Par Mathieu Lenoir, pourfendeur d’idées reçues, lecteur des usages présents et contradicteur attitré des confusions bibliophiliques pour la Guilde des Bibliopolicés.
Amis bibliophiles, bonjour.
On croit savoir ce qu’est la bibliophilie, et l’on se trompe presque toujours. Ce n’est ni du snobisme, ni une affaire de riches, ni le culte de tout ce qui est vieux. C’est autre chose, et c’est plus beau.
La bibliophilie est l’amour et l’étude du livre comme objet, et non seulement comme texte. Le bibliophile ne se contente pas de lire : il s’intéresse à l’édition, au tirage, à l’impression, à la reliure, au papier, à l’état, à la provenance, bref à tout ce qui fait qu’un exemplaire est celui-là et pas un autre. C’est en quoi il se distingue du simple lecteur, qui aime le texte sans se soucier du support, et du bibliomane, qui accumule sans mesure, parfois sans même lire, et chez qui la passion a tourné à la manie. On peut être excellent bibliophile sans fortune, et fort mauvais bibliophile avec beaucoup d’argent.
Ce qui fait un beau livre pour un bibliophile tient à la rencontre de plusieurs qualités : l’édition, car l’originale est recherchée ; la rareté réelle ; l’état de conservation ; la qualité de la reliure ; et la provenance, c’est-à-dire les anciens possesseurs, les ex-libris, les dédicaces. Aucune ne suffit seule ; c’est leur conjonction qui fait l’exemplaire désirable, le format, lui, situant d’emblée le type d’ouvrage.
Quelques idées reçues méritent d’être tordues. La bibliophilie ne serait que du snobisme : non, elle est une attention, et aimer la façon dont un livre est fait n’est pas plus snob qu’aimer la façon dont une maison est bâtie. Il faudrait être riche : c’est faux, on se constitue une bibliothèque cohérente et savante avec peu de moyens pourvu qu’on choisisse bien. Seuls les vieux livres compteraient : erreur encore, car il existe une bibliophilie du vingtième siècle et même du contemporain, l’âge n’étant pas le critère, mais le soin et l’intérêt.
On ne devient pas bibliophile en achetant cher, mais en apprenant à regarder. Lisez, comparez, fréquentez les libraires et les bouquinistes, apprenez à reconnaître un format, une édition originale, une reliure, et même un incunable : le goût vient à mesure que l’œil s’éduque, et, le moment venu, vous saurez estimer et vendre en connaissance de cause.
Ce guide est la porte d’entrée d’un petit lexique que prolongent nos pages sur les formats, l’édition originale, les reliures et les incunables.
Le vrai luxe n’est pas de tout posséder : c’est de savoir exactement ce qu’on aime, et pourquoi. GUILDE · ML/BIBLIOPHILIE.
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