La Reliure Janséniste

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Je ne vais pas revenir sur le Jansénisme, trop long…, mais simplement évoquer aujourd’hui la reliure de type janséniste.

Naturellement, la dénomination vient du Jansénisme, et l’on appelle reliure janséniste une reliure qui est à dessein (et il très important de le souligner) sans décoration, la plus sobre possible, certains diront la plus austère, en ne dorant généralement que le titre au dos, seule marque extérieure présente sur le livre.

La Reliure JansénisteLa tradition veut que ce soit Luc Antoine Boyet (actif entre 1680 et 1720) qui le premier exécuta ce type de reliure, peut-être en réaction « janséniste » par rapport aux exubérances de certaines reliures de l’époque, mais peut-être aussi et surtout (ma propre analyse), parce que l’homme avait caractère individualiste et une situation particulière, puisqu’il n’était que relieur, et non pas doreur ou employant un doreur dans son atelier, comme la plupart de ses confrères. Finalement, quand on n’est pas doreur, autant inventer la reliure janséniste. Mais c’est ma propre analyse, elle n’engage que moi.

Il est important de comprendre que si vous avez une reliure de cette époque en basane, très simple, avec simplement le titre du livre au dos, ce n’est pas ce qu’on appelle une reliure janséniste, c’est simplement une reliure très modeste.
La Reliure Janséniste (2)La reliure janséniste est une reliure de luxe, employant les techniques et les matériaux de la reliure de luxe, d’une qualité remarquable, mais sans marque ostentatoire.

Une reliure janséniste typique pourrait être décrite ainsi : des plats vierges de tout ornement, du maroquin, éventuellement des doublures de maroquin ou des gardes de soie, un dos généralement à nerfs, une dentelle intérieure.
Comme il s’agît d’une reliure de luxe, elle ne souffre d’aucune imperfection, imperfection qui serait d’autant plus visible que la reliure janséniste se doit d’être extrêmement sobre. Après Boyet, la reliure janséniste deviendra un style particulier qui existera aussi bien au 18ème (moins), qu’au 19ème (retour en grâce important avec les commandes des grands bibliophiles aux relieurs) et au 20ème siècle.
La Reliure Janséniste (3) Son succès au fil du temps s’explique sans doute par le fait que ce type de reliure est moins daté que d’autres (fanfares, plaque, etc.) et qu’elle constitue finalement l’écrin minimal et de bon goût qu’un bibliophile peut avoir envie de donner à un livre précieux. Dès lors, on n’est plus dans le pastiche… ce qui est bien souvent très heureux (mais c’est encore un avis très personnel).

Que je sache, Boyet ne signait pas ses reliures et il donc très difficile d’identifier ses reliures jansénistes, voici néanmoins des images de l’une de ses reliures ci-dessous, reste que la plupart des grands relieurs du 19ème s’y sont essayés, et que vous pourrez donc en croiser régulièrement.
La Reliure Janséniste (4)La Reliure Janséniste (5)H

Foire aux questions sur la reliure janséniste

Pourquoi appelle-t-on cette reliure « janséniste » ?

Le nom vient du jansénisme, mouvement religieux du XVIIe siècle prônant l’austérité et la sobriété. La reliure janséniste reflète ces valeurs : aucun décor extérieur, élégance par la matière (cuir noble) et la coupe.

Quelle est la spécificité de la reliure janséniste ?

Plats entièrement nus, sans dorure ni filets. Toute la richesse est intérieure : gardes en papier décoré ou peigné, tranches dorées, dentelle intérieure (la « dentelle intérieure jansén » est une signature).

La reliure janséniste convient-elle à tous les livres ?

Elle est traditionnellement réservée aux ouvrages religieux ou de grande sobriété. Les bibliophiles modernes l’utilisent aussi pour des éditions originales littéraires précieuses qu’ils veulent mettre en valeur sans ostentation.

