Je vous propose ce soir de découvrir Jean-Paul Marat, à travers ce portrait pour bibliophiles écrit spécialement pour le blog par l’ami Bernard
Jean-Paul Marat (1743-1793), journaliste révolutionnaire, député Montagnard à la Convention, dirigeant du club des Jacobins de Paris est bien connu. On sait moins qu’il a effectué de nombreux travaux scientifiques, et que le rejet de l’Académie des Sciences a amplifié sa haine des institutions. Marat serait-il devenu ce qu’il a été si les portes de l’Académie des Sciences lui avaient été ouvertes en 1780 ?
Marat entreprend, en autodidacte, des études médicales à Paris entre 1762 et 1765. Il part alors exercer la médecine à Londres. En 1775, il est reçu docteur en médecine à l’université de Saint-Andrew, en Écosse et rentre à Paris en 1776. On compte au nombre de ses « malades d’un rang distingué, abandonnés des médecins », la marquise de l’Aubespine, nièce du duc de Choiseul, ministre de Louis XV. Il a bientôt une nombreuse et riche clientèle, grâce à la marquise chez laquelle il loge. En 1777, il obtient le brevet de médecin des gardes du corps du comte d’Artois, frère de Louis XVI.
En 1778 il débute des recherches sur le feu, l’électricité et la lumière. Quelques académiciens assistent à certaines expériences. Benjamin Franklin participe même à une séance. En décembre 1778, Jean Paul Marat soumet à l’approbation de l’Académie, son premier mémoire, les Découvertes sur le feu, l’électricité et la lumière. Cette approbation attendue lui est refusée le 10 mai 1780. Marat décide de passer outre et publie en 1780 ses Recherches physiques sur le feu et ses Découvertes sur la lumière. Ceci constitue une déclaration de guerre à l’Académie des Sciences, en particulier à Condorcet et Lavoisier qu’il n’évoque même pas dans ses recherches sur le feu. Marat se targue d’avoir réussi à rendre visible l’élément du feu, construit une théorie du « fluide igné » et tente une explication mécanique du phénomène de la chaleur. Une annonce erronée, peut-être inspirée par Marat, parait dans le Journal de Paris faisant état d’une approbation de l’ouvrage par l’Académie des Sciences. Lavoisier fait une mise au point assez dédaigneuse en juin 1780. Ce démenti blesse l’orgueil de Marat et renforce sa haine et son mépris pour les institutions académiques.
En 1782, Marat publie ses Recherches physiques sur l’électricité. Marat s’intéressait particulièrement à l’électrothérapie. Comme dans ses autres ouvrages, il attaque ici les théories alors admises et décrit 214 expériences à l’appui des siennes. Il attribue tous les phénomènes électriques à un fluide en mouvement, formé de globules en attraction mutuelle. Pour lui les fluides électrique et magnétique n’ont rien en commun. Il attaque vigoureusement Newton, Franklin et autres théoriciens reconnus.
En 1784 il publie un Mémoire sur l’électricité médicale qui est couronné le 6 août 1783 par l’Académie Royale des Sciences, de Rouen.
Après 1784, les ennuis s’accumulent, ses démêlés avec l’académie lui ferment les portes des savants. Charles III d’Espagne désirant créer à Madrid une Académie des Sciences, Marat envisage le poste de secrétaire perpétuel. Dans une lettre du 20 novembre 1783 qu’il adresse à Roume de Saint-Laurent, il étale ses mérites : « Jusqu’à moi tout ce qui avait paru sur l’électricité se réduisait à un ramas d’expériences isolées, compliquées, rentrant les unes dans les autres et éparses dans cinq cents volumes. Il s’agissait de tirer la science de cet affreux chaos. Je me renferme dans ma chambre obscure, j’ai recours à ma méthode d’observer, je rend visible le fluide électrique, je le compare au fluide du feu et au fluide de la lumière avec lesquels on l’a confondu … tout devient intuitif, la science se forme. Et voilà mis à jour le seul ouvrage méthodique, la seule théorie connue sur l’électricité. » Malgré tous ses « mérites », Marat n’est pas retenu. Il perd également sa charge de médecin des gardes du corps du comte d’Artois et finit par vivre d’expédients.
En 1787, il publie Optique de Newton, traduction nouvelle, faite par M…. sur la dernière édition originale… L’ouvrage est dédié au roi par l’éditeur Beauzée, « l’un des quarante de l’Académie française ». On a nié que cette traduction fût de Marat ; la note insérée par celui-ci en janvier 1793 au bas d’un des numéros de son Journal ne permet plus le moindre doute. « Je fus obligé de prendre un prête-nom pour signer mes ouvrages ; c’est ce que j’ai fait en 1785 à l’égard d’une traduction de l’optique de Newton. » (Journal de la République, N° 98.)
