Dossiers cliniques de l’IGLI: l’atlas cannibale

Service spécial de surveillance zoobibliologique
Inspection Générale du Livre Imprimé (IGLI)

Par le docteur Fulbert de Cuirac, vétérinaire assermenté des entités imprimées, expert près le Bureau des manifestations anormales du Livre, chargé de mission pour les troubles expansifs du document relié.

Amis bibliophiles, bonjour.

On se figure volontiers qu’un atlas est un livre comme un autre, à cette différence près qu’il contient davantage de cartes, de noms de lieux, de golfes, de caps, de provinces, de fleuves, et, par conséquent, davantage de poussière entre les pages lorsqu’il a trop longtemps sommeillé sur son rayon. C’est là une erreur commune, excusable chez le lecteur ordinaire, beaucoup moins chez l’homme de cabinet. Un atlas n’est pas seulement un livre qui montre le monde. Il est un livre qui supporte difficilement qu’une portion du monde lui manque.

L’IGLI a eu plusieurs fois l’occasion de rappeler ce principe, souvent négligé par les possesseurs de grandes cosmographies et de lourds recueils chorographiques. Les atlas de vaste ambition, surtout lorsqu’ils ont longtemps régné sans partage sur une tablette honorable, développent avec l’âge une susceptibilité territoriale que l’on aurait tort de réduire à un simple orgueil de reliure. Ils tolèrent médiocrement l’étroitesse des meubles, plus médiocrement encore la proximité des compilations de second ordre ; mais ils tolèrent moins que tout l’existence, dans leur voisinage immédiat, d’une terre, d’une île, d’un rivage, d’un peuple, même douteux, même satirique, même mensonger, qui échappe encore à leur autorité descriptive.

Je l’écris ici sans goût pour la formule, mais parce que les faits m’y contraignent : un atlas n’aime pas qu’il existe, dans son voisinage immédiat, une portion du monde — fût-elle fausse — qui échappe encore à son autorité.

Le cas qui suit, traité par l’Inspection sous la référence E.C.A.V. 3expansion cartographique assimilatrice de voisinage, troisième espèce documentée — demeure à ce jour l’un des plus nets et des plus utiles de cette catégorie.

L’affaire fut signalée à l’IGLI au commencement de l’automne dernier par le vicomte d’Aubeterre-Lesdiguières, possesseur d’une bibliothèque de province dont les défauts étaient ceux de toutes les bonnes bibliothèques privées : belle ordonnance générale, classement ancien, notices lacunaires, certitudes héréditaires, et cette légère fatigue du meuble savant qui trahit moins le négligé que la confiance.

Le message, rédigé d’une main ferme mais manifestement agacée, ne faisait d’abord état que d’un “désordre réitéré autour d’un atlas de Blaeu”, lequel “débordait de son logement à un degré ne pouvant plus être imputé à la seule épaisseur des ais”.

Cette formulation, en d’autres mains, eût pu n’être qu’une plainte de collectionneur embarrassé par l’envergure naturelle d’un grand volume. Mais deux détails, heureusement consignés, retinrent l’attention du Bureau des manifestations anormales du Livre. Le premier était que l’atlas semblait gagner chaque semaine un peu de place sur la tablette, non qu’il se déplaçât à proprement parler, mais parce que son corps paraissait s’épaissir de l’intérieur, refoulant peu à peu les ouvrages voisins. Le second, plus sérieux, était que plusieurs rubriques nouvelles avaient été relevées dans la table, et que le propriétaire croyait reconnaître, entre deux sections anciennes, un développement insulaire qu’aucun récolement familial ne mentionnait.

Le vicomte, homme exact en ce qui touchait ses serrures et ses indignations, ajoutait qu’un exemplaire de Gulliver, rangé depuis des années au voisinage immédiat du Blaeu, paraissait “avoir perdu de sa substance”, tandis qu’un petit More latin, contenant l’île d’Utopie, semblait désormais “plus mince de portée qu’il n’est convenable à un ouvrage si célèbre”. Cette dernière remarque, où la perplexité le disputait à l’orgueil blessé, justifia qu’on ouvrît sans délai un dossier.

Le dossier me fut confié en raison d’antécédents comparables, notamment une observation ancienne sur un portulan méditerranéen atteint d’hypertrophie marginale, et une intervention, plus discrète, sur un recueil de plans militaires qui tendait, les nuits de brouillard, à annexer par interpolation plusieurs positions qu’il n’avait jamais officiellement relevées. J’acceptai la mission et me rendis sur place accompagné de Mlle Berthe Lépine, bibliothérapeute de quarantaine, et du sous-inspecteur Achille Peutre, dont le sang-froid en matière de déplacement spontané des ouvrages n’est plus à démontrer, quoiqu’il s’en prévale souvent lui-même avec une insistance que les faits n’exigent pas toujours.

