Dossiers cliniques de l’IGLI – Le bibliophile qui se voulait libraire

Les sermons de Massillon n’ont attiré qu’un seul enchérisseur, et le Catéchisme de Sens trois vues en tout. Le patient, professeur lyonnais, avait numéroté ses étagères et ouvert une section de théologiens du XVIIIe siècle. L’IGLI a classé son dossier sous la cote IGLI-DC2/189.

par le Dr Achille Dandillot, Inspecteur clinique des pathologies bibliophiliques appliquées à l’économie parallèle

Amis bibliophiles, bonjour.

Il est des cas où l’amour du livre, loin de se satisfaire des plaisirs solitaires de la collection, bifurque brusquement vers la tentation du commerce. L’individu, d’abord amateur paisible, en vient à croire que sa passion peut se monnayer ; que ses rayonnages, longuement garnis à coups de sacrifices domestiques, recèlent un fonds de commerce en devenir. Nous avons affaire alors à une affection récemment décrite par nos soins : le syndrome de conversion bibliocommerciale, parfois désigné, dans sa forme mineure, comme un trouble de la vocation librairique.

Symptômes principaux

Le patient, au départ, présente des signes bénins : il photographie ses acquisitions, rédige des descriptions détaillées, ajoute parfois une courte notice où perce un vrai talent pour l’inventaire. Cette pulsion classificatrice, d’abord charmante, se double bientôt d’un goût de la mise en scène : il aligne ses volumes, numérote les étagères, attribue des sections fictives à sa bibliothèque — « théologiens du XVIIIᵉ », « moralistes oubliés », « opuscules mystiques mineurs ».

Le dossier complet est sur le site : les trois phases de l’illusion entrepreneuriale, le cas du professeur lyonnais et de ses invendus, et le protocole de sevrage que l’IGLI recommande aux sujets atteints.

Les cas avancés se reconnaissent aisément : l’amateur se met à inventer des valeurs, griffonnées dans la marge de ses fiches personnelles, persuadé que sa bibliothèque, patiemment constituée, pourrait se « rentabiliser » sans effort. Sa collection devient stock, sa passion : inventaire.

Évolution du trouble

La maladie évolue selon trois phases d’illusion entrepreneuriale.

La première, bénigne, consiste à vouloir « partager » ses trouvailles en ligne. Le patient crée un blog ou un compte sur les réseaux, y expose ses achats, y commente ses reliures avec l’air entendu du professionnel en devenir. Les encouragements de quelques abonnés agissent comme un premier stimulant commercial.

La seconde, plus sérieuse, s’observe lorsque le sujet s’inscrit sur une plateforme de vente. Il découvre l’ivresse du formulaire d’annonce, la jubilation du prix à fixer, la fébrilité du premier clic. Chaque volume devient un produit à positionner, chaque notice, un argumentaire.

La troisième, enfin, est la plus pathologique : elle s’accompagne d’une conviction délirante selon laquelle le simple fait de posséder un beau livre confère le pouvoir de le vendre. La passion tiendrait lieu de compétence, et la noblesse du goût suffirait à compenser l’absence de clientèle.

Le malade se persuade alors que son appartement est une librairie, sa cave un entrepôt, son bureau une arrière-boutique. Son épouse, non consultée, devient caissière. Les enfants servent de commis, chargés d’emballer des ouvrages entre deux devoirs. Les chats dorment sur les piles destinées à « expédier demain ».

Étude de cas : le professeur lyonnais

J’ai observé récemment un cas significatif dans la banlieue lyonnaise. L’individu, ancien professeur de lettres classiques, avait décidé de « mettre en mouvement » sa bibliothèque. Il rédigea des listes soignées de ses ouvrages du XVIIIᵉ siècle — sermons, traités d’ascèse, recueils de piété — qu’il envoya sous forme de newsletter à ses amis et anciens collègues.

Chaque titre y figurait avec une courte description et un prix fixé selon un barème imaginaire, où un Massillon usé valait plus cher qu’un La Fontaine illustré. Il se persuada que ces volumes, exaltés par sa plume, trouveraient naturellement preneur. Mais les réponses furent polies et rares. L’échec le conduisit à se replier sur eBay, où il tenta de noyer ses dévotions dans la marée marchande.

Là, il passa des nuits entières à photographier ses livres sous des angles improbables, cherchant à capter la lumière idéale sur une tranche dorée. Chaque annonce devenait un petit catalogue en soi, où il décrivait ses éditions ordinaires comme des ouvrages introuvables.

