Bibliophilie pratique: dix conseils pour vendre ses livres anciens

Amis Bibliophiles bonsoir,
Que l’on soit bibliophile ou simplement que l’on ait des livres anciens, rares ou précieux que à vendre, on se pose souvent beaucoup de questions: où et/ou à qui les vendre, quelle valeur ont-ils réellement, quelle est la meilleure option que l’on soit pressé ou non, etc.
Je me pose moi même souvent la question pour certains ouvrages, sans trouver de réponse: salle des ventes, libraire, ebay, etc.

Voici quelques conseils de base à suivre si vous vous trouvez dans cette situation. La bibliophilie étant un domaine complexe, il s’agît de règles de base, et il peut bien sûr y avoir des exceptions.
Au sujet du livre lui-même:
1. De l’âge des ouvrages: avant toute chose, il est important de pouvoir situer dans le temps les ouvrages en votre possession. En effet, tout livre ayant quelques années n’est pas un livre ancien. Pour les puristes, les livres anciens sont ceux imprimés ou publiés avant la fin de l’Ancien Régime, soit à la fin du XVIIIe siècle, c’est à dire avant 1800. Par extension, les années aidant, la majeure partie des ouvrages rares et précieux se situent aujourd’hui avant les années 1950. Ce qui exclue en grande partie par exemple les encyclopédies ou les dictionnaires dans les 70 dernières années.
2. Du tirage: le tirage est rarement indiqué sur les ouvrages avant la deuxième moitié du XIXe siècle, mais c’est une information importante. En effet, plus votre ouvrage fait partie d’un tirage important, moins il a de valeur. Un exemple? Vous possédez par exemple un exemplaire de Germinal de Zola daté de 1885. Une rapide recherche sur internet vous indique que c’est l’année où l’ouvrage a été publié pour la première fois, a priori vous pourriez vous trouver en présence d’un exemplaire de l’édition originale… à un détail près: en effet votre exemplaire porte une mention 18e mille sur la page de titre (où est imprimé le titre de l’ouvrage, l’auteur, la date et le lieu d’édition), ce qui signifie qu’il fait déjà partie d’un retirage ayant eu lieu la même année que l’édition originale. Dans ce cas, plus le tirage est important, moins votre ouvrage a de chances d’avoir de la valeur
3. De l’état: l’état d’un livre est capital en bibliophilie. Les bibliophiles comme les libraires recherchent en effet avant des ouvrages en bon état. Ainsi, un ouvrage ancien en mauvais état perd une très grande partie de sa valeur. Ceci vaut pour le texte (il ne doit pas manquer de page, ou de gravures, ou celles-ci ne doivent pas être endommagées, déchirées, raturées, etc), mais aussi pour la reliure. Même s’il a 400 ans, un ouvrage dont la reliure est en lambeaux aura peu de chances d’avoir de la valeur. Il n’est jamais facile de voir si un ouvrage est complet, et même si toutes les pages sont présentes par exemple, rien n’exclue que des gravures aient été soustraites, ce qui lui enlève la plus grande partie de sa valeur. La reliure est un élément capital, c’est elle qui souvent permet de savoir si un ouvrage a résisté aux outrages du temps et est en bon état.
4. D’autres spécificités peuvent ajouter de la valeur à un ouvrage, ainsi les inscriptions manuscrites qu’il peut porter, par exemple signées de la main de l’auteur, ou encore des ex-libris (petites étiquettes d’appartenance) indiquant une provenance potentiellement prestigieuse.
5. Enfin, il existe des modes, qui peuvent faire qu’un ouvrage aura plus ou moins de valeur. Bien sûr, un auteur célèbre est souvent plus recherché qu’un inconnu, et certains thèmes sont particulièrement recherchés des bibliophiles, comme la littérature, les voyages, les sciences, l’érotisme, les illustrés, etc.
Avant de savoir où et comment vendre ses livres anciens, il est donc nécessaire de relire ces quelques conseils: vérifier que l’ouvrage est bien paru avant 1950, qu’il semble faire partie d’un tirage spécifique, qu’il soit en bon état général, que la reliure soit solide, qu’il ne semble pas manquer de pages, etc.
