Qu’est-ce qu’un incunable ?

Par Adso de Melk, ancien novice de Guillaume de Baskerville, copiste et bibliothécaire.

Amis bibliophiles, bonjour.

J’ai connu le temps où les livres se copiaient à la main, lettre après lettre. Puis vint l’imprimerie, et ses tout premiers enfants, que l’on nomme aujourd’hui les incunables. Ce sont les livres du berceau, au sens propre du terme.

Un incunable est un livre imprimé en Europe avant le premier janvier 1501, durant les toutes premières décennies qui suivent l’invention de l’imprimerie par Gutenberg, vers 1450. Le mot vient du latin incunabula, les langes, le berceau, et désigne ainsi l’enfance du livre imprimé. La limite de 1500 est une convention d’érudits, commode pour séparer cette enfance de la maturité typographique du seizième siècle.

L’incunable ressemble encore beaucoup au manuscrit qu’il imite, et c’est à cela qu’on le reconnaît. On y trouve des caractères gothiques, de nombreuses abréviations, l’absence fréquente de page de titre — le texte commençant directement, ou par un incipit —, des espaces laissés en blanc pour des initiales peintes ensuite à la main, ce qu’on appelle la rubrication, et souvent un colophon en fin de volume donnant le lieu, l’imprimeur et la date. La pagination, en revanche, y est rare, et la page de titre telle que nous la connaissons ne se généralise qu’à la toute fin du quinzième siècle.

Après Mayence et Gutenberg, l’imprimerie gagne l’Italie, où Venise devient une véritable capitale du livre, puis la France, l’Allemagne et les Pays-Bas. Chaque atelier ayant ses caractères propres, on parvient aujourd’hui à identifier l’origine d’un incunable même dépourvu de colophon, par le seul examen de sa typographie.

Ces volumes fascinent parce qu’ils sont rares, chargés d’histoire, et qu’ils témoignent du moment exact où le savoir a changé d’échelle. Beaucoup dorment dans les bibliothèques publiques ; ceux qui passent sur le marché atteignent des prix élevés, surtout en bon état et complets. Mais tous ne se valent pas, et un fragment ou un texte commun se négocie bien plus modestement qu’une édition célèbre : pour en juger, il faut savoir estimer et reconnaître une reliure d’époque. Le colophon, les caractères, le format, le papier et les filigranes permettent de situer chaque exemplaire, car la science des incunables est une discipline en soi, exigeante autant que passionnante.

Pour comprendre ces premiers livres, voyez encore nos pages sur les formats, sur l’édition originale et sur la bibliophilie.

Le livre a eu une enfance ; la connaître, c’est aimer mieux son âge mûr. — Adso de Melk, anno Domini.

La lettre du bibliophile

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Dans la bibliothèque des bibliophiles du Blog: le dernier achat de PEL, « Miscellanées bibliographiques » publiées par Édouard Rouveyre et Octave Uzanne

Dans la bibliothèque des bibliophiles du Blog: le dernier achat de PEL, « Miscellanées bibliographiques » publiées par Édouard Rouveyre et Octave Uzanne

Amis Bibliophiles bonjour,
Répondant à l’invitation de Hugues, je vous présente mon dernier achat:
« Miscellanées bibliographiques » publiées par Édouard Rouveyre et Octave Uzanneà Paris, librairie ancienne et moderne Edouard Rouveyre
3 parties (1878, 1879 et 1880) en 1 volume in-8°. Ex-libris Maurice Jametel
Il s’agit d’un bel ouvrage dont la reliure est de bonne facture : demi-maroquin brun à nerfs, filet à froid sur les plats et au niveau des nerfs, plat recouvert d’un papier marbré, tête dorée, tranche-file main, présence de 2 signets. Couvertures et dos conservés, beau papier vergé, quelques rares rousseurs.
  
Le relieur a fait preuve d’une certaine originalité : d’abord le papier marbré des gardes a été répété sur les deux premiers feuillets de chaque cahier de garde, ensuite les couvertures des 3 ouvrages ont été conservées et reliées de la manière suivante : couverture du volume I, puis l’ensemble des 3 volumes, puis 4ème de couverture et dos du 1ervolume. Sont reliés ensuite de manière continue, les 1ère et 4èmede couverture des volumes II et III avec leur dos à chaque fois.

Il y a par contre quelques maladresses dans la dorure : MISCELLANÉES est de travers, et il y a un gros pâté au niveau de la date avec le 1 et le 8 qui ont été ré-appliqués sur un premier essai de dorure
L’ouvrage se présente comme une succession d’articles courts sur telle ou telle particularité bibliographique dont chacune pourrait faire l’objet d’un post du blog ! Les collaborateurs sont prestigieux : Gustave Brunet, Octave Uzanne, Jules Le Petit, L Derôme, Augustin Corroënne, le bibliophile Job… Le tome I est publié conjointement par E. Rouveyre et O. Uzanne, les 2 derniers uniquement par E. Rouveyre, même si Uzanne reste cité dans les collaborateurs.

La devise latine « VIRES ACQUIRIT EUNDO » figure sur le bandeau de la préface et la conclut. Elle peut se traduire par « elle acquiert des forces dans la course », c’est à dire qu’il faut partir d’un détail ou d’une anecdote et la développer, l’enrichir pour « l’élever jusqu’aux cieux » (Pierre Leroux). Elle se retrouve à partir de 1598, dans le titre gravé de certaines éditions des Essais (par exemple : à Paris, Claude Rigaud 1617 ; à Rouen, Manassez de Preaulx 1617 ; à Paris, Etienne Saucié 1625 ; à Paris, Pierre Lamy 1636…).

J’ai acheté cet ouvrage (29 € sur ebay), car tout ce qui concerne la bibliographie, et en particulier l’impressionnante production de la seconde moitié du XIXème siècle, m’intéresse.
PEL

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