Mais les résultats, hélas, furent dérisoires : un seul enchérisseur pour ses sermons de Massillon, trois « vues » pour son Catéchisme de Sens. Les rares acheteurs qui se manifestaient demandaient des rabais, contestaient les frais de port ou négociaient le lot complet pour une somme indécente. L’homme se sentit trahi par la bassesse du monde numérique. Sa dernière note à l’IGLI fut lapidaire :

« J’ai enfin compris que la vraie valeur d’un livre, c’est ce qu’il en coûte de s’en séparer. » Comprendre les frais ebay.

Autres observations de terrain

Un autre patient, parisien cette fois, s’improvisa libraire lors d’un salon régional du livre ancien. N’ayant obtenu ni table ni vitrine officielle, il installa sur un coin de nappe ses propres ouvrages, étiquetés à la main. Il passa la journée à expliquer aux visiteurs que « tout est à vendre sauf celui-ci ». Les organisateurs le firent gentiment remballer au motif d’« activité spontanée non déclarée ». Il quitta la salle convaincu que le « milieu professionnel » complotait pour l’écarter.

Une sous-variante, dite syndrome du libraire virtuel contrarié, consiste à accumuler des annonces sans jamais rien vendre. Le patient ne cherche pas le gain, mais la reconnaissance symbolique : exister par l’offre, non par la transaction. Ses statistiques eBay deviennent son journal intime.

Diagnostic différentiel

Il convient de distinguer ce syndrome du cas plus courant du libraire qui se croit encore bibliophile.

Le premier souffre d’une illusion de commerce ; le second, d’une illusion de passion.

Le premier veut vendre par amour ; le second croit aimer alors qu’il ne vend que par habitude.

Les deux se croisent dans les foires, se jaugent, échangent un regard navré : chacun reconnaît dans l’autre une erreur qu’il aurait pu commettre.

Les confusions sont fréquentes. Certains bibliothécaires retraités basculent directement du classement Dewey au code postal des acheteurs. D’autres, érudits de longue date, se lancent dans l’arbitrage de reliures comme on joue en Bourse : acheter Chaumont pour revendre Padeloup.

L’achat à culbute : la marge comme boussole

Dans une évolution typique du syndrome de conversion bibliocommerciale, certains sujets n’achètent plus un livre pour ce qu’il est, mais pour la culbute qu’ils projettent d’en tirer. L’acquisition se fait alors à l’ombre d’un tableur : PA (prix d’achat), cible, marge nette après frais, décote en cas de retour. On n’entre plus en librairie, on « prend position ». On ne regarde plus une reliure, on « calcule la sortie ».

La marge anticipée devient boussole esthétique : on choisit moins un sermon du XVIIIᵉ pour sa provenance qu’en raison d’une enchère repère repérée la veille ; on privilégie le format qui se photographie bien, la pièce dont le titre se « vend » en dix mots.

Viennent ensuite les micro-stratégies de culbute : acheter un lot pour « diluer le prix unitaire », démembrer une série pour en revendre les volumes « stratégiques », cannibaliser un frontispice pour « valoriser » un exemplaire médiocre. La fabrique du bénéfice emporte la fabrique de l’exemplaire : la bibliothèque sert d’atelier de recomposition marchande.

Conséquence clinique : l’amnésie de lecture s’accélère. Le sujet sait son prix d’entrée mais oublie son sujet. Il parle d’un Molière comme d’un ticket, d’un livre d’heures comme d’un spread. Au bout de quelques mois d’invendu, survient l’ajustement cognitif : la notice se réécrit, la provenance s’enrichit, la « rareté » s’affirme. La culbute espérée devient croyance ; la croyance, diagnostic aggravant.

Traitement spécifique : imposer une période de latence de jouissance (interdiction de revente avant 24 mois), assortie d’une acquisition blanche par trimestre (un achat dont le prix est volontairement oublié, la lecture seule servant de justification). Lorsque le patient parvient à citer deux pages d’un volume qu’il comptait « retourner vite », l’IGLI considère le pronostic brièvement favorable.

Rapport au prix : étude symbolique

Le prix, dans ces affections, cesse d’être une donnée marchande. Il devient signe d’amour et instrument de domination. Fixer haut, c’est affirmer la noblesse du livre ; baisser, c’est s’humilier.

