Bibliophilie et Musicologie: le Musurgia Universalis d’Athanase Kircher

Amis Bibliophiles bonjour,

Je vous propose de découvrir un important ouvrage de musicologie du XVIIe dont je viens par miracle de ré-assembler les deux volumes suite à la présentation du tome 2 sur ebay il y a quelques semaines.

Athanase Kircher était un érudit Allemand 1602-1680, pré encyclopédiste, ces champs de connaissances comme souvent au XVIIe s’étendaient  à tous les domaines avec un grand esprit scientifique, mêlé à une certaine crédulité. Collectionneur insatiable, Il fut à l’initiative d’un important cabinet de curiosité dont Philippe Bonnani fit l’inventaire quelques années plus tard sous le titre Museum Kircherianum.
Il publia de nombreux ouvrages sur l’Egypte, le magnétisme, l’astronomie, la géographie, la lumière…et  « ce savant universel  a écrit plusieurs ouvrages sur la musique parmi lesquels brille en première ligne le Musurgia Universalis » (Larousse XIXe).
Dans le Musurgia Universalis, paru en 1650 chez Corbeletti à Rome en deux volumes un folio Kircher veut présenter un ensemble exhaustif de tout ce qui concerne, le son et la musique : tant la génération du son, que sa  propagation,  la composition, les règle de l’harmonie et de la mélodie, la fabrication des instruments de musique,   il donne beaucoup d’importance au placement de la musique dans l’harmonie du monde, et aux proportions harmoniques….il évoque également les effets de la musique sur la santé, tant de l’homme bien portant, que malade, et cite la guérison de la piqure de Tarentule par l’audition de musique, ouvrant la voie à la musicothérapie.  
Il présente de manière tout à fait intéressante la musique de son temps, se fait aider pour cela par le maître de chapelle Antonio Maria Abbatini et s’appuie sur des exemples concrets empruntés à Allegri, Frescobaldi, Froberger, Monteverdi, Palestrina etc.
Nettement influencé par L’Harmonie universelle de Marin Mersenne et Le istitutioni harmoniche de Zarlino qui lui ont ouvert la voie sur certains points précis, ce Musurgia Universalis bien plus exhaustif est considéré comme la première encyclopédie complète sur la musique jamais imprimée. On trouve dans le dictionnaire de Trevoux la définition de Musurgie « l’art de consonance et de la dissonance, ouvrage sur la musique, traité de la musique théorique et pratique ».

la main de Gui d’Arezzo  
L’ouvrage se divise en dix livres, eux-mêmes divisés en plusieurs parties :- Livre I De Natura Soni & Vocis: de la nature du son et de la voix-Livre II De Musica & Instrumentis Hebræsorum & Græcorum: de la musique et des instruments des hébreux et des grecs- Livre III De Harmonieorum numerorum doctrina: doctrine  de l’harmonie des nombres- Livre IV De Geometrica diuisione Monochordi: de la division géométrique du monocorde-Livre V De componendarum omnis generis melodiarum certà: de l’harmonisation de la musique religieuse-Livre VI De Musica Instrumentali: des instruments de musique-Livre VII De Musica Antiqua & Moderna: la musique ancienne et moderne
Les livres VIII  IX et X touche à l’ésotérisme, à l’occultisme, et au côté surnaturelle de la musique, à son influence sur l’homme et son  placement dans l’harmonie du monde,  aux proportions harmoniques, mais également au cabinet de curiosité avec les automates musicaux.
-Livre VIII De Musurgia Mirifica, feu Artificio componendi quafuis nouo, ac faciilimo componendi quafuis: de la musique merveilleuse (…)de l’art de sa composition-Livre IX – De Magià Consoni & Dissoni, in quà reconditiora sonorum per varias experientias in lucem proferuntur ac declarantur: de la magie des consonances et dissonances de divers expériences-De Organo decaulo in quo per 10. Registra demonstratur naturam rerum in omnibus obseruasse musicas harmonicas proportionnes: de La démonstration des registres et des harmonies en rapport à la nature.
L’impression est luxueuse, l’ensemble des deux volumes est agrémenté de très nombreux bois dans le texte, de multiples exemples musicaux,  et de grandes planches hors texte, qui  le rende très vibratoire et séduisant, et donnent envie à tout non latiniste comme je le suis, de sortir son Gaffiot pour se plonger dans ces explications parfois ésotériques.

Tous les exemples musicaux sont en typographie et non gravés. 