Pour aller plus loin

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Compte-rendu de la vente de l’Atelier Simier, suite et fin

Compte-rendu de la vente de l'Atelier Simier, suite et fin

Amis Bibliophiles bonsoir,
Après en avoir tant parlé, il est normal d’aller jusqu’au bout et de vous livrer les dernières informations sur la vente elle même, où le Blog du Bibliophile avait dépêché un envoyé spécial.
Pas de chance pour ceux que l’habitude avaient conduits à Drouot, puisque cette vente prestigieuse se déroulait Avenue Montaigne, l’annexe prestigieuse de l’hôtel des ventes.
Moquette profonde, écrans, convertisseur de monnaie, et près de 200 sièges attendaient les amateurs qui se bousculèrent pour avoir le privilège de faire face à la douzaine de personnes appartenant à l’étude et à M. de Coligny.
Le rythme de la vente fut très lent: 150 lots seulement après plus de deux heures de vente, quand nos amis belges ou allemands écoulent 120 lots à l’heure (mais est-ce bien raisonnable). L’assemblée est faite de bibliophiles, d’amateurs divers, de libraires (respects appuyés à Mme Lamort et M. Galantaris) et de journalistes qui filment ou photographient l’événement.
Des ecnhères, je ne vous dirai pas grand chose, si ce n’est qu’une nouvelle fois, les écarts furent importants entre les estimations et les résultats, et ce dans les deux sens… Ainsi si les fers de l’Empereur (131 et 132 notamment) étaient curieusement estimés pour le premier à 400 euros et pour le second à 20000 euros, ils finirent tous deux dans les mains du même amateur, pour respectivement 9000 et 25000 euros; suscitant d’ailleurs de nombreux commentaires dans la salle.
De nombreux lots furent préemptés, que ce soit par la bibliothèque de Lunel, celle du Mans, la BNF ou les Archives Nationales,
Parmi les lots les plus attendus figuraient le matériel de l’atelier proprement dit, dont la fameuse presse à balancier offerte par Charles X…. et ce fut semble-t-il une déception pour le commissaire-priseur puisque la presse à étoile se vendit pour 36000 euros (estimation: 40 – 80000 euros) et la presse à balancier pour 65000 euros, une somme certes, mais elle était estimée à 70 – 100000 euros. Le fût à rogner connut la même infortune et fut vendu en dessous de l’estimation.
Dès lors, mais c’est sans doute une analyse personnelle, il m’a semblé que le CP faisait durer le plaisir sur chaque lot afin de compenser ce manque à gagner important, d’où un important retard, comme je l’ai déjà évoqué.
Las, contrairement à mes projets, je n’ai pu acquérir les fers de la Pompadour, que j’avais prévus d’employer à dorer tous mes maroquins (surtout les 19ème). Ils partirent respectivement pour 2000 euros (lot 138, est. 200/300 euros……), et 2800 euros (lot 139, est. 100/200 euros). Je suis de ces gogos qu’on attire avec des estimations faibles, voyez-vous. Je m’y laisse encore prendre.
Au final? Un bon moment, un peu lent, mais voir défiler ces fers c’est voir défiler une partie de l’histoire de la reliure, en particulier les fers qui n’étaient point aux armes (cathédrales, fleurons, etc.). Pour tous ceux qui étaient présents, un lot de consolation cependant, et non des moindres, puisque vous pouviez repartir avec un catalogue fort joliment fait pour rien.
H
En exclusivité, une photo de la vente, comme si vous y étiez.

12 Commentaires

  1. Ok you guys just by chance I came across this discussion about Boyet and even more coincidentally I have today uploaded the famous Esmerian Tableau Comparatif in question here… there are no Boyet tools …. « Les reliures de Boyet sont identifiables (en partie) grâce au travails de Raphaël Esmerian et à son tableau synoptique » this statement is incorrect, you can now check this for yourselves….
    http://cyclopaedia.org/esmerian/esmerian-comparatif.jpg

    attention this is a 300dpi reproduction, 2megs in size, try this for a smaller file

    http://cyclopaedia.org/esmerian/esmerian-comparatifs.jpg

    what you can find in Esmerians 1972 catalogue (volume 2) is a number of photographs of Boyet/Levasseur bindings…. without much commentary by Esmerian… if we find the same tools used by Levasseur on « Boyet » bindings this seems to suggest at least that some « Boyet » bindings may have been finished by Levasseur.

  2. Ok you guys just by chance I came across this discussion about Boyet and even more coincidentally I have today uploaded the famous Esmerian Tableau Comparatif in question here… there are no Boyet tools …. « Les reliures de Boyet sont identifiables (en partie) grâce au travails de Raphaël Esmerian et à son tableau synoptique » this statement is incorrect, you can now check this for yourselves….
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    what you can find in Esmerians 1972 catalogue (volume 2) is a number of photographs of Boyet/Lavasseur bindings…. without much commentary by Esmerian… if we find the same tools used by Lavasseur on « Boyet » bindings this seems to suggest at least that some « Boyet » bindings may have been finished by Lavasseur.

