Au printemps de 1777, à Lyon, Joseph Duplain vend une Encyclopédie en trente-deux volumes que nul n’a encore imprimée. La souscription in-quarto est portée à 384 livres, l’in-folio à mille. Le second fragment des carnets de Cornavin est d’une main plus tardive, l’encre pâle et le papier médiocre.
Fragment II — Du sieur Duplain, libraire à Lyon, et du livre qu’on vend avant de l’avoir
Présentation d’Alcide Raturon, secrétaire perpétuellement provisoire de la Guilde, chargé des découvertes archivistiques fortuites.
Amis bibliophiles, bonjour.
Des deux fragments qui accompagnaient les carnets de Cornavin, le second est d’une main plus tardive et plus dure — l’encre y est pâle, le papier de moindre qualité, et les indices internes le placent à Lyon, au printemps de 1777. Cornavin y touche, sans le savoir tout à fait, à l’événement le plus considérable de l’édition de son siècle.
Il faut ici que l’archiviste précède le colporteur. En cette année 1777 se met en place, à Lyon, l’entreprise de l’Encyclopédie dite in-quarto : une réédition à bon marché du grand Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d’Alembert. L’affaire associe le Parisien Charles-Joseph Panckoucke, la Société typographique de Neuchâtel — imprimeurs suisses passés maîtres dans l’art de faire franchir les frontières à ce qui est défendu — et un libraire lyonnais du nom de Joseph Duplain, homme d’un front d’airain, qui avait d’abord annoncé de son chef une contrefaçon in-quarto, s’était fait casser son projet par arrêt du Directeur de la Librairie, puis, loin d’en périr, s’était fait prendre dans l’affaire comme associé. Le tout se vendra par souscription à plus de huit mille exemplaires. Que tout cela soit exact, on le doit aux travaux de M. Robert Darnton ; ce que Cornavin en a vu de ses yeux, on le lira ci-dessous, sans que la Guilde ait rien corrigé.
Document classé : GUILDE · AR/PRES-FRAG-II — pour publication libre.
Ce 3ᵉ jour d’avril 1777, à Lyon, aux abords de la place des Terreaux, par temps couvert et rivière haute.
Je suis monté à Lyon pour la première fois depuis bien des années, non pour y colporter — on n’y colporte pas le bleu, la ville en regorge et le vend moins cher que je ne l’achète — mais pour y voir un cousin de Marguerite qui tient auberge, et pour me refaire un peu de marchandise chez les grossistes des quais. La ville est un ventre qui ne dort jamais. On y imprime jour et nuit ; les charrettes de papier passent les ponts comme ailleurs les charrettes de foin.
C’est là qu’on m’a parlé du sieur Duplain. Un compagnon relieur, à l’estaminet, en parlait comme d’un prodige ou d’un filou, ne sachant lui-même trancher. J’ai voulu voir l’homme, par curiosité de métier. On ne voit pas tous les jours un libraire dont toute une ville dispute.
Il tenait boutique et bureau, du monde y entrait qui n’avait pas la mine d’acheter des livrets. Des messieurs à bas de soie, des commis, un abbé. J’ai attendu mon tour comme on attend à l’église, et quand il m’est venu, le sieur Duplain m’a toisé, a vu la courroie sur mon épaule, et a compris d’un coup ce que j’étais.
— Un porte-balle, a-t-il dit, non en mépris, mais comme on nomme un outil dont on se demande s’il peut servir.
Je lui ai dit mon commerce : le bleu, les almanachs, les saints, les Heures. Il a hoché la tête, et puis il m’a dit une chose que je n’ai pas comprise sur le moment.
— Sais-tu porter une souscription ?
