À la manière de Octave Uzanne: Sur la détestable habitude de prêter ses livres et autres négligences conjugales.


Cabinet des Élégances Parallèles

Amis bibliophiles, bonjour.
Par un adepte et à la manière de Octave Uzanne

“On m’avait juré de me rendre le Vicaire de Wakefield dès lecture achevée. C’était il y a trois printemps. L’ami a disparu, le livre aussi. Je regrette davantage le livre.”

Par un adepte et à la manière de Octave Uzanne

On m’avait juré de me rendre le Vicaire de Wakefield dès lecture achevée. C’était il y a trois printemps, au sortir d’une promenade dans les allées du Luxembourg. L’ami, d’un air pénétré, me supplia : « Prêtez-le-moi, vous savez que je lis avec soin, que j’aime les reliures autant que vous. » J’hésitai, puis cédai, dans ce mouvement de faiblesse que l’on nomme générosité, mais qui n’est qu’un déguisement élégant de la naïveté. Depuis, l’ami a disparu, le livre aussi. J’ai perdu deux présences : celle d’un compagnon de conversation et celle, plus précieuse à mes yeux, d’un volume au dos lustré, aux tranches rouges, dont l’absence luit comme un trou dans la denture d’un sourire jadis complet. Je regrette davantage le livre.

Prêter un ouvrage, c’est comme confier un mouchoir de dentelle à un voisin enrhumé : il revient, peut-être, mais jamais immaculé. Le tissu est froissé, l’odeur altérée, la grâce envolée. La bibliophilie connaît ce drame en permanence. L’objet confié ne reparaît que rarement, et s’il consent à rentrer au bercail, c’est en traînant derrière lui les stigmates de sa captivité : coins cornés, pages grasses, marginalia insolents, odeur d’un intérieur étranger qui s’est incrustée dans le papier. Je me demande parfois si les livres n’ont pas eux-mêmes le pressentiment de l’exil ; ils tremblent sous mes doigts quand je les tends, comme des enfants qu’on envoie dans une pension suspecte.

Le bibliophile avisé s’abstient, le sentimental se laisse attendrir et s’en repent. Ce n’est pas tant la valeur pécuniaire qui rend le deuil si cruel que l’absence visible, palpable, sur l’étagère. On passe devant le rayon, l’œil accroche une silhouette qui n’est plus là ; il se souvient du veau glacé, de la patine ambrée, de la typographie serrée. C’est un vide bavard : l’absence y tient plus de place que la présence.

Je me souviens d’un dîner chez M. de R***, homme de lettres autant que de cave. Nous étions six autour de la table, convives repus de Bourgogne et de propos mondains. La conversation s’étirait en longueurs convenues lorsqu’il lâcha, entre le fromage et le dessert : « J’ai perdu un ami pour un livre. » La baronne, qui maniait la plaisanterie comme d’autres leur éventail, répliqua aussitôt : « Ce devait être un roman bien dangereux ! » Mais lui, le regard sombre : « Un Paul et Virginie, édition de 1789, relié plein maroquin citron, tranches dorées. Je l’ai prêté à un confrère. » Une pause. « Et ? » demanda un convive. « Et il a trouvé plus simple de disparaître que de me le rendre. » J’osai : « Voilà un homme qui a choisi son camp. Entre l’amitié et la reliure, il a tranché. » Les rires fusèrent, mais c’était un rire de façade. Chacun songeait à quelque volume, jadis prêté, jamais revu. Nous portons tous en nous ce petit cimetière invisible de livres disparus, dont les tombes sont les cases vides de nos bibliothèques.

On croit toujours, lorsqu’on prête, que le livre sera lu avec gratitude, choyé comme un hôte de marque. Quelle illusion ! Le plus souvent, il végète sur une table basse, servant de socle à un vase trop lourd, ou s’endort dans le noir humide d’un sac de voyage. L’emprunteur oublie vite la faveur reçue, comme on oublie une promesse chuchotée à la légère dans le vestibule. En société, ceux qui s’empressent de proclamer qu’ils rendent toujours les livres prêtés affichent une sorte de coquetterie morale, une pose de vertu : « Voyez comme je suis scrupuleux, moi ! » Mais le bibliophile sait que ces serments sonnent creux et que ses volumes ne reviennent que rarement, et presque jamais dans l’état premier. L’expérience est l’école de la défiance.

