Paris bibliophile: la rue Visconti, haut-lieu de la reliure parisienne.

Amis Bibliophiles bonjour,

Je débute aujourd’hui une série d’articles autour du « Paris Bibliophile », avec la charmante rue Visconti que l’on croise souvent si l’on s’intéresse aux relieurs parisiens.

La rue Visconti a été ouverte en 1540 sous le nom des Marais-Saint-Germain, à travers le petit Pré-aux-Clercs et fut pendant le xvie siècle le refuge des protestants, dont Bernard Palissy. Ils y étaient si nombreux qu’elle fut surnommée la petite Genève, expression reprise par Agrippa d’Aubigné. Le refuge était assez sûr pour que les habitants de la rue soient épargnés lors du massacre de la Saint-Barthélemy. Elle a été renommée le 24 août 1864 en l’honneur de Louis Visconti, architecte de l’Empereur Napoléon III et auteur du tombeau de Napoléon Ier.

La rue Visconti vers 1853-1870, par Charles Marville

 

Les maisons sont en majorité du xviie siècle, beaucoup d’entre elles ont conservé de beaux portails sculptés et de belles cours. Un des immeubles les plus remarquables aujourd’hui est l’hôtel de Ranes construit en 1660, au no 21.

La rue Visconti relie la rue Bonaparte à la rue de Seine, avec la rue des Beaux-Arts au Nord et la rue Jacob au Sud. C’est la plus longue des rues étroites de Paris. Au plus large, elle mesure 7 mètres… mais au plus étroit seulement 3,5 mètres, ce qui lui donne ce charme si particulier.

Les bibliophiles ne peuvent rester insensibles au charme de cette rue, où Honoré de Balzac installa une imprimerie au numéro 17, le 4 juin 1826, et où habitèrent Jean Racine (au 24 de 1692 à 1699), Prosper Mérimée (au 20, de 1836 à 1836), ou encore Colette (qui habita au 28, rue Jacob dans un appartement donnant sur le 21, rue Visconti)… et qui, nous le verrons, fut un haut-lieu de la reliure parisienne.

 

En consultant le Fléty, et en se fondant sur l’excellent site http://www.ruevisconti.com, il est possible de se plonger dans l’histoire des relieurs parisiens, tant la rue a abrité nombre d’entre eux.

Si l’on quitte la rue de Seine en que l’on emprunte la rue Visconti en direction de la rue Bonaparte, on peut découvrir cette très belle histoire.

Au 4, dès le début de la rue, c’est  déjà toute c’est presque un siècle de reliure qui s’écrit sous nos yeux, puisque cette adresse a été occupée par des relieurs au moins depuis 1877 et jusqu’en 1962. Se sont ainsi succédé, Brossillon (de 1877 à 1902), puis la dynastie Meyer. C’est le lorrain Alexandre Meyer (né à Lunéville en 1834) qui après une jeunesse misérable et aventureuse et des classes chez Lesort et Lenègre, s’installa à son compte et se fit rapidement une clientèle dans la demi-reliure. Il exerça jusqu’à sa mort, le 10 janvier 1905, secondé par son fils Lucien Meyer, qui lui succéda. L’affaire devint Société Meyer et Delahaut en 1929 jusqu’en 1945, puis Delahaut relieurs de 1939 à 1962. L’atelier fut ensuite transféré rue Falguière en 1979.

Plus loin au 12, rue Visconti, on trouve le relieur Constant Boilot (de 1883 à 1887), qui semble ensuite s’être déplacé au 24 rue des Grands-Augustins.

Au 13, le relieur Antoine Chaumont exerça en 1826-1827. En 1828 son atelier fut repris par Messier qui y exerça lui de 1828 à 1842, avant de céder la place à Prévost, qui y resta jusqu’en 1849.

Au 15, numéro suivant, s’installèrent Krafft, qui exerça de 1884 à 1899 puis Alfred Knetch, qui fut l’un des fondateurs de la Chambre Syndicale de la reliure. Il exerça au 15 rue Visconti de 1902 à 1908, avant de déplacer son atelier dans la très proche rue de Seine.

La façade du 15, où l’on distingue une enseigne de relieur (celle de Krafft/Knecht?) in « The stones of Paris in history and letters », T.1, p. 161 par Martin & Martin, 1899. Avec la permission de RueVisconti.com

Au 16, rue Visconti, exercèrent Dufet (de 1861 à 1873), qui était brocheur et libraire (un autre Dufet lui succéda en en 1874, probablement son fils), et dans les mêmes années Gaul-Brocard (actif en 1855), et Duparc dont l’enseigne précisait « Vieux papiers et rognures », entre 1865 et 1867.

Au 17-19, rue Visconti, on trouve Blaise, relieur, actif en 1838, et Langlois qui était « brocheur et satineur », actif de 1838 à 1863. Quelques années plus tard, on retrouve les Meyer, qui semblent s’être déplacés de quelques mètres.

