Une rareté bibliophilique: Rodogune, Princesse des Parthes, gravé par Mme de Pompadour

Amis Bibliophiles bonjour,
De la Pompadour nous connaissons le goût pour les livres, les armes, les armes imitées par des doreurs peu scrupuleux, mais savez-vous qu’elle est allée plus loin que ce « simple » goût des livres et qu’elle s’est investie personnellement dans un ouvrage?

Cet ouvrage, le voici, il s’agît d’une édition de Rodogune, Princesse des Parthes, une tragédie de Pierre Corneille, parue en 1760, et dont le frontispice a été « gravé à l’eau forte par Mme de Pompadour ». 

Je sais encore peu de choses de cette nouvelle acquisition, mais l’histoire raconte que la Pompadour était fort curieuse des étapes qui procèdent de l’impression d’un ouvrage. Le roi Louis XV fît donc venir à Versailles des ouvriers de l’Imprimerie Royale, ainsi qu’un presse, qui fût installée dans les appartements de la favorite, qui étaient situées « au Nord », d’où l’indication de lieu sur la page de titre.


La Marquise de Pompadour eut donc ainsi la possibilité de suivre les différentes étapes et de graver elle-même le frontispice, gravé par Boucher…. et retouché par Cochin. L’histoire ajoute également que le tout aurait été gravé avec des caractères d’argent. En réalité, Cochin en est l’auteur, comme des autres planches publiées de la marquise, dont il était l’un des protégés. Les caractères furent fondus en alliage d’argent et de cuivre, pour les rendre plus durs, par Fournier.

Michel 188: Le rôle de Cochin dans la gravure de ce frontispice est connu par une confidence faite à Joly que celui-ci a transmise à Heinecken: « 
Je vais donc notter tout ce que je sais m’ajouta-t-il (Cochin), et mettre de petites anecdotes à l’occasion d’une…vignette que l’adulation a citée comme étant gravée par Mad. de Pompadour tandis que Boucher étoit l’auteur du sujet, et moi le graveur derrière la tapisserie, la marquise ayant eu la foiblesse de laisser mettre son nom comme graveur; et moi de ne rien dire sachant bien que le diable n’y perdroit rien… »

Il n’y aurait eu qu’une vingtaine d’exemplaires imprimés: 4 sont connus au CCFR, un autre (l’exemplaire du frère de la Pompadour, si ce n’est de la favorite elle-même) réalisa l’enchère record de l’une des sessions de la bibliothèque de Robert Hoe en 1912, en atteignant 1200$.

Cet exemplaire, l’un des ouvrages favoris de Hoe, portait la mention manuscrite suivante: «En l’année 1760, ma soeur [Mme de Pompadour] voulant connoistre l’art de l’imprimerie, on établit dans son appartement à Versailles une des presses de l’imprimerie royalle et on imprima devant elle la tragédie de Rodogune. On a mis au Nord parce que son appartement est exposé au Nord…». E. Picot, Bibliogr. cornélienne, n° 599.

L’exemplaire ici présenté porte les ex-libris d’Ambroise Firmin Didot et de Martin Jones. Il est relié en maroquin rouge de l’époque à dentelle, la pièce de titre est montée en long. C’est un assez élégant format in-4 de [4]-80 pages.

Si vous avez d’autres informations, je suis bien sûr preneur.
H

La lettre du bibliophile

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Un mystère à résoudre… les traductions d’une bulle papale?

Un mystère à résoudre… les traductions d'une bulle papale?