J’ai avoué que je ne savais pas ce mot-là. Il me l’a expliqué avec la patience du marchand qui explique parce qu’il a intérêt à être compris. Il faisait, disait-il, réimprimer la grande Encyclopédie, ce dictionnaire de toutes les sciences et de tous les métiers dont j’avais ouï parler sans jamais en avoir vu un volume, les villages où je passe n’en ayant ni le moyen ni l’usage. Mais il la faisait dans un plus petit format, pour la vendre moins cher, et surtout il la vendait avant de l’avoir imprimée. L’acheteur donnait son nom, versait des arrhes, et recevrait les volumes à mesure qu’ils sortiraient des presses, sur plusieurs années. Trente-deux volumes, annonçait le prospectus de chez Pellet, à Genève, et l’on murmurait déjà qu’il y en aurait davantage ; ils viendraient de Lyon, de Genève, de Neuchâtel en Suisse, par les routes que l’on sait.
J’ai mis du temps à saisir. Dans mon commerce, on vend ce qu’on porte, et l’on porte ce qu’on a payé. Le client donne son sol, prend son livret, et nous sommes quittes sur-le-champ. Ici, l’homme prend l’argent d’un livre qui n’existe pas encore, sur la seule promesse qu’il existera. Il vend le vent, et l’acheteur paie le vent, et tout le monde s’en trouve content. J’ai dit au sieur Duplain que c’était là un grand commerce, mais que je n’y entendais rien, moi qui n’ai jamais su vendre que ce qui pèse sur mon dos.
— Justement, a-t-il dit. Le tien pèse, le mien ne pèse rien tant qu’il n’est pas fait. Voilà toute la différence entre ta fortune et la mienne.
J’ai demandé le prix, par cette manie que j’ai de mesurer les distances en demandant le prix de ce que je ne saurais payer. Trois cent quatre-vingt-quatre livres, m’a-t-on dit, pour l’in-quarto ; et l’ancien, le grand, le bel in-folio, se payait près de mille. Trois cent quatre-vingt-quatre livres. J’ai fait le compte dans ma tête, comme toujours. C’est plus que je ne gagne en trois ans de routes, de fièvres et de neiges. C’est, en livrets bleus à un sol, sept mille sept cent livrets, soit tout ce que je vendrai peut-être dans ma vie entière, mise bout à bout. Et c’était là leur bon marché, leur édition pour le pauvre monde. Je me suis dit que le pauvre monde de M. Duplain n’était pas le mien.
J’ai regardé, avant de sortir, un feuillet qu’on donnait à qui le demandait — un prospectus, disait-on. Il y avait la liste des choses que le livre contiendrait, et un arbre dessiné où toutes les connaissances des hommes tenaient dans des branches, comme les saints tiennent dans le calendrier. J’ai cherché s’il y avait, dans tout cela, une place pour le colporteur. On m’a dit qu’il y avait des planches pour l’imprimeur, pour le relieur, pour le papetier, pour le fondeur de lettres — pour tous ceux qui font le livre. Mais pour celui qui le porte, non. Le grand livre de tous les métiers avait oublié le mien. Cela ne m’a pas fâché. On n’entre pas dans les livres, on les porte ; c’est déjà quelque chose que d’être la main par où ils passent, même si la main ne figure sur aucune planche.
Le sieur Duplain, en me reconduisant — car celui-là reconduit, ayant appris que la civilité est un capital —, m’a dit que si je changeais d’avis, il avait toujours besoin d’hommes qui connussent les chemins et les curés. Les curés, ai-je pensé, oui ; mais mes curés rêvent d’un Rollin qu’ils ne peuvent payer, et un Rollin, à côté de son Encyclopédie, est un livre de poche. Je n’ai pas pris sa souscription. J’ai pris le prospectus, pour le lire le soir, à la chandelle, comme on lit une lettre venue d’un pays où l’on n’ira jamais.
Une dernière chose, que je note parce qu’elle m’a fait sourire. On m’a dit que les volumes viendraient en partie de Neuchâtel, par les montagnes, sur le dos d’hommes qui passent les cols en fraude quand la douane veille. Voilà donc que le plus grand livre du siècle, le livre des philosophes et des savants, voyagera comme mes petits livrets défendus : à dos d’homme, par les hauts passages, la nuit. Les cimes ne font pas de différence entre l’Encyclopédie et l’almanach. Sous la neige, tout livre pèse le poids de celui qui le porte.
