Pierre Bergé: dans l’intimité du bibliophile, entretiens menés par Charles Dantzig pour France Culture

Amis Bibliophiles bonjour, La première vente de la bibliothèque Pierre Bergé se déroulera au début du mois de décembre et le catalogue est en ligne. Une sélection de très haute bibliophilie (si vous pardonnez ce néologisme), très sélective et qui de fait est également très sélective au niveau des acquéreurs potentiels. Même si je le pouvais, je ne crois pas que je dépenserais plusieurs centaines de milliers d’euros pour un livre. On peut être bibliophile et aimer d’autres choses!  Il me faudra donc attendre la 2ème vente, ou peut-être la 3ème pour glisser dans ma bibliothèque l’un des exemplaires de Pierre Bergé. Cette vente, très bien préparée, avec une tournée de l’exposition digne des plus grandes rock stars (New York, Shanghai, Londres, Monaco, Paris, Moscou de mémoire) est également l’occasion de découvrir Pierre Bergé le bibliophile. Quelques vidéos ont été produites par Sotheby’s, mais pour ma part je préfère l’heure de discussion entre Pierre Bergé et Charles Dantzig proposée par France Culture dans le cadre de l’émission « Le secret professionnel ». Au fil de ces 60 minutes, destinées au grand public, on découvre un Pierre Bergé très fin connaisseur de ses ouvrages, et assurément bibliophile. Un homme de goûts et de convictions (même si je sais que certains lecteurs du blog ne les apprécient pas forcément) dont on découvre le parcours en bibliophilie: du courtier en livres rares et en éditions originales à 19 ans, ce qui fera naître en lui la passion de la bibliophilie, au grand bibliophile d’aujourd’hui qui fait découvrir certains ouvrages de sa bibliothèque pendant les entretiens. Il est très attaché aux éditions originales mais aussi et surtout attaché au texte: il présente ainsi un Saint-Augustin de 1471, une édition originale de Louise Labé de 1555. On partage son émotion en découvrant son édition des Essais de Montaigne de 1580, dont il assume totalement le prix faramineux et l’achat. (http://www.christies.com/lotfinder/books-manuscripts/montaigne-michel-eyquem-de-essais-livre-5221148-details.aspx) Mais je n’en dis pas trop pour vous laisser découvrir les autres ouvrages présentés… dont le sublime Madame Bovary… On note au passage son amitié pour plusieurs libraires (Richard Anacréon et Michel Scognamillo), mais aussi la petite pique aux libraires qui n’ont jamais lu de livres
Après avoir écouté ses deux entretiens, qui peut encore douter que Pierre Bergé aime passionnément les livres? H Les deux entretiens: http://www.franceculture.fr/emission-secret-professionnel-le-secret-professionnel-de-la-bibliotheque-de-pierre-berge-1-2014-05-2 http://www.franceculture.fr/emission-secret-professionnel-le-secret-professionnel-de-la-bibliotheque-de-pierre-berge-2-2014-06-0

La lettre du bibliophile

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Un Bibliophile à bord du Titanic

Un Bibliophile à bord du Titanic

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Avant toute chose, je vous prie de m’excuser pour mon silence de ces derniers jours, mais comme je l’écrivais il y a une semaine, ma vie professionnelle est actuellement légèrement mouvementée, et je vais avoir des difficultés à poster des messages dans les 5 jours qui viennent (déplacement à l’étranger). Quelques paragraphes néanmoins…

Vous connaissez sans doute le libraire espagnol Don Vincente, qui assassina ses clients bibliophiles (http://bibliophilie.blogspot.com/2007/07/vicente-moine-libraire-et-assassin-une.html), mais connaissez-vous une autre tragédie qui touche à la bibliophilie: la mort d’un jeune et très prometteur bibliophile lors du naufrage du Titanic? C’est Jean-Paul qui m’a le premier parlé de cette anecdote, que je vous livre aujourd’hui.Harry Elkins Widener, 27 ans, a en effet sombré avec le navire de la White Star dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. Harry Elkins Widener est né en 1885 et a développé très tôt un goût pour la bibliophilie, qu’il a cultivé après son passage à Harvard en 1907, et que l’immense fortune de ses parents lui a permis de développer. Ainsi, a seulement 27 ans, il possédait (presque)… une bible de Gutenberg.