Alors que quelques années auparavant Marin Mersenne avait eu la plus grande difficulté pour publier à tout petit nombre son harmonie universelle, Kircher, fort de sa notoriété, semble avoir bénéficié d’un tirage beaucoup plus important, et ce livre est encore présent dans de nombreuses bibliothèques publiques, toutefois en main privé et complet des planches il semble très peu fréquent.
Les planches les plus célèbres sont : 
Trois siècles avant les travaux d’Olivier Messiaen, celle de la retranscription des chants d’oiseaux. 

Mais également la fameuse machine à composer de la musique, qu’il dessine et théorise, devenant  par ce fait le père fondateur de la musique aléatoire et combinatoire.  

Une planche présente également l’harmonie universelle de la musique dans l’esprit de l’harmonia mundi de Kepler, mais associant les six registres de l’orgue aux six jours de la création du monde.

D’autres figures in texte sont inspirées directement de la divine proportion de Pacioli et Vinci, ou des dix livres d’architecture de Vitruve.

Les planches d’automates et d’instruments sont également importantes pour l’organologie.

Provenance :
Ces deux volumes bien qu’achetés dans deux librairies différentes sont à coup sûr de la même bibliothèque, puisqu’ils ont les mêmes reliures usagées et les mêmes petits défauts liés à une légère reprise d’humidité en gouttière. Séparés sans doute lors d’une vente de manette très bien organisée et valorisée !…
Je ne sais rien de plus sur la provenance, ils n’ont aucun cachet, ni exlibris, si par hasard un lecteur du blog avait des infos sur la (les ?) ventes dont proviennent ces Kircher, je les accepterais avec plaisir, les libraires me les ayant vendu ayant été fort peu diserts, n’ayant sans doute pas souhaité divulguer leur source à un confrère, même si c’était pour sa collection personnelle, ce que je peux comprendre, mais c’est frustrant d’un point de vu bibliographique. 

Biblio : Fetis T5 35. Honegger Dict. Musique les hommes et leurs œuvres 653. Moreri 1759 TVI K37. Larousse XIXe T9 1216. Trevoux 1744 TIV1068.  Caillet Sciences occultes T2 5785.
Daniel B. 

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

La physique du monde de Marivetz – Quelques Nouvelles et Questions.

La physique du monde de Marivetz – Quelques Nouvelles et Questions.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je vous propose de retrouver ce soir un message de Bernard, le bibliophile scientifique, à moins que cela ne soit l’inverse, sur la Physique du Monde de Marivetz, l’un des ces fabuleux livres anciens scientifiques qui éblouissent les béotiens comme moi de leurs planches. Merci beaucoup à lui, il va me permettre d’aller me remettre au lit pour me soigner! En fin de message, quelques nouvelles de La Nouvelle Revue des Livres Anciens et les photos de reliure envoyées par Patrick en réponse au message de Lauverjeat.

La Physique du Monde est un ouvrage de physique étonnant, volumineux, plein de connaissances mal exploitées. L’auteur avait l’ambition d’expliquer tous les phénomènes physiques. Il a beaucoup lu mais mal compris … L’intérêt de l’ouvrage réside surtout dans ses vingt grandes planches dépliantes, conçues par Goussier et coloriées à l’époque.

Le baron Etienne Claude de Marivetz (1728-1794), fils d’un receveur des gabelles de Bourges, s’adonne de bonne heure à l’astronomie et à la physique. Louis Jacques Goussier (1722-1799), rédige quelques articles de l’Encyclopédie et en dirige la gravure des planches. Marivetz commence, avec Goussier, une géographie physique de la France, dont ils ne publient que l’introduction en 1779. Marivetz compose cette Physique du monde, plus volumineuse que remarquable, associé également à Goussier qui réalise les planches. .
PHYSIQUE DU MONDE. Paris, Quillau. 1780 -1787.5 tomes en 7 volumes in-4 ; (4), (4), (4), CXXXII, 248 pp ; 70 pp (dictionnaire des termes) – (4), (6), (2) pp, pp (V) à XIV, pp (15) à 318 ; (2), 210 pp (explication des planches) ; pp 74 à 114 (1er supplément au dictionnaire) – (4), (4), 24, XX pp, pp (21) à 392 ; pp (117) à 195 (2ème supplément au dictionnaire) – (4), (12), 554 pp ; pp (197) à 201 (3ème supplément au dictionnaire) ; 43 pp (explication des planches) – (4), IV, (4), XVI, 8, 65 pp, 1 pl, 92, 344, (2) pp. – (4) pp, pp (V) à XXXII, 468 pp. – (4) pp, pp (V) à XXIV, 398, (2) pp ; 49 pp, 1 tableau (table des planètes). Les superbes planches dépliantes, en couleurs, numérotées I à XX, sont reliées à la fin des volumes 3, 4 et 7.

