Bibliophilie et Sciences: Chevreul et les couleurs

Amis Bibliophiles bonsoir,
Je prépare toujours mon message sur le vade-mecum du bibliophile (enfin, résumé), et Bernard vous propose ce soir un article sur Chevreul et les Couleurs.
Les sciences conservent. Michel Eugène Chevreul (1786-1889), vécu 103 ans. Son centenaire a été commémoré en 1886. A l’occasion une médaille a été exécutée par Roty. Le corps de la médaille représente Chevreul vieux assis dans un fauteuil, une plume à la main, devant lui la déesse de la Science et inscrit tout autour « La jeunesse française au doyen des étudiants ».Chevreul, alors directeur des teintureries à la manufacture des Gobelins, se penche sur la théorie des couleurs. Il divise les couleurs en deux groupes: les couleurs primaires, bleu, jaune, rouge (aujourd’hui : bleu, vert, rouge), et les couleurs secondaires obtenues par mélange de deux primaires. Il découvre que chaque couleur tend à colorer de sa couleur complémentaire les couleurs avoisinantes, c’est la loi du contraste simultané et la constitution du cercle chromatique. « Tous les phénomènes que j’ai observés dépendent d’une loi très simple, qui, dans le sens le plus général, peut être énoncée en ces termes : dans le cas ou l’œil voit en même temps deux couleurs contiguës, il les voit les plus dissemblables possibles, quant à leur composition optique et quant à la hauteur de leur ton… or deux couleurs juxtaposées o et p diffèreront le plus possible l’une de l’autre, quand la complémentaire de o s’ajoutera à p et la complémentaire de p s’ajoutera à o… ». Il publie ses idées dans un ouvrage, objet de huit leçons publiques, faites aux Gobelins dans le courant de janvier 1836 et DE LA LOI DU CONTRASTE SIMULTANÉ DES COULEURS ET DE L’ASSORTIMENTParis, Pitois Levrault. 1839.1 volume in-8 ; XV, 735 pp, 2 pl – Atlas de 40 pl.Son titre complet est : De la loi du contraste simultané des couleurs et de l’assortiment des objets colorés, considéré d’après cette loi dans ses rapports avec la peinture, les tapisseries des Gobelins, les tapisseries de Beauvais pour meubles, les tapis, la mosaïque, les vitraux colorés, l’impression des étoffes, l’imprimerie, l’enluminure, la décoration des édifices, l’habilement et l’horticulture. Cet ouvrage eut une influence considérable sur l’évolution de la peinture. Se référant à Chevreul, les Impressionnistes éviteront les mélanges sur la palette, et préfèreront poser directement sur la toile de petites touches de teintes primaires ou secondaires, enconfiant à l’œil le soin de reconstituer les couleurs intermédiaires. Ces pratiques seront utilisées de façon plus systématique encore par Seurat et les néo-impressionnistes, comme le reconnaîtra Signac dans son livre D’Eugène Delacroix au Néo-Impressionnisme (1899).
Une luxueuse seconde édition, revue par le fils de Chevreul, a paru aux frais de l’état, à l’occasion du centenaire de la révolution, cinquante ans après l’édition originale.
Paris, Imprimerie Nationale. 1889.1 volume grand in-4 ; (8), XVI, 571 pp, 49 pl, 2 tableaux.

En complément de la Loi du contraste simultané des couleurs, Chevreul publie dans le tome 33 des Mémoires de l’Académie des sciences son plus rare ouvrage :
EXPOSÉ D’UN MOYEN DE DÉFINIR ET DE NOMMER LES COULEURS D’APRÈSUNE MÉTHODE PRÉCISE ET EXPÉRIMENTALE.Paris, F. Didot. 1861.1 volume in-4 ; (6), LXXIII pp, pp [1] à 944 – Atlas in folio : [2], 1 pl avec partie mobile, 14 pl colorées.

