Les éditions partagées

Amis Bibliophiles bonsoir,
Les bibliophiles que nous sommes croisent souvent des ouvrages dont les pages de titre comportent les noms de plusieurs libraires. Ce procédé est appelé « édition partagée » et mérite que l’on s’y attarde un moment.
Ces éditions consistent le plus souvent en des entreprises éditoriales dans lesquelles les associés partagent les frais et les profits. Ces associations ne se font pas toujours à parts égales et sont prévues pour des durées limitées, correspondant souvent au privilège attribué. Les éditions partagées sont donc de fait plus fréquentes pour les ouvrages qui coûtent cher à produire, où en des périodes de difficultés économiques. On les rencontre de plus en plus fréquemment à partir de la seconde moitié du 16ème siècle, elles deviennent habituelles au 17ème et au 18ème.
C’est d’ailleurs un procédé qui sera renforcé par le corporatisme et qui débouchera parfois sur la création de ces compagnies de librairies, que l’on voit également parfois apparaître sur les pages de titre.
Concrètement, elles peuvent d’ailleurs se présenter sous trois formes sur les pages du titre: une compagnie de libraires, comme évoqué ci-dessus, l’énumération des noms des différents associés sur une même page de titre (comme sur cet armorial de Dubuisson), ou bien encore, ce qui peut compliquer la tâche des bibliographes, plusieurs pages de titres différentes, portant chacune le nom de l’un des associés, si bien qu’un seul éditeur/libraire apparaît sur l’ouvrage. Cette situation peut parfois prêter à confusion et j’ai moi même assisté à un débat entre deux bibliophiles, parlant d’une même édition, mais ayant en mains deux exemplaires avec des pages de titre différentes, où seul le nom du libraire variait. Il existe même une version 1 et demi, avec le nom d’une compagnie sur la page de titre, et les associés sur la page lui faisant face (comme sur cette Description de Paris, de Germain Brice).Dans ce dernier cas, le privilège est accordé à Hérissant et l’on peut imaginer que c’est lui a ensuite initié l’association pour faire face au coût de l’ouvrage, probablement élevé ici, puisque très illustré.
Autre exemple:H

La lettre du bibliophile

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Des tirages au 17ème siècle…. près d’un million par an en 1644

Des tirages au 17ème siècle…. près d'un million par an en 1644

Amis Bibliophiles bonjour,

On évalue le nombre des incunables qui sortirent des presses à un total compris entre 15 et 20 millions d’ouvrages… Difficile aujourd’hui de se représenter les tirages des livres anciens, qui nous semblent désormais toujours trop rares (sauf si on aime Massillon et Bourdaloue!).

Au fil de mes pérégrinations bibliophiles, que le blog rend de plus en plus nécessaire, pour nourrir vos appétits insatiables et gourmets, au fil de mes pérégrinations donc, je suis tombé sur un texte concernant les tirages qui étaient communément pratiqués au cours du 17ème siècle.

A votre avis, combien d’exemplaires d’un ouvrage étaient imprimés au milieu du 17ème siècle à Paris? dix exemplaires, cent, mille, dix mille, plus? C’est une question que je me suis souvent posée.

Une étude effectuée sur la base des privilèges accordés, et qui étaient obligatoires pour mettre un livre sous presse, pour l’année 1644 à Paris, nous apprend qu’en fait environ 1000 privilèges furent accordés. Un nombre important pour un monde de l’édition parisienne alors en plein prospérité. Songez ainsi que l’on est passé de 164 ouvrages différents en 1600 à ces 1000 obtenus pour l’an 1644.

En fait, pour ces 1000 éditions, le tirage variait à chaque fois entre 1000 et 1500 exemplaires…. On peut en tirer deux enseignements à titre privé :

1. Pour 1644 uniquement, et seulement à Paris, c’est près d’un million d’exemplaires qui furent imprimés… Le chiffre laisse rêveur et permet également d’imaginer la part importante de ces volumes qui ne résistèrent pas aux aléas de l’histoire.

2. Plus simplement, si vous possédez un ouvrage de cette période… vous pouvez également considérer qu’il n’a qu’un bon millier de frères de la même édition. Pour les ouvrages qui ne furent jamais réédités, cela devient vertigineux et assez intéressant si on veut mettre en perspective l’âge d’un livre, sa valeur éventuelle, sa rareté et tout ce qui a pu lui arriver aux cours des 4 derniers siècles.

Sur le plan historique, cela signifie également que le marché était capable d’absorber ce million d’exemplaires par an…ce qui n’est pas rien… Je n’ai pas de chiffres pour 1650, mais songez qu’il n’y avait que 194 liseurs/lecteurs à Paris entre 1500 et 1600.

Quand une nouvelle acquisition vient rejoindre ma bibliothèque, il n’est pas rare que je la garde longuement entre les mains, essayant d’imaginer sa vie : qui l’a achetée pour la première fois, a-t-elle voyagé, comment a-t-elle survécu aux affres de la Révolution et de la Terreur, puis aux guerres Napoléoniennes, mondiales, etc. Aussi je suis assez avide de tout type d’information pouvant replacer le livre dans son contexte historique… je rêve d’une traçabilité en fait!

H
Images : deux acquisitions récentes : les Liaisons Dangereuses, 1782, rien à voir!

14 Commentaires

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  3. Les cas d'impression partagées sont rares mais on les rencontre parfois: je me souviens d'un livre vénitien des années 1510 imprimé dans deux ateliers différents (je crois en avoir discuté par mail avec Raphaêl, un lecteur du blog, mais mes souvenirs sont un peu flous).

    La plupart du temps, quand un livre est imprimé dans deux endroits différents, cela correspond à une coupure chronologique (livre commencé par un imprimeur, achevé par un autre). Les cas de travail en parallèle semblent plus rares… Mais bon: l'imprimerie d'ancien régime, c'est de l'artisanat! ca reste le paradi de la bidouille et du bricolage, et, en fait, tout est possible!

  4. Habituellement l'édition partagée entre plusieurs libraires est imprimée chez un seul imprimeur. Je connais cependant au moins un livre pour lequel deux imprimeurs de province se sont associés pour remporter le marché contre un imprimeur parisien, mais il n'y avait qu'un seul éditeur.

    Lauverjat

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