuses infos complémentaires intéressantes. Et pourquoi pas devenir membre (je précise que je n’ai pas d’action dans l’association et que je n’en fais pas partie moi-même… sinon il faudrait que je sois aussi membre des amis de Dumas, Balzac, Molière, La Fontaine, Voltaire, Rousseau, Holbach, etc… ce qui ne serait pas humain il faut l’avouer.
Je garde des « Nuits de Paris » le souvenir d’une grande silhouette à large chapeau, enroulée dans son manteau et tenant un grand bâton à la main. Cet insomniaque parcourait le centre de Paris en surveillant, guettant le moindre mouvement dans des rues mal éclairées au pavé luisant, vociférant, morigènant et moralisant (parfois à coup de bâton) tous les déviants qu’il rencontrait (voleurs, adultères…), en appelant au final la police le plus souvent. C’est un voyage des plus pittoresque dans le Paris de l’Ancien Régime.
Mais avez-vous lu son Journal, retrouvé et publié en 1889 par Paul Cottin (reproduit en 1983, il faut que je le retrouve dans ma bibliothèque) sous le titre « Mes inscriptions »?
On suit Restif au jour le jour autour des années 1780, dans une de ses occupations principales qui était de graver -et regraver jusqu’à l’obsession- avec une clé, dans la pierre des ponts et les parapets des quais de l’ile St-Louis, les dates anniversaires des événements heureux et malheureux de sa vie. Hélas, je les ai cherché mais ces inscriptions ont disparu avec la réfection des quais.
Le coté le plus obscur du personnage y apparait également : sa haine paranoïaque pour son gendre Augé, son fétichisme exacérbé pour le pied féminin et ses relations incestueuses détaillées avec ses filles…
Bref, ce qui est ailleurs dans son oeuvre étrangeté et bizarrerie confine ici à la folie…
Et puis n’oublions pas que cet ancien typographe a imprimé aussi certains de ses livres en ayant des idées de réforme trés avancées de l’orthographe…mais peut-être avez-vous sur ce point des renseignements plus précis que ceux de ma mémoire.
Merci en tout cas Bertrand de nous donner envie de nous replonger dans l’univers de cet étrange personnage.
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– C’est au bas de son acte de mariage en 1760 que Nicolas signa pour la première fois « Restif » avec un « s » ; en 1767, il signa « M. de la Bretone », avec un seul « n », et en 1769 il devint « Rétif de la Bretonne ».
– L’ « Ingénue Saxancour » (1789, 3 vol.), dirigée contre son gendre Charles-Marie Augé, est le plus rare des ouvrages de Rétif (les pages 249 à 252 du tome III manquent très souvent).
– En dehors de la BnF et du British Museum, qui ne possèdent pas de collection complète des oeuvres de Rétif, seule la B.M. de Troyes conserve une grande partie de l’oeuvre grâce au legs d’un bibliopphile troyen.
J-P Fontaine
Bonsoir à tous,
je connais « mes inscriptions » de Rétif, retrouvées et publiées à la fin du XIXè siècle, mais je ne les ai pas lu (peut-être bientôt). Je ne peux donc en parler.
Pour ce qui est du Rétif ou Restif typographe et imprimeur, pour avoir vu plusieurs de ses livres sortis de ses mains (c’est lui même qui composait), c’est étonnant :
signes bizarres, renvois intempestifs, notes à toutes les pages ou presque, note qui renvoie à une autre note, différenciation des mots qu’il jugeait important en les imprimant autrement (en grand, en majusculen en italique, précédés d’une main…)
Un fou furieux de la case typographique. Des pages de titres très caractéristiques. des catalogues de ses propres livres à la fin de certains volumes (des listes de livres à n’en plus finir).
Bref, Restif devait être aussi touffu dans sa tête pour écrire que pour composer ses feuilles d’imprimerie.
Ce qui fait aujourd’hui le charme des éditions de Restif, ce sont sans conteste les femmes aux petits pieds fins dessinés par Binet. Restif était monomaniaque des pieds des femmes. Une fixation en somme pour ne pas dire une obsession. Restif s’est ruiné plus d’une fois pour donner à certains de ses ouvrages des suites de très nombreuses gravures d’après Binet. Cela explique en partie pourquoi il en manque souvent dans les exemplaires même reliés à l’époque (le tirage des gravures devait être moindre que celui des volumes…)
Une existe une association des « Amis de Restif de La Bretonne » facile à trouver sur le net. Vous y trouverez de nombreuses infos complémentaires intéressantes. Et pourquoi pas devenir membre (je précise que je n’ai pas d’action dans l’association et que je n’en fais pas partie moi-même… sinon il faudrait que je sois aussi membre des amis de Dumas, Balzac, Molière, La Fontaine, Voltaire, Rousseau, Holbach, etc… ce qui ne serait pas humain il faut l’avouer.
Bonne soirée et à bientôt,
Amicalement, Bertrand
Merci beaucoup de cette évocation, Bertrand.
Je garde des « Nuits de Paris » le souvenir d’une grande silhouette à large chapeau, enroulée dans son manteau et tenant un grand bâton à la main. Cet insomniaque parcourait le centre de Paris en surveillant, guettant le moindre mouvement dans des rues mal éclairées au pavé luisant, vociférant, morigènant et moralisant (parfois à coup de bâton) tous les déviants qu’il rencontrait (voleurs, adultères…), en appelant au final la police le plus souvent. C’est un voyage des plus pittoresque dans le Paris de l’Ancien Régime.
Mais avez-vous lu son Journal, retrouvé et publié en 1889 par Paul Cottin (reproduit en 1983, il faut que je le retrouve dans ma bibliothèque) sous le titre « Mes inscriptions »?
On suit Restif au jour le jour autour des années 1780, dans une de ses occupations principales qui était de graver -et regraver jusqu’à l’obsession- avec une clé, dans la pierre des ponts et les parapets des quais de l’ile St-Louis, les dates anniversaires des événements heureux et malheureux de sa vie. Hélas, je les ai cherché mais ces inscriptions ont disparu avec la réfection des quais.
Le coté le plus obscur du personnage y apparait également : sa haine paranoïaque pour son gendre Augé, son fétichisme exacérbé pour le pied féminin et ses relations incestueuses détaillées avec ses filles…
Bref, ce qui est ailleurs dans son oeuvre étrangeté et bizarrerie confine ici à la folie…
Et puis n’oublions pas que cet ancien typographe a imprimé aussi certains de ses livres en ayant des idées de réforme trés avancées de l’orthographe…mais peut-être avez-vous sur ce point des renseignements plus précis que ceux de ma mémoire.
Merci en tout cas Bertrand de nous donner envie de nous replonger dans l’univers de cet étrange personnage.
Raphael
Comment ne pas mentionner Nerval et ses illuminés ; Réstif y tient une large place.