Une fois que votre livre semble répondre à plusieurs de ces critères se pose la question pratique de sa vente et de son prix. Pour ce qui est du prix, il faut se méfier des recherches sur internet pour plusieurs raisons: d’une part ce sont les prix pratiqués par les libraires qui doivent – et c’est normal – pratiquer leur marge pour gagner leur vie (ils ne peuvent donc acheter les livres au prix auquel ils les vendent), mais aussi et surtout parce que rien n’est plus différent d’un livre ancien qu’un autre livre ancien. Deux exemplaires qui peuvent sembler semblables peuvent avoir une valeur extrêmement différente: un exemplaire de l’édition originale de Germinal avec une annotation de Zola broché (c’est à dire non relié) peut ainsi valoir beaucoup beaucoup plus qu’un exemplaire de Germinal plus tardif, même somptueusement relié.
Il faut donc beaucoup se méfier des prix sur internet, qui ne reflètent pas forcément la valeur d’un ouvrage et qui sont souvent exagérés (par rapport à ce qu’un vendeur peut en espérer).
Où vendre ses ouvrages?
6. Vous pouvez choisir de vendre vous-même vos ouvrages via des sites comme ebay ou leboncoin. Ebay est plus adapté parce que c’est un lieu de rendez-vous des libraires et des bibliophiles, mais il nécessite d’avoir un compte sur ce site, et si vous avez plusieurs livres à vendre cela peut s’avérer long et fastidieux. Il faudra en effet prendre de nombreuses photos pour illustrer les annonces et faire une description la plus précise possible. C’est néanmoins un mode de mise en vente assez amusant, et en général, si vous êtes prêt à y consacrer le (long) temps nécessaire à la mise en vente, vous pourrez normalement vendre vos ouvrages rapidement. Il y a bien sûr des frais de mise en vente.
7. Vous pouvez également choisir de remettre vos ouvrages à une société de ventes aux enchères. Dans ce cas, vos livres seront intégrés dans une vente à venir, au milieu d’un grand nombre d’autres. Les frais sont importants, environ 20% pour le vendeur et 20% pour l’acheteur, ce qui peut être un frein important pour les deux parties. Le délai peut également être assez long. Entre le moment où vous confiez vos livres à la société de ventes aux enchères, le moment où celle-ci organise la vente, où elle finit par être payée par chaque acheteur et où elle vous règle, plusieurs mois peuvent s’écouler. Il est à noter que dans certains cas, la vente aux enchères pourra être soumise à une taxation par le Trésor Public. En résumé, vous devrez déclarer votre vente et payer une taxe.
8. Vous pouvez choisir de vendre vos ouvrages à un professionnel, c’est-à-dire à un libraire. Dans ce cas, il est important de comprendre que pour vendre un livre 100 euros, le libraire doit vous l’acheter sensiblement moins cher, afin de payer ses propres charges et de pouvoir vivre. On considère souvent (mais ce n’est pas une règle et cela dépend des ouvrages), que le libraire achète un ouvrage entre le 1/3 et la moitié de sa valeur. Ce mode de vente est particulier, et si vous optez pour cette solution, je recommande de consulter plusieurs libraires afin d’avoir une idée relativement juste de la valeur de vos livres, afin d’éviter les déconvenues, et de bien garder en tête que le libraire doit pouvoir faire sa marge. C’est un mode de vente relativement rapide, mais rarement celui où vous obtiendrez un prix maximum pour vos livres.
9. Vous pouvez en parler autour de vous, et si vous avez de la chance, il est possible d’un bibliophile de votre entourage soit intéressé, mais les bibliophiles sont rares (sauf ici! :)….) et il vous faudra un peu de chance.
10. Dans tous les cas, il est utile de faire quelque recherches pour bien vérifier que les ouvrages que l’on a en sa possession peuvent avoir une valeur et de demander conseil. Je reçois souvent des emails de lecteurs souhaitant vendre des ouvrages, mais qui sont hélas sans grande valeur.
Les dix conseils pour vendre vos livres anciens en quelques lignes:
1. Vérifier l’âge de vos ouvrages 2. Vérifier le tirage s’il y a une mention spéciale3. Vérifier l’état du livre et de sa reliure4. Vérifier si le livre possède des caractéristiques exceptionnelles5. Savoir si même pour vous il semble avoir un intérêt: reliure, texte, auteur, gravures, etc6. Le vendre soi-même, directement7. Le confier à une société de vente aux enchères8. Le vendre à un libraire9. Trouver un bibliophile (on ne sait jamais!)10. Relire les 9 conseils précédents.
Si vous avez besoin de plus d’informations, vous  pouvez me contacter à blog.bibliophile@gmail.com
H

