Millon vend jusqu’au 9 septembre, sous le numéro 108, un exemplaire de La Joie de vivre de Zola, Charpentier, 1884. Le n° 15 des 150 sur Hollande, en demi-maroquin signé Moscovitz, porte une lettre autographe datée de Médan. La notice affirme que le roman doit encore paraître dans le Gil Blas.
Amis bibliophiles, bonjour.
Par Olympe Marcelet, inspectrice des plateformes, des mots-clés emphatiques et des miracles tarifés du marché numérique bibliophilique.
Mon métier consiste à lire ce que les vendeurs écrivent sur ce qu’ils vendent. Sur les plateformes, l’exercice a ceci de confortable qu’aucun de mes sujets ne prétend à l’expertise : le vendeur décrit son livre comme il peut, souvent mal, parfois de bonne foi, et personne n’a jamais promis autre chose. En salle des ventes, le contrat change. Quelqu’un a ouvert l’objet, l’a identifié, en a répondu, et sa notice engage davantage qu’une annonce. Il m’a semblé utile d’aller voir, pour une fois, ce que ce supplément recouvre.
Millon vend jusqu’au 9 septembre, sous le numéro 108, un exemplaire de La Joie de vivre d’Émile Zola, Charpentier, 1884, en demi-maroquin rouge à coins signé Moscovitz. C’est le n° 15 des 150 sur Hollande, seul grand papier. On y trouve deux ex-libris, celui de Marcel Silvain et celui de la bibliothèque du Dr Lucien-Graux, ainsi qu’une aquarelle originale non signée représentant une caricature antisémite et une lettre autographe de Zola datée de Médan, 7 novembre 1884. L’estimation est de 1 500 à 2 000 €, la mise à prix de 1 450 €, les frais de 25 %.
La reliure de Moscovitz, demi-maroquin rouge à coins, dos à cinq nerfs. Photo Millon / Drouot.
La page de titre et la justification : un des 150 exemplaires numérotés sur papier de Hollande. Photo Millon / Drouot.
De la lettre, la notice dit ceci, entre parenthèses : « à propos de la publication encore retardée des mémoires de Sarah Bernhardt et de la publication à venir de la Joie de Vivre dans Gil Blas ».
Le relevé est sur le site : la date du 7 novembre 1884, le feuilleton que le Gil Blas s’apprêtait alors à publier, le cliché coupé juste avant le chiffre qui tranche, et les cent trente-trois jours pendant lesquels la même notice a servi deux fois.
La seconde moitié de la phrase ne tient pas debout. La Joie de vivre a paru en feuilleton dans le Gil Blas de la fin novembre 1883 au début février 1884, puis en volume chez Charpentier en février 1884. Au 7 novembre 1884, il n’y a plus rien à venir de ce roman : le feuilleton est terminé depuis neuf mois et l’exemplaire mis en vente aujourd’hui est déjà relié. Ce que le Gil Blas s’apprête à publier à cette date, c’est Germinal, dont la première livraison paraîtra le 26 novembre. La lettre est écrite dix-neuf jours plus tôt, au moment où un romancier prévient ses correspondants.
Jusque-là, rien qui mérite un article. Les catalogues se trompent, c’est un métier difficile, et une erreur de titre se rattrape.
Ce qui mérite un article, c’est la photographie. La maison en publie cinq, dont une de la première page de la lettre, prise à plat, nette, parfaitement lisible. Quelqu’un a donc sorti le volume de son rayonnage, l’a ouvert à cet endroit, a posé la lettre sous la lumière et l’a cadrée. La voici :
La lettre de Médan, 7 novembre 1884, telle que la maison la reproduit. Le cliché s’arrête sur le quantième. Photo Millon / Drouot.
« Médan 7 nov. 84
Cher monsieur,
On vous a trompé, il n’est nullement question encore de publier les Mémoires de Sarah Bernhardt. C’est même une affaire qui paraît devoir être retardée indéfiniment. Du reste, j’ai fait parler à la grande artiste, vous seriez averti s’il y avait urgence. Entre nous, je vous le répète, on ne s’en occupe plus du tout.
C’est décidément le 2⟨ ⟩ de […] »
Il y a là un paragraphe sur Sarah Bernhardt, que la notice a manifestement lu puisqu’elle le résume correctement, et une seconde phrase, celle qui donne la date, qu’elle a résumée de travers. Le cliché s’arrête juste avant le mot qui aurait tranché : un 2 suivi d’un chiffre que le cadrage ampute, et la seconde page de deux lignes, que le catalogue mentionne pourtant, n’est pas reproduite. On cherchera longtemps, en novembre 1884, dans le Gil Blas et sous la plume de Zola, un autre 2-quelque-chose que le 26.