C’est au 18, rue Visconti que l’activité de relieur fut semble-t-il la plus dense. Cette adresse abrita 9 ateliers entre 1855 et 1959. En 1855-1856 c’est L. Bruguière qui s’installe sous l’activité de relieur-doreur. Il se déplace ensuite 22 rue Suger et laisse la place à l’association Engel – Schaeck, constituée du célèbre relieur Jean Engel (https://bibliophilie.com/portrait-de-relieur-jean-engel-1811-1892/) et de son beau-frère Schaeck. Il est amusant de constater que Engel – Schaeck était installé au 22, rue Suger avant de venir prendre la place de Bruguière au 18, rue Visconti, celui déménageant au… 22 Rue Suger. L’atelier Engel – Schaeck reste au 18 de 1856 à 1863 date à laquelle Jean Engel construit son atelier géant au 91 rue du Cherche-midi.

La façade du 18 rue Visconti, par Eugène Atget, 1910.

 

L’atelier du 18 ne semble pas avoir été occupé pendant quelques années, jusqu’à ce que Georges Canape s’y installe en 1875. Il y restera jusqu’en 1937. Georges était le fils de Jean Canape. Au 18 rue Visconti, Georges Canape employait près de 25 ouvriers et pratiquait la reliure de luxe, dont les décors étaient souvent dessinés par Giraldon. En 1899, il s’adjoignit un atelier de dorure et vers 1927, il prît un associé et ses reliures furent alors signées Canape et Corriez. Il se retire en 1937 et cède son atelier de reliure à René Esparon, qui reste sur place, au 18, de 1938 à 1955, et à Henri Mercher qui reprend la partie dorure et reste installé sur place jusqu’en 1962.

On note également au 18, un certain Maguet, relieur en 1959, et un certain Roussel qui exerça de 1881 à 1883, pendant les années Canape donc, et dont j’aime à penser qu’il était l’un des ouvriers.

Au 23 et au 25, derniers numéros de la rue, exerça également Hubert qui s’installa au 23 en 1875 avant de déménager en 1876 pour s’installer au 25 jusqu’en 1882. Son dernier atelier se tenait au 3 rue de Savoie.

En parcourant cette liste, on ne peut s’empêcher de penser à l’atmosphère bien particulière dans laquelle devait baigner cette petite rue parisienne au xixème siècle.

Si on se promenait dans la rue vers 1884, on trouvait ainsi Brossillon au 4, Constant Boilot au 12, Krafft au 15, et Canape au 18!

Et cela donne envie d’y repasser aujourd’hui, au détour d’une promenade parisienne.

H

Sources: Fléty, D.E.L. et RueVisconti.com

La lettre du bibliophile

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Miscellanées de Monsieur H.: quelques mots sur la manipulation, quelques mots sur une beauté vénitienne

Miscellanées de Monsieur H.: quelques mots sur la manipulation, quelques mots sur une beauté vénitienne

Amis Bibliophiles bonjour,
Avant tout, quelques éléments autour de la manipulation que j’ai présentée sur le blog il y a 3 jours et qui a généré de nombreux commentaires. 
Pour être bref, après une très très longue hésitation, j’ai décidé de pas préciser le nom du libraire parce que ceci ne m’a hélas semblé n’être qu’un exemple supplémentaire de ce type de pratique. Elle n’est ni l’apanage des libraires français, puisque nous le savons, les libraires français ont également donné dans ce genre de pratiques (et donnent encore), ni l’apanage des libraires d’aujourd’hui. Ce qui est arrivé à cet ouvrage est un exemple parmi d’autres, certainement plus maladroit (ou naïf) à une époque où les gens voyagent plus aisément et ont un accès plus rapide à l’information. Comme l’a souligné Jacques, ceux parmi vous qui souhaitent vraiment identifier ce vendeur peuvent le faire avec les quelques éléments donnés dans le message (et visiblement, vous êtes plusieurs à l’avoir fait, et effectivement, en quelques clics la réponse se profile…), mais à part si vous voulez acheter un Divina Proportione, est-ce important? C’est la pratique que je souhaitais dénoncer, et une certaine idée de la librairie aussi, mais sans donner de leçon de morale et sans bien sûr dénigrer nos amis libraires étrangers (ou français) qui font bien leur travail. Et ils sont heureusement infiniment plus nombreux. 
La manipulation des ouvrages n’est pas rare, l’exemple cité du Rabelais de Renouard le démontre, encore faut-il faire la différence entre le bibliophile qui « combine » quelques ouvrages pour s’en confectionner un plus beau (même si personnellement je déteste cela) et un libraire qui se livre à la manipulation, qui truque et dissimule son trucage… pour un intérêt financier… ce que, à la limite, je comprendrais, si cela était précisé dans la notice. 
O tempora, o mores. C’est la dissimulation qui à mon sens relève de l’escroquerie, alors que la manipulation, elle, est plus une question de morale, ou de bon goût. Et là, il m’est difficile de juger, même si j’ai bien sûr un avis personnel. A part un commentaire qui m’a je dois le dire un peu effrayé, vos commentaires vont je crois dans le même sens.
Autre sujet, autre merveille… J’avais il y a quelque temps (enfin, c’était 2008 quand même, il y a quatre ans, que le temps passe vite… http://bibliophilie.blogspot.fr/2008/09/un-monument-de-la-bibliophilie-les.html) la bibliothèque des Pillone. C’est comme pour la Divina Proportione, on ne croise pas un Pillone tous les jours mais cela arrive de temps en temps. A la vente Bérès bien sûr, puisque Bérès est fût en quelque sorte « l’inventeur » moderne, mais aussi il y a quelques jours à la vente Reiss und Sohn à Munich. En effet, si vous aviez 50 000 euros sur vous (mais a-t-il été vendu?), soit 3 fois moins qu’un Divina Proportione douteux, vous pouviez repartir de Bavière avec un Pillone dans votre valise. En voici la description et quelques images. 

