Caprices d’un Bibliophile… extraits de l’ouvrage d’Octave Uzanne

Amis Bibliophiles bonjour,
Je profite de ces vacances pour me lire les Caprices d’un Bibliophile d’Octave Uzanne et vous en livrer quelques extraits. Quelques informations sur l’édition: un volume in-12 en demi-maroquin à coins vert bouteille, reliure signée « Fock Fils » (jamais rencontré), il s’agît de l’EO parue en 1878 et imprimée le 10 février 1878 pour Edouard Rouveyre. Elle fût tirée à 572 exemplaires et contient une belle eau forte de Lalauze.


Au fil des 140 et quelque pages, Uzanne nous conte les moeurs des bibliophiles et autres bibliomanes à travers une quinzaine de contes ou de nouvelles. Je les présenterai une autre fois plus en détail mais voici quelques passages amusants:
(Il contemple sa bibliothèque): « Ils étaient là, tous alignés, dans une magistrale mitoyenneté, splendides comme à une revue ; les reliures à petits fers brillaient, semblables à de beaux uniformes, les volumes brochés supportaient modestement leur primitif vêtement et le vieux veau brun distillait dans l’air ce vétuste parfum qui enivre si délicieusement les amoureux du Bouquin. »
« le dictionnaire de Trévoux me serait tombé sur la tête, que je n’eusse pas subi une commotion plus forte que celle que je ressentis à la vue de mes pauvres livres vilipendés ».
« …Je vous possédais donc toujours, ô mes livres chéris ! vous étiez là, sous mes yeux, bien à moi ; je pouvais vous contempler en égoïste et jouir seul à seul de tous vos appas. Vous demeuriez toujours mes heureux tributaires, mes amis, mes consolateurs… »
En tête de « La Gent Bouquinière »: Si l’on me demande quel est l’hommele plus heureux, je répondrai : c’est un bibliophile, en admettant que ce soit un homme; d’où il résulte que le bonheur, c’est un bouquin.P. L. (bibliophile Jacob.) »
« Un Livre doit être relié, selon son esprit, selon l’époque où il a vu le jour, selon la valeur qu’on y attache et l’usage que l’on compte en faire; il doit s’annoncer par son extérieur, parle ton gai, éclatant, vif, terne, sombre ou bigarré de son accoutrement. Rien qu’en le voyantsur les rayons d’une Bibliothèque, l’âme du lecteur doit se remémorer les sensations éprouvées,les douces heures qu’elle a passé à savourer sasagesse ou son esprit; un Bibliophile de goûtse reconnaît à ces détails. Existe-t-il quelquechose de plus horrible à voir qu’une Bibliothèque monochrome ! un Bibliotaphe seul peut en posséder une semblable. »n

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n Et une expression digne du Biblio-lexique (y figure-t-elle?): Certains amateurs, bien pensants, ont adopté une couleur particulière pour chaque classe de leur Bibliothèque. Ce sont les Chromo-Bibliotactes »
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La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