Voilà où j’en viens. La lettre a été tenue, ouverte, éclairée et photographiée. Tout ce qui coûte du temps a été fait, sauf la seule opération qui coûte une véritable attention, qui est de la lire jusqu’au bout. On a saisi le titre du volume qui l’abritait et on l’a reporté dans la parenthèse.
L’excuse habituelle, à ce stade, est probablement celle du nombre : une vacation, c’est des centaines de lots, on ne peut pas tout ouvrir. Elle ne s’applique pas ici, parce que ce lot a été catalogué deux fois. Millon l’avait déjà présenté le 29 avril dernier, sous le numéro 495, avec une notice identique au mot près, jusqu’à la référence à Vicaire. Entre les deux ventes, le volume est revenu, il a été repris en main, remis en ligne, réestimé au même prix. Le même texte figure aujourd’hui sur la fiche du lot 108, sur la fiche archivée du lot 495 et sur celle de la Gazette, sans qu’aucune des trois ait bougé en cent trente-trois jours. Deux expertises, aucune lecture.
Le même rédacteur, notons-le, sait très bien travailler quand il s’y met. Trois lignes plus haut, il distingue la pré-originale en feuilleton du tirage à part de 1883 non mis dans le commerce, et prend soin de préciser lequel constitue la véritable originale. Cela demande de la bibliographie et du métier. Six lignes plus bas, il fait annoncer en novembre 1884 un roman paru en février de la même année. Ce qui manque n’est donc pas la compétence.
Médecin et industriel, Graux avait réuni l’une des plus considérables bibliothèques de son temps. Entré dans la Résistance en juin 1940, il fut arrêté par la Gestapo à son domicile en juin 1944 et mourut à Dachau le 10 octobre suivant. Sa veuve fit disperser ses livres en neuf ventes entre 1953 et 1958, sous le marteau de Maurice Rheims.
Marcel Silvain, dont l’ex-libris précède celui de Graux dans la chaîne de provenance, a droit à son nom et rien de plus. Le lecteur est prié de trouver cela distingué.
Les deux ex-libris, face à face : Marcel Silvain sur la garde, la bibliothèque du D· Lucien-Graux en regard. Photo Millon / Drouot.
Reste à situer l’endroit exact où le travail n’a pas été fait, et c’est le plus gênant. Un exemplaire comparable des 150 Hollande, en demi-maroquin avec ses couvertures, s’est adjugé 500 € chez Daguerre Val-de-Loire sur une estimation de 500/700. L’écart avec les 1 500/2 000 € demandés ici ne paie pas le livre, il paie la lettre et l’aquarelle. Les deux seules pièces du lot sur lesquelles repose l’estimation sont exactement les deux qui n’ont pas été regardées.
Sur les plateformes que j’inspecte d’ordinaire, personne ne se prétend expert, et j’ai fini par trouver à cette franchise une forme de vertu. Le mot suppose que quelqu’un a ouvert l’objet à la place de l’acheteur, puisque l’acheteur, lui, ne le peut pas. Ici, l’objet a été ouvert et photographié, et personne ne l’a lu.
Ce n’est pas interdit. Il suffisait de lire la lettre.
GUILDE · OM/PLATEFORMES-6
Sources : fiche du lot 108, vente Millon « Bibliophilia — Livres & Manuscrits », clôture le 9 septembre 2026 (drouot.com) ; fiche du lot 495, vente Millon « Bibliophilia, livres et autographes », 29 avril 2026 (drouot.com, Gazette Drouot, catalogue de la vacation). Dates du feuilleton de Germinal dans le Gil Blas : notice BnF du feuilleton (catalogue.bnf.fr). Point de comparaison : lot 334, Daguerre Val-de-Loire, autre exemplaire des 150 Hollande, adjugé 500 €. Biographie de Lucien Graux : notice encyclopédique. Les catalogues des ventes Lucien-Graux (Me Maurice Rheims, 1953-1958, neuf parties) ne sont pas numérisés, ni sur Gallica ni ailleurs en accès libre ; la cinquième partie (Drouot, 12-13 décembre 1957 : éditions originales de la période romantique et du Second Empire, envois et lettres autographes) est celle où un Zola de ce profil avait sa place, et reste à consulter sur exemplaire papier.