Je connus moi-même, dans l’intimité domestique, un épisode révélateur. Un soir, je cherchai vainement mon Manon Lescaut en maroquin vert. « Chérie, où est passé mon Manon ? » demandai-je. « Je l’ai prêté à Hortense, elle voulait le lire. » — « Hortense ? Mais elle a encore mon Phèdre de 1677 ! » — « Oh, voyons, c’est de la famille. » — « Justement, c’est pire. Les cousins ne rendent jamais rien, sinon les visites. » — « Tu exagères. » Alors, excédé, je déclarai : « Je te parie un mois de dîners froids que ce Manon ne reviendra pas. » Elle replia son tricot, je ravalai ma colère feutrée. Trois ans plus tard, Manon n’est toujours pas rentrée. Hortense, si. Le paradoxe est cruel : on pardonne aux proches leurs absences, on leur confie encore, mais les livres, eux, restent prisonniers d’un oubli bienveillant.

Il n’est pas honteux de refuser un prêt, bien au contraire : c’est une marque de prudence que l’on devrait enseigner aux néophytes. On peut toujours invoquer un désordre provisoire de la collection, un déménagement imminent, ou encore l’attente d’un relieur maladroit dont on craint les faux pas. Ces prétextes passent pour politesse, mais la vérité est nue : un livre prêté est un livre à demi perdu. Lorsque, par faiblesse, on cède, il faut au moins revêtir les habits d’un percepteur : noter dans un carnet la date, le titre, le nom de l’emprunteur, l’état de l’ouvrage. Ce registre des prêts, qui vous donnera des airs de comptable tatillon, est le seul moyen de maintenir une apparence d’ordre dans le chaos sentimental de la générosité bibliophilique.

Hélas, la plupart des bibliothèques privées portent les cicatrices de ces complaisances. Il existe des rayonnages orphelins, amputés de leurs joyaux par les petites morts du prêt irréfléchi. Chaque absence est un trou dans le tissu d’une vie de lecture, un chapitre manquant à la chronique intime du collectionneur. On reconstruit parfois la série, mais ce n’est jamais la même édition, ni le même exemplaire : celui qui est parti emportait avec lui une histoire unique, l’odeur d’un grenier, la note manuscrite d’un précédent possesseur, le souvenir de la découverte initiale. Le remplaçant est comme une seconde épouse : respectable, mais sans le parfum du premier amour.

Je me suis souvent demandé pourquoi nous persistons à prêter, malgré les déceptions accumulées. N’y a-t-il pas, dans ce geste, une vanité secrète ? Nous nous flattons de montrer que nous possédons ce que d’autres désirent, nous aimons briller en offrant à l’admiration d’un ami la reliure précieuse ou l’édition rare. Le prêt est un miroir tendu à notre propre orgueil. On ne prête pas tant pour rendre service que pour s’entendre dire : « Quel trésor vous avez là ! » L’égoïsme prudent, lui, préfère l’admiration frustrée à la perte irrémédiable.

J’ai vu des bibliophiles inventer mille stratagèmes pour éviter la saignée. Tel autre, prié d’un prêt, feignait la surprise : « Mais ce volume est introuvable… Ah ! il est sans doute en reliure. » Un autre expliquait que sa bibliothèque était dans des caisses, en attente d’un déménagement fictif qui durait dix ans. Les plus habiles invoquaient le scrupule de la conservation : « Je crains, cher ami, que la lumière ne vous en altère la couleur. » Toutes ces excuses sont des ruses honorables, car elles protègent l’essentiel : la continuité d’une collection.

