Depuis l’annonce du passage de relais et l’installation de la Guilde des Bibliopolicés, de nombreuses questions nous sont parvenues — émanant de lecteurs scrupuleux, de bibliographes vigilants, ou d’acheteurs récemment désenchantés.
« Mais enfin, qu’est-ce que cette IGLI ? » « Est-ce un comité ? Un ministère de l’ombre ? Un club de lecture musclé ? »
Il était donc grand temps d’apporter une réponse claire, officielle, et administrativement circonstanciée.
Aussi, conformément aux instructions de la Haute Commission des Présentations Officielles, nous avons l’honneur de vous présenter l’Inspection Générale du Livre Imprimé, organe administratif singulier et rigoureusement attentif à tout ce qui touche au domaine du livre ancien et de ses excès. Pour la première fois, nous présenterons nos travaux ici.
Présentation générale
Créée en 1952 par un décret jamais publié, l’IGLI est une structure bureaucratique indépendante, hors des ministères visibles, chargée de surveiller les flux, reflux, abus et flottements du Livre Imprimé, dans ses versions anciennes, confuses ou carrément douteuses.
Installée dans un sous-sol administratif du 3e arrondissement de Paris, sans boîte aux lettres, sans fenêtre, et sans conviction apparente, l’IGLI se distingue par son obsession de l’ordre bibliophilique et de la conformité textuelle.
Elle ne rend de comptes à personne, sauf à elle-même, par triple exemplaire carbone.
Statut
Organisme parapublic semi-fictif, à compétence nationale dormante et à présence internationale accidentelle. Affiliée à aucun ministère, mais proche d’eux tous, dans l’ombre de leurs tampons.
HAUTE COMMISSION (Présidence tournante)
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Direction Centrale des Inspections Textuelles Secrétariat Stratégique de la Surveillance Passive
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Département des Livres Sous Surveillance | Département des Plis Non Coupés Délégation aux Faux Colophons
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Bureau des Ouvrages Rarissimes | Bureau de la Pliure Marginale Cellule d'Audit des Dates Trompeuses
Bureau des Notices Exagérées | Service Central de l’In-Quarto Observatoire des Justifications de Tirage
... ...
Principaux Services
Bureau des Ouvrages Rarissimes — Examine les cas d’exemplaires “rares” par excès de publicité.
Service des Faux Colophons et Descripteurs Éhontés — Répertorie les mentions flatteuses sans base bibliographique solide.
Département des Livres Non Coupés — Garantit que les exemplaires vendus “non lus” n’ont pas été furtivement caressés.
Cellule d’Audit des Dédicaces douteuses — Expertise des formules type “À mon ami P. – V.H.”.
Observatoire des Tirages Imaginaires — Traque les “tirages à 7 ex.” ayant produit 93 volumes certifiés.
Brigade d’Évaluation des Marges Extravagantes — Intervient en cas de disproportion papier/texte manifeste.
Comité de Surveillance des Ex-libris Collés Après-Coup — Spécialistes du repositionnement artificiel d’ex-libris familiaux.
Production documentaire
Circulaires internes (jamais diffusées)
Alertes confidentielles (signées d’un cachet à l’encre verte)
Répertoires d’Anomalies Bibliophiliques (RABs), classés par années fictives
Comptes rendus d’auto-vérification
L’IGLI n’intervient pas dans…
Les livres de coloriage,
Les recueils de chansons à boire,
Les ouvrages pliables de foires médiévales,
Les bandes dessinées sous plastique (sauf exception exceptionnelle).
Affiliations
Guilde des Bibliopolicés — Organe opérationnel indépendant, autorisé à publier des rapports publics à partir des conclusions IGLI. Sous surveillance méthodique et bienveillante de l’Inspection.
Ordre des Correcteurs Invisibles (obsolète)
Comité d’Éthique du Cartonnage Souple (fusionné)
Consortium Européen des Bibliographies Orphelines (CEBO) : partenaire inactif
En dépit de ses procédures labyrinthiques, de ses tampons obliques et de ses réunions qui n’aboutissent à rien, l’IGLI demeure un gardien du livre, un veilleur silencieux de la bibliophilie, et, osons le dire, un ami exigeant de tous les lecteurs sincères.
Conformément à l’article 17‑bis de notre règlement interne, le présent document vaut à la fois présentation, avertissement et promesse implicite. Il sera versé au Registre central des communications préliminaires, prend effet dès sa lecture, et demeure applicable jusqu’à révision par circulaire ultérieure. L’IGLI poursuivra sa mission, dans le respect des procédures invisibles, au service du livre imprimé et de ceux qui, parfois, l’ouvrent.