L’atlas incriminé occupait le troisième rayon d’une grande armoire grillagée, entre une cosmographie latine du XVIIe siècle et, fait plus significatif qu’il n’y paraissait d’abord, une rangée mêlée de voyages, d’îles imaginaires et de relations fabuleuses que le propriétaire avait rapprochées là, disait-il, “par amusement comparatif”. Il s’agissait d’un grand in-folio en veau brun, dos à nerfs, pièce de titre rouge brunie par le temps, coiffes un peu frottées, ais puissants, gardes renouvelées au siècle dernier avec une correction sans éclat. Rien, au premier coup d’œil, qui dût éveiller l’effroi. L’ouvrage avait même cette dignité lourde et satisfaite des volumes qui savent valoir plus par leur masse que par leur grâce. Je remarquai seulement que son insertion dans le rayon était anormalement tendue : la tablette semblait le contenir moins qu’elle ne cédait sous lui.

Le vicomte, qui observait mes premières constatations avec cet air à la fois supérieur et anxieux qui caractérise les propriétaires bien nés lorsqu’ils sentent que leur bibliothèque commence à leur échapper, me demanda si je croyais à un simple gonflement dû à l’humidité. Je lui répondis qu’en matière de livres anciens, l’humidité explique beaucoup, mais qu’elle n’a jamais encore rédigé de nouvelles rubriques de table. Il se tut avec cette docilité momentanée qu’on obtient parfois d’un aristocrate lorsqu’on a parlé comme un vétérinaire.

L’examen préliminaire fut conduit selon le protocole Cart. 6, applicable aux spécimens d’autorité territoriale soupçonnés de comportement annexionniste. Je relevai d’abord les dimensions extérieures du volume, puis son épaisseur utile au mors, la pression exercée sur les ouvrages voisins, le bombement du dos, enfin la souplesse des cahiers centraux. Les chiffres, comparés à ceux d’un récolement ancien conservé dans les papiers de famille, confirmaient un phénomène d’augmentation. L’atlas n’était pas déformé. Il était devenu plus abondant.

Cette nuance, négligée par les amateurs, est capitale. Un livre se déforme lorsqu’il souffre. Il augmente lorsqu’il réussit.

Nous procédâmes ensuite à la comparaison de la composition actuelle du volume avec les descriptions plus anciennes. La bibliothèque possédait, par bonheur, deux états de référence : un inventaire manuscrit de 1894, sec, précis, manifestement rédigé par un homme qui savait compter les cartes sans chercher à les admirer ; et un récolement du début du XXe siècle, établi sans style mais non sans conscience, lors d’un déplacement partiel des armoires après réfection des boiseries. Tous deux concordaient sur un point : évidemment, aucune mention n’y figurait d’une carte de Lilliput, ni d’une notice relative à l’organisation, aux dimensions, aux usages politiques et aux particularités topographiques de cette île. Aucune mention non plus d’une rubrique propre à Utopia Insula.

Or, dans l’état présent du volume, la carte de Lilliput existait bel et bien.

La carte de Lilliputia telle qu’elle figure désormais dans le Blaeu. On notera la rectitude du tracé côtier et la sobriété du cartouche — rien, dans la facture, ne trahit une incorporation récente.

Je ne dis pas qu’elle avait été glissée là comme une recommandation dans un dossier mal ficelé. Je ne dis pas non plus qu’un faussaire entreprenant s’était amusé à compléter un Blaeu avec les rêveries d’un satiriste anglais. Je dis qu’elle se trouvait là comme chez elle. Elle n’offrait ni couture suspecte, ni collage de fortune, ni rupture visible dans l’économie de l’ensemble. Elle s’insérait avec cette autorité tranquille qui fait les plus grands désordres bibliographiques. Le papier ne jurait pas ; l’encre non plus. Le style du cartouche, l’ordonnance du titre, jusqu’à une certaine manière de border les côtes, tout conspirait à lui donner l’air non d’une intruse, mais d’une possession ancienne.

C’était une très mauvaise nouvelle.

Car le faux, si raffiné soit-il, trahit presque toujours quelque ambition. L’assimilation parfaite, elle, ne flatte personne. Elle indique qu’un volume a cessé de juxtaposer pour commencer d’incorporer.

Quant à l’île d’Utopie, elle ne figurait pas encore formellement dans la table ; mais certains développements du volume, par leur ton, leur densité descriptive et une sorte d’impatience classificatoire, laissaient déjà soupçonner qu’elle travaillait le spécimen de l’intérieur. L’atlas n’avait pas encore déclaré sa conquête ; il en préparait l’administration.