En 1788, il publie des Mémoires Académiques ou nouvelles découvertes sur la lumière, relatives aux points les plus importants de l’optique. Marat a toujours une très grande estime de ses travaux : « Les découvertes que je présente au public, … ne tendent pas moins qu’à faire changer de face à l’optique ». Marat pense démonter les erreurs de Newton sur la lumière : par exemple pour lui les couleurs élémentaires ne sont pas au nombre de sept, mais de trois, le rouge, le bleu et le jaune.
Malade au point de rédiger son testament, Marat « ressuscite » le 1er mai 1789, à la convocation des Etats Généraux. Il écrit en 1793 : « … cette nouvelle fit sur moi une vive sensation, j’éprouvai une crise salutaire, mon courage se ranima, et le premier usage que j’en fis fut de donner à mes concitoyens un témoignage de mon dévouement ; je composai l’Offrande à la Patrie ». Dès lors Marat se jette corps et âme dans la Révolution et entame la lutte contre le pouvoir et les académiciens : « vers l’époque de la révolution, excédé des persécutions que j’éprouvais depuis si longtemps de la part de l’académie des sciences, j’embrassai avec ardeur l’occasion qui se présentait de repousser mes oppresseurs et de me mettre à ma place ». Dans l’ami du peuple du 27 janvier 1791, Marat écrit : « je vous dénonce le coryphée des charlatans, le sieur Lavoisier, fils d’un grippe-sou, apprenti chimiste… ». Condorcet est appelé le faquin littéraire, Cadet le torche-cul des douairières …
Epilogue : Marat est assassiné par Charlotte Corday le 13 juillet 1793. Le 8 août 1793 la convention vote la suppression des Académies. Lavoisier est guillotiné le 8 mai 1794 … Merci Bernard
H
La lettre du bibliophile
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Amis Bibliophiles bonsoir,
Certaines Cassandre trouvent qu’il n’y a plus de livres, d’autres qu’il n’y a plus de bibliophiles, certaines qu’il n’y a plus de doreurs, de relieurs, qu’ebay détruit tout, que le Grand Palais c’est nul, que Brassens c’est nul, que les librairies c’est nul, que les ventes aux enchères c’est snob, etc. Ah on en a des pessimistes en matière de bibliophilie, des « c’était mieux avant »! Et pourtant, et pourtant, je suis un de ces incorrigibles optimistes qui pensent que le petit monde du livre ancien est un petit monde fort dynamique, avec une génération d’acteurs qui montent, de bibliophiles qui mûrissent, de livres encore à découvrir (si je m’écoutais, je me lancerais dans un blog, tiens! :)…).
Parmi ces acteurs, après vous avoir présenté Daniel la semaine passée, j’aimerais vous présenter ce soir une jeune relieure, Maud, qui s’est installée il y a à peine un mois. Reliure à mors ouvertsBonjour Maud, pourriez-vous nous parler de vous et de votre atelier?
Bonjour à vous. C’est un grand plaisir pour moi que d’être citée ici. Cet article récompense le travail accompli pour créer mon atelier. En effet, Reliure Morel existe officiellement depuis le 1er décembre 2011. C’est à Valence, dans la superbe région de la Drôme que je me suis installée après avoir grandi et vécu en Bourgogne.
Quelle est votre formation?
Après le lycée, je suis entrée à l’université où j’ai obtenu une maîtrise d’histoire médiévale. Pendant cette année de recherche mon contact avec les livres et documents anciens était quasi quotidien. J’avais la chance de travailler sur un sujet peu étudié (les chantres au XVème siècle); les documents que je traitais étaient donc si rarement consultés qu’ils n’avaient jamais été microfilmés et encore moins numérisés !
Malgré tout le plaisir éprouvé à étudier l’histoire, il me manquait cependant le travail de la main. Et la reliure pouvait réunir les deux. Mon père est menuisier, il m’a très tôt transmis un intérêt fort pour la création manuelle. J’ai donc terminé mon année de maîtrise et suis entrée, en 2009, à l’école-atelier « Les Ateliers d’Or », à Semur-en-Auxois, en Bourgogne. C’est Mme Laetitia Campedelli, relieur-plasticien à l’Isle-sur-la-Sorgue qui nous dispensait les cours de reliure et de dorure. Mme Martine Locicéro (doreur à Paris) et feu Mr Rafael Tarifa (relieur-doreur de la Banque de France) sont venus régulièrement nous faire part de leur connaissances.