Il publie également dans les mêmes Mémoires :COMPLÉMENTS DES ÉTUDES SUR LA VISION DES COULEURS (1879, tome 41).
MÉMOIRE SUR LA VISION DES COULEURS MATÉRIELLES EN MOUVEMENT DE ROTATION (1883, tome 42).
Sur son blog, Bertrand demandait un jour si les bibliophiles élargissaient leur domaine par des objets ayant plus ou moins de rapport avec ce domaine. Vous avez vu une médaille ; voici le faire part de décès de Chevreul « décédé à Paris le 9 Avril 1889 dans sa 103ème année. »
Merci Bernard,H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Bibliophilie et Sciences: le merveilleux pouvoir des aimants.

Bibliophilie et Sciences: le merveilleux pouvoir des aimants.

Amis Bibliophiles bonsoir,

Le pouvoir merveilleux qu’ont certaines roches d’attirer le fer a fait autrefois l’objet de nombreuses observations et de nombreuses recherches. Je vous présente trois ouvrages sur ce sujet parus vers 1700. Tout d’abord , un livre superbement illustré de Dalancé:
 Traitté de l’aiman.Amsterdam, Henry Wetstein. 1687. EO.1 volume in-12 ; frontispice, (18), 140, (8) pp, 33 pl. {21 pl des fig. 1 à 28 et 12 pl des fig. A à N}

Joachim Dalancé [ou d’Alancé] (1640-1707), est un scientifique français, ami de Henry Oldfenbourg, lié à Leibniz et Huygens. Le traité est divisé en deux parties :  « La première contient les expériences ; la seconde les raisons que l’on peut en rendre ». Les figures sont dues à Adriaan Schoonebeek (1651-1705).
Dalancé est également l’auteur de Traittez des Barométres, Thermométres, et Notiométres, et ou Hygrométres paru chez le même éditeur en 1688.
Un deuxième ouvrage très curieux de Vallemont:Description de l’aimant qui s’est formé à la pointe du clocher neuf de N.D. de Chartres…Paris. 1692. EO.1 volume in-12 ; (12), 215 pp.
L’abbé Pierre Le Lorrain de Vallemont (1649-1721), jésuite, docteur en théologie vint habiter Rouen, où il paraît que son caractère vif et inquiet le brouilla bientôt avec tous ses confrères. Il se rendit alors à Paris et se chargea de l’éducation du fils de M. Poilart, conseiller au parlement, et ensuite de celui du marquis de Dangeau. Il suivit son nouvel élève à Versailles, et il nous apprend lui-même qu’il y demeura dix ans. Il fut attaché ensuite, comme professeur, au collège du cardinal Lemoine où il rassembla un cabinet de curiosités. Il se retira à Pont-Audemer où il mourut en 1721, à l’âge de 72 ans.
Après un violent orage qui eu lieu en octobre 1690 et  qui ébranla le clocher de Notre Dame de Chartres on démolit celui-ci. « On trouva dans la démolition de la pointe de ce clocher, du fer qui en tenait les pierres jointes, et autour duquel il s’était formé une espèce de rouille épaisse, ou de croûte ferrugineuse, dont une partie est sans doute du meilleur aimant qu’on puisse jamais tirer des minières de la terre ». La Hire de l’Académie des Sciences, donne une interprétation de ce phénomène dans le journal des savants du 3 décembre 1691; mais Franklin a découvert le premier que le fluide électrique donne au fer les propriétés de l’aimant. L’auteur donne dans cet ouvrage une autre interprétation  ainsi que sa théorie générale du magnétisme.
Un troisième livre très rare de Puget:
Lettres écrites à un philosophe sur le choix d’une hypothèse propre à expliquer les effets de l’aiman.[Lyon. 1702]. EO .1 volume in-12 ; (2), 138 pp.
Louis de Puget (1629-1709), philosophe cartésien, et célèbre naturaliste, est l’un des fondateurs de l’Académie des Sciences de Lyon. Sa fortune lui permit de se monter un cabinet d’histoire naturelle, qui devint le plus riche de l’Europe en aimants et en microscopes. Ses découvertes sur le double courant de l’aimant, et sur la déclinaison de l’aiguille aimantée, lui valurent de la réputation, et en même temps une querelle avec Joblot.
L’ouvrage, recueil de trois lettres sur le magnétisme écrites à Joblot, débute par un simple faux-titre ; il semble avoir été distribué directement par l’auteur qui note, page 2 :  « Je me suis réservé tous les exemplaires, que je n’estime pas assez, pour consentir qu’on les achète ». Dans ces lettres, Louis de Puget soutient l’hypothèse des tourbillons de Descartes pour expliquer les effets de l’aimant. La seconde lettre est datée de Lyon, juillet 1699 et la dernière et troisième de Lyon, août 1699. (Journal des Sçavans du lundi 31 juillet 1702, pages 512 et 513).             
Bernard