J’ouvris ensuite le Gulliver voisin. Le livre avait mauvaise mine. L’expression n’est pas figurée ; elle est clinique. Le volume, naguère d’une tenue convenable, paraissait aminci dans sa substance intérieure. Certains développements relatifs à Lilliput, sans avoir entièrement disparu, semblaient comme dénutris, raccourcis de l’intérieur, privés de ce suc descriptif qui fait qu’un monde imaginaire tient debout. Le texte n’était pas mutilé selon le mode ordinaire du manque ; il était appauvri, comme si l’on en eût soutiré la part la plus assimilable.

Peutre, qui parcourait le chapitre avec l’air soupçonneux d’un gendarme chargé de contrôler la moralité d’un songe, leva les yeux et dit :
— On dirait qu’on lui a pris le terrain, mais en laissant les habitants.

Je ne corrigeai pas. L’image valait le rapport.

Le petit More latin présentait un état plus délicat encore. Là non plus, nul feuillet retranché, nul accroc, nulle amputation franche. Mais une lassitude de la conception. Plusieurs passages jadis vifs, où l’île d’Utopie se tenait encore par la netteté de ses institutions, semblaient désormais parler sous surveillance. Le livre n’avait pas perdu sa matière ; il avait perdu une part de son aplomb. Il exposait encore son île, mais avec la résignation d’un auteur auquel une administration supérieure aurait déjà emprunté l’essentiel pour le ranger ailleurs.

Mlle Lépine, qui sait écouter les livres comme d’autres tâtent les chevaux sous le poil, observa que le More “se défendait encore par l’idée, mais plus tout à fait par la forme”. C’était bien vu. L’ouvrage n’était pas vidé ; il était domestiqué.

Je demandai alors au vicomte si ces volumes avaient été, récemment, rapprochés, comparés, feuilletés ensemble, exhibés à des tiers. Il prit cet air légèrement confus qu’affectent les bibliophiles lorsqu’ils se découvrent eux-mêmes la cause élégante de leur malheur. Oui, me dit-il, il avait eu la fantaisie de composer, à l’occasion d’un dîner, un petit rayon du “monde vrai et du monde possible”, plaçant son Blaeu entre Gulliver, More, et plusieurs brochures de voyages fabuleux “afin de faire converser les géographies”. Cette formule suffirait à condamner bien des hommes.

On sait pourtant, dans les services un peu instruits, qu’il ne faut jamais soumettre durablement un atlas de haute ambition à la promiscuité des fictions insulaires. Un simple livre de voyage peut rêver sur ses voisins ; un atlas, lui, ne rêve pas : il annexe.

Le vicomte, piqué, fit valoir qu’un rapprochement d’esprit n’avait jamais nui à personne. Je lui répondis que c’était une opinion de salon, non de quarantaine. Les livres, surtout les meilleurs, supportent mal qu’on les fasse converser pour l’amusement des convives. Ils finissent toujours par prendre la comparaison au sérieux.

La surveillance fut organisée selon le protocole A-17, applicable aux troubles d’absorption silencieuse. On remit l’atlas à sa place, à proximité raisonnée des ouvrages soupçonnés d’avoir servi de pâture, après avoir établi un constat complet de la table, de la pagination apparente, de l’épaisseur des cahiers et de plusieurs passages caractéristiques des volumes voisins. Des signets de repérage furent introduits à des endroits choisis. Mlle Lépine releva chaque soir l’état des rubriques ; Peutre surveilla le rayon ; le propriétaire fut prié de ne toucher à rien et, surtout, de s’abstenir de commentaires flatteurs sur la complétude supposée de son Blaeu.

Cette dernière consigne lui coûta davantage que les autres.

Les deux premières nuits ne produisirent qu’un très léger resserrement du mors et une tension sensible des cahiers médians. Mais à la troisième, Peutre, qui veillait de loin avec cette vigilance soupçonneuse qu’il prend volontiers pour de la méthode, entendit ce qu’il décrivit plus tard comme “un froissement interne de nature industrieusement conquérante”. Je ne lui ferai pas l’injustice de corriger une formule aussi juste.

Le matin venu, nous constatâmes l’apparition, dans la table du volume, d’une rubrique nouvelle : Insula Utopiae.

Elle n’y figurait pas la veille.

Je le note ici sous ma responsabilité pleine et entière.

Le vicomte pâlit d’un pâlissement de propriétaire, lequel diffère sensiblement du pâlissement ordinaire : il y entre moins de peur pour soi que d’inquiétude pour la valeur future du lot. Il demanda si l’on pouvait encore parler d’exemplaire “strictement conforme”. Je lui répondis que l’heure n’était plus à la conformité, mais à la contention.

Le phénomène atteignait alors une netteté doctrinale presque scolaire. Non seulement l’atlas avait absorbé l’idée d’une île voisine ; non seulement il en avait tiré matière à description ; mais il l’avait immédiatement latinisée, ordonnée, disciplinée, rendue recevable dans la république grave des cartes anciennes. La fiction politique d’un humaniste devenait, par passage dans le Blaeu, un territoire répertorié. Le désordre de l’imagination s’était converti en géographie.

