Comment estimer la valeur d’un livre ancien

Par Alcide Raturon, secrétaire perpétuellement provisoire de la Guilde, chargé des comparaisons fâcheuses, des enthousiasmes défensifs et des statistiques qu’on consulte en fronçant les sourcils.

Amis bibliophiles, bonjour.

Chacun croit posséder un trésor dans son grenier. C’est rarement vrai, et c’est tant mieux, car estimer un livre ancien n’est pas rêver mais comparer froidement. Voici comment passer de l’espérance au chiffre sans se mentir.

La première chose à comprendre est que la valeur ne tient pas à l’âge : un livre du dix-septième siècle banal vaut souvent moins qu’une édition originale du vingtième recherchée. Elle naît de la rencontre de plusieurs facteurs — l’édition, originale ou tardive ; la rareté réelle ; l’état de conservation ; la qualité de la reliure ; la provenance ; la complétude, car il ne doit manquer ni planche, ni carte, ni feuillet ; et surtout la demande. Un livre rare que personne ne cherche ne vaut presque rien, tandis qu’un livre courant que tout le monde veut peut se payer cher.

La méthode tient en peu de gestes, à condition de les faire dans l’ordre. Il faut d’abord identifier précisément l’exemplaire — son édition, son tirage, son format, son état, sa complétude —, car sans cela toute estimation n’est qu’une devinette, et savoir reconnaître une édition originale sépare ici le banal du précieux. Il faut ensuite chercher les prix réalisés et non affichés, puisque le prix demandé par un vendeur ne prouve rien quand seul compte ce qui s’est réellement vendu. Il faut comparer des exemplaires comparables, à édition, état et reliure équivalents, un volume défraîchi et un maroquin d’époque ne jouant pas dans la même division. Il faut enfin ajuster selon l’état, chaque mouillure, restauration ou annotation pesant sur le prix, parfois lourdement.

Trois illusions ruinent l’amateur : croire que l’ancienneté fait la valeur, confondre vieux et rare, et laisser son attachement parler à la place du marché. Le marché, lui, ne paie ni votre histoire familiale ni votre patience : il paie un objet, un état, une demande. Le sentiment est une mauvaise expertise.

Pour trouver vos points de comparaison, les bases de résultats d’enchères, les catalogues de libraires sérieux et l’historique des ventes en ligne font l’affaire, à condition de croiser plusieurs sources, car un seul résultat peut être un accident là où trois forment une tendance. Pour une pièce potentiellement importante, l’avis d’un expert ou d’un libraire reconnu reste précieux, à condition de se rappeler qu’il a parfois intérêt à acheter bas : l’expertise éclaire, elle ne dispense pas de réfléchir. Une fois la valeur cernée, vous serez en bien meilleure posture pour vendre au juste prix.

Approfondissez, si le cœur vous en dit, avec nos pages sur les formats, l’édition originale et les reliures.

Les fortunes ont leurs distractions ; les bons livres, eux, finissent toujours par retrouver leur prix. GBR · estimation — A. Raturon.

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Devenir Libraire…

Devenir Libraire…

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Ce soir, je laisse la part-belle aux libraires qui lisent le blog et qui souhaiteraient intervenir dans le débat.

Je relaie un message d’un jeune bibliophile qui lit le blog et qui se pose la question suivante : comment devenir libraire? En réalité, ils sont même deux à se poser la question, et à avoir ce projet.

Difficile pour moi de répondre, vous vous en doutez, mais peut-être certains d’entre vous, qui sont libraires, ou le sont devenus sur le tard, si j’ai bien tout suivi, peuvent-ils lui donner un début de réponse.

Si vous le voulez bien, essayons de dépasser les évidences du type « être passionné », « être motivé », « faire preuve d’abnégation », « ne pas vouloir devenir riche », pour fournir des réponses un peu plus approfondies. Pour ma part, je peux intervenir pour conseiller un type de raison sociale, mais pas plus.

Essayons-donc de l’aider sur les plans suivants : faut-il ouvrir une boutique, faut-il être seul ou s’associer, faut-il racheter une librairie, est-il nécessaire de démarrer avec un stock important, faut-il se spécialiser, est-il utile/facile de rédiger un catalogue, paris ou province, s’endetter, etc., etc.

Evidemment, vous allez me dire que cela dépend des objectifs et de la vision de la vie de chacun, mais j’imagine qu’il existe malgré tout, si ce n’est des règles, du moins des choses qui peuvent aider un démarrage.

Bien sûr, les non bibliophiles qui ont un avis sur la question peuvent également intervenir. Je pose d’ailleurs la première pierre en donnant un avis extérieur : si j’étais libraire, je crois que j’essaierais d’être ambitieux, non pas pour devenir forcément millionnaire (même si je n’ai rien contre), mais pour voir passer entre mes mains de beaux livres, réflexe de bibliophile j’imagine. De plus, avis plus terre à terre, je crois que je privilégierais une formule sans librairie physique, parce que cela représente un coût important, et parce que cela peut impliquer rapidement d’être plusieurs : l’un qui tient la boutique, l’autre qui court les salles des ventes pour s’approvisionner.

Si vous êtes libraire et que vous voulez nous raconter votre histoire, n’hésitez pas!

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