Compte du jour : rien vendu, rien acheté qu’un peu de fil et deux plumes. Mangé et couché chez le cousin de Marguerite, pour rien, contre la promesse d’un almanach à la Saint-Jean. Reste en bourse : ce que j’avais, moins trois sols de bac. Emporté : un prospectus, qui ne pèse rien et que je ne vendrai pas.
Note pour mémoire : le sieur Duplain de Lyon vend un livre avant de l’avoir. Retenir la chose : c’est peut-être là le commerce de demain, et le mien celui d’hier. Mais qu’on me dise comment on rend les arrhes, le jour où la presse s’arrête et le livre ne vient pas. Un colporteur qui n’a pas livré n’a pas été payé ; un libraire qui a été payé n’a pas encore livré. De nous deux, lequel dort le mieux ?
Ici le fragment s’interrompt, le bas du feuillet manquant.
Note de la Guilde. — L’entreprise de l’Encyclopédie in-quarto (1777) est attestée dans ses moindres rouages par Robert Darnton, The Business of Enlightenment. A Publishing History of the Encyclopédie, 1775-1800. Joseph Duplain, l’association avec Panckoucke et la Société typographique de Neuchâtel, la vente par souscription, les prix respectifs de l’in-folio et de l’in-quarto, le tirage de plus de huit mille exemplaires : tout cela relève du fait. La rencontre avec Cornavin relève, elle, du seul témoignage de son carnet, que nous donnons sans le garantir au-delà de ce qu’un fragment permet.
Document classé : GUILDE · IC/FRAG-II.
La lettre du bibliophile
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Le but de ces lignes est essentiellement d’évoquer sur le plan bibliophilique les premières traductions françaises du roman gothique Melmoth, publié en anglais en novembre 1820 par Charles Robert Maturin. Melmoth, chef d’oeuvre de la littérature fantastique, est considéré comme le chant du cygne du genre gothique. Il a inspiré les plus grands. Ainsi, André Breton, dans “Situation de Melmoth” écrit: “sans la moindre vergogne, Balzac pille Melmoth dans Le centenaire ou les deux Beringheld (1822) et se montre, par la suite, assez obsédé de son héros pour vouloir l’arracher à son sort dans Melmoth réconcilié (1835)”, puis: “Baudelaire..s’est souvenu si souvent de Melmoth et l’a toujours placé si haut qu’un cas tout à fait particulier demande à être fait de son témoignage..” (Il faut noter à ce sujet que Baudelaire a eu le projet de proposer une nouvelle traduction, il a fait de réelles démarches en ce sens mais qui n’ont pas abouti; c’est Maria de Fos qui le traduira en 1867). Ensuite, Breton ajoute: “il n’est pas douteux que Lautréamont a pourvu Maldoror de l’âme même de Melmoth”, puis encore: “le génie de Maturin est de s’être haussé au seul thème qui fût à la mesure des très grands moyens dont il disposait: le don des “noirs” à jamais les plus profonds, qui sont aussi ceux qui permettent les plus éblouissantes réserves de lumière. Il tenait l’éclairage voulu pour appeler à s’y inscrire le problème des problèmes, celui du mal.” Maurice Lévy, dans “Le roman “gothique » anglais 1764-1824” écrit quant à lui: “Melmoth est un roman “gothique”, sans doute, mais qui, pour la première fois, accède aux sphères de la haute littérature, où, parmi le peuple des chimères universelles inventées par l’esprit humain pour dominer ses angoisses, Melmoth a pris place pour l‘éternité entre Faust et Ivan Karamazov”. Habituellement, on donne pour eo française : Melmoth ou l’homme errant, 6 volumes in 12, chez Hubert en 1821, c’est à dire la traduction de Jean Cohen, que reprendra Breton. Concernant la difficulté à trouver cette édition, même s’il est toujours très délicat de chercher à évaluer la rareté des livres, et même si certains livres sont encore plus rares que d’autres qui sont déjà plus ou moins introuvables… et que les adjectifs finissent inévitablement par ne plus suffire, on peut