Il fallait voir, en effet, de quelle manière l’assimilation procédait. Le livre voisin proposait ; l’atlas disposait. Le récit suggérait ; le grand recueil fixait. L’imaginaire flottant, une fois absorbé, perdait cette mobilité déplaisante qui fait son charme pour entrer dans l’état plus stable, plus dur, plus froid, de la possession cartographique. Rien n’était plus instructif. Ce n’était pas l’imagination qui corrompait l’atlas ; c’était l’atlas qui administrait l’imagination jusqu’à la réduire en province.

Mlle Lépine, examinant la nouvelle rubrique d’un œil sévère, murmura qu’Utopie “avait pris le ton d’un archevêché”. Peutre trouva la remarque excessive. Pour ma part, je la jugeai exacte.

Le diagnostic put dès lors être formulé sans témérité : expansion endo-cartographique par absorption de voisinage, avec assimilation sélective des unités insulaires, micro-politiques et territoriales à forte densité descriptive.

Je le traduis pour les services encore encombrés d’esprits simples : l’atlas grossissait de l’intérieur en digérant ce que ses voisins disaient du monde, pour autant que cela pût, même de loin, se convertir en géographie.

Cette pathologie diffère sensiblement de la bibliophagie ordinaire. Le livre bibliophage déchire, mâche, incorpore, laisse derrière lui des déchets reconnaissables et une scène de crime à peu près lisible. L’atlas assimilateur, lui, ne détruit pas matériellement ; il transmute. Il ne mange pas son voisin : il l’annexe en le résumant par le dedans. Ce n’est pas moins redoutable. Un ouvrage dévoré se constate encore. Un ouvrage discrètement administré par un autre commence déjà à disparaître sans scandale.

Restait à déterminer pourquoi ce spécimen avait développé un appétit de cette espèce. Trois causes paraissaient ici se conjuguer.

La première tenait à la nature même du sujet. Certains grands atlas, surtout lorsqu’ils ont longtemps passé pour complets dans l’esprit de leurs possesseurs, supportent très mal l’idée d’une extériorité. Leur désir d’embrasser le monde finit, avec l’âge, par ressembler à une jalousie de souverain.

La deuxième cause était le voisinage prolongé de terres imaginaires. Le contact répété avec des îles fictives, des peuples miniatures, des géographies satiriques ou des voyages invérifiables provoque chez les atlas dominants un état d’excitation annexionniste bien connu des observateurs sérieux. Le livre se met alors à considérer que tout territoire décrit est, par définition, territoire répertoriable, donc intégrable.

La troisième cause, enfin, relevait de l’imprudence humaine. Le vicomte, flatté de ses rapprochements ingénieux, avait stimulé le trouble par le commentaire. Dire d’un atlas qu’il “contient déjà tout” est une maladresse. Lui montrer ensuite, sur le même rayon, une île qu’il ne contient pas encore, relève presque de la provocation expérimentale. On n’agace pas un Blaeu avec une lacune.

Le traitement fut celui qu’imposait la prudence. Nous séparâmes immédiatement le Blaeu de tout voisinage insulaire, utopique, satirique ou seulement fabuleux. Il fut placé en quarantaine sur une tablette nue, entre un cartulaire bourguignon sans horizon et un recueil de formulaires notariés parfaitement dépourvu d’appétence géographique. On lui interdit pendant six semaines toute fréquentation d’îles, de voyages extraordinaires, de cosmographies faibles et de récits maritimes à prétention merveilleuse. Mlle Lépine recommanda, à titre apaisant, la proximité intermittente d’un sobre volume de tables astronomiques, dont la sécheresse numérique eut sur le spécimen un effet sensiblement calmant.

Le vicomte protesta contre cette relégation entre des livres “sans panache”. Je lui fis observer que le panache, en pathologie expansive, est un excitant. Il me répondit qu’on ne traite pas un Blaeu comme un registre de tabellion. Je lui répondis qu’on traite un Blaeu malade comme il convient de traiter un Blaeu malade, et qu’en matière de convalescence la noblesse du voisinage est un luxe de propriétaire, non une exigence clinique. Il s’inclina, ce qui est une manière aristocratique de céder sans reconnaître qu’on obéit.

Le Gulliver et le More furent traités séparément selon le protocole de reconstitution descriptive. Le premier retrouva peu à peu, non toute sa chair, mais une part sensible de son relief initial. Quelques détails relatifs à Lilliput reparurent avec une vigueur modérée, preuve que l’absorption n’avait pas été complète. Le second demeura plus atteint. Les livres politiques résistent mal à l’administration du réel. Une fois partiellement convertis en notice, ils récupèrent rarement toute leur insolence.

