Dans l’agenda du bibliophile: le siècle de François 1er à Chantilly

Amis Bibliophiles bonjour,
Le cabinet des livres du duc d’Aumale conserve la deuxième collection, après celle de la BnF, de livres provenant du roi François 1er. La préoccupation artistique nationale du duc, rejoint ici la politique artistique du roi. Celui-ci, après le désastre de Pavie qui occulte la victoire de Marignan, sauve son règne en devenant l’ami des arts et le protecteur des lettres.


Les commissaires de l’exposition se sont attachés à ouvrir au-delà du livre. Dès l’entrée, on ne se plaindra pas de trouver, réunis côte à côte, le dessin du portrait du roi de Clouet conservé à Chantilly et son tableau venu du Musée du Louvre. 
Un peu plus loin nous entrons dans le vif du sujet avec les livres de François 1er. Le portrait enluminé de Noël Bellemare voisine avec l’édition imprimée de 1535 par Olivier Mallard et illustre l’affiche de l’exposition. Un ensemble de reliures impeccablement présentées au mur à hauteur des yeux illustre l’emblématique de François 1er

Des exemplaires des reliures des ateliers d’Etienne Roffet, du relieur de Salel, du relieur de Simon Vostre sont présentés. Il faut par exemple s’attarder sur un livre d’Antoine Mizauld prêté par le Petit Palais de la collection Dutuit (injustement oubliée) et sa reliure de présent à décor d’entrelacs dorés aux petits fers. On ne manquera pas de contempler une œuvre restituée de Théodore Hagué qui voisine avec ses authentiques rivales.
Homère, 1540-1542, reliure de l’atelier du Relieur de Salel, n°71 du catalogue.
Les livres des membres de l’entourage du roi ne sont pas oubliés, sa sœur, Marguerite de Navarre, avec son propre ouvrage, La Coche, sa mère, ses enfants, ainsi que le connétable. 
Deux livres du connétable Anne de Montmorency se signalent particulièrement: l’exemplaire imprimé et enluminé sur peau de vélin des coutumes de Senlis de 1540, reliure à décor d’entrelacs arborant la devise du connétable ainsi que la reliure aux armes de l’atelier du relieur du roi sur Diodore de Sicile.
Du côté des livres des enfants du roi, attardez-vous sur les reliures de l’atelier de l’oiseau qui becquète.
La dernière partie de l’exposition est consacrée aux livres imprimés de l’époque qui des étals des libraires furent trois siècles et demi plus tard choisis par Aumale pour figurer dans son cabinet. Antoine Mizauld, 1546,reliure de l’atelier d’Etienne Roffet, n°96 du catalogue.
Diodore de Sicile, 1554, atelier du relieur du roi, aux armes d’Anne de Montmorency, n°67 du catalogue.Les manuscrits grecs réfugiés dans la bibliothèque du roi trouvèrent un public savant grâce à l’imprimeur du roi pour le grec Robert Estienne et au graveur Claude Garamond dont les poinçons sont exposés. Pour autant les chroniques et les vieux romans de chevalerie du moyen-âge connaissaient encore un large succès, comme l’attestent les superbes exemplaires présentés de Perceforest, d’Amadis de Gaule ou de la mer des Hystoires. La littérature du début du siècle cohabite avec les œuvres de circonstance consacrées ou dédicacées au roi par Pasquier Le Moyne, Jean Bouchet, Estienne Dolet ou Luigi Alamani.
Les œuvres littéraires en français, premiers manifestes de défense de la langue, éclairent la fin du règne, présentées ici dans de rares éditions de Pernette du Guillet, Maurice Scève, ou François Rabelais. 
Marguerite de Navarre, La Coche,Paris, 1542, n°30 du catalogueL’exposition dure jusqu’au 7 décembre 2015, dans la salle du jeu de Paume du château de Chantilly, ensuite il faudra vous contenter de l’agréable et précieux catalogue dont quelques photos présentées ici sont issues ; mais il vous sera indispensable. 

Lauverjat

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Promenade de Bibliophile: l’exposition organisée par la bibliothèque Mazarine à Paris, “un succès de librairie européen, l’Imitatio Christi, 1470-1850″

Promenade de Bibliophile: l’exposition organisée par la bibliothèque Mazarine à Paris, “un succès de librairie européen, l’Imitatio Christi, 1470-1850″

Amis Bibliophiles bonjour,

Vendredi 6 juillet, l’exposition organisée par la bibliothèque Mazarine à Paris, “un succès de librairie européen, l’Imitatio Christi, 1470-1850″, a fermé ses portes. 