affirmer sans risque d’erreur qu’elle est, disons, extrêmement rare! C’est en tout cas ce que j’ai pu constater et c’est aussi ce qui ressort de fréquentes conversations que j’ai eues avec des libraires. Pour être plus précis, on peut attendre plusieurs années avant de la voir passer tout en cherchant assidûment et en ayant mis des alertes électroniques partout où c’est possible. J’ai passé beaucoup de temps, à une époque, à recueillir des informations, sur internet mais aussi ailleurs (vieux catalogues, discussions avec des libraires spécialisés) et j’ai recensé en tout 9 exemplaires en mains privées: – l’exemplaire du catalogue Loliée de 1952 consacré aux romans noirs, contes de fées …: 6 tomes séparés, reliure d’époque, demi veau, dos ornés, étiquettes de titre et tomaison vertes, tranches marbrées, et beau. – un exemplaire en reliure moderne (relié en 3 volumes, lavé et encollé, demi maroquin rouge à grains longs) dans un catalogue de 1956 (catalogue de livres rares…IV présenté par un groupe de libraires parisiens) – l’exemplaire du catalogue Oberlé de 1972 consacré aux romans noirs etc: reliure d’époque, relié en 3 volumes, demi- basane fauve, dos lisses ornés, pièces de maroquin rouge, tranches jaunes. – un exemplaire passé en vente publique il y a une vingtaine d’années – un exemplaire abîmé (vraiment très peu engageant paraît-il auquel notamment il manque des pages de titres), vendu par un particulier à un libraire suite à une annonce passée sur le site livrerare. – l’exemplaire de Breton (6 tomes séparés en cartonnage vert d’époque) – l’exemplaire du catalogue “L’écho des Fantaisies” de la librairie Pierre Saunier (6 tomes séparés, stricte reliure d’époque, demi-basane marron, dos lisses ornés de lilets dorés, deux pages de titres manquantes)
– un exemplaire broché incomplet des tomes 2 et 6 – un exemplaire appartenant à un collectionneur, a priori pas très beau. Aucun exemplaire apparemment ne figurait dans le catalogue d’Alain Sinibaldi “Le roman de terreur ou roman noir en France de 1760 à 1830” et il n’y en avait pas non plus dans le catalogue “Les Fatidiques” de la librairie Pierre Saunier. Enfin, dans la vente publique du 7 mars 2016 chez Kalck, où figurait entre autres Frankenstein, il n’y avait pas trace de Melmoth. Dans cette vente, on pouvait pourtant s’attendre à trouver, compte tenu de la présence de plusieurs véritables raretés, certains grands titres pas trop rares, mais ce n’était pas le cas. Il existe une autre édition de Melmoth en 1821 et, à ma connaissance, on ne sait pas si c’est la seconde ou non. Autrement dit, l’eo française est l’une des deux mais sans qu’on sache laquelle. Ce qui est affirmé à ce sujet sur internet ou ailleurs n’est jamais justifié. Cette édition est en trois tomes; son titre est: “L’homme du mystère ou histoire de Melmoth le voyageur; par l’auteur de Bertram, traduit de l’anglais par Madame E.F.B.”. Elle est pourvue d’une préface signée Eugénie F.B.(il s’agit de la femme d’Emile Bégin). Dans cette préface, la traductrice n’évoque jamais la traduction de Jean Cohen. On y lit: “…Un ami de ma famille, qui revenait de Londres, m’apporte, dans les premiers jours de cette année, un roman nouveau….une amie ..et je lui faisais, en le traduisant, la lecture de Melmoth…Elle m’engagea à écrire ma traduction, afin d’en faire jouir nos amis qui…Au bout d’un mois ma traduction était achevée…Un soir, M**, ancien officier, aujourd’hui libraire, vint visiter mon père…M** parcourut mon travail… Savez-vous ce que les journaux anglais disent de ce roman?