Quant au Blaeu, son état se stabilisa sans pourtant guérir tout à fait. L’épaisseur des cahiers cessa d’augmenter ; aucune nouvelle île ne vint se loger dans la table ; les rubriques interpolées cessèrent de proliférer. Mais l’ouvrage manifeste encore, lorsqu’on l’approche d’une fiction topographique, un léger gonflement de suffisance, accompagné d’une tension perceptible des gardes. Pour cette raison, il demeure classé en surveillance spéciale.

Le vicomte d’Aubeterre-Lesdiguières reçut, pour sa part, une recommandation écrite dont la lecture lui déplut sans doute davantage que l’incident lui-même : il lui est formellement déconseillé de composer désormais, pour l’agrément de ses visiteurs, des “rayons à thème” où le vrai et le faux se frôleraient avec esprit. Les bibliophiles mondains s’imaginent souvent que les livres aiment leurs rapprochements. Ils oublient que certains volumes prennent les comparaisons pour des défis.

Le cas présente, pour la doctrine de l’IGLI, plusieurs enseignements qu’il n’est pas inutile de rappeler. Le premier est qu’un atlas n’est jamais innocent de sa complétude. Le second est que la proximité prolongée entre géographie souveraine et imagination insulaire expose les collections à des transferts internes d’une extrême élégance, donc d’un repérage difficile. Le troisième, enfin, est que les livres les plus dangereux ne sont pas toujours ceux qui bougent. Il en est qui restent parfaitement en place tout en augmentant leur empire.

Les bibliophiles aiment les exemplaires complets. Ils feraient bien d’apprendre à se méfier de ceux qui le deviennent trop.

Rapport établi et visé par le docteur Fulbert de Cuirac
avec le concours de Mlle Berthe Lépine, bibliothérapeute de quarantaine
et du sous-inspecteur Achille Peutre, chargé des phénomènes de voisinage conflictuel

Document classé : diffusion restreinte – Guilde & IGLI
Reproduction interdite à proximité des atlas souverains

Cote de classement : IGLI/SSSZ/ECAV/3 – Atlas assimilateurs, série des annexions internes
Ex. de service : GdB-Cart./Ω.12

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Dossiers cliniques de l’IGLI: Le livre qui rougissait

Dossiers cliniques de l’IGLI: Le livre qui rougissait

Service spécial de surveillance zoobibliologique
Inspection Générale du Livre Imprimé (IGLI)

Par le docteur Fulbert de Cuirac, vétérinaire assermenté des entités imprimées, expert près le Bureau des manifestations anormales du Livre, chargé de mission pour les troubles de pudeur matérielle et les réactions vaso-bibliologiques localisées.

Amis bibliophiles, bonjour.

Il n’est pas exact de dire que les livres n’ont pas de pudeur. Il est seulement inexact de croire qu’ils la manifestent comme nous. L’homme rougit du regard d’autrui, du souvenir d’une faute, d’un désir mal tenu, d’un compliment trop juste ou d’un ridicule soudainement aperçu. Le livre, lui, rougit plus rarement, plus localement, et souvent à propos de ce qu’on pensait lui voir supporter sans peine. Il ne s’empourpre ni de doctrine ni de morale, encore moins d’innocence. Il lui arrive en revanche de manifester, à certains endroits très précis de son corps, une sorte de gêne matérielle, assez discrète pour échapper aux ignorants, mais suffisamment nette pour alarmer le praticien.

L’IGLI range ces phénomènes dans la catégorie des réactions vaso-bibliologiques localisées, sous-classe des rougeurs de regard. Il s’agit, pour le dire sans jargon excessif, de ces cas où le papier semble se colorer au voisinage immédiat d’une sollicitation qu’il juge trop directe.

Je précise d’emblée, afin d’éviter les sottises habituelles, qu’il ne s’agit ni d’encre qui vire, ni d’un procédé typographique spécial, ni d’une fantaisie de chimiste, ni d’une de ces opérations chromatiques du XVIIIe siècle par lesquelles certains auteurs – tels Caraccioli – voulurent prouver que la couleur pouvait instruire le lecteur autant que le texte. Ici, le rouge n’est pas imprimé. Il survient.

Le cas ici rapporté, classé sous la référence R.V.L. 4rougeur vaso-bibliologique localisée, quatrième espèce documentée — nous fut signalé au début de l’hiver par M. Célestin Varenne, marchand de livres singuliers à Paris, homme d’ordre et de réticence, dont la boutique, connue d’un petit nombre d’amateurs, présente l’intérêt rare d’être à la fois très bien tenue et très mal fréquentée.

On y croise, selon les heures, des érudits de bon ton, des collectionneurs de secrets, des magistrats à mine distraite, des médecins trop curieux, des vieillards précis, et toute une faune de messieurs qui demandent d’une voix basse des ouvrages qu’ils seraient fort surpris de voir cités en société.