Tomai, T. Historia di Ravenna. Nella quale oltre le cose notabili di questa Republica, brevemente si trattano prencipalißime guerre di diverse nationi… revista in Roma, & di nuovo ristampata. Ravenna, F. Tebaldini, 1580. 4to (20:13 cm). Mit kl. Wappenholzschnitt auf dem Titel. 6 Bll., 214 S. Flex. Prgt. d. Zt. mit Federzeichnungen von Cesare Vecellio auf beiden Deckeln, marmoriertem Kopf- u. Fußschnitt sowie farbig bemaltem Vorderschnitt von Vecellio; kl. Schließbandreste, gering fleckig, Vorderdeckel mit wenigen kl. Wurmlöchern, in mod. Plexiglas-Kassette.

Graesse VI/II, 169; EDIT 16, CNCE 35034; BM, STC Italian 675. – Zweite Ausgabe, Kardinal Pietro Donato Cesi gewidmet und mit dessen Wappen auf dem Titel. Erstmals 1574 in Pesaro erschienene Geschichte von Ravenna. Behandelt auch die Verbindung Dantes zur Stadt, der dort die Göttliche Komödie vollendete und seine letzte Ruhestätte fand, sowie Ravennas berühmte Dichter, Juristen, Künstler, Mediziner, Musiker, Philosophen etc. – Einige Bll. mit bräunendem Feuchtigkeitsfleck. 
Aus der einzigartigen Renaissance-Bibliothek der Brüder Pillone in Belluno. Sie ließen den Schnitt und die Einbände ihrer Bücher von Cesare Vecellio (um 1521-1601), einem Schüler und entfernten Verwandten von Tizian, bemalen. Der vorliegendene Band ist einer der wenigen der Pillone-Bibliothek, bei dem sowohl die Deckel als auch der Vorderschnitt figürlich bemalt sind. Die Illustrationen des Einbandes korrespondieren dabei mit dem Inhalt des Werkes: Der Vorderdeckel zeigt die Kirche S. Maria della Rotonda in Ravenna, der Rückdeckel einen Teil der Stadtbefestigung, der Vorderschnitt einen Turm vor grünem Hintergrund, am Fuß der Titel « Ravena ». – Provenienz: Odorico Pillone (1503-1593); Sir Thomas Brooke (1830-1908, Exlibris); Pierre Berès (Bibliothèque Pillone 158).


Second edition, With woodcut arms of the dedicatee, Cardinal Pietro Donato Cesi, on title. History of Ravenna, including Dante’s association with the city in which he finished The Divine Comedy and where his tomb is, and its famous artists, lawyers, musicians, philosophers, physicians, poets etc. – Occasional brownish stain.  Decorated binding from the celebrated library of the Pillone family (for provenance see above), one of the few Pillone books with both decorated vellum-covers and fore-edge. Contemporary limp vellum with original drawings by Cesare Vecellio in ink, the front cover depicts the church of Santa Maria della Rotonda at Ravenna, the back a part of the city ramparts, spine with scrolling decoration and title lettered horizontally, the Vercellio fore-edge painting shows a tower painted on a green ground. Some faint staining, few small wormholes to front cover, remnants of fore-edge ties. Preserved in a modern acrylic glass case.Est. 70 000 € – Résultat. 50 000€
Magnifique, ne trouvez-vous pas? Ce n’est pas mon genre de livres, mais je crois que je pourrai aisément faire une entorse à ma ligne de conduite pour ce genre de beauté fatale… 

H

8 Commentaires

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  4. Bonjour de Roumanie!
    Je suis redacteur en chef de la revue Vox libri de la Bibliotheque Departementale hunedoara et je voudrais vous demander la permission de publier cet article dans cette revue. Notre revue est dediee aux livres et a la lecture. J’attends avec espoir votre reponse. Je vous prie de recevoir mes salutations les plus amicales,
    Denisa Toma
    Roumanie

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