…M*….me dit: j’imprime votre…je tremble d’entendre dire du mal du traducteur …je redoute surtout les journaux ..Mais mon père m’assure qu’ils ne parleront pas de mon roman, grâce à la session des chambres…”. Cette traduction en trois tomes est annoncée le 9 mars 1821 par la “Bibliographie de la France ou journal général de l’imprimerie et de la Librairie” (page 130), tandis que celle en six tomes l’est le 6 avril (page 188). Mais cette antériorité dans les dates ne prouve rien. J’avais écrit à Maurice Lévy, pour savoir son avis sur la question de l’édition originale: lui non plus ne savait pas, mais il semblait pencher plutôt pour l’édition en trois tomes, du fait notamment – si j’ai bien compris – de l’existence d’une préface (et de sa teneur aussi), que n’aurait probablement pas écrite Madame E.F.B. si elle avait eu connaissance de la traduction de Jean Cohen: celui-ci était un traducteur connu donc ses productions devaient l’être aussi. Personnellement, j’ai aussi tendance à parier, pour les raisons déjà citées, sur la traduction en trois tomes, mais ce n’est pas du tout une conviction profonde: Madame Bégin aurait très bien pu livrer son manuscrit à l’imprimeur puis voir l’autre traduction sortir un peu après, et ce avant la mise en vente de la sienne. Sur le plan de la rareté, la traduction en trois tomes est indéniablement beaucoup plus difficile à trouver que celle de Jean Cohen: c’est dire qu’elle est “invisible”. Je l’ai personnellement constaté, ayant recensé seulement trois exemplaires en mains privées: celui de la vente André Breton, incomplet d’un tome, un autre, que possède un libraire, incomplet lui aussi d’un (autre) tome et un dernier, complet. Maurice Lévy, qui a consulté pendant un bon nombre d’années beaucoup de catalogues de libraires, et qui devait avoir des contacts avec ces derniers, m’a confirmé cette quasi impossibilité de mettre la main sur un exemplaire. Je crois me souvenir qu’il n’en a en effet croisé aucun. Ceci dit, les libraires sont les mieux placés pour juger la rareté d’un livre, mais de toute façon, c’est la même opinion qui prévaut chez ceux à qui j’ai parlé…(personne ne m’a jamais parlé d’un autre exemplaire que ceux que j’ai cités et beaucoup de gens ignorent même l’existence de cette édition). Enfin, chose curieuse, il y a eu deux pages de titres différentes (voir les photos) – le reste du livre, sauf d’éventuelles corrections, étant identique. A force de chercher des informations pour déterminer quelle est l’eo, je suis tombé un jour sur une revue: la “Bibliothèque universelle des sciences, belles lettres et arts faisant suite à la bibliothèque britannique…”, qui a publié, de janvier à avril 1821, le début d’une autre traduction. On peut consulter les livraisons via google. Le troisième et dernier extrait, figurant dans celle du 4 avril, est suivi de ceci: “L’empressement des libraires à provoquer la traduction des romans bizarres, a fait paraître celui-ci en français, avant que nous ayons pu donner tous les extraits projetés…” Suit un très court résumé et une critique défavorable du livre, ce qui ne les a pourtant pas empêchés d’offrir à leurs lecteurs quelques dizaines de pages de leur traduction… L’édition française dont ils ont eu connaissance n’est pas indiquée. Je n’avais jamais entendu parler de cette publication en revue. Voici un lien pour le premier extrait (s’il ne fonctionne pas, taper directement dans google: bibliotheque universelle romans melmoth londres ) https://books.google.fr/books?id=bp1CAAAAcAAJ&pg=PA64&dq=bibliotheque+universelle+romans+melmoth+londres&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiNhdStjK3LAhWDuhQKHShwCR0Q6AEIHTAA#v=onepage&q=bibliotheque%20universelle%20romans%20melmoth%20londres&f=false Du fait que de nouveaux documents sont régulièrement numérisés, il est peut-être possible aujourd’hui d’obtenir des informations décisives, mais pour ma part, j’ai cessé de chercher depuis plusieurs années. Il faudrait par exemple essayer de consulter les périodiques d’époque pour y chercher des mentions