La Reliure à semis.

Amis Bibliophiles Bonsoir,

La reliure à semis (ou « semé » que j’ai lu parfois, mais personnellement j’utilise semis) apparaît au 17ème siècle.

Là encore, on parle un peu abusivement de reliure à semis dans la mesure où il s’agît essentiellement d’un procédé ornemental consistant en une dorure particulière.

Reliure aux Armes de Marie-Thérèse D’Autriche, avec un semis de son chiffre couronné et de fleurs de lys sur les plats et le dos. Office de la Semaine Sainte, 1667.On appelle « semis » la technique qui consiste à répéter de multiples fois, à distance égale, la dorure d’un même motif, d’un même fleuron. Les semis les plus fréquents que j’ai pu observer sont les semis de fleurs de lys ou de L couronnés, que l’on trouvent régulièrement sur des reliures Louis XIII ou Louis XIV, et sur des reliures de prix de cette époque. Il est d’ailleurs de trouver des armes ou un signe d’appartenance au centre des plats, au milieu du semis. (une reliure peut donc être simultanément au armes et « à semis »).

Quand le semis est bien fait, c’est une ornementation particulièrement agréable. Le semis recouvre en général les plats, et peut se prolonger sur le dos.
Reliure en veau, avec un semis de fleur de lys sur les plats, qu’un libraire enthousiaste pourrait même qualifié de « en éventail »! Souire. Poèmes en grec, 1681.Les pasticheurs de la fin du 19ème siècle (Trautz-Bauzonnet par exemple) reprendront parfois ce style de dorure dans leur reliures de luxe.

Ci-dessous, la reliure à l’éventail.

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La lettre du bibliophile

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Autre point de vue: être l’épouse d’un bibliophile

Autre point de vue: être l'épouse d'un bibliophile

Amis Bibliophiles bonjour,

Ce message émane du Front de Libération des Femmes de Bibliophiles… Mon mari étant absent, je pirate son blog pour vous livrer mon avis sur la bibliophilie… Un avis de femme de bibliophile, ça compte aussi, non?


Et c’est de bonne guerre, puisqu’il pirate la majeure partie de la place dans nos bibliothèques, notre salon, notre bureau, notre table à manger, notre couloir pour entreposer ses livres.

Que dis-je ? Pour exposer Ses trésors.

Tel un chasseur ramenant ses trophées, un pêcheur vantant ses prises, un bibliophile expose ses merveilles. Ahhhh telle reliure ayant appartenu à Napoléon se retrouve ainsi entre la souris et le clavier, tel exemplaire peuplé de monstres siège à nos côtés lors d’un dîner ou encore un petit recueil de poésies fait irruption quelques temps sur ma table de chevet …

Cernée, je le suis, insensible, hélas, et pardonnez moi tous et toutes pour mon ingratitude, je le reste. Heureusement qu’il en est un à la maison qui compense bien cet outrage !

Ainsi je regarde souvent avec amusement le ballet incessant de sa cour ….
Il y a bien quelques privilégiés, nobles reliures qui depuis des années siègent au firmament de nos bibliothèques sans en être inquiétées (les « Cook », les « causes célèbres » ou oeuvres de « Buffon », j’en oublie sûrement, je ne les connais pas toutes) , mais il y a les autres …. dont la place et le rang évoluent, à un rythme et pour des raisons qui pour moi restent obscures.

Ce savant arbitrage du maître de maison qui sans relâche regarde, soupèse, photographie, renifle, range, re-range, au gré de ses humeurs ou de ses arrivages reste, après des années d’observation, une pratique nimbée de mystère.

Plusieurs fois mon mari m’a confié, lors d’un voyage ou de vacances prolongées, qu’il s’ennuyait de ses livres anciens, qu’il lui tardait de les retrouver… Pour quelles raisons ? Je ne le sais pas bien : je ne le vois jamais les lire ! Et savez-vous le comble ? Mon mari passe sa vie à me dire « pfffff je n’ai plus rien à lire » ! C’est à ne plus rien comprendre !

Car oui, une caractéristique me vient à l’esprit : le bibliophile collectionne, le bibliophile ne lit pas, ou peu, ou en tout cas pas chacun de ces livres qu’il chérit. (ce qui, soit dit en passant pose d’autres problèmes de rangement car il nourrît aussi un appétit pour les livres plus contemporains. A raison d’un livre voire deux par jour en vacances, je vous laisse faire le calcul de ce qu’il nous faut entreposer chaque année sur nos minces rayonnages !).

Mais c’est vrai, il est des passions bien moins nobles et c’est toujours avec plaisir que je lis à mes filles quelques mots de vieux françois dont nous ne nous lassons pas de rire et qui nous font fofoter en coeur. « Charles qui fentoit qu’il avoit dans fon fang la femence des qualités qui font le héros …. ».

Enfin et pour finir, je vais vous faire une confidence : j’ai moi aussi une passion, plus encombrante (encore que …), plus bruyante (ça c’est sur), non moins prenante (c’est certain aussi). Elle est dotée de 2 yeux, 2 oreilles, 4 pattes et un caractère changeant. Un tout petit cheval anglo-arabe de 6 ans rangé tout simplement dans un box …. Mon mari, beau joueur, m’a attribué un joli bout de placard en guise de sellerie. Et s’il m’offrait bientôt le Manège royal de Pluvinel ? Zuttt voilà que je m’y mets moi aussi !

Anne-Catherine.Ouvrage présenté : pas de photos, je les ai mangées! Vengeance! 🙂

8 Commentaires

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  3. Tu as raison, Hugues, on doit dire « à semis » : Nicolas Eve, actif de 1560 à sa mort en 1581, et son fils Clovis Eve, qui exerça de 1584 à sa mort arrivée en 1634, furent de ceux qui assurèrent la vogue du décor « à semis », présentant la reproduction régulière et symétrique d’un motif de petite dimension, appelé aussi décor « à semé », usurpant alors un terme héraldique désignant l’écu sur lequel sont disposés de petits meubles en nombre indéterminé mais régulièrement.

    Jean-Paul

  4. Whaou! Deux messages d’un seul coup! Nous sommes gatés!

    La reliure pastiche à semis a souvent été appréciée des amateurs pour son côté « clinquant » et grand spectacle. Tu cite Trautz-Bauzonnet. Il me semble aussi que beaucoup de relieurs de second ordre s’y sont adonnés.
    Je possède une reliure à semis de fleurs de lys de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe qui décore très bien une vitrine, mais qui, lorsqu’on la regarde de plus près, perd beaucoup de son charme: réalisé sur de la basane (un cuir qui, à défaut de vieillir bien, vieillit vite), si le semis est régulier, les fers sont appliqués avec une pression inégale. Je trouve à ces pastiches pleins de dorure un côté kitsch et « nouveau riche » (on affiche de l’or sur une reliure de mauvaise qualité, comme on s’achète un 4×4 quand on habite en ville) qui ne me charme pas, et je prèfére le bon cuir à l’abondance de l’or.
    Cela dit, faite avec gout et talent, la reliure à semis peut avoir son charme. Mais aucun exemple dans ma bibliothèque…

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