Deux livres de Sebastien Le Clerc

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Reprenons nos bonnes habitudes avec un article de Bernard, qui explore pour nous les mondes de la bibliophilie scientifique. Il vous propose aujourd’hui de découvrir deux ouvrages de Sébastien Le Clerc. Merci beaucoup Bernard. Pouvez-vous l’aider à identifier les armes?

Sébastien Le Clerc (1637-1714), graveur renommé, fut l’élève de Charles Lebrun célèbre peintre et décorateur auprès de Louis XIV. Attaché au service du roi, il enseigna à la manufacture des Gobelins. Féru de géométrie et des techniques de perspective qu’il enseigna à l’Académie de peinture, on lui doit un traité de géométrie (1699) et un traité d’architecture (1714).
Louis XIV reçu à l’Académie des Sciences par Sébastien Le Clerc (1667)

Je vous présente deux ouvrages peu courants dans lesquels Le Clerc aborde la physique.
Nouveau système du monde conforme à l’écriture sainte…
Paris, Giffart. 1706.
1 volume in-8 ; (16), 99, (3) pp, 29 gravures dont certaines recto-verso.

Qui peut me dire à qui appartiennent ces armes ?

Pour l’auteur, le soleil n’occupe pas le centre du « système solaire » ; il tourne circulairement avec les six planètes connues à l’époque, autour d’un même point, centre de notre monde. Le Journal des Sçavans du lundy 24 janvier 1707 consacre dix pages à cet ouvrage : « M. le Clerc, sans s’engager dans de profonds raisonnemens de physique, expose en peu de mots ses nouvelles idées, et les preuves dont il les appuye ; et comme il est excellent graveur, on s’imagine bien que le nouveau rôle de physicien qu’il veut jouer icy, se trouve soutenu de tous les secours qui se peuvent emprunter de l’Art, dont il fait son capital ; c’est à dire, que les figures ne sont point épargnées dans ce petit ouvrage, où l’on en rencontre presque à chaque feuillet. M. le Clerc établit d’abord, pour première hypothèse, que le firmament n’est autre chose, qu’une vaste étendue d’eau, qui environne de tous côtez notre tourbillon avec une infinité d’autres, dans chacun desquels est renfermée une étoile ou un corps lumineux, comme le soleil est contenu dans le nôtre. Il prouve cette supposition par l’autorité de la Genèse, où il est dit, que Dieu créa le Firmament au milieu des eaux ; ce qu’il a soin d’éclaircir par un exemple familier et à la portée des moins intelligens, en mettant sous nos yeux, par le moyen d’une figure, un petit enfant, qui en soufflant avec une paille dans de l’eau de savon, y produit quantité de petites bouteilles : image naïve de la naissance des tourbillons dans les eaux du Firmament, et qui est mise dans tout son jour, par une Vignette placée à la tête du livre, dans laquelle on nous représente Dieu le Père au milieu des Tourbillons, qu’il semble former par le soufle de sa bouche seule, au lieu que le petit enfant se sert d’un chalumeau pour enfler les siens ».
Système de la vision fondé sur de nouveaux principes.
Paris, Florentin Delaulne. 1712. EO.
1 volume in-8 ; (10), 151 pp.
Ce petit ouvrage est inspiré par les leçons de perspective que Le Clerc avait données . Les principes de la vision développés sont contaires à ceux de Descartes : « les principes de mes règles qui se tirent de la vision, se trouvant contraires et opposéz aux principes et aux maximes de M. Descartes, m’attiraient souvent des objections, qui m’étant faites par des personnes d’esprit, m’engagèrent insensiblement à faire une étude toute particulière de la manière dont on voit les objets ». Parmi les trente chapitres du livre : Que tout ce que l’on voit distinctement on ne le voit que d’un œil – Que l’œil gauche voit seulement ce que le droit ne peut voir – Qu’un point n’est vu que par un seul rayon, etc.
Merci beaucoup Bernard, une pensée amicale. H

La lettre du bibliophile

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Bibliophilie et Sciences: Rumford, philanthrope et physicien