Lors cette année de formation j’ai été admise en stage dans l’atelier de reliure de la Banque de France, sous l’égide de Mr Rafael Tarifa. Il avait pour spécialités la reliure des livres de grand format et des techniques de dorure particulières (la dorure au blanc d’œuf par exemple). Ce séjour à la Banque de France fut pour moi d’une richesse inouïe, tant sur le plan technique, que sur le plan humain. Pendant cette période, j’ai rencontré des personnes formidables, un réseau d’amis/confrères sur qui je peux compter. En effet, depuis 2009, je poursuis ma formation en autodidacte, en soumettant mes travaux et en exposant ma progression à leur jugement. Reliure à mors ouverts, mosaïquée de papier, parchemin et box.Depuis quand êtes vous passionnée par la reliure?
La passion pour la lecture m’est venue très tôt, celle pour le livre est venue progressivement. C’est surtout au sein des Archives, lors de mes recherches universitaires que j’ai réellement perçu la beauté du livre relié et les infinies possibilités plastiques qu’offre la reliure. Cet intérêt grandissant s’est naturellement accru lorsque j’ai commencé à apprendre la reliure et à rencontrer des relieurs.
La reliure est-elle un art ?
Oui, parce la fonctionnalité d’une reliure traditionnelle ou de création (solidité, maniabilité…) s’accompagne toujours d’une recherche esthétique. En effet, si l’on met de côté les boîtes de conservation et autres compactus, une reliure est en général destinée à être exposée dans une bibliothèque. Elle a, je pense, un rôle un peu aguicheur, au service du livre. Elle attire le regard du bibliophile, le séduit pour qu’il l’ouvre et découvre le livre qu’elle contient. La reliure est aussi un hommage a ce livre qu’elle protège. On ne prendra pas de la jute pour fabriquer l’écrin d’un bijou, mais un satin capable de le mettre en valeur. Reliure à plats rapportésOutre son savoir-faire, le relieur met donc également sa créativité au service de cette discipline. La couleur, la texture des matériaux, le galbe d’un plat, la tranchefile…Tout est matière à l’expression de sa sensibilité. Je crois que la reliure est l’art des artistes timides. De ceux qui n’osent pas exposer le fruit de leur inspiration sur une toile format raisin mais plus volontiers dans une tranchefile, dans un cuir mosaïqué, dans un nerf bien travaillé…
Que ressentez-vous quand vous vous occupez d’un livre ? Comment travaillez-vous ?
Quand je commence à travailler sur un livre, je ressens une pointe d’excitation, une sorte d’empathie pour cet objet. Je suis contente pour lui, parce qu’ils va être soigné et embelli. Mais comme je sais aussi que quelqu’un tient à lui, et que c’est un objet fragile, la concentration prend donc vite le dessus. S’installe alors dans l’atelier un silence studieux parfois ponctué de musique quand une étape demande de l’énergie ou par l’écoute d’un livre audio quand la couture est longue…
Le respect du livre est l’enjeu essentiel du relieur. Respecter le livre c’est évidemment ne pas l’abîmer mais c’est surtout respecter l’esprit du livre. C’est pourquoi je travaille toujours en me remémorant l’identité du livre : son sujet, son auteur, son propriétaire, son histoire… La conception d’une reliure doit prendre en compte tous ces aspects et ils doivent guider les gestes du relieur. C’est pourquoi je place le contact avec le propriétaire du livre au centre de mon travail.
Faites vous uniquement de la reliure, ou également de la dorure et de la restauration? Avez-vous une période de prédilection? Restaurez vous les livres anciens?
Pour le moment je fais uniquement de la reliure. Pour la dorure et la restauration, je m’en remets aux professionnels que je connais et en qui j’ai une totale confiance. Cependant, j’envisage de me former à la restauration des reliures et papiers anciens, après de Monsieur Olivier Maupin. C’est prévu pour cette année ! Reliure d’un cahier uniqueUne période de prédilection ? Les reliures médiévales, parce ce sont de belles demoiselles un peu rustres, et cela les rend attachantes.Mais j’entends bien qu’une fois formée aux techniques de restauration, j’emploierais ce savoir-faire au service de toutes les reliures, car toutes le méritent.
Que préférez-vous dans la reliure?
La plaçure : toutes les étapes de réparation des pages, de couture des cahiers. Le contact avec le livre est total, pages après pages, on l’ausculte, on le soigne…La couvrure : c’est l’étape la plus grisante. C’est très stressant mais, enfin, on arrive au résultat tant attendu ! Reliure islamiqueQuelle serait la reliure de vos rêves ?
Maintenant que je pratique la reliure, et que je connais l’étendue des techniques et des décors possibles, il m’est difficile de répondre à cette question. La reliure de mes rêves serait sans doute la reliure du livre de mes rêves, mais j’ai tout autant de mal à le définir.
