Les grands types de reliure du livre ancien

Par Barthélémy d’Arcole, Inspecteur des esthétiques bibliophiliques et des hérésies modernes auprès de la Guilde des Bibliopolicés.

Amis bibliophiles, bonjour.

Un livre se juge aussi à son habit. La reliure protège, mais elle parle : elle dit l’époque, le goût, le soin et parfois la vanité d’un possesseur. Apprendre à la lire, c’est ajouter un sens à la lecture, et un argument à toute estimation.

La première distinction sépare le broché, simple couverture de papier cousue qui est l’état de publication d’origine, et le relié, couvert de cartons et d’une matière plus noble ; entre les deux, la demi-reliure, dont le dos et les coins de cuir s’accompagnent de plats de papier ou de toile, offre un compromis élégant et fort répandu. On notera d’ailleurs que, pour certains livres modernes, le broché d’origine est plus recherché qu’une reliure postérieure.

Viennent ensuite les matières. Le maroquin, peau de chèvre au grain serré, est la plus noble et la plus recherchée ; le veau, souple et lisse, domine les siècles classiques ; la basane, peau de mouton tannée, plus modeste, habille les livres ordinaires, et l’on se gardera de la confondre avec le chagrin, qui est grenu. Le vélin et le parchemin, blancs et rigides, viennent des temps anciens, tandis qu’au dix-neuvième siècle la percaline et la toile d’éditeur industrialisent la reliure.

Le décor, lui, signe une époque. La reliure dite à la Du Seuil, double encadrement de filets dorés rehaussé de fleurons d’angle, est un décor du dix-septième siècle, antérieur du reste au relieur Augustin Du Seuil qui lui a laissé son nom. La reliure à la fanfare déploie les entrelacs de la Renaissance ; celle à la dentelle, des bordures ajourées typiques du dix-huitième ; la reliure mosaïquée incruste des pièces de cuir de couleur ; et la janséniste, à l’inverse de toutes, renonce à tout décor sur les plats pour mettre la beauté dans la seule matière. Le dix-neuvième romantique, quant à lui, multiplie les fers et les ornements.

Encore faut-il savoir nommer ce que l’on regarde : les plats, qui sont les deux faces ; le dos, à nerfs ou lisse ; les coiffes, en haut et en bas du dos ; les coins ; les tranches, parfois dorées ou peintes ; les gardes enfin, ces feuillets intérieurs parfois ornés de papier dominoté. Désigner, c’est pouvoir décrire, et donc vendre ou acheter en connaissance de cause. Certaines reliures portent du reste la signature d’un grand relieur — Trautz, Lortic, Cuzin, Marius-Michel —, signature qui ajoute à la valeur à condition d’être authentique, ce qui n’est pas toujours le cas ; la méfiance, ici comme ailleurs, est une forme de respect.

Pour prolonger, voyez nos pages sur les formats, sur l’édition originale et sur la bibliophilie, ainsi que nos articles consacrés à la gaufrure et aux tranches peintes.

L’habit ne fait pas le livre, mais il avoue toujours quelque chose de lui. GUILDE · esthétiques — B. d’Arcole.

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