La lettre de Varenne était concise, ce qui le distinguait agréablement de bien des témoins. “J’ai en main, écrivait-il, un exemplaire de Justine qui se comporte avec une décence variable. Le texte supporte tout. Les planches, non. Les pages en regard des gravures prennent, à l’examen, une nuance rouge de confusion que je ne puis rapporter ni au maroquin, ni à l’éclairage, ni au vice ordinaire des amateurs.” La formule était suffisamment nette pour justifier un déplacement.

J’acceptai la mission et me rendis chez lui accompagné de Mlle Berthe Lépine, bibliothérapeute de quarantaine, et du sous-inspecteur Achille Peutre, dont la réserve à l’égard des Curiosa est d’un type particulier. Peutre n’est pas pudibond ; il est administratif. Cette disposition, moins ridicule qu’on ne croit, nous a souvent rendu service.

L’ouvrage litigieux était un exemplaire de Justine ou les Malheurs de la vertu, en édition ancienne, bien imprimé, d’une tenue remarquable, enrichi de gravures dont la qualité, sans être extravagante, était suffisante pour émouvoir à la fois l’amateur de livres et le lecteur mal intentionné. La reliure, en maroquin blond du temps, avait cette fermeté un peu hautaine des volumes qui savent très bien dans quelles armoires ils ont vécu. Le papier, beau, sonore, d’une fraîcheur presque offensante, se conservait sans rousseur notable. Rien, au premier examen, n’indiquait l’embarras.

Varenne nous exposa les faits avec ce calme qu’ont les hommes accoutumés à vendre des choses qu’ils ne commentent pas. Le volume se montrait parfaitement stable lorsqu’on le feuilletait sans insister. Le texte, même aux endroits les plus sévèrement compromettants, ne provoquait aucune altération visible. En revanche, dès qu’un client s’arrêtait trop longtemps sur une gravure, ou pire encore lorsqu’il tournait la page pour examiner de près le feuillet lui faisant face, le papier prenait peu à peu, sur cette page en regard, une teinte rosée très légère, d’abord diffuse, puis plus sensible, qui s’effaçait ensuite au repos.

— Vous êtes sûr qu’il s’agit de la page en regard, et non de la gravure elle-même ? demandai-je.
— Absolument, répondit-il. La planche ne bronche pas. C’est le voisin qui a honte.

La remarque me parut excellente.

L’examen préliminaire confirma le caractère très localisé du trouble. Nous ouvrîmes le volume à trois gravures successives. Rien n’apparut d’abord qu’une parfaite correction matérielle. Les planches se tenaient bien ; les feuillets voisins aussi. Mais lorsqu’un jeune amateur, que Varenne nous avait obligeamment conservé dans la boutique sous prétexte d’un devis en attente, demanda s’il pouvait “voir un peu mieux”, la réaction se produisit avec une netteté presque douloureuse. Le feuillet en regard de la gravure se teinta, non pas d’un rouge franc, mais de cette nuance de confusion que prend parfois la peau claire quand elle voudrait n’avoir pas été surprise. Peutre, qui suivait l’affaire d’un œil sec, dit seulement :
— Il se démonte.

Je corrigeai :
— Non. Il rougit.

La distinction importe. Un livre qui se démonte souffre d’un désordre mécanique. Un livre qui rougit manifeste une pudeur.

Mlle Lépine, qui approcha la main du papier sans le toucher, observa une légère élévation thermique, très discrète, au centre du feuillet, comme si la réaction colorée s’accompagnait d’une émotion de surface. Nous répétâmes l’expérience avec un autre visiteur, plus âgé, plus silencieux, et de toute évidence plus compétent dans l’examen des planches libertines. Cette fois, la rougeur fut plus rapide encore. Le papier, sous son regard, sembla se colorer avec cette résignation outrée qu’ont les personnes bien élevées forcées d’assister à ce qu’elles avaient pourtant prévu.

Je fis sortir les amateurs et refermai le volume.

Le phénomène devait être distingué de plusieurs troubles voisins. Le premier est la simple altération chimique localisée, bien connue des restaurateurs consciencieux et des marchands moins consciencieux encore. Elle tient au papier, à l’encre, au contact, au stockage, parfois à la reliure. Le second est le syndrome de contamination iconographique, par lequel une planche forte finit par imprégner son voisinage matériel au point de produire des ombres, des reports, voire une fatigue générale du cahier. Le troisième, plus rare, est la réaction d’exhibition, où ce n’est pas la pudeur mais au contraire une sorte de satisfaction qui colore le feuillet. Nous n’étions ici dans aucun de ces cas. La réaction était trop fine pour être chimique, trop ciblée pour être un report, trop retenue pour être complaisante. Nous avions affaire à une pudeur matérielle authentique.