Le patient interprète tout marchandage comme une insulte personnelle.

L’offre d’un acheteur n’est plus un chiffre, mais un jugement moral.

Certains refusent obstinément de vendre à un libraire professionnel, de peur que celui-ci ne réalise une marge. Ils préfèrent céder à perte à un inconnu.

Conséquences psychologiques et sociales

Le trouble provoque une désorientation identitaire : le sujet ne sait plus s’il est collectionneur ou commerçant. Dans les conversations mondaines, il alterne entre : « J’ai acquis » et « J’ai vendu », selon ce qui lui paraît le plus noble. Ses amis ne savent jamais s’il faut le féliciter ou le consoler.

L’obsession marchande contamine tout. Au dîner, il parle des tarifs postaux ; à la messe, il médite sur les commissions PayPal. Sa maison devient entrepôt, son courrier : service après-vente. Les cartons d’expédition envahissent le salon, le papier bulle remplace les nappes.

Avec le temps, la mémoire du contenu s’efface. Il oublie ce qu’il a lu, se souvient seulement de ce qu’il a acheté. Il ne pense plus en titres, mais en prix d’acquisition. L’IGLI qualifie ce stade terminal de mémoire comptable substitutive.

Traitement proposé

Le protocole thérapeutique consiste à réhabituer le sujet à la gratuité. On lui prescrit des séjours prolongés dans les bibliothèques publiques, où aucun volume n’est à vendre. On l’invite à fréquenter des cercles de lecture où l’on discute des textes plutôt que des cotes.

Des exercices de manipulation de fac-similés sans valeur ont également montré leur efficacité : ils rééduquent le toucher à l’absence de profit.

Des thérapies de substitution sont à l’essai :

– Le troc raisonné, échange sans monnaie ;

– La lecture dirigée, qui oblige à parler du contenu ;

– La cure d’oubli des prix, où le patient recouvre ses étiquettes d’un papier blanc pour se désintoxiquer visuellement.

Les rechutes demeurent fréquentes. Une simple notification « Vous avez un acheteur potentiel » suffit parfois à raviver la fièvre. Dans les cas extrêmes, une reconversion encadrée en brocanteur généraliste permet de détourner la compulsion : le malade vend alors des bibelots, mais épargne enfin ses livres.

Conclusion

Le syndrome de conversion bibliocommerciale illustre jusqu’où peut aller la confusion entre passion et profit. En voulant rentabiliser son plaisir, le sujet se condamne à le dissoudre : il perd la pureté du collectionneur sans acquérir l’instinct du marchand.

Il n’est ni libraire, ni bibliophile ; il erre entre les deux, dans ce no man’s land mental où le prix devient la seule lecture.

Ainsi l’IGLI enregistre-t-elle ce trouble comme pathologie distincte, et l’inscrit à son répertoire des affections modernes. Car il faut bien que quelqu’un veille, dans ce monde d’illusions, à maintenir la frontière fragile entre la boutique et la bibliothèque.

Cote : Dossiers cliniques de l’IGLI, n° 2, cote IGLI-DC2/189.

Observation post-diagnostique : le sujet lyonnais, après traitement, n’a plus vendu de livre. Il se consacre désormais à des estimations gratuites, ce qui, selon les critères de l’Institut, constitue une rémission partielle.

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Inspection d’agrément d’un atelier de reliure par l’IGLI

Présentation de l'IGLI – Inspection Générale du Livre Imprimé

Un atelier de reliure ouvert en 1999 dans le XIe arrondissement a demandé en juin son agrément comme établissement de soins pour entités imprimées. L’inspection, conduite par le Dr de Cuirac et Mlle Lépine selon une grille de 12 points fixée en 1974, a duré 5 heures et 40 minutes. Le certificat a été délivré le soir même.

Amis bibliophiles, bonjour.

Par le docteur Fulbert de Cuirac, vétérinaire assermenté des entités imprimées, Service spécial de surveillance zoobibliologique de l’Inspection Générale du Livre Imprimé (IGLI), expert près le Bureau des manifestations anormales du Livre, chargé de mission pour l’agrément des établissements de soins.

Dossier ouvert à la demande de : Mme S. V., relieuse-doreuse, atelier sur cour, XIe arrondissement, 27 ans d’exercice.

Objet : agrément de l’atelier comme établissement de soins pour entités imprimées, catégorie restauration.