La lettre du bibliophile
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Amis Bibliophiles bonjour, Si certaines existent encore, formelles ou informelles, au grand jour ou pas, les sociétés de bibliophiles furent la grande affaire des XIXe et XXe siècles. Je vous propose de redécouvrir ces principales sociétés de bibliophiles à travers un cycle d’articles qui leur seront consacrés. La Société des Bibliophiles François, fondée en 1820, est la doyenne de ces sociétés (on ne connaît qu’une seule société qui soit sa doyenne, le Roxburghe Club de Londres, mais nous aurons l’occasion d’y revenir). En 1819, en effet, MM. de Chateaugiron, de Pixerécourt, Walckenaër, de Malartic, Durand de Lançon, Bérard, Edouard de Chabrol et de More-Vindé, tous grands amateurs et possesseurs de bibliothèques, conçurent le projet de former une société dans le but de faire imprimer des ouvrages inédits, ou de réimprimer des ouvrages très rares, ce qui restera sa caractéristique principales et sa différence majeur avec les autres sociétés qui furent créées par la suite (et dont l’objectif fut souvent de publier des livres d’art, bien illustrés, tirés à petit nombre). Cette société, fondée le 1er janvier 1820, prît le nom de Société des Bibliophiles François. Aux 8 membres fondateurs, cités ci-dessus, s’ajoutèrent bientôt 16 autres membres et 5 membres associés étrangers, portant l’effectif à 29 (la société atteindra un chiffre maximal de 35 membres). C’est l’objectif recherché par la Société lui-même qui de facto, définira le recrutement des membres. En effet, la Société des Bibliophiles François n’intègre pas de bibliophiles amateurs de belles estampes, et désirant illustrer somptueusement, idéalement de façon annuelle, un chef-d’oeuvre de la littérature française, en accordant un soin particulier au choix du papier, des caractères, de l’illustrateur, de la composition et du tirage. La Société des Bibliophiles François est plutôt une réunion de savants, de gens du monde possesseurs de bibliothèques, d’archives de famille, susceptibles d’apporter à la Compagnie un manuscrit précieux encore inédit, de faire une trouvaille historique ou littéraire, telle des lettres de Louis XIII au Cardinal de Richelieu…, ou de proposer par exemple la réimpression de Roti-Cochon, ouvrage de 1689 destiné à enseigner la lecture aux enfants… ou encore les Commentaires de la Guerre gallique. La Société des Bibliophiles François publia ainsi moins d’une cinquantaine d’ouvrages, qui sont tous aujourd’hui devenus rares et très recherchés des amateurs. On le voît, cette Société peut presque être considérée comme une académie privée des inscriptions et belles lettres, un salon. Les réunions se tenaient d’ailleurs dans le salon d’un des membres de la Société, ou chacun, comme dans une académie, retrouvait son « fauteuil », portant son numéro d’ordre d’admission. Les jetons de présence et le papier à lettres de la Société des Bibliophiles François s’ornent de l’effigie de Jacques Auguste de Thou, « patron de la compagnie », qui incarne parfaitement l’objectif historique que s’était donné la Société. On y retrouvera bien sûr la noblesse (le Comte de la Bédoyère, le baron Pichon, le duc d’Aumale, le prince de Metternich), l’armée et des bourgeois (Ambroise Firmin-Didot, Jules Janin, etc.) et même, c’est à souligner… quelques femmes ainsi la marquise de l’Aigle, la comtesse de Galard, la duchesse de Broglie, la duchesse de Clermont-Tonnerre, la duchesse de Bisaccia. Ces membres se réunissaient tous les 15 jours de décembre ou janvier à mai ou juin. Un banquet annuel réunissait les membres de la Société. Le plus célèbre d’entre eux, fut celui organisé par Prosper Mérimée au cours duquel furent servis successivement un potage, un turbot, de la selle de mouton, un poulet à la marengo, une timbale à la portugaise et sorbets… pour terminer le premier service, avant de reprendre avec des poulardes truffées, une terrine de Nontron, des asperges en branches, des écrevisses, puis enfin les entremets et les gâteaux; laissant Mérimée sur sa faim puisqu’il se plaignît de ne pas avoir pu se procurer des « huîtres de Marennes ou d’Ostende ». S’il était naturellement accepté que les membres vendent des ouvrages (soit de façon organisée via des ventes aux enchères, soit de façon occasionnelle), aucune personne faisant