La lettre du bibliophile
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Nous retrouvons ce soir la traditionnelle lecture sélective des catalogues de libraires de notre ami Gilles.
« C’est le printemps des catalogues et ma lecture prend du retard quand je ne sais plus où donner de la bourse. La librairie Picard (82, rue Bonaparte à Paris) livre son 590 ème catalogue de livres anciens et modernes, agrémenté de planches en noir et blanc. Les livres anciens comptent 230 numéros. J’ai retenu de Guillaume Paradin, “Mémoires de l’histoire de Lyon” suivi de Claude de Rubis “Les privilèges… de la ville de Lyon” imprimé à Lyon chez Antoine Gryphe en 1573 et 1574, complet de ses deux parties, in folio en demi-basane du XIXe. Le titre de la première partie est imprimé dans un somptueux encadrement gravé architectural de la seconde renaissance couronné du griffon. (1000 euros). Une reliure “de mariage” du XVIe siècle (1582?) sur un “Officium Beatae Mariae virginis…” format in-8, la page de titre manque ainsi que la fin. La reliure en maroquin rouge est frappée dans un ovale de rameaux dorés aux centres des plats du nom et du chiffre de l’épouse Gabriele de Croiset (plat supérieur) et de l’époux Jean de Gay (plat inférieur), le dos plat est entièrement orné aux petits fers de médaillons floraux juxtaposés, centrés de monogrammes et chiffres (780 euros). Les “Curiosités de Paris, de Versailles, Marly, Saint-Cloud et des environs…” de Le Rouge, une nouvelle édition de 1771 à Paris chez les libraires associés en deux volumes in-8 pleine basane de l’époque comportant 31 planches gravées dont 21 dépliantes (500 euros). Un “ana”: le “Mantasiana” de Hyacinthe Cordonnier, alias Saint-Hyacinthe imprimé à La Haye chez Charles Le Vier en deux tomes sous cartonnage moderne orné de deux frontispices, une planche et six figures géométriques in-texte (200 euros). La librairie “Bonnefoi Livres Anciens” (1-3, rue de Médicis à Paris) sort un catalogue orné de reproductions en couleur intitulé “Livres & manuscrits anciens”. J’ai retenu de Guillaume Budé , la première édition “de Transitu Hellenissi ad Christianismum” chez Robert Estienne à Paris, en vélin souple de l’époque (7 500 euros). Une “Anthologia graeca” in Bibliopolio Commeliniano de 1604 in-4 aux armes et au semé alterné de fleurs de lys et de monogrammes couronnés de la reine Anne d’Autriche veuve en plein maroquin brun, après 1643 (12 000 euros). Un exemplaire de dédicace en vélin doré aux armes du cardinal Giacomo Rospigliosi, neveu du pape Clément IX, dans un encadrement de roulettes et de fleurons dorés sur “le Prerogative del senator Bartolomeo Gherardini…” de Palmieri, in-12, imprimé à Sienne en 1682 (1500 euros). Un recueil de 28 pièces in-4 des procès de Beaumarchais avec Duverney et Goezmann, constitué à l’époque en veau havane, rassemblant des pièces de l’auteur dramatique et des divers protagonistes (3 000 euros). Et, pour les amoureux de typographie, “Les Aventures de Télémaque…” de Fénelon , imprimées à Parme par le célèbre Bodoni en 1812, sous les hospices du roi Murat à 150 exemplaires seulement, en deux volumes in folio demi-veau blond (3500 euros). La Librairie ancienne Bruno Sepulchre, (7, rue Cassette à Paris) présente un catalogue illustré à la couverture ornée d’un sabot ayant appartenu à Jean-Jacques Rousseau. Les sabots se retrouvent sous le dernier numéro de ce catalogue et figurent aussi chez le libraire précédent (35 000 euros, la paire!). Mais pour cette somme je préfère revenir à la bibliophilie avec la “Topographie Françoise ou représentations de plusieurs villes bourg, chasteaux, plans, forteresses, vestiges d’Antiquité, maisons modernes et autres du Royaume de France…” par Claude de Chastillon, chez Louis Boissevin à Paris en 1655. L’ouvrage in-folio en plein chagrin moderne compte 300 feuillets pour 591 gravures sur cuivre la plupart à mi-page. J’ajoute que ce monumental ouvrage est rare les gravures étant le plus souvent découpées et vendues à l’unité (30 000 euros). Un des attrait de ce catalogue repose sur sa variété, juste avant ce très coûteux livre on trouve “Eloge prononcé par