J’ai connu aussi des fous de rigueur qui faisaient signer à leurs amis de véritables reconnaissances de dette : « Je soussigné… » Cela avait des airs notariaux. Mais avouez qu’il y a quelque chose de comique à exiger pareille formalité pour un roman que l’on sait condamné à ne jamais revenir. Les bibliothèques, en vérité, ne se pillent pas par effraction mais par complaisance. Le cambrioleur n’est rien comparé au cousin aimable, au collègue insinuant, à la belle-sœur curieuse.

Le malheur est que nous confondons encore trop souvent la générosité avec la faiblesse. Un livre confié est un morceau d’âme qu’on dépose entre des mains indifférentes. Et lorsque la reliure ne revient pas, c’est tout un pan de notre histoire personnelle qui s’efface. La détestable habitude de prêter ses livres ressemble aux imprudences conjugales : on croit faire preuve de grandeur d’âme, et l’on se découvre trahi. Le livre s’en va, et avec lui un peu de notre confiance. Quant à l’emprunteur, il conserve l’ouvrage et la légende de notre bonté, qu’il répète peut-être dans les salons : « Voyez comme il est généreux ! » Jusqu’à la prochaine demande, qui recommence le cycle.

Si vous tenez à vos amitiés, à vos mariages, à vos rayonnages, souvenez-vous de cette maxime : prêtez sans scrupule vos parapluies, vos journaux, vos bicyclettes, mais gardez vos livres. Car le parapluie oublié s’achète à nouveau, la bicyclette se remplace, le journal se jette. Mais le volume prêté ne revient pas, ou revient meurtri. Et chaque livre perdu est une plaie qui ne se referme pas, une reliure qui hante la mémoire comme un fantôme au salon.

Ainsi, au fil des ans, j’ai bâti la morale suivante, que je vous livre comme une épitaphe pour toutes mes pertes : il vaut mieux paraître égoïste que mutilé. Un ami froissé se rabiboche ; un livre parti ne revient jamais.

U. O.

Cote : Cabinet des Élégances Parallèles – Uzanne – CEP-UZ/20X-1905

La lettre du bibliophile

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Un des fondamentaux en bibliophilie: tout savoir sur la Pagination et Foliotation

Un des fondamentaux en bibliophilie: tout savoir sur la Pagination et Foliotation

Amis Bibliophiles Bonsoir,
Pagination et Foliotation sont deux éléments essentiels de la bibliophilie, mais ils restent souvent peu connus des amateurs.
C’est aux bibliographes anglais (Philip Gaskell, Fredson Bowers) que l’on doit les meilleurs manuels sur la question. On trouvera ici quelques notions générales, qui conviennent pour décrire la plupart des ouvrages d’ancien régime.

PROLOGUE : LES FORMATS.

Avant de commencer, un simple rappel de ce que sont les formats des livres anciens.

In-plano : la feuille imprimée n’est pas pliée, mais reliée à « plat », parfois sur onglet.

In-folio (2o) : la feuille imprimée est pliée une fois, dans le sens de la largeur. Cette pliure divise la feuille en deux parties égales.

In-quarto (4o) : la feuille imprimée est pliée deux fois. Cette pliure divise la feuille en quatre parties égales.

In-octavo (8o) : la feuille est pliée trois fois. Cette pliure divise la feuille en huit parties égales.

In-seize : la feuille est pliée quatre fois, et divisée en seize parties égales.

Et ainsi de suite…

1. LES UNITÉS BIBLIOGRAPHIQUES

Un livre se divise en « unités bibliographiques ». Ces unités sont des éléments choisis arbitrairement par le catalogueur pour exprimer les caractéristiques matérielles du livre imprimé. Quatre unités bibliographiques sont donc utilisées généralement : la feuille, le feuillet, la page, le cahier.

La feuille : la feuille est à l’origine du livre. C’est le matériel brut, sorti des « formes » du moulin à papier. Elle présente un recto et un verso, et n’est pas encore pliée.

