Les formats du livre ancien : in-folio, in-quarto, in-octavo… le guide

Par Frère Séraphion de la Chartreuse de Rambervillers, préposé au classement bibliophilique dans les ordres réguliers.

Amis bibliophiles, bonjour.

Toute ma vie de cloître, j’ai rangé, mesuré et classé des livres ; et la première leçon que je donne aux novices est celle du format. Car avant de savoir ce qu’un livre dit, il faut savoir comment il est fait. In-folio, in-quarto, in-octavo, in-douze… ces mots qui peuplent les catalogues n’ont rien d’intimidant une fois qu’on en tient la clé.

Le malentendu le plus commun consiste à confondre le format avec la taille du volume. C’est une erreur, car le format n’est pas une mesure : c’est une manière de plier la feuille. Avant le livre, il y a la grande feuille de papier sur laquelle l’imprimeur tire plusieurs pages d’un seul coup, et le format désigne le nombre de fois que cette feuille est pliée pour former un cahier. Pliée une fois, elle donne deux feuillets, soit quatre pages, et c’est l’in-folio. Pliée deux fois, quatre feuillets et huit pages : l’in-quarto. Pliée trois fois, huit feuillets et seize pages : l’in-octavo. Ainsi de suite, chaque pli multipliant les feuillets et réduisant leur taille. On comprend dès lors que deux in-octavo n’aient pas forcément la même hauteur : tout dépend des dimensions de la feuille d’origine, qui variaient d’un papetier et d’une époque à l’autre. Le format renseigne d’abord sur la fabrication ; la taille n’en est qu’une conséquence approximative.

Du plus grand au plus petit, l’usage a fixé une échelle que tout amateur finit par avoir en tête. L’in-plano, feuille demeurée entière, donne les très grands formats des affiches et des atlas. L’in-folio, haut de quarante centimètres et souvent davantage, est le format des bibles, des recueils de gravures et des ouvrages de prestige que l’on posait sur un pupitre plutôt qu’on ne les lisait au lit ; sa seule présence en dit long sur l’ambition d’un livre, et bien souvent sur son prix. L’in-quarto, plus maniable mais encore noble, fut celui des ouvrages savants et des belles éditions illustrées. L’in-octavo, que l’on tient d’une seule main, est le format de tous les jours, celui de l’immense majorité de la littérature depuis le seizième siècle ; c’est aussi le terrain rêvé pour qui veut se constituer une bibliothèque cohérente sans se ruiner. En deçà viennent les livres portatifs, l’in-douze des éditions bon marché et des classiques que l’on glissait en poche, l’in-seize et l’in-dix-huit des livres de dévotion, puis les véritables miniatures, in-vingt-quatre et plus petites encore, ces prouesses d’imprimeur que l’on collectionne pour leur charme. Encore une fois, ces hauteurs ne valent qu’à titre indicatif : le format décrit un pliage, jamais une dimension fixe.

Reste à reconnaître le format d’un livre qu’on a sous les yeux. La taille donne une première idée, mais elle peut tromper, et le bibliophile averti préfère interroger le papier lui-même. En le regardant à contre-jour, on distingue les pontuseaux, ces lignes les plus espacées que laisse la forme du papetier, et leur orientation s’inverse à chaque pliure : verticaux dans l’in-folio, ils deviennent horizontaux dans l’in-quarto, puis de nouveau verticaux dans l’in-octavo. Le filigrane suit la même logique, entier au centre d’un feuillet en in-folio, coupé dans la pliure en in-quarto, relégué dans l’angle supérieur près du dos en in-octavo. Les signatures enfin, ces lettres et chiffres que l’imprimeur plaçait en bas de page pour guider le relieur, achèvent de confirmer la composition des cahiers. Avec un peu d’habitude, ces indices suffisent à nommer un format sans la moindre hésitation.

On aurait tort de croire que tout cela n’intéresse que le pédant. Le format oriente le prestige, car un in-folio impose ; la rareté, car les grands formats traversent moins bien les siècles ; la maniabilité, et de proche en proche la valeur. Savoir le lire, c’est comprendre d’emblée à quel type de livre on a affaire, et déjouer le catalogue qui voudrait faire passer un modeste in-douze pour une pièce d’exception. C’est la première des compétences, celle qu’il faut posséder avant même d’apprendre à estimer ou à vendre un livre. Car un in-folio n’est jamais précieux par nature : un petit format rare et recherché vaudra toujours davantage qu’un grand format commun. Le format est un indice, et non un prix.

À qui voudrait poursuivre, je recommande volontiers nos pages sur l’édition originale, sur les reliures et sur les incunables, qui prolongent naturellement cette première leçon.

GUILDE · classement bibliophilique — Frère Séraphion, fiche des formats.

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