Bibliophilie et Sciences: Rumford, philanthrope et physicien

Amis Bibliophiles bonjour,

Benjamin Thompson (1753-1814) est né d’un milieu modeste en Nouvelle-Angleterre. Maître d’école dans la banlieue de Boston, partisan de l’Angleterre, il doit fuir en 1775 au début de  la guerre d’indépendance qui oppose  les colons britanniques d’Amérique du Nord à la Grande-Bretagne. Réfugié à Londres, il devient sous-secrétaire d’État aux affaires américaines en 1780. Il se constitue rapidement une importante fortune dans le négoce de fournitures militaires.  Après un bref retour aux États-Unis, il regagna Londres à l’indépendance de l’Amérique. Il publie quelques mémoires de physique dans les Mémoires de la Royal Society, ce qui lui vaut d’en être nommé membre.
Il propose ses services à l’Électeur de Bavière qui le nomme colonel dans l’armée bavaroise. Il s’interesse alors à l’important problème de la mendicité. Il crée des ateliers où les mendiants fabriquent des habits militaires. Pour les nourrir il propose des recettes faciles et peu onéreuses. En 1792, Thompson devient Comte du Saint Empire romain sous le nom de Rumford, ancien nom de la ville américaine où il avait passé sa jeunesse et où vivaient toujours son épouse et sa fille, dont il s’était complètement désintéressé.
À Paris, il rencontre la veuve d’Antoine-Laurent Lavoisier, Marie-Anne Paulze, qu’il épouse en 1805.  Cette union ne dura que six mois à peine.
Rumford  consacre alors son temps  à ses travaux de physique, inventant  par exemple le percolateur et le chauffage central.
  Essais politiques, économiques et philosophiques.Genève, G.J. Manget. An VII, 1799. 1ère édition française.2 volumes in-8 ; 461, (1) pp, 2 pl. – XII, 525, (1) pp, 6 pl.
Ce recueil d’essais est traduit par le marquis de Courtivron. Le premier volume est consacré aux activités philanthropiques de l’auteur en particulier l’établissement de soupes populaires la propagation de la pomme de terre, des pâtes alimentaires et des nourritures économiques, etc.
Dans sa préface le traducteur écrit: » … rien ne m’a causé plus de plaisir et d’admiration, que l’ordre, l’industrie et l’économie qui règnent dans la maison de travail de Munich. Plus de quinze cent pauvres, arrachés à la fainéantise et à la  mendicité, jouissant d’une existence heureuse et agréable, au lieu d’être l’opprobe et le fléau de la société, composent cet établissement, dû au soins du comte de Rumford. » !!!
Le second volume est consacré aux recherches sur la chaleur. Rumford s’oppose à l’existence du calorique. Il prouve que les qualités de surface qui aident les corps à prendre de la chaleur, les aident aussi à perdre celle qu’ils ont, et qu’en général la facilité de donner, comme celle de recevoir, est inverse du pouvoir de réfléchir. Sans cela l’équilibre thermique ne pourrait s’établir entre les corps. Rumford a imaginé, pour ces expériences, un instrument qu’il a nommé thermoscope, et qui est propre à faire apercevoir les moindres différences de chaleur. C’est un tube de verre horizontal , dont les deux extrémités sont redressées et terminées par des boules. Tout l’appareil est plein d’air, et le milieu du tube horizontal contient une bulle de liquide coloré. On ne peut échauffer l’air de l’une des boules, sans que la bulle soit chassée vers l’autre ; et elle est si sensible, que l’approche de la main suffit pour la faire marcher. Leslie obtenait, de son côté, les mêmes résultats en Angleterre avec un instrument à-peu-près semblable, qu’il nomme thermomètre différentiel.
  Mémoires sur la chaleur.Paris, F. Didot. An XII, 1804. 1ère édition française.1 volume in-8 ; LVIII, 166 pp.
Cet ouvrage contient quatre essais: Une notice historique de diverses expériences faites par l’auteur dès 1778 –  Recherches sur la nature de la chaleur, et la manière dont elle est propagée ; mémoire présenté à la Société Royale de Londres au mois de décembre 1803, traduit par Pictet – Mémoire sur la chaleur, lu à la séance publique de l’Institut National le 6 prairial an 12 (25 juin 1804) – Observations sur les petits puits qui se forment en été dans de grandes masses solides de glace… mémoire présenté à la Société Royale de Londres au mois de novembre 1803, traduit par Pictet.
En 1798,  Rumford, surveille le forage de tubes à canon en cuivre à l’arsenal de Munich.  Il est bien connu que cette opération échauffe fortement les pièces.  Ceci est interprété, à l’époque, comme la libération d’un fluide contenu dans la matière, le calorique, lorsque la mèche rogne le métal.  Un jour, Thompson constate que, lorsqu’on utilise une mèche mal affutée, l’échauffement est beaucoup plus important alors que la pénétration de l’outil est insignifiante.  Il est ainsi frappé par le caractère inépuisable de cette source de chaleur qui ne peut donc provenir de la matière elle-même mais du travail mécanique fourni.   Il note :
 » D’où vient la chaleur produite par l’opération mécanique du forage des canons ?  Est-elle fournie par les copeaux qui sont séparés par la tarière de la masse solide du métal ?…  En réfléchissant sur ce sujet, nous ne devons pas oublier de prendre en considération cette circonstance hautement remarquable que la source de chaleur produite, dans ces expériences, par le frottement paraissait manifestement inépuisable.  Il est à peine nécessaire d’ajouter que ce qu’un corps isolé quelconque, ou un système de corps, peut continuer à fournir sans limitation, ne peut pas être une substance matérielle… » »Je ne connais qu’une chose que l’on puisse ainsi produire indéfiniment, sans transformer la matière : c’est du mouvement ».Il faudra attendre encore 50 ans pour que cette interprétation énergétique ne triomphe avec Joule.
Cet exemplaire a fait partie des bibliothèques de Dumas et Sabatier.
  Recherches sur les bois et le charbon.Paris. De l’Imprimerie d’Éverat. 1812. EO.1 brochure in-4 ; (2), 60 pp.
Cette rare brochure contient deux mémoires lus à l’Institut le 30 décembre 1811 ( Notice de quelques nouvelles expériences sur les bois et le charbon) et les 28 septembre et 5 octobre 1812 ( Recherches sur la structure des bois, la gravité spécifique de leurs parties solides, et les quantités de liquides et de fluides élastiques qu’ils contiennent dans différentes circonstances ; sur les quantités de charbon qu’ils peuvent fournir, et les quantités de chaleur qui sont développées dans leur combustion).  
Ce texte a été réédité sans changements en 1813 en 128 pages.
Bernard

