La Guilde des Bibliopolicés – Présentation

Le Protocole de Contrôle Adjectival PCA/22 tolère deux adjectifs acceptables par notice, pas davantage. Il émane d’un cercle sans local ni uniforme, où la blouse grise et la loupe sur chaîne restent admises. Paul Mandebois préside, Barthélémy Tranchefile inspecte, et le scriptorium ouvert en 2008 a changé de main.

Corps affilié à l’Inspection Générale du Livre Imprimé (IGLI)


Amis Bibliophiles bonjour,

Vous avez peut-être été surpris, en lisant l’article précédent, d’apprendre que le gardien du cabinet de curiosités bibliophiliques qu’est ce blog avait décidé, après plus de quinze ans de vigie plus ou moins silencieuse, de refermer doucement le carnet où il consignait ses trouvailles.

Qu’on se rassure : le volume ne s’achève pas, il change simplement de main.
Le signet est passé, la marge continue de s’écrire.

À l’origine de ces pages, il y a Hugues, bibliophile passionné, explorateur des marges, cartographe des notices, qui depuis 2008 a su faire de ce site un espace rare, où l’érudition flirte avec la fantaisie, et où l’amour du livre se conjugue à la première personne du pluriel.

La Guilde des Bibliopolicés, désormais en charge du scriptorium, salue ce travail fondateur avec gratitude, et s’engage à poursuivre — dans le respect, mais sans révérence excessive — cette aventure lettrée et critique.

Une Guilde ? Pour quoi faire ?

Il fallait bien que quelqu’un s’en mêle.
Trop d’ouvrages « rarissimes » vus trois fois par semaine.
Trop de dédicaces de l’auteur à sa cousine qu’on fait passer pour des trésors autographes.
Trop de maroquins maquillés, de notices lyriques, de tirages bidons sur papiers précieux.

Suivent la déclaration d’existence, l’affiliation à l’Inspection Générale du Livre Imprimé, et le manifeste fondateur, dont l’article qui établit que le tirage de tête est parfois un tirage de travers.

Dans ce joyeux désordre bibliophilique, un ordre discret et inflexible s’est levé.


Née du besoin constant d’ordonner, de clarifier, de soupçonner parfois, de célébrer toujours le monde du livre ancien, la Guilde des Bibliopolicés se présente aujourd’hui comme un cercle de bibliophiles indépendants, rassemblés autour d’une éthique commune : l’amour du texte, la rigueur de l’examen, et une saine ironie face aux travers du marché bibliophilique contemporain.

La Guilde n’a ni local officiel, ni uniforme (quoique la blouse grise et la loupe sur chaîne soient tolérées). Elle opère dans l’ombre discrète des bibliothèques privées, des catalogues anciens et des notices trop bien tournées.


Nous, bibliophiles, libres, érudits opiniâtres, satiristes patentés, déclarons l’existence de la Guilde des Bibliopolicés, organe indépendant, bienveillant mais intransigeant, dédié à la surveillance critique et burlesque du monde bibliophilique.

Nous agirons sans haine, sans dogme, sans plainte, mais avec une lenteur méthodique, un œil précis et une plume affûtée.


Affiliation officielle

La Guilde agit en lien direct avec l’Inspection Générale du Livre Imprimé (IGLI), dont elle constitue le bras opérationnel dans la sphère publique et critique.
L’IGLI, organisme de contrôle bibliographique aux compétences transversales, fournit à la Guilde les moyens de ses missions : rapports, archivage, validation, documentation.


Devise

« Entre la première édition et la première illusion, il y a la Guilde. »


📃 Manifeste fondateur (extrait)

Nous, membres fondateurs de la Guilde des Bibliopolicés, déclarons :

  • Que le monde du livre ancien mérite un regard à la fois passionné et vigilant ;
  • Que les éditions dites “originales” ne le sont pas toujours,
  • Que le tirage de tête est parfois un tirage de travers,
  • Que l’érudition n’exclut ni l’humour ni le soupçon,

…et qu’il convient, par conséquent, d’instituer une Guilde, composée d’amateurs lucides, d’esthètes sourcilleux, et d’enquêteurs bibliophiles volontaires.


