La Reliure à Plaque / Dubuisson

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Après la dentelle et la reliure Aldine, abordons aujourd’hui la reliure à plaque (ou « à la plaque »), et par extension, les reliures exécutées par Dubuisson, l’un des grands relieurs du 18ème siècle.

La reliure à plaque se réalise en appliquant une plaque métallique sur le plat d’une reliure pour y « imprimer » son empreinte. La plaque est alors le décor obtenu, et la reliure à plaque, la reliure dont les plats présentent ces plaques. Elle se distinguent des reliures à la dentelle, qui utilisent le plus souvent des petits fers, poussés à la main par le relieur.
Les plaques sont apparues dès le 15ème siècle, mais c’est Dubuisson qui va réellement leur donner leurs lettres de noblesse au 18ème siècle. En effet, Pierre-Paul Dubuisson, qui sera relieur du Roi à partir de 1758, va créer une vingtaine de plaques décoratives, qu’il apposera ensuite sur de nombreuses reliures de la seconde partie du 18ème siècle.

Ces plaques sont particulièrement élégantes et fines et elles laissent le plus souvent libre le centre des plats, pour permettre d’y frapper les armes de leur propriétaire éventuel. La plupart des plaques connues et attribuées à Dubuisson étaient destinées à des formats in-8 ou in-12. Pour des reliures de grande taille, le relieur pouvait raccorder des plaques de tailles différentes pour créer des décors à l’échelle.
Dubuisson est mort en 1762, ce qui a donné lieu à des débats pour lui attribuer telle ou telle plaque. Si vous souhaitez plus d’informations, ou si vous souhaitez identifier l’une de vos reliures afin de savoir si la plaque est bien de Dubuisson, vous pouvez vous rapporter à deux ouvrages :

1. Les travaux d’Edouard Rahir, dans son catalogue « Livres dans de riches reliures », Paris, 1910.
2. Le Manuel de Bibliophilie de Christian Galantaris, Editions des cendres, dans lequel Monsieur Galantaris a complété les travaux de Rahir et présente une vingtaine de plaques attribués à Dubuisson.
Bien sûr, il existe aussi des reliures à plaque du 18ème qui ne sont pas l’oeuvre de Dubuisson, attribuables à Padeloup par exemple.

Vous allez me demander comment on attribue une plaque à un relieur, alors que les relieurs du 18ème signaient très rarement leurs oeuvres. Il y a plusieurs solutions, mais la plus simple est que Dubuisson en a malgré tout signé quelques unes. Ainsi, sur un Almanach Royal de 1752, avec une reliure à plaque, on a pu retrouver l’étiquette suivante : « Du Buisson le Fils relieur doreur […] Fait en or les armes de toutes les têtes couronnées, princes, princesses, prélats, grands officiers de la couronne et de la maison du Roi« .

Si vous avez une plaque à identifier, n’hésitez pas à m’envoyer une image, je ferais de mon mieux pour vous aider.

H

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Les reliures III : la Reliure Romantique