la folie devant les Habitans des Petite Maisons” de Pierre Mathias Chardonnet, un plaquette in-12 brochée de 48 pages imprimée à Avignon en 1761 pour 90 euros. Sur la même page, un livre que tous les lecteurs du Blog connaissent: “le tableau des Riches Inventions couvertes du Voile des feintes amoureuses, qui sont représentées dans le Songe de Poliphile…exposées par “ Béroalde de Verville [et de Francisco Colonna bien sûr], l’édition de Mathieu Guillemot à Paris en 1600, in 4 en vélin moderne. Cette dernière édition ancienne est riche de 180 bois gravés qui constituent son intérêt, sur l’une d’elle Priape est en pleine forme et n’a pas subi les outrages des lecteurs pudibonds (4000 euros). Pour changer je signale de Bruant “dans la Rue, Chansons et Monologues, Dessins de Steilen” une édition définitive, 13 ème mille sans date à Paris en deux volumes in-12 en demi-percaline rouge, les couvertures de Steilen étant conservées. Cet exemplaire comporte un envoi de l’auteur “à l’ami Guillaume, Montmartre 1891″ je me suis demandé si ce Guillaume aurait pu être le jeune dessinateur Albert Guillaume? (250 euros). La librairie de l’Avenue est une grande maison installée aux puces de Paris-Saint-Ouen. Elle publie un catalogue varié fortement illustré, tout en couleurs, de 400 titres. Parmi ceux-ci, d’Abel Hugo, la “France pittoresque…” de 1835 chez Delloye, en 3 volumes in-4 en demi-maroquin à petits coins. Cet ouvrage compte 470 planches gravées qu’on rencontre hélas plus fréquemment en feuilles (450 euros). Du recherché Athanasius Kircher, “…Magnes sive de Arte magnetica…” une seconde édition augmentée parue deux ans après l’originale, en 1643 pour J Kalcoven. Le livre in-4 en vélin ivoire compte un frontispice, 29 planches hors-texte et de nombreuses figures (3500 euros). De Jules Lemaitre, deux volumes in-8 en demi-maroquin à coins pour “En marge des vieux livres” illustré par Lalau et édité en 1921 chez Boivin (150 euros). L”Histoire de la ville de Rouen” de Servin, publiée à Rouen chez Le Boucher en 1775 en deux volumes en veau, est en édition originale et comporte un plan dépliant de la ville (250 euros). On ne peut qu’être surpris que l’édition originale française de l’oeuvre de Léonard de Vinci de son “traité de la peinture” ne soit pas antérieure à 1651. Le livre paru chez Langlois à Paris est illustré de 56 gravures sur cuivre d’après Poussin et d’un portrait du maître. Il est en plein veau accidenté (6000 euros).
Merci de la diffusion de ce règlement salutaire. Puis-je cependant vous signaler une coquille à l’avant-dernière phrase ? Au lieu de de « demeure applicable » il convient de lire « demeure inapplicable » il me semble opportun d’insérer un erratum.
Je déplore cependant qu’il n’y ai pas un bureau pour surveiller les faux in-12°, in-8°, in4° et autres in-congruités des annonces de format.
À corriger lors de la prochaine réforme de simplification administrative.
Cher Jean,
Message passé à l’IGLI. La seule chose que je sais, c’est qu’un des prochains dossiers cliniques de l’IGLI traitera du syndrome du format in-23 (et de son cousin l’in-7).
Amitiés,
Hugues
enfin un peu de sérieux dans ce monde bibliophilique trop souvent en proie aux descriptions fantaisistes, provenances affabulatoires, attributions sans vergogne, de la part de connaisseurs (ou pas) pourtant bien intentionnés (ou pas) ! où est-ce qu’on dénonce ??
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Merci de la diffusion de ce règlement salutaire. Puis-je cependant vous signaler une coquille à l’avant-dernière phrase ? Au lieu de de « demeure applicable » il convient de lire « demeure inapplicable » il me semble opportun d’insérer un erratum.
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À corriger lors de la prochaine réforme de simplification administrative.
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enfin un peu de sérieux dans ce monde bibliophilique trop souvent en proie aux descriptions fantaisistes, provenances affabulatoires, attributions sans vergogne, de la part de connaisseurs (ou pas) pourtant bien intentionnés (ou pas) ! où est-ce qu’on dénonce ??