Méthodologie

  • Ton rigoureux, mais jamais pesant
  • Ironie permise, mais argumentée
  • Références précises, quand possible
  • Soupçon éclairé, toujours

Programme éditorial à venir

  • Série de rapports confidentiels de l’IGLI, sous la plume de ses inspecteurs (on est bien obligés)
  • Articles de fond sur des sujets bibliophiliques
  • Interventions extérieures de bibliophiles invités (dont Octave Uzanne)
  • Études critiques de notices, catalogues, tendances
  • Contes bibliophiliques
  • Aventures de Gabriel Varennes
  • Chroniques temporelles de Alcide Raturon, bibliophile
  • Index des livres oubliés
  • Articles du cabinet des élégances parallèles
  • Cahiers d’observation bibliophilique
  • Rapports cliniques
  • Registre des faux auteurs et des vrais pseudonymes
  • Etc.

La Guilde ne cherche pas à exclure, mais à comprendre.
Elle ne juge pas, elle éclaire.
Et lorsqu’elle soupçonne, c’est toujours à livre ouvert., et jamais vraiment avec sérieux
.


Conclusion

La Guilde ne promet ni indulgence ni repos. Chaque faux luxe, chaque date enjolivée, chaque mention abusive sera relevée, classée et, si nécessaire, moquée avec méthode. Mais qu’on ne s’y trompe pas : cette vigilance n’est pas née du seul goût de l’ordre. Elle vient aussi d’une tendresse profonde pour le livre, pour ses lecteurs, et pour ces bibliophiles passionnés — parfois distraits — qui, par leurs erreurs comme par leurs trouvailles, nourrissent la grande comédie du papier imprimé.

« Entre la première édition et la première illusion, il y a la Guilde. »

Accrochez vous à vos marges.

Paul Mandebois, Président.

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Dossiers cliniques de l’IGLI : l’indicible en bibliophilie — étude inaugurale et appel à témoins

L’IGLI ouvre un registre où le patient n’est plus de papier : le premier sujet consigné y porte les initiales H. O. Il avoue une prédilection exclusive pour le maroquin du XIXe siècle, et plusieurs exemplaires du même Madame Bovary de 1857. Mlle Berthe Lépine tient la plume.

Service spécial de surveillance zoobibliologique — Inspection Générale du Livre Imprimé

Amis bibliophiles, bonjour.

Par le docteur Fulbert de Cuirac, vétérinaire assermenté des entités imprimées, expert près le Bureau des manifestations anormales du Livre, chargé de mission pour les troubles d’adhésion propriétaire et les phénomènes de rejet héraldico-bibliologiques — assisté pour la tenue du registre par Mlle Berthe Lépine, archiviste des cas non avouables.

Préambule : pourquoi l’IGLI tourne, pour la première fois, son stéthoscope

Depuis sa fondation, l’IGLI n’avait ausculté que le livre. Nous avons relevé les fièvres de l’exemplaire, les rougissements de la page, les rejets d’ex-libris, les A Rebours égarés de siècle. Le patient, toujours, était de papier ; l’observateur, toujours, de chair.

Or il nous est apparu — et le Bureau des manifestations anormales en a délibéré gravement — qu’une seconde entité méritait surveillance : celle qui tient le livre. Le bibliophile lui-même. Car si le livre a ses pathologies, son propriétaire en a de plus secrètes encore, et de moins traitées. Nous regroupons ces pathologies sous une même entité nosologique, l’indicible — désigné en nomenclature IGLI sous le terme de taciturnité bibliophilique (taciturnitas bibliophilica) : l’ensemble des comportements que tout amateur pratique, que nul amateur n’avoue, et dont le silence collectif fait, à ce jour, la maladie la mieux partagée et la plus mal documentée de notre discipline.

L’IGLI ouvre donc son premier registre de zoobibliologie appliquée au sujet humain. Le présent dossier en pose le protocole, en décrit le cas inaugural, et lance, en pied d’article, un appel à témoins dont nous attendons beaucoup.

Protocole d’étude

Définition de travail. Est tenu pour indicible tout acte bibliophilique que le sujet accomplit régulièrement, qu’il sait fort répandu, et qu’il dissimulerait néanmoins à son conjoint, à son libraire, à son confesseur et — symptôme cardinal — à lui-même.