Les reliures III : la Reliure Romantique

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Poursuivons notre route sur le chemin des reliures, avec les reliures romantiques, emblématiques de la première moitié du 19ème siècle. Je passe en effet sur les reliures napoléoniennes, qui ne différent des reliures de l’Ancien Régime que par un goût prononcé pour les décors antiques et pour les emblèmes de l’Empire : aigle impériale, N couronné, abeilles, etc.
Reliure plein maroquin bleu marine à gros grain, riche décor doré au dos et sur les plats, à noter le titre Rabelais au dos, à peine lisible car imprimé aux petits fers dorés gothiques ! Reliure signée et datée en bas du dos (ce qui est assez rare pour les reliures romantiques – Pequignot 1835). Edition de Rabelais sur deux colonnes, 1835. Reliure strictement de la même année que l’édition.En général, on appelle romantiques les écrivains du début du 19ème siècle qui se sont affranchis des règles de pensée, de composition et de style établies par les auteurs classiques. J’ai le sentiment qu’il en est de même pour la reliure romantique, qui incarne une forme de renouvellement du genre, mêlant le classicisme d’un 18 ème flamboyant et de nouvelles tendances, plus « sensibles », plus expressives et plus figuratives : le gothique remis au goût du jour (voir les reliures à la cathédrale, les rosaces, etc.), mais aussi le rêve, l’exotisme, etc., que l’ont retrouve dans de nouveaux types de fers et qui s’expriment sur de nouvelles matières (maroquins à grain long, cuirs de Russie, maroquins et veaux de couleurs violette, rose, lilas, bleue, etc.).
Reliure plein maroquin rouge à grain long, dos lisse orné de fers dorés et de fers noirs, large encadrement des plats par une frise dorée. Sur les poésies de Madame Amable Tastu. Classique de l’époque romantique. Volume in-8 édité en 1827.Je vais peut-être m’attirer les foudres de certains d’entre vous, qu’ils veuillent bien me pardonner, la vulgarisation étant l’un des objectifs du blog, mais on peut globalement dire que la dénomination reliure romantique rassemble la grande partie des reliures réalisées au 19ème siècle, après le premier empire… La tendance s’éteint après 1850, et la tendance devient moins marquée, d’autant que les reliures industrielles et les pasticheurs viennent concurrencer l’époque romantique.

Ce qui, donc, caractérise la reliure romantique ? Les fers se diversifient vraiment et deviennent figuratifs, plus expressifs, les dos sont ornés de fleurons qui peuvent être longitudinaux et, surtout, les demi-reliures font leur apparition (massive) sur le marché. Et si elles sont au départ négligées par les bibliophiles, mêmes les grands relieurs de l’époque en proposent à leurs clients.
Reliure dans le style de Thouvenin mais non signée. Volume in-24 relié plein veau aubergine, dos à faux nerfs plats, décors de filets dorés et de fers à froid, plats richement ornés d’une rosace centrale et de multiples décors de fleurs tourbillonantes à froid, le tout dans un encadrement de filets dorés. Recouvre « Le mérite des femmes » par Legouvé, classique romantique parmi les classiques, réédité de très nombreuses fois dans les années 1810-1840. Cette édition date de 1826. La reliure est strictement contemporaine.Ce qui change également, c’est que cette période est aussi celle de grands bouleversements industriels. On trouvera donc simultanément plusieurs types de reliures au 19ème : la reliure de luxe, réalisée par de grands relieurs, qui continue à employer des matériaux nobles, et qui peut-être romantique ou pastiche, et la reliure industrielle qui peut utiliser des cuirs, mais repose généralement sur des cartonnages, ou des percalines. A la frontière entre ces deux univers, se trouve des relieurs semi-industriels, comme Gruel, qui utilise encore le maroquin et vend des quantités importantes d’ouvrages religieux reliés de maroquin.

Ces différentes appellations se mélangent peu à peu, et on pourra trouver simultanément sur le marché des cartonnages romantiques, des reliures pastiches extrêmement proches des reliures du 18 ème, des maroquins semi-industriels de Gruel, des cartonnages industriels, des maroquins romantiques très 19ème à la cathédrale et, comme nous l’avons vu il y a quelques jours, des pastiches à la fanfare de reliures du 17 ème.

Je ne suis pas spécialiste, mais cela me semble cohérent avec la révolution industrielle qui touchera (aussi) le monde du livre au 19 ème : les nouveaux moyens technologiques permettent de proposer des reliures à des prix réduits, pour le plus grand nombre, mais une élite bibliophilique continue de rechercher des reliures de grande qualité, qu’elles soient romantiques ou pastiches. Reliure plein maroquin rouge à grain long, dos plat orné de fers dorés et à froid, plats idem, cartonnage bradel recouvrant un almanach des Dames pour l’année 1819. Etui de maroquin décoré de même. Petit bijou bibliophilique destiné aux dames de l’époque romantique.Les grands noms de l’époque? Thouvenin, Bozérian, résolument romantiques, et d’autres noms tels que Cuzin, Capé, Chambolle, Duru, Gruel, mais aussi à la fin du siècle les débuts des grands relieurs qui marqueront la première partie du 20 ème siècle, Marius-Michel par exemple, et prépareront les bibliophiles à la reliure d’art.
H

84 Commentaires

  1. Tout ceci n’est qu’affaire de goûts en effet, mais c’est vrai que c’est un peu gonflé de dire que Lortic, Chambolle Duru, Trautz et consorts sont des tâcherons de la reliure! Et pourtant ils sont bien 19ème.