  3. Merci Martin. Il s’agît du site de l’ami Lawrence, qui vît sur un îlot au coeur du Pacifique et qui se passionne la reliure.
    J’avais déjà mentionné son site, qui est assez complet sur ce sujet, il faut néanmoins maitriser la langue de David Beckham pour en tirer le meilleur profit.
    H

  4. Bonsoir Bergamote alias Valérie la faiseuse de petits plaisirs sucrés…

    Il s’agit de tableaux qui accompagnent les catalogues de la vente de la Bibliothèque Esmerian. Je n’en ai pas un sous la main actuellement, il y en a un complet je crois en vente sur Abebooks :

    Bibliotheque Raphael Esmerian. ..in 5 Parts…Avant-propos de M. Jacques Guignard for Part I;Part II,I Reliures de quelque Ateliers du XVIIe Siecles; Livres en Divers Genres des XVIIe et XVIIIe Siecles: PART II ,II Douze Tableaux Synoptiques sur La Reliure au XVIIe Siecle. Avant-propos de M.R. Esmerian, etc
    Libraire: James Cummins Bookseller, ABAA
    (New York, NY, U.S.A.)
    Evaluation du vendeur : Evaluation 4 étoiles
    Prix: EUR 536.03
    [Autre devise]
    Quantité: 1 Livraison Etats-Unis:
    EUR 4.86
    [Durée et autres destinations] Commander

    Description du livre: Paris: Georges Blaizot & Claude Guerin, Juin, 6,-18 Juin 1974, 1972. One of the greatest sales of the century (AUCTION CATALOGUE) 6 vols., 4to. Colored and black and white tipped-in plates. 670 Lots in Total. Bluen cloth. Very nice copy. COMPLETE SET. N° de réf. du libraire 19978

    Amitiés, Bertrand

  5. > »grâce au travail de Raphaël Esmerian et à son tableau synoptique des fers utilisés « 
    Bertrand, peux-tu me dire dans quel ouvrage on peut trouver ce tableau ? merciii 🙂

  6. Outre quelques relieurs de province et quelques relieurs anglais, on compte aussi le parisien Eloy Levasseur, reçu en 1636, qui travaillait pour la Bibliothèque du Roi, sans être « relieur du Roi », et relieur de Jean-Baptiste Colbert, au nombre de ceux qui réalisèrent de belles reliures dites « jansénistes ».

    Jean-Paul

  7. Boyet ne signait pas ses reliures de son nom, mais en mélangeant du fil d’argent aux soies de ses tranchefiles.
    PS. Une des carences, parmi d’autres, du Dictionnaire encyclopédique du Livre est l’absence d’un article sur Luc-Antoine Boyet : voilà du travail à faire pour nos jeunes étudiants qui chercheraient un sujet de thèse !

    Jean-Paul

  8. Les reliures de Boyet sont identifiables (en partie) grâce au travails de Raphaël Esmerian et à son tableau synoptique des fers utilés notamment pour les roulettes intérieures des reliures jansénistes des années 1690 à 1720 environ.

    Avec le temps, l’expérience aussi, lorsque vous avez en main un volume relié par Boyet vous n’avez guère de chance de vous tromper, le maroquin est très fin, très écrasé, d’une beauté incomparable et d’une qualité que l’on trouve difficilement chez d’autres. La dorure intérieure des plats (roulette ou jeu de roulettes) est d’une finesse exquise et l’or y st posé d’une manière quasi parfaite – Je ne savais pas que Boyet ne dorait pas lui-même dans son atelier ses reliures, mais quoi qu’il en soit il faisait alors appel aux meilleurs doreurs de son temps (on en rêverait aujourd’hui…). Les plus belles reliures de Boyet sont doublées de maroquin.

    On connait une liste importante d’amateurs, nobles et princiers qui faisaient relier leurs volumes par Boyet : Longepierre, les Princes de la maison royale, etc.

    Il est vrai que certaines fois l’attribution à Boyet de reliures peut prêter confusion. Certaines sont tantôt attribuées à Boyet, tantôt attribuées à Du Seuil (même époque). Pas facile d’être affirmatif.

    Si vous voulez voir de belles reliures attribuées à Boyet, parcourez en flaneur les 35 catalogues de la Librairie Sourget à Chartres et vous en trouverez un bon nombre.

    Amitiés, Bertrand

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