À chaque fois que je pénètre dans l’ancien collège des Quatre-Nations j’éprouve les mêmes sentiments de calme, d’harmonie et de jubilation. Il faut franchir la passerelle des Arts et s’émerveiller des vues incomparables sur Paris, entrer dans la cour de l’Institut, monter à gauche cet escalier en colimaçon, et péristyle orné de bustes, puis pénétrer dans la bibliothèque elle même.  L’exposition se tient, tout au bout de l’immense salle en retour couverte de livres jusqu’au ciel, autour du globe céleste, un peu après les deux girafes, la grande et la petite. Dans une atmosphère feutrée où la pendule égrène ses quarts d’heure et le parquet ses craquements assourdis, emplie des odeurs de cire et de papier, à l’abri de la touffeur et des clameurs de la ville, vous contemplez, seul au monde, la quarantaine de livres présentée.
L’exposition est née de la publication de l’ouvrage dirigée par Martine Delaveau et Yann Sordet, “Edition et diffusion de l’Imitation de Jésus-Christ (1470-1800), études et catalogue collectif”. Cette oeuvre monumentale (514 pp) recense 932 éditions sur la période considérée. Ce nombre explique à lui seul, le retentissement de ce livre dans l’histoire de l’imprimerie et des idées.
“L’Imitation de Jésus-Christ” est née de la réunion de quatre traités dont le plus ancien manuscrit date de 1427. Son auteur le moins contestable reste le chanoine Thomas Hemerken dit de Kempis. Nous devons son identification, entre autres, aux travaux de Gabriel Naudé bibliothécaire de Mazarin qui étudia la question de l’attribution et écarta les prétendants, Giovanni Gersen et Jean Gerson.
L’exposition commence, bien sûr pour une oeuvre née avant l’imprimerie, par la présentation de deux manuscrits. Cependant la première édition,  sortie de la Réserve de la BSG, provient des presses de Gunther Zainer à Augsburg en 1470 au plus tard, soit du vivant de l’auteur.  Il faut attendre 1488 pour voir la première édition française imprimée à Toulouse chez Heinrich Mayer ornée d’un bois gravé à pleine page.
Le bibliophile s’attarde sur l’édition archaïsante de la veuve Kerver, Yolande Bonhomme de 1554, “Eternelle consolation” qui passe pour une édition vernaculaire de l’Imitatio. Ce livre est présent dans la plupart des grandes collections des amateurs français de l’ancien régime tels que Henri d’Hoym, le marquis de Paulmy, Girardot de Préfons, ou Etienne-Charles de Loménie de Brienne. L’exemplaire présenté est un rare exemple de reliure “en trompe l’oeil” (j’y reviens tout à l’heure).
Parmi les versions exposées je note l’édition Plantin-Moretus de 1599, in-18 ornée d’un cuivre, établie sur un manuscrit autographe de 1441, l’exemplaire personnel et annoté de Naudé, qui juge “fautive” l’attribution à Ionnis Gessen par cette édition romaine de 1616, l’édition royale in-folio de 1640, qui inaugure l’Imprimerie Royale, ornée du frontispice gravé d’après Stella et recouvert d’un maroquin rouge issu peut-être de “l’atelier du Louvre”, l’édition en caractères de civilité de Pierre Moreau à Paris en 1643, des éditions en arménien, en arabe et même en breton à Quimper en 1743 (par un ancêtre du Textor? NDLA). Enfin pour clore cette présentation et sortir de ses limites temporelles, Les Imitation de Léon Curmer de 1836 et 1856, monumentales productions historicistes et éclectiques ornées de reliures de velours couvert de plaques de chêne sculptées  des ateliers Gruel.

Le catalogue de cette exposition est sur chaque livre fort passionnant, in-4 cartonné de 198 pages, co-produit par les Editions des Cendres et la Bibliothèque Mazarine, il vous en coûtera 32 euros.
LauverjatP.S.: ayant beaucoup voyagé ces derniers temps, je n’ai pu hélas poster ce message avant, et maintenat l’exposition est fermée. Mince… Ruez-vous sur le catalogue!

12 Commentaires

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    Ou encore cette reliure de la bibliothèque du roi :
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    Bonnes enchères !

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