9 Commentaires

  1. Quelques exemples récents :

    1 Le client vous appelle. Vous allez le voir et il vous dit : j'ai tel livre, ça vaut 1000 euros, je l'ai vu dans une salle des ventes vendu ce prix là. Je lui d'accord, mais à mon avis ce n'était pas le même exemplaire (série religieuse 18ème, reliure état moyen, papier jauni et un peu cassant). J'ai négocié la série dans un lot et l'ai ensuite péniblement vendue 120 euros… Et j'étais content de trouver acquéreur

    2 Quand un auteur, très recherché par rapport à la rareté (ce qui veut aussi dire : un ou deux fanatiques quelquefois) n'est plus présent sur internet que par quelques libraires qui affichent des tarifs 10 fois supérieurs à ce que payent ces fanatiques (qui sont presque des amis), comment voulez-dire à un particulier : je ne peux vous le payer qu'un vingtième du prix que vous avez vu?
    J'ai encore eu le cas il y a un mois avec livre dédicacé pour lequel j'ai proposé le prix que je paye sur ebay, chez des confrères ou en salle des ventes. Donc un prix correct. La personne a vu sur internet des prix pratiqués par certains et m'a pris pour un rigolo malhonnête.

    C'est tout le problème des prix internet.

    3 Dimanche dernier, brocante dans un village. Une personne vend des livres anciens. Je prends le Grand Tric Trac, édition 18ème, et demande le prix. 80€. Reliure mors fendu, un feuillet manquant (de manière visible, peut-être pas le seul). Je lui fais remarquer et on me rétorque "ben oui, mais il est ancien". Sauf que ce livre ne valait pas ce prix dans l'état. Je prends le petit missel de mariage en maroquin doublé. 3€. Voilà une personne qui aurait mieux fait de demander les conseils d'un professionnel.

    4 J'ai fait plus de "coups", de chopins devrais-je dire 😉 , en salle des ventes qu'ailleurs.
    Chez des confrères, régulièrement (et ils en ont fait chez moi aussi surtout à mes débuts).
    Sur ebay, quelquefois.
    Chez des particuliers, rarement, car je détaille le plus possible pour ne pas me tromper. Et je me suis déjà trompé, dans les deux sens, pour certains ouvrages.

    Je préfère aller là où l'expertise n'est pas mienne et profiter des erreurs des autres.

    Un libraire passionné par son métier et qui tient à sa réputation difficilement acquise

  2. chaque EO est un cas particulier, d'ailleurs il existe des bibliographies d'EO, qui comportent des fac-similés de couvertures, seul moyen d'identifier avec certitudes certaines EO recherchées. Ces bibliographies sont assez inabordables..

  3. Alors la véritable édition originale ne doit pas comporter (le plus souvent donc) la mention x mille?
    Pourtant dans certaines ventes des "experts" rajoutent dans la description EO mention x-mille sur la page de titre. Il ne doit rien avoir marqué?

  4. Pour continuer dans la même veine, l'achat contant uniquement pour les livres de Perrault ! Au comptant bien sur. Mais c'est bien vu, exactement, gagnant-gagnant, c'est ma politique d'achat et de vente.
    Le commerce du livre ancien est un difficile équilibre ou trois personnes doivent être gagnantes, le vendeur , le libraire et le nouvel acheteur.

    Daniel B.

  5. Petite nuance sur l'article 2, il est fréquent que des mentions fictives d'édition aient été apposées par les éditeurs, pour faire croire qu’ils avaient vendus x milles du livre alors qu'ils essayaient péniblement d'écouler le premier tirage original, vous avez dans ce cas un bloc texte de l’originale avec une couverture où le nombre de milles a été ajouté.
    C'est bien une édition originale avec mention fictive.
    A l'inverse le justificatif du premier tirage est répété très souvent sur les tirages courants postérieurs, ce qui induit un grand nombre de vendeurs en erreur…qui ont en main un livre à 5 euros croyant posséder une merveille.
    Je ne partage pas votre point de vue sur les différents canaux de vente, libraire, j'achète beaucoup en adresse à des particuliers, un devoir de conseil et d’expertise s'impose, et un réseau d'achat ça se crée et s'entretient également par la réputation. Un libraire qui veut pérenniser n'est pas là pour faire un coup, mais pour que le vendeur soit content de sa transaction et donne son nom à d'autres vendeurs. Ok pour les marges annoncées sur la bouquinerie, mais sur un livre de bibliophilie à plusieurs milliers d’euros le raisonnement est bien différent, même en cas d’achat content. De plus il y a le dépôt vente possible, ou un travail de courtage possible, alors le pourcentage du libraire peut être moitié moins important que les 40 % de SVV et le prix de vente au prix du marché final.
    Les livres ça se vends et s’achète chez les libraires, non ? ;))

    Daniel B.
    Libraire indépendant !

  6. le point 5 est le plus important. Il est assez facile de remplir une bibliothèque avec des exemplaires (relativement) anciens, en très bon état, quasiment uniques, mais dont personne ne veut parce que c'est le recueil de poésies de Tonton Jules amoureusement imprimé à tout petit nombre pour la famille, et relié de même.

  7. Le même libraire paie plus cher son livre en vente aux enchères que lorsque je lui apporte chez lui.

    alors je vends aux enchères…

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