    En ce qui me concerne, la plupart des aspects de la bibliophilie m’intéressent et si l’idéal est de posséder un exemplaire « parfait », alliant texte que l’on lît et reliure de maître, je m’intéresse aussi à de grands textes (que je lis) banalement (mais proprement) reliés et à l’opposé, à de belles reliures emballant des textes pour lesquels je n’ai aucun intérêt.

    Dans ce dernier cas, c’est la dimension technique et artistique de la reliure qui m’intéressent.

    J’ai toujours trouvé regrettable cette opposition que certains bibliophiles, souvent débutants (j’ai un cas précis en tête, qui conspue les amateurs de reliure… trop superficiel), créent entre contenu et contenant.

    En général, j’ai d’ailleurs constaté que les bibliophiles lecteurs, avec le temps et même s’ils s’en défendent, finissent toujours par rechercher des exemplaires très bien reliés.
    H

  2. Bonjour à tous,

    Gonzalo : « Je n’ai encore jamais trouvé beau un livre du XIXe siècle, à part pour quelques reliures…. et encore! je pense que sur 100 reliures du XIXe s., il y en a peut-être trois qui me plaisent… en moyenne »…

    Certes dans le domaine de la reliure tout est une affaire de goût mais quand même, n’est-ce pas un petit peu brutal comme jugement que de rejeter ainsi la reliure 19ème ?

    Et Thouvenin, et Simier, et Lortic, et Vogel et tant d’autres ? Et l’inégalable qualité d’exécution des reliures du 19ème ? Et ses magnifiques reliures industrielles qui ornent les illustrés romantiques ?

    Et puis, le 19ème n’est il pas justement LE siècle du maroquin à grains longs ?…

    Bien sympathiquement,

    Romain

  3. Pour moi, la reliure n’est que la protection extérieure d’un texte écrit. Elle doit être d’époque, en bon état et adaptée à son contenu. Je n’aime pas le surplus de dorures sur le dos, les plats…Achèteriez-vous une très belle boite de chocolats , sans vous inquiéter du contenu? Je sais, je suis très provocateur; pardon aux collectionneurs de reliures.Amitiés à tous.

  4. Trop de dorure tue la dorure 😉 Pour répondre à ta première question, Gonzalo, je ne suis vraiment pas fan de dorure à la dentelle, et encore moins de dorure à plaque. Un veau brun du XVIème (ou du XVème, soyons fous) estampé à froid avec cornières, bouillons ou ferrures, pour moi il n’y a que ça de vrai.
    Evidemment, je n’en possède pas. Mais ce sont à peu près les seules reliures (avec les parchemins anciens et celles du XXème siècle) qui me font rêver.

    Hugues : « le 18ème siècle, c’est quand même le plus beau, non? » Ha non, assurément. Je trouve les reliures de cette époque somme toute assez banales. On a l’impression de voir le même livre en plusieurs exemplaires. C’est toujours pareil.

    Gonzalo : « Mais pour un livre vraiment moche dans une très belle reliure, que faire… ? » J’ai l’impression que les bibliophiles ne lisent que peu souvent le contenu des livres qu’ils achètent (détrompez-moi si je suis dans l’erreur). Et je parle bien de lire, pas de feuilleter. Alors acheter un livre inintéressant pour sa seule belle reliure ne me choque pas tant que ça. Pas plus que de posséder un livre et de ne pas l’avoir lu…

  5. Je n’ai encore jamais trouvé beau un livre du XIXe siècle, à part pour quelques reliures…. et encore! je pense que sur 100 reliures du XIXe s., il y en a peut-être trois qui me plaisent… en moyenne.