La Reliure Française depuis l’invention de l’imprimerie, par MM. Marius Michel

La Reliure Française depuis l'invention de l'imprimerie, par MM. Marius Michel

Amis Bibliophiles bonsoir,
Je partage aujourd’hui vous une acquisition récente: La Reliure Française depuis l’invention de l’imprimerie et jusqu’à la fin du XVIIIème siècle par MM. Marius Michel, Relieurs-doreurs. A Paris, chez Damascène Morgand et Charles Fatout, 1880.Ce bel ouvrage in-4 (qui inclue 22 belles gravures), de la main du maître et de son fils (ou l’inverse, sourire) se lît avec délice et retrace l’histoire de la reliure française depuis les débuts de l’imprimerie jusqu’à la fin du 18ème siècle.
Comme souvent dans les ouvrages de Marius Michel, le style est très agréable et les prises de positions des auteurs sont toujours claires et tranchées (ainsi Trautz-Bauzonnet est-il élevé au rang de meilleur relieur du 19ème, quand Capé est renvoyé à ses chères études pour avoir commis des reliures trop fragiles, « presque mortes avant d’avoir vécu »… et quand Derome est qualifié d’assassin pour sa propension à rogner les marges).Les auteurs nous entraînent sur les traces des premiers moines relieurs, puis des Le Gascon, Eve et autres Padeloup, tout en multipliant les digressions autour de la relation entre bibliophile et relieur, et en évoquant ainsi la personnalité des grands bibliophiles de l’histoire, de Grolier à Pichon, en passant par Thou.Je viens d’en terminer la lecture, et j’ai sélectionné pour vous quelques passages intéressants:
– Une règle qu’énoncent les Marius Michel dès le début de l’ouvrage et dont vous savez l’importance: « le livre vient d’être collationné, il est reconnu complet. Les lavages, encollages, restaurations, retouches ont été faits par une main expérimentée et discrète. Le voici dans l’atelier du Relieur (que les auteurs écrivent avec une majuscule) ».
– Ils rappellent également leur collègues (et les bibliophiles) à l’ordre en énonçant une autre vérité évidente: la reliure n’est là que pour servir le livre, rejetant ainsi tous les relieurs qui « serrent » trop le texte et empêchent le livre de s’ouvrir.– Les bibliophiles sont parfois également égratignés, non seulement pour leur bibliopégimanie mais aussi pour leur « rage de faire relier »: si la comtesse de la Verrue et Pompadour sont épargnées, la du Barry est vivement critiquée (« qui savait à peine lire ») pour sa bibliothèque reliée par Redon, elle a participé à une mode de la reliure au 18ème siècle qui selon les Marius Michel conduira rapidement au déclin de la reliure française.
Les auteurs évoquent ces grands ateliers de dorure qui furent créés pour répondre à cette mode, et « où se firent dans la suite par milliers les almanachs royaux, pour lesquels Dubuisson et les dessinateurs du temps inventèrent quelques plaques charmantes ».– Ces plaques, les auteurs les critiquent également en partie, rappelant « une règle qui doit primer toutes les autres: l’appropriation (de la dorure) au sujet du livre », évoquant avec humour cette fois les erreurs et les fautes de goût de certains, qui vont jusqu’à « faire dorer la grenade entr’ouvrete, image des lèvres roses…. sur un recueil d’oraisons funèbres ».
L’ouvrage se conclue par une présentation des principaux relieurs de l’époque et les Marius Michel expliquent qu’ils ont limité leur étude à la fin du 18ème siècle pour ne pas blâmer certains de leurs confrères… Ce qu’ils feront pourtant peu de temps après.
H
PS.: pour mémoire, le portrait de Marius Michel que j’avais commis sur le blog:http://bibliophilie.blogspot.com/2008/12/portrait-dun-immense-relieur-marius.html

4 Commentaires

  1. Il est un fait que pour beaucoup la bibliophilie et autres biblio… semblent être des pathologies plus ou moins bénignes. Je préfère encore cette maladie à celles des supporters de foot ou fans de stars éphémères…

  2. Les bibliophiles sont des sujets d'étude et de conversation intarissables… pour les bibliophiles.

    Je ne suis pas loin de penser qu'il se demandent encore parfois pourquoi ils aiment tant les livres ! Pierre

  3. Pour avoir lu il y a bien longtemps (à sa parution ?…il est vrai que je n'ai pas d'âge…n'ai-je pas connu Cazin ?),je connaissais le mot "chromo-bibliotacte" : mais il ne pouvait entrer au "BIBLIOlexique" … puisqu'il commence par la lettre "C", et non par "biblio" … n'est-il pas vrai ?

  4. Etonnant, j'ai en ce moment la même lecture en demi maroquin rouge à coins de Blanchetière, couverture verte conservée illustrée de Bellenger et Marius Perret avec une petite vue en bas à droite des boîtes des quais parisiens.
    Lauverjat

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