Le feuillet : c’est l’unité de base du volume. Un feuillet correspond au rectangle de papier que la main du lecteur tourne au fil de sa lecture. Le feuillet est constitué d’un recto et d’un verso (soit deux pages).

La page : la page correspond à l’une des deux faces du feuillet. Un livre ouvert présente deux pages en vis-à-vis (sur deux feuillets différents). Un feuillet présente deux pages « dos à dos » (recto et verso).

Le cahier : c’est l’élément clé du livre. Le cahier est un groupe de feuillets. Le plus souvent, il correspond à une feuille imprimée et pliée (en quatre, huit, seize, etc.). Un livre au format in-8o est généralement constitué de cahiers de huit feuillets (16 pages). Un in-4° est constitué de cahiers de 4 feuillets (8 pages). Il arrive cependant que plusieurs feuilles soient « encartées » (= regroupées l’une sur l’autre et pliées ensembles), notamment pour les livres au format in-folio : regrouper les feuilles par trois ou quatre (soit des cahiers de six ou huit feuillets, au lieu des deux feuillets de la feuille seule pliée) permet au relieur de travailler beaucoup plus vite (une seule couture au lieu de trois ou quatre). À de très rares exceptions (lorsqu’un feuillet seul est encarté), un cahier a toujours un nombre pair de feuillets.

2. LES NOTATIONS BIBLIOGRAPHIQUES

L’imprimeur qui compose son livre doit veiller à ce que les différentes pages imprimées se trouvent dans le bon ordre une fois la feuille pliée. Il doit donc les disposer sur la presse de manière à ce que le verso des feuillets corresponde à leur recto, et à ce que les feuillets se succèdent dans le bon ordre. Cette opération s’appelle l’imposition. Pour s’y retrouver, le typographe s’aide d’un certain nombre de mentions imprimées en haut ou en bas des pages, qui lui servent à identifier d’un coup d’œil la place de la page à l’intérieur du livre.

Foliotation : la foliotation est l’une des premières mention à avoir été utilisées par les typographes. J’écrivais plus haut que le feuillet était l’unité matérielle de base, et pour nous, qui sommes habitués à lire des livres « paginés », il est dur d’admettre que l’usage aux XVe et XVIe siècles pouvait être différents. Les livres de la première moitié du XVIe siècle sont pourtant généralement numérotés par feuillets (= foliotation), et non par pages. La foliotation prend généralement place en haut à droite sur le recto du feuillet concerné. Le verso ne comporte aucune numérotation. Cette foliotation peut être en chiffres arabes ou romains.

Pagination : La pagination apparaît un peu plus tard. En France, c’est à partir des années 1530 que l’on commence à croiser régulièrement des ouvrages « paginés », c’est-à-dire des livres dont les feuillets sont numérotés sur leur recto et leur verso. Cet usage, plus commode pour le lecteur qui dispose d’un nombre plus grand de points de repères, s’est peu à peu imposé et reste notre référence aujourd’hui.

Réclame : On voit souvent, en bas des pages composées, les premiers mots ou les premières lettres de la page suivante. C’est ce que l’on appelle la réclame. La réclame a deux utilités : d’une part, elle sert de point de repère pour le typographe, qui sait immédiatement quelle page va venir à la suite de celle qu’il est en train de disposer sur le marbre de la presse ; d’autre part, le lecteur a ainsi sous les yeux le début de la page suivante, qu’il lit à l’avance : il peut anticiper la lecture, tourner la page et reprendre le fil du texte sans perdre la dynamique qui était la sienne.

Signature : Mais pour le typographe, la plus importante de ces mentions, c’est la signature. À elle seule, la signature permet de connaître la place d’un cahier dans l’ouvrage et la place d’un feuillet à l’intérieur d’un cahier. La signature se compose généralement d’une lettre, suivie d’un chiffre (arabe ou romain). La lettre indique la place du cahier à l’intérieur du volume : en effet, les différents cahiers d’un livre sont généralement « signés » dans leur ordre de succession par des lettres, de a à z. Le relieur, auquel on présente les feuilles pliées, n’a plus qu’à remettre les cahiers dans l’ordre avant de procéder aux opérations de reliure. À l’intérieur d’un même cahier, les premiers feuillets (généralement la première moitié du cahier) sont signés par la lettre identifiant le cahier auquel ils appartiennent, mais aussi par un chiffre indiquant leur place à l’intérieur du cahier. Le feuillet signé « b5 » est donc le cinquième feuillet du cahier « b ».