    Je me posais tout à l’heure une question: peut-on acheter un livre simplement pour sa reliure?
    J’étais cet après midi chez un libraire, et j’ai avisé un superbe maroquin rouge à grains longs, avec plaque centrale, dentelle à froid, joli jeu de filets dorés, gardes à la colle, très belle reliure du XIXe (et oui! comme quoi, même moi…). A l’intérieur, un texte sans intérêt, sur un papier roussi… J’ai reposé le livre après avoir longtemps admiré la reliure, en disant « dommage que le texte n’ait aucun intérêt ». Et le libraire m’a répondu: « je le vends pour la reliure ».

    Qu’on achète un livre dont le texte n’a que peu d’intérêt pour sa reliure, je peux comprendre, si le livre n’est pas laid. Mais pour un livre vraiment moche dans une très belle reliure, que faire… ?

    Jeter le livre en recyclant le reliure? ;o)

    Que le chef me pardonne de dévier un peu le débat…

  6. Une histoire de goûts en effet. J’aime tous les siècles de l’histoire du livre , le XVIè s. pour la magistrale beauté de ses éditions, les reliures exceptionnelles ou simples qu’on peut y rencontrer, le XVIè s. pour son côté précieux, ses maroquins rouges et sa littérature classique composée de chefs d’oeuvre incontournables (La Fontaine, Molière, etc), le XVIIIè s. c’est pour ses nouvelles idées surtout que je m’y intéresse, la reliure n’est pas fondamentalement plus belle ni plus originale qu’avant je trouve, le XIXè s. c’est la nouvelle révolution du livre imprimé, les EO des classiques (Hugo, Balzac, etc), la reliure change de tête, on aime ou pas mais moi j’aime bien. Je m’arrête à l’aube du XXè s. qui ne fait plus partie de mon domaine de prédilection.

    Amitiés, Bertrand

  7. Non, Jean-Paul! Et puis chacun ses goûts! En plus je ne parlais pas seulement reliure, mais dans l’ensemble (politique, histoire, livres, etc.), le 18ème siècle, c’est quand même le plus beau, non?
    H

  8. Tu as raison Gonzalo, la plaque 18ème est assez éloignée des plaques à froid des siècles précédents. Mais n’oublions pas que certaines des plaques de Debuisson couvraient entièrement les plats, sans laisser de réserve au centre.

    En ce qui me concerne, je ne suis pas fan des reliures estampées à froid, comme je suis assez insensible au charme des reliures à plaque romantique de type Thouvenin…

    Ah, le 18ème, a-t-on vraiment fait mieux?

    H

  9. Merci pour ce message Hugues.

    Je ne connaissais Dubuisson que de nom jusqu’à aujourd’hui. La première réflexion qui me vient à l’esprit, c’est que ces reliures à plaque « à la dentelle » (ce qui répond à ma question d’hier soir) sont l’exact opposée des reliures à plaque « traditionnelles » (qui existent depuis le XVe siècle).

    Dubuisson fait des plaques qui laissent le centre du plat vide, alors que la plupart des reliures à plaque que je connais laissent les bords des plats vides, et la plaque s’inscrit au centre. C’est ce qu’ont adoré faire les romantiques (cf. Relieurs et reliures décorées en France à l’époque romantique), mais c’est déjà ce qui se pratiquait au XVIe siècle (avec un relieur comme André Boule par exemple).

    Si je peux me permettre un commentaire très personnel, et sans tenir compte des plaques type dentelles présentées dans le post de ce soir, j’ai beaucoup de mal à aimer les reliures à plaque centrale dorée (comme on les adorait au XIXe siècle), alors que je trouve généralement les mêmes plaques estampées à froid charmantes… Qu’en pensent nos amateurs de reliure (Bergamote, Xavier, etc…)?

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