Au printemps 1912, il a ainsi transversé l’Atlantique d’Ouest en Est pour rejoindre la vieille Europe et y acquérir de nombreux ouvrages, dont une seconde édition des Essais de Bacon (1598). Il voyageait avec ses parents et leurs domestiques. Après l’Angleterre, ils visitèrent la France avant d’embarquer pour le voyage de retour vers l’Amérique à Cherbourg, sur le Titanic.Le célèbre paquebot fit en effet escale à Cherbourg: parti de Southampton le mercredi 10 avril 1912 à midi, le nouveau palace de la White Star Line devait, quelques heures plus tard, toucher le port de Cherbourg et faire son entrée par la passe de l’ouest à 18h30. Cette escale était tout de même importante pour la compagnie, car elle permettait ce jour là d’embarquer 274 passagers supplémentaires.

Parmi ces passagers se trouvaient Harry Widener, ses parents et leurs deux domestiques, qui occupaient les cabines de première classe C-80-82 (numéro de billet 13503, prix 211 Livres Sterling). Le soir du drame la famille Widener participa d’ailleurs à un dîner donné par le capitaine en compagnie des passagers les plus riches.

Néanmoins, à 23h40 le Titanic percuta un iceberg sur le flanc tribord avant de sombrer à 2h20 au large de Terre-Neuve. Entre 1 491 et 1 513 personnes périrent.

Harry Widener aida sa mère à embarquer sur le canot n°4 avant de rebrousser chemin dans l’attente du départ du canot principal, ce qui décida malheureusement de son destin puisqu’il disparu avec le paquebot. L’épave fut localisée en 1985. Elle git à 3 843 mètres de profondeur à 650 km au sud-est de Terre-Neuve.Une anecdote que Madame Widener ne confirma jamais prétend que Harry rebroussa chemin pour aller récupérer son Bacon. Ce qui est certain en revanche, c’est que Madame Widener fît un don de 2 millions de dollars pour construire dans l’enceinte de Harvard une bibliothèque qui abriterait la collection de son fils et servirait de mémorial. Cette bibliothèque ouvrît ses portes en 1915 et existe toujours et fût conçue pour abriter 3 millions d’ouvrages sur plusieurs dizaines de kilomètres de rayonnages.

Quel bibliophile était Harry Elkins Widener? Ses goûts étaient assez larges, avec une prédilection pour les auteurs anglo-saxons du 19ème en édition originale (Dickens, Stevenson, Brontë, etc.) mais comme je l’ai écrit plus haut, il ne détestait pas les grands classiques, puisqu’il avait hérité d’une Bible de Gutenberg qui fait aujourd’hui la fierté de la Bibliothèque: c’est de plus un exemplaire bien connu, qui a successivement appartenu à Pierre Henri Larcher (Paris, 1814), Lord Ashburnham (1840), dont le fils le revendît à Bernard Quaritch (1896). Peu de temps c’est Robert Hoe qui en devînt l’heureux propriétaire (il la rangeait d’ailleurs juste à côté de mon exemplaire Hoe qui porte donc des poussières de Bible de Gutenberg, sourire), puis à nouveau Quaritch avant que le grand-père de Harry Elkins Widener ne l’achète. L’exemplaire fût remis à la bibliothèque en 1944.Je termine par un document attachant, une lettre adressée par le jeune bibliophile à son ami Luther Livingston, libraire à Philadelphie le 10 mars 1912 dans laquelle il lui écrit qu’il va effectuer un voyage rapide vers Angleterre, à bord du Mauretania, avant de revenir avec le voyage inaugural du Titanic. Il termine sa lettre par les mots suivants: « un secret,… grand-père a acheté l’exemplaire Hoe. N’est-ce pas merveilleux? J’espérais que ce soit pour moi, mais ce n’est pas le cas! ».

Qui sait quels livres dorment encore au fond de l’océan avec lui…

H

10 Commentaires

  1. Ce premier catalogue est impressionnant et embrasse quasiment toutes les époques.
    Pierre Bergé a mis vraiment les moyens pour laisser son nom au Panthéon des bibliophiles : site web, beau catalogue avec des descriptions intéressantes (il faut le noter), interviews, expositions à travers le monde…
    On peut difficilement faire plus grandiose!
    Je suis quand même surpris de voir qu'un bon nombre d'ouvrages ont été acquis récemment chez des libraires, qui eux mêmes les avaient acquis en vente aux yeux de tous. Je ne suis pas certain que Pierre Bergé s'y retrouve financièrement.
    Mais sans doute que le but est plutôt de laisser une trace dans le monde des grands bibliophiles…

    On gardera en souvenir le catalogue de la vente à défaut de pouvoir s'offrir un seul ouvrage.
    Et on se consolera en se disant que le réel plaisir est la recherche, et non l'acquisition.
    On se console comme on peut 🙂

    Wolfi

  2. Et pourquoi pas un achat en indivision sur un livre et après un séjour dans chaque bibliothèque des copropriétaires en fonction du montant de sa part. A mettre au point !

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