Une petite méthode pratique à connaître : Face à un livre sans foliotation ni pagination, grâce aux signatures, on peut, sans avoir à compter les pages unes à unes, connaître le nombre de feuillets : il suffit de regarder la lettre signant le dernier cahier, de voir quel est le rang de cette lettre dans l’alphabet (attention : jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, l’alphabet latin n’a que 23 signes : pas de J, ni de V ni de W !) et de multiplier le chiffre obtenu par le nombre de feuillets des cahiers. Par exemple, un livre du XVIe siècle de format in-8o, dont le dernier cahier est signé X (21ème lettre de l’alphabet de l’époque), comprend (21 x 8 =) 168 feuillets (soit 336 pages). Cette méthode n’est pas fiable à 100% et ne remplace pas une véritable collation page à page (les cahiers n’ont pas nécessairement le même nombre de feuillets), mais elle peut tout de même aider lorsque l’on est pressé.

3. LES FORMULES DE FOLIOTATION

Une fois défini tout ce jargon, on a sans doute mieux compris comment le livre est fabriqué. Mais le bibliographe/catalogueur ne doit pas se contenter de comprendre comment est fait l’ouvrage, il doit décrire cette matérialité, et exprimer avec des formules claires la collation d’un livre. Quelques usages sont donc à respecter pour que les formules utilisées soient compréhensibles par tous.

Pour exprimer la foliotation ou la pagination d’un livre, les usages sont assez bien définis.

– La numérotation s’exprime selon une formule simple : [premier chiffre mentionné] + [tiret] + [dernier chiffre mentionné] : un livre dont la foliotation est formulée « 1-244 » sera donc composé de 244 feuillets chiffrés de 1 à 244.

– Très souvent, les feuillets liminaires (titres, dédicaces, etc.) ne sont pas chiffrés. Dans ce cas là, en règle générale, on fait figurer entre crochets le nombre de feuillets (ou de pages) non chiffrés : un livre dont la foliotation est formulée « [2] 3-244 » sera donc composé de deux feuillets non chiffrés et de 242 feuillets chiffrés de 3 à 244.

– On respecte le format de la numérotation du livre : chiffres romains en chiffres romains, chiffres arabes en chiffres arabes.

Il est important de toujours indiquer l’unité matérielle utilisée comme référence. Pour cela, on dispose de quelques abréviations :

– f. (ou ff.) pour feuillets,

– p. (ou pp.) pour pages,

– col. pour colonnes (il arrive en effet que les colonnes soient numérotées, et non les pages ou les feuillets)

– ch. pour chiffré(s).

– n. ch. pour « non chiffrés »

La formule changera selon que l’on réfléchira en feuillets ou en pages. On suit généralement l’usage du livre lui-même, selon qu’il soit paginé ou folioté. Ainsi, si l’ouvrage est composé de 244 feuillets foliotés, on formulera « 244 ff. ch. » (ff. ch. pour « feuillets chiffrés »). Si l’ouvrage est composé de 244 feuillets paginés, on formulera : « 488 pp. (ou pp. ch.) ».

Pour des ouvrages en plusieurs parties, il arrive que la numérotation reprenne au début à chaque partie de l’ouvrage. On fait alors se succéder les différentes séries de foliotation/pagination. Ainsi, la formule « [2] III-XXVI, 1-344, 1-648 » décrit un livre composé de trois parties : la première (sans doute les pièces liminaires) comprend deux feuillets non chiffrés et 24 feuillets numérotés en chiffres romains de III à XXVI ; la deuxième partie comprend 344 feuillets chiffrés, et la deuxième partie comprend 648 feuillets chiffrés.