datées des deux éditions, s’intéresser éventuellement de même aux ouvrages publiés par les deux éditeurs, ayant immédiatement précédé ou suivi les deux Melmoth, voir si on peut trouver des archives des deux éditeurs, des mémoires ou lettres de contemporains etc. Mais c’est, je pense, compliqué. Enfin, si – pour information – le commentaire fait sur Frankenstein dans le tome XI de la Revue encyclopédique tient en une page, Melmoth est loin de passer inaperçu et s’en voit consacrer six dans le tome X de cette même revue, accompagnées de cette note: “on vient d’en publier une traduction française par M. Jean Cohen..”. A noter: l’autre traduction n’est pas mentionnée dans cet article, et de même dans un article de la revue des romans, de 1839. Alice Killen, non plus, ne mentionne jamais la traduction Bégin dans son livre – qui est sa thèse – publié en 1920: “Le roman terrifiant ou roman noir de Walpole à Anne Radcliffe et son influence sur la littérature française jusqu’en 1840”. Par contre, la “Petite bibliographie biographico-romancière ou dictionnaire des romanciers…” de Pigoreau fait état en octobre 1821 des deux : “Tout récemment on vient de publier sous deux titres différents un roman de Mathurin…”. La France littéraire aussi en 1833. Voici un lien pour l’article de la revue encyclopédique (taper: revue encyclopedique melmoth 1821 maturin ) https://books.google.fr/books?id=aOpMAAAAcAAJ&pg=PA550&dq=revue+encyclopedique+melmoth+1821+maturin&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj237npjq3LAhVGXRoKHXYxDbgQ6AEINTAD#v=onepage&q=revue%20encyclopedique%20melmoth%201821%20maturin&f=false Pour terminer, je voudrais replacer dans son contexte littéraire l’arrivée en France de Melmoth, en citant des oeuvres (eo) parues à cette époque dans une période de dix ans. – 1812: Fantasmagoriana, ainsi que Zofloya ou le maure (brillant roman gothique que je ne parviens pas à trouver).- 1813 et 1814: Avadoro, histoire espagnole, puis Dix journées de la vie d’Alphonse Van Worden (c’est à dire Le manuscrit trouvé à Saragosse): 7 volumes en tout, aussi difficiles à rassembler que les sept nains de Blanche neige, selon l’expression de Pierre Saunier.- 1818: le conte Ondine, de La Motte Fouqué.- 1819: le Vampire de Byron (introuvable; je ne connais que deux exemplaires)- 1820: Lord Ruthven et les vampires, la pièce de Nodier (Le vampire), Les ombres sanglantes, Les fantômes nocturnes ou les terreurs des coupables (ces deux derniers par Cuisin)- 1821: le livre de Berbiguier sur les farfadets – que l’auteur n’aurait sans doute pas apprécié de voir classer dans une telle liste…il y aurait probablement vu un complot- , Smarra ou les démons de la nuit, par Nodier, et Frankenstein (pour ce dernier livre, j’ai fait le même genre de recherches que pour Melmoth: je recense seulement six exemplaires). Et enfin: Le revenant ou les quatre siècles, par Spiess, qui est aussi l’auteur du fameux Petit Pierre: https://fr.wikisource.org/wiki/Revue_des_Romans/Christian_Heinrich_Spiess – 1822: Montorio, publié par Maturin en 1806, bien avant Melmoth (je ne connais que trois exemplaires de l’eo française iet un tome seul; Breton le qualifiait de “strictement introuvable” dans “Situation de Melmoth”), Trilby par Nodier, le très intéressant et bien rare Pierre Schlémihl par Chamisso, ainsi que Willbald ou les douze vierges dormantes, par Spiess, autant absent du marché que le revenant ou les quatre siècles ou que l’eo du Petit Pierre (1795). Sans compter Histoire des vampires et des spectres malfaisans…ainsi que Demoniana, en 1820, puis Infernaliana en 1822, trois ouvrages certainement mineurs mais bien agréables. Il y a de quoi lire et remplir une fort belle bibliothèque pour les passionnés par le sujet! P.
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