commerce de livres ne pouvait y être admise. Le baron Jérôme PichonCette Société se caractérise également par son absence de président à l’origine, les membres fondateurs dirigeant à tour de rôle les débats et occupant le fauteuil « présidentiel ». C’est un président, néanmoins, qui lui donnera un essor notable et permettra de multiplier les publications: le baron Pichon, qui la présida de 1844 à 1894 (réélu chaque année), et accueillit les réunions chez lui, dans son appartement de la Rue Blanche, puis dans son hôtel de Lauzun, quai d’Anjou. A partir de cette seconde moitié du XIXe, le bureau de la Société des Bibliophiles François se composait du président, d’un secrétaire et d’un trésorier. La Société imposait à ses membres des cotisations annuelles de 200 francs, doublées d’un droit d’entrée de 800 francs. Ce sont ces cotisations qui permettaient de financer les frais d’impressions des ouvrages, qui furent soit imprimés uniquement pour les membres, soit tirés à un nombre d’exemplaires plus importants, et proposés aux amateurs qui non membres par le libraire de la Société, M. Francisque Lefrançois (cette vente annexe permettant d’équilibrer le financement d’un ouvrage). La Société, si elle ne se focalisa qu’à quelques occasions sur l’illustration, apporte un grand soin à ses ouvrages, allant même jusqu’à acquérir des caractères anciens (par exemple ceux gravés en 1730 par Fleischmann pour les Westein, utilisés à la composition de l’Heptaméron de Marguerite de Navarre en 1853-1854). La Société des Bibliophiles François occupe donc une place bien à elle dans les sociétés de bibliophiles françaises: académie privée à la dimension historique plus que littéraire, nombre de sièges extrêmement réduit, présence significative de femmes, publications curieuses, livres rares et d’érudition, plutôt que fuite en avant dans la recherche du « beau livre ». Focus: Les Commentaires de la Guerre Gallique (1894), orné de 24 portraits, 61 miniatures et 3 cartes, tiré à 31 exemplaires, 29 pour les membres de la Société, un pour la Bibliothèque Nationale et un pour le British Museum. Les Commentaires de la Guerre Gallique est l’un des ouvrages les plus remarquables publiés par la Société des Bibliophiles François. Il illustre parfaitement la mission que s’était donnée la Société. J’ai le plaisir de vous présenter cet ouvrage, dont je possède un exemplaire (exemplaire Prince de Metternich, reliure de Carayon). Au lendemain de Marignan, le Roi François 1er se souvint que quinze siècles auparavant un grand capitaine avait vaincu les Suisses et raconté sa campagne dans un livre immortel. Le Roi voulut le lire et commanda qu’on lui mît en bon français le récit de ce prédécesseur. La Société des Bibliophiles François, sous l’inspiration d’un Prince issu du même sang glorieux que le Roi François 1er, le duc d’Aumale, décida de reproduire ces trois volumes, et ils furent réimprimés pour ses vingt-neuf membres. Le destin de cet ouvrage fût cahotique… On suppose ainsi qu’il fut sorti du trésor royal au temps de la Ligue, soit par le pillage du cabinet du roi Henri III dont les dépouilles furent vendues à l’encan devant l’Hôtel de ville, soit par les vols commis dans la bibliothèque du Roi, transportée de Fontainebleau à Paris sous le règne de Charles IX. Jean Gosselin qui était à cette époque garde de la bibliothèque, dans une note écrite au verso de la reliure d’un manuscrit intitulé La Marguerite des vertus et des vices, accuse le président de Nully « de s’être saisi de la bibliothèque Roi environ la fin du mois de septembre, ayant fait rompre la muraille pour entrer en ladite librairie, laquelle il a possédée jusqu’environ la fin du mois de mars de l’an 1594… Durant le temps susdit ont été emportés de la dicte librairie plusieurs livres dont le commissaire Chenault fit enquête après que le dict Président eut rendu cette librairie ». A la suite et dans une seconde note, Jean Gosselin signale les tentaives faites par le célèbre ligueur Rose, évêque de Senlis, familier ami du Président susdit, et d’autres ligueurs de moindre importance « pour posséder la dicte librairie. Mais feu de bonne mémoire le président Brisson, à ma requête et sollicitation, a empêché leur intention». Ce certificat délivré au président Barnabé Brisson est en contradiction avec un passage des lettres de Scaliger