4. LES FORMULES DE SIGNATURE

Le catalogueur doit aussi souvent indiquer la manière dont sont signés les différents cahiers et feuillets d’un livre. Cela est finalement assez simple.

En règle général, on l’a dit, une lettre de l’alphabet (ou un symbole quelconque) correspond à un cahier. Lorsque les lettres se suivent dans l’ordre alphabétique, on n’indique que la première et la dernière de la série, séparées par un tiret : la mention « a-m » indique ainsi une succession de 12 cahiers (l’alphabet complet n’a que 23 lettres, ne l’oublions pas !) signés de « a » à « m ».

On précise, en exposant, le nombre de feuillets composant chaque cahier. La formule « a-m8 » indique donc une succession de 12 cahiers de 8 feuillets (soit un total de 96 feuillets).

Mais il arrive souvent que certains cahiers n’aient pas le même nombre de feuillets que les autres. Il faut alors parfois interrompre la série des signatures. La formule « a-g8 h4 i-m8 » indique ainsi une série de 12 cahiers de 8 feuillets, à l’exception du cahier signé « h » qui n’en comprend que quatre.

Parfois, le bibliographe se trouve face à un feuillet, seul, encarté entre deux cahiers (cela m’est arrivé récemment). La formule la plus simple et la plus compréhensible consiste alors à mentionner la présence de ce feuillet par un symbole, suivi en exposant du chiffre « 1 ». On obtient alors une formule du genre « a-g8 [*]1 h-m8».

Il arrive qu’un ouvrage comporte plus de 23 cahiers (c’est même le cas pour la majorité des éditions). La série des lettres de l’alphabet ne suffit alors plus. Généralement, l’imprimeur reprend la signature des cahiers à la lettre « a », mais passe des minuscules aux majuscules, puis il multiplie les lettres. Il n’est ainsi pas rare de croiser des formules de signatures ressemblant à cela : « a-z8 A-Z8 Aa-Zz8 Aaa-Mmm8 ». Dans le cas présent, on est face à un ouvrage de 648 feuillets (3 x [23 x 8] + [12 x 8]), signés de « a » à « z », puis de « A » à « Z », puis de « Aa » à « Zz », puis de « Aaa » à « Mmm ».

Nous avons désormais toutes les clés pour lire et comprendre une mention de signature. Passons désormais aux travaux pratiques : combien de feuillets compte la célèbre Cosmographie de Sébastien Münster publiée chez Heinrich Petri (Bâle, 1550, in-2o), dont la formule de signature est la suivante :

[-]6 *6 [14 cartes sur bifeuillets hors-texte] a-e8 f2 g4 h-k6 l8 m2 n2 o6 p8 q4 r4 s-z8 A-B8 C6 D2 E8 F6 G4 H2 I4 K2L4 M2 N-O8 P6 Q-R2 S4 T-V2 X4 Y4 [1 planche dépliante hors-texte entre les feuillets Y2 et Y3] Z6 Aa-Bb2 Cc8Dd2 Ee-Gg8 Hh4 Ii8 Kk6 Ll2 Mm2 [1 pl. dépliante h.-t. entre Mm1 et Mm2] Nn-Oo8 Pp4 Qq2 Rr4 Ss2 Tt4 [1 pl. dépliante h.-t. entre Tt2 et Tt3] Vu6 Xx4 Yy2 Zz8 AA-BB2 CC8 DD4 EE-FF8 GG4 HH-KK8 LL4 MM-QQ8 RR4 SS-ZZ8 Aaa-Fff8 Ggg6 Hhh8.

Bon courage à ceux qui se lanceront !
Rémi.

1 Commentaire

  1. il paraît qu’Anatole a dit « Ne prêtez pas vos livres : personne ne les rend jamais. Les seuls livres que j’ai dans ma bibliothèque sont des livres qu’on m’a prêtés. » Moralité : ne prêtez pas vos livres, empruntez plutôt ceux de vos amis.

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