François Mitterrand bibliophile: un texte inédit

Amis Bibliophiles bonsoir,
Le président François Mitterrand était bibliophile. Ses visites aux libraires parisiens, toujours payés en espèces, sont connues, comme son escapade au Manoir de Pron du sieur Oberlé au matin du 10 mai 1981.

Le président avait une prédilection pour les grands textes de la littérature française en édition originale et sur grand papier, et son épouse a également signé quelques reliures de bonne facture. 
Le salon du Grand Palais du 10 (vernissage sur invitation uniquement) au 13 avril 2014 sera l’occasion d’en savoir un peu plus sur le président bibliophile. En effet, la librairie d’Âpre-Vent proposera spécialement pour le Grand Palais un catalogue papier distribué gracieusement. Les 100 premiers visiteurs sur le stand (stand H4) qui en feront la demande recevront un exemplaire du catalogue contenant un texte inédit sur François Mitterrand bibliophile, tiré sur vergé azuré et limité strictement à 100 exemplaires. 

Une belle occasion d’en savoir un peu plus et de faire la connaissance d’une jeune et belle librairie qui présentera un choix éclectique sur le salon, avec entre autres un sompteux exemplaire de La Nef des fous dans une édition incunable bâloise ; quelques rares livres d’occultisme et de sorcellerie (Pierre de Lancre, Le Loyer, livres ayant appartenu à Stanislas de Guaita, etc.) ; une magnifique reliure « à la fanfare » du XVIe attribuable à Nicolas Eve ; des provenances et envois prestigieux (Talleyrand, Lucien-Graux, Giono, Bordes de Fortage, Robert-Houdin, Saint-Yves d’Alveydre, etc.) ; une belle lettre de Louis Pasteur ; des documents d’époque sur la famille de Nostradamus ; des manuscrits ; des chartes du XIVe ; des livres minuscules, des objets bibliomorphes et autres curiosités…
Pour les autres, moins intéressés par les livres ou par le président Mitterrand, je rappelle que le Fouquet’s n’est à une encablure (en yacht) du Grand Palais 🙂
H

La lettre du bibliophile

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Portrait d’un bibliophile d’exception: Jules-François Chenu

Portrait d'un bibliophile d'exception: Jules-François Chenu

Amis Bibliophiles bonjour,

Les ventes de la bibliothèque de Jules-François Chenu eurent lieu à la salle Silvestre en avril et mai 1864 en 7 vacations. 
Ce bibliophile était décédé quelques mois auparavant, en octobre chez Ernest Panckouke dans l’ancien hôtel de Thou où il demeurait.  Les ventes se déroulèrent en deux parties “le catalogue raisonné de la bibliothèque” d’une part et la “bibliothèque Elzévirienne” d’autre part.  Ces catalogues furent publiés par la librairie Techener, Olivier Barbier assurant la rédaction du préambule.
Jules Chenu, né en 1806,  se destinait à la médecine mais,  (comme beaucoup d’autres…), consacra sa vie aux livres. Il tint les fonctions de sous-chef des travaux typographiques, correcteur et prote de l’imprimerie Panckouke puis chez Hachette. Latiniste, il corrigea l’intégralité des volumes de la Bibliothèque latine-française de Panckouke, mais il publia aussi à son propre compte, par exemple, la traduction du “Jardin des roses de la vallée des larmes” chez Gay en 1850. Il s’attacha également à rééditer une dizaine de petits ouvrages anciens devenus rares, à très petits tirages, comportant quelques rares papiers et souvent un exemplaire unique sur peau de vélin.
Ainsi en fit-il avec “Le cochon mitré” qu’il publia à Paris en 1850 à 110 exemplaires et dont le blog s’est déjà fait écho (http://bibliophilie.blogspot.fr/2007/10/le-cochon-mitr-solution-de-lnigme.html). Le tirage comportait un unique exemplaire sur peau de vélin que Jules Chenu se réserva, et fit couvrir par Duru d’un maroquin mosaïqué et doublé, identifiable sous le numéro 430 du catalogue de sa vente. Quant à l’exemplaire sur peau de vélin du “Jardin des roses”, Chenu le confia à Bauzonnet et Trautz qui lui offrirent la reliure.
Outre l’édition de ces petites plaquettes, Chenu entretenait la passion des elzévirs. Il était ami du bibliophile Charles Motteley et participa à la publication du catalogue de celui-ci. Sur ce sujet il collabora au Bulletin du Bibliophile. Il corrigea également la cinquième édition du Manuel du Bibliophile. Enfin, il réédita différentes pièces sur l’affaire Libri. Les annales du Bibliophile en 1862 disent de lui « qu’amateur dans toute la force du terme (il) met à la composition matérielle de ses ouvrages un soin qui se trahit par l’observation de toutes les minuties affectionnées des bibliophiles.”