Parlons plutôt des reliures qui me font rêver : les reliures carolingiennes pour la diversité des matériaux utilisés (ivoire, pierres, métal), les reliures à entrelacs d’Henri II (raffinement de la mosaïque de cuir), et des reliures plus contemporaines comme celles de Philippe Fié (modernité des décors et des matériaux utilisés) ou de Brigitte Benoist (décors mobiles).
Avez-vous des matériaux favoris ?
J’aime beaucoup travailler le cuir côté chair, pour l’aspect molletonné, le toucher doux… J’aime également le parchemin pour sa couleur ou plutôt son absence de couleur (ni blanc, ni beige). Je n’ai pas encore eu l’occasion de travailler les cuirs exotiques, mais cela me tente beaucoup. (perche du nil, patte d’autruche…) Pardon par avance si je choque les défenseurs des animaux mais ces peaux ont une texture et des motifs absolument somptueux.
Etes vous également bibliophile? Si oui, quels sont les livres qui vous intéressent et où achetez vous vos livres? Internet, salons, libraires?
Je suis une bibliophile débutante. J’achète encore par coup de cœur (libraires et internet) : principalement sur la Bourgogne, ma région natale et sur les voyages (j’aime beaucoup lire les descriptions de pays et de coutumes selon les époques, on lit des choses parfois surprenantes). Mon compagnon, s’intéresse surtout aux sciences et à leur vulgarisation (Louis Figuier notamment). Mais notre passion commune c’est la montagne, nous sommes donc de plus en plus tentés par l’achat de livres sur ce thème. La dernière exposition de la bibliothèque d’étude de Grenoble nous a encouragé dans ce choix. Nous prendrons garde cependant à ne pas être trop jaloux de la bibliothèque de Mr Barféty!
Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter concernant la reliure, ou autre chose qui touche à la bibliophilie?
Mon premier achat bibliophilique : Numquid et tu ? La personne qui me l’a vendu n’avait cure de ce petit livre. Elle me vendait un lot de livres sur la Bourgogne et avait glissé celui-ci pour s’en débarrasser. Je l’ai pris sans avoir moi-même d’intérêt particulier pour l’œuvre de Gide. De retour chez moi j’ai eu une bonne surprise et ma première fierté de bibliophile : l’exemplaire était numéroté, hors commerce et signé de la main de l’auteur. Je ne suis pas devenue adepte d’André Gide mais j’ai compris ce que ressentaient les chasseurs de livres.
Evoquons pour finir les aspects pratiques… au cas où l’un des lecteurs du blog souhaitait vous confier un livre… Comment faire?
Me contacter par téléphone (0 648 250 668), par mail (contact@reliure-morel.com) ou par courrier (8 rue de Belfort, 26000 Valence). Nous parlerons du livre à relier et de ce que vous voulez pour lui. Naturellement Il faudra ensuite que je l’examine pour définir la reliure qui lui convient et les réparations que son état nécessite. Chacun est donc le bienvenu dans mon atelier. Il est possible également de visiter le site internet de l’atelier ( www.reliure-morel.com ) pour en savoir plus sur mon travail et vous donner des idées quant à la structure ou au décor dont vous avez envie. .
Des projets ?
Oui, plusieurs! Me former à la restauration, comme je vous l’indiquais plus haut.Participer au concours de la Foire Internationale aux Livres d’Exception de la Médiathèque d’Albi (prix Rochegude et Prix Jalby)Participer (peut-être) à l’un des concours organisés par l’ARA : « Paris relié »Faire l’ascension du Kilimandjaro, donc relier comme il se doit mon journal de voyage !
Merci Maud, bon voyage!H
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Amis Bibliophiles bonjour,La réception des catalogues de ventes aux enchères est l’un des plaisirs les plus doux qui soient pour le bibliophile: c’est la promesse d’un doux moment consacré à leur lecture, une source d’information […]
Bonsoir, Récit vraiment passionnant et qui éclaire certains évènements de l’histoire révolutionnaire. Par moment, on croit enfin comprendre… Merci Bernard. Grâce à vous, plus aucun ouvrage ancien sur la science ne m’est indifférent ! Cordialement. Pierre
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oups, pas de S à « celle »… *clin d’oeil*
Merci pour ce bel article.
Triste fin que celles de nombreux scientifiques…
J’ai beaucoup aimé les planches des « Mémoires Académiques », c’est superbe.
Bonsoir,
Récit vraiment passionnant et qui éclaire certains évènements de l’histoire révolutionnaire.
Par moment, on croit enfin comprendre…
Merci Bernard. Grâce à vous, plus aucun ouvrage ancien sur la science ne m’est indifférent !
Cordialement. Pierre