10 Commentaires

  1. je suis désolé… J'avais cité "LACF", vous auriez pu être un peu plus curieux peut être, étant donné que le premier lien était bien sûr improbable… Enfin, tant pis, toutes mes excuses !

  2. Il ne reste rien….. les quelques bons livres sont partis, peut-être qu'avec la bonne adresse internet c'eut été une info intéressante.
    Mais là, le train a quitté la gare il y a quelques jours.
    Daniel

  3. Merci à Bernard Vassor. Je n'avais jamais entendu parlé de Pierrepoint-Greaves. Je vais me documenter. Je pense que chevreul utilisait des fils monocolores et que l'effet de renforcement d'une couleur par le voisinage de sa complémentaire se faisait lors du tissage uniquement.
    Pour les lecteurs néophytes, une expérience simple: posez sur une feuille blanche un objet bleu, fixez le pendant quelques secondes: vous le verrez auréolé de jaune et si vous l'enlevez vous verrez son image jaune sur la feuille. Faites la même chose avec un objet jaune, vous observerez sa couleur complémentaire bleu. Posez, l'un contre l'autre de manière jointive, deux objets bleu et jaune, fixez les: vous verrez leur couleur renforcée. On peut faire les mêmes observations pour tous les couples de couleurs complémentaires.
    Bernard

  4. Merci pour votre superbe article. Un e petite rectification touefois, bien avant Chevreul, un anglais du nom de Pierrepoint-Greaves inventa différents procédés pour produire des couleurs très variées sur ducoton, que l'art de la teinture n'avait pas résolu et qui semblait à l'époque impossible. Il voulait produire des matières textiles propres à la fabrication de tapis d'ornement, de brocards, d'ouvrages à l'aiguille etc..Il se procura du coton laineux fit battre purifier puis teindre dans les couleurs primaires. Puis, comme un peintre pointilliste, il prit des fils couleurs opposées jusqu'à l'obtention de la teinte désirée. Il pouvait les éclaircir ou foncer à volonté par addition de couleurs jaune pâle ou même blanche car le blanc et le noir se marient aussi bien avec les autres couleurs prismatiques tout comme sur la palette d'un peintre les couleurs naturelles et les oxydes métalliques. Une fois que le coton est amené à la teinte désirée, il est ouvert, cardé, étiré, doublé, filé et tordu comme un fil ordinaire. L'histoire n'a hélas pas retenu son nom. Les seuls Pierrepoint célèbres sont la dynastie des bourreaux anglais, les collègues des sympathiques Sanson ou Deibler.
    Cordialement
    Bernard Vassor

  5. Chers amis bibliophilies, bonjour, juste un petit mot pour vous signaler que la librairie LACF (site http://www.livres-anciens.com), qui ferme malheureusement ses portes très bientôt, brade son stock à -50%. Je n'ai pas d'actions chez eux ni ne les connaît. Aidons les à fermer dans de bonnes conditions (si l'on peut dire), tout en faisant des affaires… Courage à eux, espérant que la raison de la cessation d'activité ne soit pas aussi triste que parfois… De beaux exemplaires en tout cas…

  6. Merci Bernard de maintenir en éveil notre attention scientifique malgré la molle période des vacances, pourtant bien propice aux couleurs vives.

    René de BlC

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