qui l’accuse d’avoir transporté à son hôtel beaucoup de livres et de manuscrits de la librairie du Roi qu’après sa mort sa veuve avare vendit pour un morceau de pain (vidua avara frustro panis, si ita loqui fas est, dividendi). Dispersés par les événements, les trois volumes des Commentaires de Guerre Gallique sont restés séparés. Et ils le sont toujours. Le tome premier reparaît peu de temps après dans la bibliothèque de Christophe Justel, conseille et secrétaire du Roi, ainsi que l’apprend une note écrite au recto du premier feuillet (bibliothecae Christofori Justelli)… Quelque temps avant la révocation de l’édit de Nantes, Justel passa en Angleterre avec sa bibliothèque. Il devint bibliothécaire du Roi d’Angleterre et mourut en 1698. Après lui ce premier tome passa dans la bibliothèque de lord Harley et entra avec la collection Harléienne au British Museum. Le deuxième volume est arrivé aux mains de M. Van Praet d’une source inconnue. Il a été acheté par lui pour le compte des frères de Bure, les grands libraires, qui l’ont légué à la Bibliothèque Nationale où il est entré en 1852. Le troisième était la propriété d’un Tourangeau, qui après l’avoir gardé quarante ans dans son armoire, le donna au colonel Lacombe sans dire d’où il était venu (…). Il fut acheté par le libraire Téchener, qui l’a revendu en 1854 à Mgr le duc d’Aumale. Il est maintenant un des joyaux de la bibliothèque de Chantilly. Grâce à la Société des Bibliophiles François, les trois livres furent rassemblés le temps de réimprimer l’ouvrage. L’œuvre consiste en un dialogue entre François 1er et César. La première apparition du romain au roi de France est supposée avoir eu lieu « le dernier jour d’Avril, ung moys après la nativité de son second fils en son parc de Saint-Germain-en-Laye ». S’ensuivent plusieurs apparitions dans des forêts ou des parcs. Au-delà des qualités de l’impression, c’est la beauté de l’illustration qui frappe le lecteur : les miniatures sont magnifiques, admirablement réhaussées par les miniaturistes Benard et Guerrier, et le style de Godefroy est superbe, qui mélange les costumes romains, comme on les comprenait à la Renaissance, et les costumes italiens des premières années du XVie siècle. Laissons la parole à Janin dans l’Almanach du bibliophile pour l’année 1898, pages 131-132.« Terminons enfin cet exposé critique des livres de l’année, sur le dernier volume des Commentaires de la Guerre Gallique, réédités aux frais de la Société des Bibliophiles François. Les Commentaires de la Guerre Gallique ne sont point un livre, mais un manuscrit, en trois tomes, que les Bibliophiles françois ont reproduit en fac-simile, pendant le cours des années 1895, 1896 et 1897. Mais c’est, à coup sûr, une curiosité de bibliothèque, et plus encore une œuvre de grand art, par le soin minutieux qui a été apporté à la reconstitution exacte de l’original. Les nombreuses et superbes miniatures que fit Godefroy le Hollandais pour illustrer la traduction libre de Albert Pighe, de Campen, en Hollande, mathématicien ami d’Erasme, à qui François 1er avait confié le texte, — première traduction française de l’ouvrage de Jules César, — ont été rendues avec la fidélité scrupuleuse que permettent aujourd’hui les procédés photographiques mis en œuvre avec habileté, et corrigés par un artiste. Le texte, manuscrit dans l’original, est imprimé, dans la reproduction, avec un corps antique de noble aspect. L’ouvrage ainsi transposé a un caractère de réelle grandeur, et mérite les éloges les plus absolus. Les manuscrits sont, l’un au British muséum, l’autre à la Bibliothèque Nationale, le troisième à Chantilly ; la réédition n’a été faite qu’à 31 exemplaires, dont deux seulement ont été déposés dans les collections publiques, du British, à Londres, et de la Nationale, à Paris. C’est certainement l’ouvrage le plus rare de cette année 1897, qui, en fin de compte, n’aura pas été l’année de la Comète du livre. » Cet ouvrage est typique de l’oeuvre de la doyenne des sociétés de bibliophiles françaises, la Société des Bibliophiles François. H
Dictionnaire Encyclopédique du Livre Histoire des Sociétés de Bibliophiles, Raymond Hesse
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N’accablons pas trop les « paresses » des experts car elles nous offrent parfois l’occasion de faire de bonnes affaires !