L’indicible se distingue de la simple manie en ceci qu’il s’accompagne de honte ; et du vice en ceci qu’il est inoffensif pour autrui. C’est une affection bénigne quant au corps, sévère quant à l’amour-propre.

Méthode. Recueil de confessions volontaires, anonymisées, classées par syndrome. Le sujet n’est pas jugé ; il est consigné. L’IGLI rappelle qu’aucun témoignage ne sera transmis aux héritiers, aux commissaires-priseurs, ni aux assurances.

Cas inaugural — Sujet fondateur du registre, M. Hugues O.

Pour ne pas demander aux autres ce qu’il refuserait de livrer lui-même, le fondateur du présent registre s’est constitué premier sujet. Initiales conservées à sa demande expresse : H. O. Anamnèse établie par auto-déclaration, recoupée par l’examen de ses rayonnages.

Observation n°1 — Tropisme de la reliure dix-neuviémiste

Le sujet confesse une prédilection marquée, exclusive, presque tendre, pour le maroquin du XIXe siècle. Là où la doxa du bon goût commande de révérer les grandes reliures des siècles classiques, le sujet H. O. avoue préférer le maroquin dix-neuviémiste, d’une époque que les puristes jugent décadente.

Le reste du dossier est sur le site : le diagnostic porté sur ce tropisme, les exemplaires de Madame Bovary de 1857 que le sujet compte sans jamais dire le nombre, et la main qui se lève sur le catalogue et retombe.

Diagnostic. Tropisme esthétique assumé mais socialement coûteux. Le sujet sait sa préférence minoritaire ; il la maintient ; il en rougit légèrement à voix haute et fièrement en silence. Affection chronique, sans gravité, contagieuse par fréquentation des étals.

Observation n°2 — Polyexemplarité monomaniaque (forme bovaryenne)

Le sujet déclare détenir plusieurs éditions originales du même titre — en l’espèce, Madame Bovary (Michel Lévy frères, deux volumes, 1857). Non pas une, qui serait collection ; non pas deux, qui serait prudence ; mais plusieurs, ce qui relève — l’IGLI le note sans le condamner — de la polyexemplarité monomaniaque, forme bovaryenne caractérisée.

Mécanisme observé. Chaque exemplaire est justifié séparément : celui-ci pour sa reliure, celui-là pour sa fraîcheur, ce troisième parce qu’il était là et qu’on ne laisse pas Bovary à un autre. Le sujet ne peut additionner ses justifications sans rougir, et ne peut les soustraire sans souffrir. Symptôme typique : il sait le nombre exact de ses exemplaires et ne le dira pas.

Diagnostic. Accumulation affective déguisée en rigueur bibliographique. Pronostic réservé : la forme bovaryenne s’étend volontiers à un second titre, puis à un troisième.

Observation n°3 — Inhibition acquisitive croissante

Symptôme le plus récent, et le plus douloureux. Le sujet, naguère acheteur résolu, déclare éprouver de plus en plus de mal à acheter. Le panier se remplit et ne se valide pas. L’enchère se prépare et ne se porte pas. La main se lève sur le catalogue et retombe.

Discussion. L’IGLI distingue ici trois étiologies, souvent intriquées. La première, vénale : les rayons sont pleins, la bourse moins. La seconde, plus subtile, que nous nommons satiété mélancolique du collectionneur avancé : à force de bien choisir, le sujet ne trouve plus rien qui surpasse ce qu’il possède, et l’achat, jadis fête, devient arbitrage, puis renoncement. La troisième, enfin, exogène, que nous rangeons sous le chef de désaffection circonstancielle (taedium mercatus) : ici, ce n’est pas le sujet qui faiblit, mais le milieu qui l’éloigne. L’écœurement devant les estimations des experts — toujours plus assurées, rarement plus justes — détourne l’œil du catalogue à l’instant précis où il faudrait porter la main ; l’enflure des frais acheteurs ajoute à chaque adjudication une seconde adjudication, dissuasive ; le temps manque pour pousser la porte des libraires ; les salons et les foires lassent ; et la pratique, peu à peu, se digitalise, jusqu’à ce que l’amateur n’achète plus qu’à l’écran, c’est-à-dire de moins en moins. Étiologie collective déguisée en symptôme individuel : le sujet se croit guéri du désir quand il n’est que découragé par les circonstances. Forme paradoxale, dans tous les cas, où la maladie guérit de son propre symptôme — et le sujet s’en plaint, ce qui prouve qu’il n’en guérit pas.