Amis Bibliophiles Bonsoir,
Olivier aimerait s’adresser à vous pour obtenir votre avis sur l’une de ses acquisitions. Pouvez-vous, pouvons-nous, l’aider?
Je lui cède la parole:
« Il m’est arrivé un jour d’acheter quelque chose sans vraiment savoir ce dont il s’agissait. Près d’un an après je n’ai guère avancé aussi je vous soumets cet achat afin d’éclairer ma lanterne.Il s’agit d’un lot (qui « trônait » dans un cageot d’un bouquiniste). Ce qui a attiré mon attention ce sont les deux reliures aux armes (Pie IX et Henri V). En sus se trouvaient une dizaine de pochettes.Le contenu ? C’est alors que tout se complique. Majoritairement ce sont des photographies (je ne connais pas le procédé, le papier est très fin) de reliures et de textes calligraphiés (mais aussi de lettres attestant de la qualité des traductions réalisées). Il s’agit de photographies du travail colossal initié par l’abbé Sire (Sulpicien, 1827-1917). Son projet ? Traduire la bulle « Ineffabilis Deux » (8 décembre 1854) dans toutes les langues du monde. Il mobilisa le monde catholique à cette fin et 106 volumes furent expédiés au Vatican dans un meuble conçu spécialement.Je cède la parle à un texte en ligne qui évoque cette entreprise (http://asr.revues.org/index296.html) :« C’est dans la mouvance de cet intérêt pour la page illuminée qu’il faut replacer le projet, en apparence démesuré, de l’abbé Sire (1827-1917) qui se fit d’abord connaître en rassemblant, en trois cents volumes, une collection des documents relatifs à la définition de l’Immaculée Conception, depuis 1849, date de la première encyclique du pape sur ce sujet, jusqu’en 1860. Puis il décida de faire traduire en quatre cents langues la Bulle Ineffabilis Deus (8 décembre 1854) sur des ouvrages de très beau papier, soigneusement calligraphiés et enluminés. Une œuvre aussi colossale ne pouvait s’accomplir sans le soutien de la catholicité dans son ensemble, évêques, missions et congrégations religieuses, riches mécènes parmi lesquels figurent de nombreuses têtes couronnées d’Europe. Le meuble de présentation est achevé en 1878 avec au total 106 volumes en l’honneur de Marie, « la mère et la protectrice de l’art chrétien ». Chaque volume est orné d’un frontispice enluminé, et les marges de chaque page sont illustrées tant par des scènes bibliques que par un décor ornemental faisant référence à la flore et la faune de chaque contrée ou par des paysages pittoresques évoquant les sites et monuments de chaque pays, en particulier les édifices religieux à la gloire de Marie, en outre « l’enveloppe du livre devait être l’hommage de la richesse matérielle des Nations, l’offrande de toute la substance créée à la mère du Dieu créateur, comme le livre avait été l’hommage de l’âme, de la pensée, de la vie intellectuelle de ces mêmes Nations ». Il s’agit alors d’une consécration de l’art industriel de ces différents peuples : orfèvrerie ciselée de Froment-Meurice, cristal de Baccarat, porcelaine de Sèvres, oliviers pour Jérusalem, bois de santal pour les Indes. Certaines de ces reliures, sont sculptées et peintes par des artistes en vogue : Hébert ou Bouguereau. Ce souci de convoquer tous les arts et toutes les productions du globe aux pieds de la Vierge paraît relever d’un jeu symbolique de la représentation du pays par les techniques et matières qui en sont issues (cuirs de Russie, etc.) ou par son iconographie spécifique afin, par métonymie, de recomposer l’univers au sein d’une salle du Vatican. L’étude des figures mariales dans ces volumes conservés à la Bibliothèque vaticane a été rendue possible grâce à une sélection de photographies (effectuée lors d’une mission à Rome en 2005), elle fait apparaître une vaste construction typologique qui entre en correspondance avec les deux tomes de L’Immaculée Conception, histoire d’un dogme de Dubosc de Pesquidoux inspiré par Sire (1897-1898), et l’ouvrage de ce dernier sur L’Immaculée Vierge Mère (1904). L’analyse des concordances bibliques reprises dans une perspective dévotionnelle permet de voir s’élaborer en texte et en image un mode d’appropriation d’une construction dogmatique. Les dernières séances du séminaire ont évoqué les références à l’enluminure dans la littérature de la fin du siècle, à travers notamment les œuvres de Léon Bloy et Huysmans. L’art de l’enluminure y devint emblématique non seulement de l’art chrétien véritable, selon les théoriciens de l’art catholique, mais encore d’une forme de pureté virginale qui devait la préserver d’une décadence des arts. Sous la plume de Huysmans, la métaphore est filée jusqu’à l’innocence enfantine d’une séduction qui ne put soutenir la concurrence et l’éclat d’une vivacité presque trop soutenue, voire racoleuse, de la peinture. Aussi Durtal dans L’Oblat « considérait l’éclatante floraison de ces vélins. Ah, fit-il, en refermant le livre, la délicieuse et la frêle et la fine petite fille, aux yeux d’azur et aux cheveux d’or, que cette Enluminure, qui enfanta, en une longue gésine, une fille si énorme, la Peinture qu’elle mourut en lui donnant le jour ».Au total donc c’est plus d’une centaine de photographies qui sont rassemblées dans ces pochettes. Par ailleurs, dans la reliure aux armes de Pie IX se trouvent deux textes manuscrits en breton, traductions de la bulle. Deux pages enluminées et signées sont également présentes. La reliure aux armes d’Henri V elle est vide. Les nerfs sont coupés.
A ce stade, pour moi, le mystère reste entier… De quoi s’agit-il ? A-t-on voulu garder une trace (photographique) du travail réalisé pour les langues françaises ? Pourquoi ces deux reliures n’ont-elles jamais rejoint la collection vaticane ? La reliure aux armes papales présente une large mouillure qui pourrait expliquer qu’elle ait été écartée. Celle d’Henri V pourrait éventuellement s’expliquer par les mésaventures du Comte de Chambord prétendant malheureux au trône. C’est sans doute également le cas des deux enluminures. Quant aux manuscrits ils ont dû servir de base de travail aux enlumineurs.
Quoi qu’il en soit, je suis preneur de toutes hypothèses. »
Qu’en pensez-vous?
H

7 Commentaires

  1. Livre excessivement rare surtout en mar 18e!
    j'en ai repéré trois autres exemplaires en maroquin d'époque :
    – celui de d'ourches (n°875) et de Duriez(n°2556)en mar rouge par Derome (?) sur lequel était inscrit de la main du frere de Mme de Pompadour l'anecdote.
    – celui du Duc de la Valliere (n°1344 en mar citron)
    – celui de la Marquise de Pompadour en maroquin à compartiments (n°890)

    Jean Bonna possede un dessin préparatoire de Boucher pour le frontispice (voir le catalogue de l'expo "suite française" Paris, ENSBA, p 176, n°41)

    C'est le genre d'ouvrage que j'affectionne :))

    Cordialement,

    Wolfi

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