Il signe ses publications des qualificatifs “bibliophile parisien” ou “elzevirophile”. Jules Chenu, ne se contentait pas d’étudier les livres, il les restaurait lui même avant de les confier aux meilleurs relieurs Duru, Hardy, Capé, Bauzonnet, Delanoë… Il cherchait par dessus tout les exemplaires uniques spécialement pour les livres modernes où il affectionnait les exemplaires d’auteur. Le livre qui illustre ce billet comporte une page de titre unique à son adresse “de la bibliothèque de J. Chenu, 1843.”

Il est composé d’opuscules édités à Bourges chez Vermeil de 1840 à 1842 et censément imprimés dans la même ville par Jollet-Souchois. Les pages ont été réimposées et quelques unes réécrites et recomposées pour former un livre homogène à la pagination désormais continue avec une table nouvelle. Un très gros travail en tous cas, où les noms d’éditeur et d’imprimeur disparaissent. Le catalogue de sa vente sous le numéro 573 indique “Inutile de dire qu’il serait impossible d’en trouver un semblable.”.


La reliure d’origine en veau fauve est signée “Delanoë père”. Comment Chenu eut-il accès à la composition de ce livre? On peut se demander si l’imprimeur Jollet-Souchois ne confiait pas en sous-traitance ses lourds travaux chez Panckouke. Ce livre n’est pas le seul ouvrage né du labeur bibliophile de Chenu , on trouve par exemple les “Lettres de l’abbé Viguier, Paris du cabinet de J. Chenu, 1859″, issu d’un tirage à part très restreint de la Société des bibliophiles français et doté d’une page de titre particulière ou encore “Essai sur les bibliothèques” de Gustave Brunet, pourvu d’un titre unique “Paris, du cabinet de J. Chenu, 1861″.
Chenu confia ainsi à Duru de nombreux exemplaires uniques de l’imprimerie Panckouke. Ses rapports avec les relieurs semblent bienveillants. Ainsi offre t-il à Georges Trautz, avec son “souvenir affectueux” un des 18 exemplaires (un des deux sur papier jaune) de la réimpression de l’ouvrage gothique “La première leçon des matines ordinaires du grand abbé des conards de Rouen, souverain monarque de l’ordre….”, Panckouke, 1848. Cet opuscule fut relié par Trautz en 1855 en maroquin bleu à décor d’entrelacs dorés. (Chenu s’était réservé un exemplaire sur peau de vélin relié par Duru). L’exemplaire Trautz fut vendu à la cinquième vente Bérès, le 13 décembre 2006 pour 3148 euros. Chenu conservait aussi un exemplaire avec envoi autographe du poème “la reliure” du relieur Lesné, curieusement broché (n° 313).
Sa bibliothèque générale compte 674 numéros et son catalogue d’elzevirs,  repris pour la vente, 545 numéros, où pour certains les dimensions sont indiquées.
La bibliothèque générale est variée, religion, vénerie, histoire, littérature, bibliographie, catalogues de ventes, gravures, réimpressions de gothiques, ouvrages anglais, les 210 volumes de la bibliothèque latine Panckouke riches de leurs cartons, etc. Notons quelques ouvrages remarquables, un antiphonaire et des “Heures de la Vierge” enluminés du Xve siècle, un incunable du proto typographe parisien Ulrich Gering, une reliure de Le Gascon, quelques gothiques rarissimes. Parmi les provenances, signalons Louis-Philippe, la duchesse de Berry et plusieurs ouvrages du bibliophile Renouard.
Jules Chenu eut-il un ex-libris?  Je ne l’ai pas trouvé, en tous cas, il  n’y en a pas de trace sur le livre présenté où il aurait été bien inutile d’ailleurs.
Lauverjat