La question, naturellement, était de savoir pourquoi un Justine rougirait. Le lecteur simple, s’il en reste, pourrait croire qu’un ouvrage érotique devrait supporter sans embarras les images qu’il contient. C’est mal connaître les livres et beaucoup d’autres créatures. Rien n’est plus fréquent que la gêne au sein même de l’habitude. Certains volumes licencieux supportent très bien d’être licencieux, mais fort mal qu’on les regarde comme tels. Le texte leur semble relever de la littérature, ou de la philosophie, ou de la corruption ordonnée ; l’image, surtout lorsqu’elle arrête l’œil, les expose plus brutalement à leur propre matière.

Je formulai devant Varenne l’hypothèse suivante : le volume ne rougissait pas d’être obscène ; il rougissait d’être vu l’être.

Peutre approuva d’un grognement administratif, ce qui, chez lui, équivaut à l’enthousiasme.

Nous procédâmes alors à une série d’épreuves comparatives selon le protocole Pud. 3, applicable aux ouvrages affectés de rougeur de représentation. Une première lecture fut conduite par Varenne lui-même, homme de métier, calme, précis, incapable de lubricité démonstrative. Le volume ne manifesta rien. Une seconde, par un jeune médecin aux curiosités trop appliquées : le feuillet en regard de la première gravure prit une teinte visible en moins de trente secondes. Une troisième, par une veuve cultivée, excellente lectrice, venue pour un in-12 janséniste mais fort disposée à se laisser détourner : rien au texte, rougeur légère à la planche, puis dissipation rapide. Une quatrième, par un collectionneur de Curiosa bien connu des services pour sa capacité à humecter l’air autour de lui d’intentions peu littéraires : rougeur vive, presque vexée, accompagnée d’un très léger resserrement du mors.

Mlle Lépine nota alors un point décisif :
— Il ne rougit pas devant le scandale. Il rougit devant l’insistance.

C’était parfaitement dit.

Le dossier prit une tournure plus intéressante encore lorsque nous comparâmes les différentes gravures. Toutes ne provoquaient pas la même réaction. Certaines scènes, quoique fort peu recommandables, laissaient le volume relativement calme ; d’autres, à peine plus hardies, faisaient rougir la page en regard avec une régularité presque touchante. Ce n’était donc pas la seule obscénité qui faisait symptôme, mais une certaine qualité de regard. Les planches les plus narratives, les plus regardables, si j’ose dire quansd on évoque Sade, étaient celles qui compromettaient le plus le feuillet voisin. Le livre ne souffrait pas tant de l’indécence que de la fixation.

Je me permettrai ici une remarque d’ordre général. Beaucoup d’ouvrages réputés libres sont, matériellement parlant, des créatures d’une sensibilité plus vive qu’on ne pense. Ils supportent qu’on les possède, parfois même qu’on les lise, mais beaucoup moins qu’on les détaille. Il y a entre la lecture du vice et l’examen minutieux d’une planche licencieuse une différence analogue à celle qui sépare le péché de la manie.

Le diagnostic fut donc posé comme suit : réaction vaso-bibliologique localisée de pudeur iconographique, avec rougeur sélective des pages en regard des gravures sous l’effet d’une attention insistante.

Je le traduis pour les maisons encore peu versées dans la clinique : le livre supportait ses images, mais non qu’on s’y attardât avec trop d’application.

Restait à savoir si l’on pouvait remédier au trouble sans mutiler l’ouvrage. Varenne, très justement, refusa d’emblée toute solution qui eût relevé de la chirurgie. Il n’était pas question de retirer les planches, de les isoler, ni d’introduire quelque procédé de conservation qui eût transformé un symptôme délicat en barbarie de restaurateur. Peutre proposa, sur le ton de l’irritation, qu’on “réduisît la clientèle”. La suggestion, quoique séduisante moralement, manquait de praticabilité commerciale.

La solution nous vint, comme il arrive souvent, non d’une théorie brillante, mais d’un scrupule de conservation.

Je recommandai l’insertion de feuillets de garde en calque très fin, mobiles, non collés, interposés entre les gravures et les pages en regard, de manière non à cacher l’image, ce qui eût été absurde, mais à ménager une distance. Le principe en était simple : lorsqu’un ouvrage souffre d’une proximité trop immédiate entre la représentation et son voisinage, on crée une zone tampon, un petit espace de pudeur. Le calque n’a pas ici pour fonction de voiler comme ferait une religieuse ; il sert plutôt de paravent discret, comme un ami bien élevé qui comprend qu’il est temps de fermer une porte sans commenter.

Varenne parut d’abord sceptique. Il craignait, non sans raison, l’effet de bibliothèque familiale, d’album de pensionnat, ou de pruderie plaquée sur un livre qui n’en demandait pas tant. Je lui répondis que la pudeur et la pruderie sont deux choses distinctes, y compris chez les volumes. La première protège ; la seconde humilie. Les calques, s’ils étaient bien coupés, bien posés, presque invisibles, relèveraient de la médecine plus que de la morale.