Entre temps, Marivetz exploite une manufacture de glaces, où il perd la plus grande partie de sa fortune. A Langres, dès 1784, quelques mois seulement après les premières expériences des frères Montgolfier, il tente les premières ascensions aérostatiques. Arrêté à Langres sous la Terreur, il est envoyé à Paris et meurt sur l’échafaud révolutionnaire.

Cet ouvrage complet est très rare, une partie des exemplaires ayant été vendue à l’épicier, par suite du dérangement des affaires de Marivetz et ceux qui restaient chez Barrois le jeune à la mort de l’ auteur ayant été livrés à la nation par suite de la confiscation et envoyés à l’ Arsenal pour être employés à des gargousses.

Cet ouvrage, dit Lalande, n’est pas ce qu’il aurait été, si l’auteur s’en fût occupé dans sa jeunesse. Quelques-unes des opinions de Marivetz, qui croit pouvoir tout expliquer dans le système de Descartes comme dans celui de Newton, et qui calcule tout, dans sa physique, sans recourir à l’hypothèse du mathématicien anglais, ont été combattues par M. de Bernstolf ( Journal des savants, 1783), et soutenue dans une Réponse à l’Examen de la physique du monde parue en 1783.

La composition de l’ouvrage est assez compliquée :
Premier tome : Discours préliminaire – Préface – Lettre à M. Sennebier – Idée de l’ouvrage – Essai sur l’histoire de la Cosmogonie – Dictionnaire des termes peu usités dans le langage ordinaire et qui sont employés dans ce volume (70 pages).
Deuxième tome : Avant propos – Physique du monde : Première partie – Seconde partie : Explication des planches – Supplément au dictionnaire du volume précédent (pages 73 à 114).
Troisième tome : Observations des auteurs de l’ouvrage intitulé Physique du Monde, insérées dans le Journal de Paris du 2 juin 1782 – Lettre de M. le Baron de Marivetz à M. Bailly, de l’Académie des Sciences – Physique du Monde de la lumière – Supplément au dictionnaire du volume précédent ( pages 117 à 195).
Quatrième tome : Lettre de M. le Baron de Marivetz à M. le Comte de La Cépède … sur l’élasticité – Avant-propos – Physique du Monde : De la vision – Supplément au dictionnaire du volume précédent (pages 197 à 201) – Explication des planches.
Cinquième tome, Première partie : Avertissement – Avant-propos – Réponse à l’Examen de la Physique du Monde paru en 1783 – Explication des figures (1 planche) – Correspondance entre Marivetz et Sallier – Physique du Monde : Introduction ( Feu, Création du Ciel, de la Terre et Production universelle de tous les corps). 
Cinquième tome, Seconde partie : Physique du Monde : Du Feu et de la Chaleur.
Cinquième tome, Troisième partie : Physique du Monde : Théorie du Feu – Table des Planètes -Tableau dépliant.


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Les photos de Patrick:



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6 Commentaires

  1. Cette restauration mors, tranchefile, coiffes, coins, sera faite dans les règles de l'art par Franck Michel L'Atelier de reliure à Grenoble, à qui vous pouvez confier vos ouvrages en toute sérénité. Mais le tempo du bibliophile, n'étant pas le même que celui de libraire, "presto ma non troppo" sera bien suffisant, et pour le moment je profite du texte en toute liberté, sans aucune crainte pour des reliures encore bien solides quand même.

    Daniel B.

  2. Ouvrages aux remarquables illustrations. Une restauration aux mors se serait imposée si ces ouvrages avaient été à la vente. On est moins exigeant avec ses propres volumes ? Pierre ;-))

  3. Merci Hugues pour la publication, @ Philippem effectivement je recherche avec assiduité tout ouvrage ancien de musicologie, ce qui est facilité par le métier de libraire. Pour celui-ci aiguillonné par les propos d'un des vendeurs qui m'avait clairement laissé entendre que l'autre volume devait probablement se trouver chez un confrère, cela a été assez rapide et sans mérite, la seule angoisse était l'origine unique ou non des volumes ? L'incertitude portait sur les reliures et une planche qui n'étant pas dans un volume devait être dans l'autre, pour les deux points la réponse était positive à réception. C'est dans ce cas un grand plaisir.

    Daniel B.

  4. Merci Daniel pour ce très intéressant article. Effectivement, vous avez eu de la chance de pouvoir rassembler les deux volumes, mais j'imagine que cette "chance" est également le fruit d'une recherche minutieuse …

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