Nous sommes arrivés un mardi à 9 h 40, par une cour pavée où un livreur déchargeait des bouteilles de gaz pour le restaurant voisin, un traiteur libanais dont Mlle Lépine a noté l’adresse pour des raisons étrangères au service. Mme V. nous attendait en blouse grise. Mlle Lépine lui a d’abord fait signer la feuille de présence de l’inspection en 3 exemplaires, dont un destiné à l’inspectée, qui n’a pas le droit de le conserver avant la clôture de l’inspection et l’a rendu aussitôt.

La circulaire du 14 mars 1974 exige que l’établissement soit observé « en situation de soins », sur une entité réellement confiée. Un atelier non agréé ne peut recevoir aucune entité. Le service avait prévu la difficulté et apporté un patient témoin, une demi-basane de 1880 sans valeur, prêtée pour la journée avec son propre dossier. Le dossier du patient témoin précise qu’il ne peut être touché que par un praticien agréé. Mme V. l’a donc soigné sans le toucher, en parant puis en posant une coiffe à 3 cm au-dessus du volume, les mains vides, pendant que Mlle Lépine chronométrait chaque geste. « Donc je répare dans le vide, et vous notez. » Mlle Lépine a noté la phrase au procès-verbal, avec l’heure, 10 h 02.

Le point 3 porte sur l’air. La circulaire fixe l’humidité relative à 50 %, « ni plus ni moins ». L’hygromètre de Mlle Lépine a relevé 52 %, celui du docteur 49 %, et placés côte à côte sur l’établi pendant 20 minutes, les 2 appareils n’ont pas varié d’un point. Le procès-verbal porte que l’atelier est trop humide du côté de Mlle Lépine et trop sec du côté du docteur, et qu’il sera déclaré conforme le jour où les 2 hygromètres du service donneront le même chiffre. Mlle Lépine a proposé la moyenne, 50,5 %, que la circulaire ne prévoit pas davantage.

Le massicot était fermé à clef, point 7 de la grille, et la clef pendait à un clou planté à 20 cm du cadenas. La circulaire veut la clef « hors de portée » sans définir la portée de qui. Le docteur, qui mesure 1,82 m, l’atteignait sans lever le bras, et Mlle Lépine, 1,58 m, sur la pointe des pieds. Mme V. a été priée de tendre la main devant nous et elle l’a attrapée, puisque c’est sa clef. Le clou a été remonté de 35 cm séance tenante, au marteau à endosser, le seul marteau de l’atelier.

La presse à percussion, un balancier de fonte scellé au sol, doit être éprouvée « sur un support de papier ». Le seul papier disponible en quantité suffisante était le dossier de demande d’agrément de Mme V., 212 feuillets agrafés. Il est ressorti de la presse épais de 2,1 cm au lieu de 2,4 cm, et la circulaire exige que le dossier présenté à la signature soit identique au dossier déposé. Mlle Lépine a consigné l’écart et fait contresigner par Mme V. une attestation d’identité du dossier aplati, jointe au dossier, qui en compte désormais 213.

Présentation de l'IGLI – Inspection Générale du Livre Imprimé

Le point 9 impose l’inventaire des peaux sur le formulaire annexe B, dont les cases n’ont pas été revues depuis 1974. Elles suivent le classement du comité anglais qui publia Leather for Libraries en 1905 et rangeait les cuirs par leur résistance, la truie en tête, le phoque juste après, la chèvre ensuite. Mme V. avait sur son étagère 14 chèvres, 3 veaux, une basane et une peau de truie venue d’Allemagne, qui ne prend pas l’or et se décore à froid. La case phoque a posé problème. Le formulaire interdit de la laisser vide et refuse le zéro, réservé aux espèces épuisées. Il faut écrire « néant » et joindre une attestation de non-détention de phoque, signée et datée, en 2 exemplaires. Mme V. n’avait jamais vu de phoque, ni vivant ni tanné, et elle a signé.

L’annexe B comporte aussi une ligne « onagre », ajoutée en 1974 par un rédacteur qui avait lu Balzac. Dans La Peau de chagrin, paru en 1831, le talisman est une peau d’onagre qui rétrécit à chaque désir exaucé de son propriétaire. La circulaire ne distingue pas ce chagrin-là de celui des relieurs, qui est une chèvre grainée, et elle impose de mesurer toute peau de chagrin détenue en atelier 2 fois, à une heure d’intervalle, pour s’assurer qu’elle ne rétrécit pas. Les 5 chagrins de Mme V. ont été déroulés sur la table à parer et mesurés au mètre de couturière à 11 h 05, puis à 12 h 05, et entre les 2 relevés Mme V. a formé devant nous, à la demande du docteur et conformément au protocole, un désir précis qu’elle a refusé de nous communiquer. Aucune peau n’a varié.