12 Commentaires

  1. Merci à la librairie Apre-Vent pour cette sympathique initiative.
    Au fait, que raconte au juste ce texte?
    A vrai dire, je n'ai pas été assez rapide jeudi…

    Parlons livres et bibliophiles!

    Cordialement,

    Wolfi

  2. Absolument Olivier, il payait ou faisait payer en espèces… La légende dit que les fonds spéciaux étaient mieux employés que d'habitude, et que Roger-Patrice Pelat offrait également des ouvrages à son ami président.
    H

  3. Je ne sais plus où j'ai lu que Mitterrand n'avait jamais d'argent liquide sur lui et, en général, assez pingre. Ça prouve que la bibliophilie était suffisamment importante pour déroger à ses habitudes…
    Olivier

  4. Cher S. D.

    Parce que vous trouvez ça drôle ?
    Je n'insulte pas. J'exprime avec des mots choisis en conséquence un dégoût bien légitime.
    Il y a ceux qui prennent des risques et offrent aux bibliophiles que nous sommes de quoi nous réjouir, et il y a ceux qui ne font rien sinon de produire un peu de poison dans les commentaires et qui prennent plaisir à déverser leur rancœur dans l'ombre à coup d'insinuations malveillantes. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. A moins que je ne comprenne pas un mot d'esprit qui m'échappe. auquel cas je présente mes plus vives excuses à tous sans hésiter.
    Il m'a semblé juste de réagir. Peut-être un peu excessivement, comme c'est souvent le cas à chaud, je vous l'accorde. Mais, quand même, si tôt le matin, et je vous avoue ne pas comprendre non plus tant de complaisance à l'égard de si vils attaques!

  5. la librairie a bien raison de faire ainsi ; elle crée un évènement qui apporte au monde de la bibliophilie (un nouveau document à chercher, pour enrichir ce monde pas si vaste que çà, finalement), elle le fait gracieusement ; et se fait aussi de la publicité, bien sûr. Tout le monde devrait être content. personnellement je suis un peu jaloux, c'est vrai, mais un peu seulement. Quand on pense à tout ce qui existe, qui nous intéresserait au plus haut point, qui est à portée de main (sans parler de portefeuille ; tout ne se monnaye pas) et qu'on rate, souvent sans même le savoir…
    Ce salon sera certainement une fête, même sans faire partie des 100 premiers sur le stand de cette librairie.

  6. Je ne connais pas l'auteur du premier commentaire mais on peut imaginer qu'il s'agit seulement d'humour… On peut trouver d'un goût douteux qu'il insinue que l'argent en espèce aie eu une provenance illégale et critiquer le fait qu'il écrive masqué mais de là à déverser un flot d'insultes…
    Et la critique du libraire n'est pas bien méchante… Il aurait peut-être juste dû mettre un smiley.
    En d'autres temps cela aurait fini sur un pré au petit matin !
    S.D.

  7. Incompréhensible. Petit. Sournois. Vicieux. Puant. Rampant. Gluant. Sans, nom, ni visage, ni courage.

    Bravo à la librairie de l'Apre-Vent.

  8. J'avoue que je ne comprends pas ce genre de commentaire, évidemment anonyme.

    La librairie en question dispose d'un texte inédit sur ce sujet, elle propose (notamment pour limiter des coûts d'impression) de faire figurer ce texte dans un catalogue qui sera remis GRATUITEMENT aux personnes qui le demandent sur le salon, parmi elles probablement pour une grande partie des gens qui n'achèteront rien sur le stand et qui seraient de toutes façons venus sur le stand, puisque chacun sait que lorsqu'on est amateur on fait en général tous les stands du Salon.

    Mais non, les gens ne sont pas contents.

    Ca me désespère.
    H

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