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19 Commentaires

  1. l’écu « sur le tout » est celui de gueldre et de Juliers, il se lit « parti au 1 d’azur au lion contourné d’or armé lampassé et couronné de gueules* au 2 d’or au lion de sable** armé et lampassé de gueules »
    *(ce qui est invisible gravé en noir et blanc)
    **(il devrait « sortir » en noir intense sans rayures horizontales mais soit l’impression est mauvaise, soit la reproduction est trompeuse, soit le graveur s’est trompé!)
    amitiés
    Lauverjat

  2. L’écu ovale est plutôt un usage italien, ailleurs je ne crois pas qu’il ait de valeur. Les filles en France portaient un écu en losange, mariées elles le gardes souvent ainsi (cf les filles de Louis XV bibliophiles)
    Lauverjat

  3. bonjour à tous et merci Jean-Paul

    Certes la Bretagne porte « un champ d’hermine » (qui est à lui seul un émail nommé fourrure) mais bien d’autres maisons et pas seulement bretonnes portent d’hermine (exemple: de Coigne en Poitou, Berry, Touraine originaire du Portugal?). Ici les pièces d’hermine sont dans les fleurons de la couronne ou « bonnet de l’Archiduc », Segoing en représente une dans son « Trésor héraldique ou Mercure Armorial  » Paris 1657, in folio que j’ai sous les yeux avec ces hermines et un liseré de perles sur la bordure supérieure comme ici.
    La piste allemande est intéressante. Les grands électeurs de Cologne ou de Bavière portent aussi ce style de « bonnet d’écarlate rebrassé d’hermine, diadèmé…  » (Encyclopédie). J’ai un peu cherché chez les électeurs du Saint-Empire. Il y en a neuf …
    Avez vous remarqué autour des armoiries le feston floral? Je n’en connais pas la signification. Le manteau est un manteau ducal.
    Lauverjat

  4. « ha, qu’est-ce que ça doit être bien d’avoir tellement de livres qu’on ne sait plus lesquels regarder…. *soupir* »

    Certes, mais en-a-t-on jamais assez?

    Et puis, j’ai travaillé dur à l’école pour en arriver là! 😉
    Hugues

  5. >> « Aïe, je crois bien que cet ex-libris de l’exposition, qui est effectivement, vient de chez moi… mais alors là… dans quel livre… »

    ha, qu’est-ce que ça doit être bien d’avoir tellement de livres qu’on ne sait plus lesquels regarder…. *soupir*

  6. > "mais ces armes ne sont elles pas dans la collection d'ex-libris du Blog?"

    Tiens! Exact. Et même que ça n'est pas le même exemplaire: la garde est blanche.

    Ce qui est intéressant, c'est que je crois que sur l'exemplaire de la collection du blog, il y a également une étiquette en dessous, étiquette de cote sans doute! On va pouvoir jouer à reconstituer le classement!

    Allez! courage! Encore trois mille exemplaires à identifier…

  7. Bonsoir à tous,
    Je tente une lecture des armes:
    « écartelé (au 1 et 4) chevronné d’or et de gueules de 12 pièces, au 2 d’or aux trois pots d’azur, au 3 d’argent à deux fasces bretessées de gueules; sur le tout parti au 1 d’azur au lion d’or couronné et affronté au 2 d’argent au lion d’azur couronné et affronté »
    la couronne d’après Segoing, est celle (étrangère donc) d’un archiduc.
    Les émaux des armes « sur le tout » sont étranges et j’aurais bien vu simplement « parti d’azur et d’argent aux lions affrontés de l’un et de l’autre » (inversion « naturelle »des émaux qui est peut-être mal rendue par le graveur et l’imprimeur)
    Lauverjat

  8. Bonsoir à toutes et tous, bonsoir Hugues
    Content de retrouver le blog. permettez-moi de vous conseiller pour ceux qui ne le connaissent pas un livre découvert lors des vacances:
    Des Livres rares depuis l’invention de l’imprimerie.
    Coron Antoine. Que des merveilles.
    P.S avez-vous une idée où je peux trouver le carteret en accès libre car il n’est pas sur gallica.

    Meric, bonne reprise à vous tous
    Emmanuel

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