L’essai fut tenté dès le lendemain. Mlle Lépine, dont la main est plus sûre que celle de bien des relieurs honorés, découpa des feuillets d’un calque léger, mat, sans sécheresse sonore, et les plaça entre trois des gravures et leurs pages voisines. Nous attendîmes qu’un client convenable se présentât. Ce fut un magistrat de province, homme d’une correction irréprochable et d’une curiosité visiblement coûteuse. Il examina le volume longtemps. Les planches furent vues, les calques soulevés avec précaution, les pages en regard demeurèrent stables. Une très légère chaleur subsista au toucher, mais aucune rougeur notable n’apparut.

Peutre, déçu qu’un dispositif si simple pût suffire, hasarda que “le livre avait besoin d’un chaperon”. Je répondis qu’en matière de Curiosa, le mot chaperon n’est pas toujours injurieux.

Nous renouvelâmes l’expérience avec deux autres sujets d’observation : un bibliophile sérieux, puis un libertin de cabinet beaucoup moins recommandable. Dans le premier cas, le volume se montra presque reconnaissant. Dans le second, on nota encore une nuance rosée, mais bien moindre qu’auparavant, comme si le livre, protégé par cette mince réserve translucide, supportait mieux l’épreuve du regard. Le traitement devait donc être tenu pour efficace, sinon curatif au sens absolu.

Je prescrivis néanmoins plusieurs mesures complémentaires. D’abord, ne jamais laisser l’ouvrage ouvert trop longtemps sur une planche en exposition. Ensuite, éviter les consultations multiples dans la même journée, surtout par des amateurs de même espèce. Enfin, interdire les commentaires grivois au-dessus du volume. Ce dernier point fit sourire Varenne. Je ne souriais pas. Les livres délicats entendent beaucoup plus qu’on ne croit, surtout lorsqu’on les suppose incapables de décence.

Le cas devait encore connaître un développement instructif. Quelques semaines plus tard, Varenne me fit savoir qu’un grand amateur, fort riche, fort secret, et de ceux qui veulent absolument ce qu’ils sentent difficile, était venu examiner Justine avec l’intention manifeste de l’emporter. Le volume, cette fois, ne rougit presque pas ; mais à la seconde gravure, le collectionneur trouva subitement la mise en place des calques “un peu touchante, presque trop intelligente”, et s’en détourna avec humeur. Le livre ne fut pas vendu ce jour-là. J’avoue n’en avoir ressenti aucune tristesse.

Il finit néanmoins par trouver preneur, et dans des conditions acceptables. Une femme médecin, érudite, calme, possédant déjà quelques Curiosa mais les traitant comme des textes avant d’en faire des trophées, acquit le volume avec une réserve qui me parut saine. Varenne lui remit l’ouvrage avec ses calques, après lui avoir expliqué qu’ils relevaient non d’un supplément de morale, mais d’une mesure de conservation. Elle comprit sans rire, ce qui est généralement le signe d’un bon propriétaire.

Le dossier présente plusieurs enseignements que l’IGLI juge utile de rappeler. Le premier est que les livres érotiques n’ont pas nécessairement l’impudence qu’on leur prête. Le second est que la matière d’un volume peut manifester, par des signes très locaux, une gêne que ni le texte ni la reliure ne laissaient prévoir. Le troisième, enfin, est qu’en clinique zoobibliologique les remèdes les plus élégants sont souvent ceux qui n’ajoutent presque rien : un feuillet de calque bien placé suffit parfois à rendre à un ouvrage la distance dont il a besoin pour ne pas se troubler lui-même.

Je n’ignore pas que plusieurs lecteurs hausseront les épaules. Ils auront tort avec une excellente conscience. Qu’ils se rappellent seulement que la pudeur ne choisit pas toujours les objets auxquels on la croit due. Il est des livres fort libres qui n’aiment pas qu’on les regarde fixement, surtout à l’endroit précis où ils sentent qu’ils pourraient n’être plus lus, mais seulement consommés.

Conclusion : les bibliophiles aiment croire que les Curiosa rougissent pour eux. L’IGLI, sur ce point, demeure plus prudente. Il arrive qu’un livre rougisse simplement pour qu’on le traite avec un peu plus d’égards.

Rapport établi et visé par le docteur Fulbert de Cuirac
avec le concours de Mlle Berthe Lépine, bibliothérapeute de quarantaine
et du sous-inspecteur Achille Peutre, chargé des troubles de pudeur et des réactions iconographiques localisées

Document classé : diffusion restreinte – Guilde & IGLI
Reproduction déconseillée dans les catalogues illustrés sans nécessité

Cote de classement : IGLI/SSSZ/RVL/4 – Rougeurs localisées, séries iconographiques
Ex. de service : GdB-Cur./Ρ.11

Cote de bibliothèque de la Guilde : GUILDE · IGLI · CUIRAC · SSSZ · JUSTINE-4

1 Commentaire

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