Le rédacteur de ce rapport a fait 3 ans de clientèle rurale dans le Cantal avant d’entrer au service. Arrivé à la ligne « truie », il a demandé l’âge de la bête à l’abattage et le nom de l’éleveur, que l’annexe B réclame pour toute espèce « d’élevage ». La facture du fournisseur porte seulement « peau de porc mégissée, Allemagne ». La ligne est restée en suspens.

Le docteur a demandé une chaise.

Le point 10 concerne les « actes pratiqués sur la matière ». Mme V. a paré devant nous un coin de veau au couteau à parer, lame en demi-lune, en amincissant le bord sur 2 cm. Le docteur a demandé si la peau souffrait. La réponse est consignée telle quelle : « Docteur, c’est du cuir, ça ne sent plus rien depuis longtemps, c’est moi qui ai mal au dos. » La grille comporte une case pour la douleur de la matière et aucune pour celle du praticien. Mlle Lépine en a tracé une dans la marge, au crayon, sous réserve de validation par la section.

Le point 11 interdit aux établissements agréés de détenir « des entités d’origine animale non identifiées ». Toutes les peaux portaient leur espèce au crayon sur leur bande de kraft. Le plioir en os que Mme V. gardait dans la poche de sa blouse ne portait rien. Mme V. le croyait en os de bœuf, sans pouvoir le prouver, et l’objet a été placé sous scellé dans une enveloppe kraft jusqu’à identification. Mlle Lépine lui a prêté un plioir en téflon tiré de son sac, contre reçu.

Les fers à dorer, rangés par centaines dans un casier à tiroirs contre le mur de gauche, n’ont pas été examinés. Ils relèvent de la section héraldique, qui accuse 14 mois de retard.

La circulaire demande une distance de 1,5 m entre les matières animales et les entités en convalescence. L’atelier mesure 1,2 m de large entre l’étagère des peaux et l’établi. Mme V. a proposé de coudre un rideau, que le service a accepté comme cloison à condition qu’il soit fait d’une matière non animale. La toile de reliure verte qu’elle avait en rouleau est un coton apprêté à l’amidon de blé, ce que l’étiquette du fabricant confirmait, et Mlle Lépine a demandé la facture pour la joindre à l’étiquette. Le rideau a été cousu et posé avant 14 h. L’agrément a été accordé sous cette réserve, et sous celle d’un registre des peaux employées, volume par volume, que Mlle Lépine a fourni coté et paginé.

Le certificat d’agrément de l’IGLI est imprimé sur vélin depuis 1974, et le point 12 exige qu’il soit affiché « à la vue des entités soignées ». Le rideau exige que toute matière animale soit soustraite à cette même vue. Le certificat a été punaisé derrière le rideau vert, face aux 14 chèvres.

Je signale pour le registre que la chaise apportée à 12 h 20 était couverte de basane, et qu’elle ne figure pas à l’inventaire.

GUILDE · FC/AGRÉMENT

L’attestation de non-détention de phoque a été classée au dossier, avec sa copie. Document classé : diffusion restreinte.

3 Commentaires

  1. bonjour,
    il faudrait également rappeler les cas réussis de bibliophiles reconvertis en libraires, à commencer par le regretté Pierre Brillard – et bien d’autres.
    Et aussi séparer le pseudo-libraire décrit, du bibliophile avisé qui revend certaines de ses acquisitions pour améliorer sa bibliothèque.
    Personnellement je ne me situe dans aucune de ces catégories – même si je devrais bien me mettre à revendre certains livres qui, au fil des ans, ne sont plus au cœur de mes intérêts (bibliophiliques, pas financiers 🙂 ).

  2. Bonjour,
    L’achat en double, voire en triple exemplaire d’un volume, appartient-il aux premiers symptômes de la maladie ? Il est parfois couvert par l’excuse de la bonne affaire, ou celle de mettre entre de bonnes mains ce qui est ignoré et négligé.
    Pathologie de la conservation ?

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