Carte phrénologique des sièges de l'indicible — planche IGLI
Planche IGLI — Carte des sièges de l’indicible (taciturnitas bibliophilica). Gravure d’époque, nomenclature réaffectée. Cote IGLI/SSSZ/IND/01.

Observations annexes (déclarées en fin d’entretien, à voix plus basse)

Le sujet a concédé, sous le sceau du registre : qu’il lui arrive de humer la tranche d’un volume avant de l’ouvrir ; qu’il a acheté des livres qu’il n’a pas lus et n’a pas l’intention de lire ; et qu’il lui est advenu, une fois, peut-être deux, d’arrondir vers le bas le prix d’une acquisition lorsqu’on le lui demandait à la maison. L’IGLI consigne sans commenter. Ces trois faits constituent, à eux seuls, le socle universel de l’indicible.

Ébauche de nosographie

De ce premier cas, l’IGLI dégage une grille provisoire des syndromes de l’indicible, à compléter par les témoignages :

  • Syndrome de polyexemplarité — détenir le même titre en plusieurs états, et en taire le compte.
  • Inhibition acquisitive — vouloir, pouvoir, et ne pas conclure.
  • Tropisme honteux — aimer ouvertement ce que le bon goût tolère à peine.
  • Olfaction bibliophilique — sentir avant que de lire.
  • Acquisition non lue — posséder le texte, en ignorer le contenu.
  • Minoration tarifaire conjugale — l’art délicat de l’arrondi vers le bas.

Appel à témoins

L’IGLI sollicite la coopération de la communauté. Tout sujet est invité à se déclarer, anonymement, en répondant en commentaire — ou par voie discrète (pli cacheté glissé entre deux rayonnages, confidence chuchotée à un libraire assermenté, ou ce courriel rédigé à minuit que l’on n’expédie qu’au troisième essai) — au questionnaire ci-dessous. Une seule règle : ne mentir qu’à demi, ce qui est déjà beaucoup.

  1. Combien d’exemplaires du même titre possédez-vous, et de combien l’admettriez-vous en public ?
  2. Quand avez-vous, pour la dernière fois, renoncé à un achat que vous désiriez — et pourquoi vous l’êtes-vous pardonné ?
  3. Sentez-vous vos livres ? À quel moment précis ?
  4. Quel volume de votre bibliothèque n’avez-vous jamais lu, et le défendriez-vous bec et ongles ?
  5. Avez-vous déjà arrondi vers le bas ? (Cette question ne sera pas conservée. C’est faux, mais cela vous mettra à l’aise.)
  6. Quel symptôme, manie ou petit rite inavouable l’IGLI a-t-il omis de cette grille ? Décrivez-le sans honte : vous serez peut-être le cas inaugural d’un syndrome qui n’a pas encore de nom — et qui pourrait porter le vôtre.

Les réponses nourriront le deuxième dossier, où l’IGLI espère établir que l’indicible n’est pas une faute individuelle, mais l’état normal — et secrètement heureux — de l’espèce bibliophile.

Diagnostic provisoire et recommandation

Le sujet H. O. ne souffre d’aucune affection grave. Il souffre, comme nous tous, de bibliophilie au stade où elle cesse de se dire. L’IGLI ne prescrit ni sevrage, ni cure : la honte est ici le seul effet secondaire, et le partage, le seul remède. Que chacun avoue, et nul ne rougira plus seul.

Recommandation finale : continuer d’acheter avec mesure, de sentir avec discrétion, et de compter ses Bovary à voix basse.


Document classé : diffusion restreinte — Guilde IGLI. Reproduction déconseillée sur papier gommé sans nécessité.

Cote de classement : IGLI/SSSZ/IND/01 — L’indicible, cas inaugural et appel à témoins.

Par le docteur Fulbert de Cuirac, vétérinaire assermenté des entités imprimées, pour la Guilde des Bibliopolicés — registre tenu par Mlle Berthe Lépine.

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