La Gaufrure: un décor particulier pour les reliures

Amis Bibliophiles Bonjour,
Apparue entre les années 1820 et 1830 la gaufrure est un procédé spécifique utilisé par les relieurs de l’époque. Ceux-ci cherchaient en effet à agrémenter les plats de leur reliures sans pour autant orner ceux-ci de plaques comme celles de la fin du XVIIIème siècle ou de petits fers, qui étaient forts complexes et revenaient finalement chers aux bibliophiles. Aussi, pour des livres de qualité intermédiaire, une nouvelle tendance fît son apparition: la gaufrure.On considère généralement que c’est Courteval qui eût le premier l’idée de d’appliquer simultanément sur les deux plats des plaques de bois ou métal crénelées en sens inverse. Pour que le procédé soit efficace il était nécessaire d’exercer une très forte pression, le plus souvent au moyen d’une presse ou d’un balancier. On obtenait alors un décor à froid qui dans son exécution n’était pas sans rappeler les reliures « estampées à froid » de la fin du Moyen Age. Gaufrer, en fait, n’est ni plus ni moins que graver profondément en relief des décors dont la complexité varie. Dans le cas de la gaufrure des années 1820 – 1830, l’objectif recherché était d’obtenir un résultat satisfaisant, rapidement et à un moindre coût.

Néanmoins, cela restait un travail délicat qui même s’il ne nécessitait pas d’or faisait des attributions du doreur. Celui-ci devait veiller à appliquer des plaques chauffées à la juste température, afin de ne pas brunir le cuir. Le succès fût au rendez-vous et après les premiers décors simples, reposant sur des lignes entrecroisées, d’autres motifs furent également proposés aux amateurs. Finalement, le procédé faisant ses preuves, les ateliers en vinrent finalement à dorer la gaufrure, aboutissant à de magnifiques reliures dignes des plus belles réussites du 19ème siècle.

Les trois relieurs emblématiques ayant employé la gaufrure sont Courteval, Thouvenin et dans une moindre mesure Bozérian. On croise finalement assez peu de ces reliures « intermédiaires », mais elles sont aisément reconnaissables et plutôt recherchées des bibliopégimanes.

H

La lettre du bibliophile

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Comment décrire un livre ancien, conseils aux néophytes, version III

Comment décrire un livre? Conseils aux néophytes

Amis Bibliophiles bonsoir,

Bibliophiles comme amis libraires, nous nous trouvons tous un jour dans la situation de devoir décrire un livre ancien. Pour vous aider face ce délicat défi, je vous propose de suivre les conseils suivants. Ils sont inspirés de ma longue pratique en tant que lecteur de notices proposées par de nombreux vendeurs, « professionnels emphatiques » ou amateurs, et de la lecture de « A Course in Correct Cataloguing, or Notes to the Neophyte; and A Second Course in Correct Cataloguing, Compiled and arranged by David Magee (1905-77) », augmenté et adapté.

A prendre bien sûr avec humour.

« Attribuable à »: si votre reliure en maroquin n’est pas signé, pas de panique, cela ne peut qu’être lié à l’oubli d’un apprenti dans un atelier renommé. Si la reliure est ancienne, ne pas hésiter à l’attribuer à Boyet ou à Le Gascon, si elle est 19ème, elle est forcément de Capé, Duru ou Trautz. Lortic n’ayant aucune production de second niveau signait tout, c’est connu.

Bibliographies: utiles et toujours impressionnantes dans une description, elles sont souvent très profitables. Si elles ne vous profitent pas, ne pas hésiter à dénigrer les bibliographes, qui se trompent souvent ! Si votre édition est inconnue des bibliographies, c’est le merle blanc.

Absent des bibliographies: «pas dans Dorbon, Brunet ou Caillet» est une affirmation qui rend votre livre rare et sous-entend également que vous avez de vastes références bibliographiques. Ou google à la maison.

Cachets de Bibliothèque: toujours discrets, surtout si vous avez essayé de les effacer.

Chopin: « faire un chopin », acheter un beau livre très en dessous de sa valeur habituelle.

Coloriées à la main: les illustrations coloriées à la main sont toujours « exquises » et « délicates ».

Complet en lui même: dépareillé.

Craquant: adjectif charmant qui s’utilise en général pour les feuilles de laitue. Ah non, c’est croquant.

Défauts: ils sont toujours « minimes » ou « d‘usage » voire « habituels ». Ils sont bien sûr liés aux outrages du temps, mais jamais aux rats, souris, enfants indélicats ou abrutis patentés.

Dorure: elle est toujours « exquise » et très « fine ».

Dos: pour un livre 18ème il est toujours « richement orné ».

Dubuisson: cf « attribuable à », toute reliure à plaque du 18ème est de Dubuisson… ou presque.

Dürer: toutes les gravures non signées du 16ème siècle peuvent lui être attribuées. Il peut être pertinent de vérifier que votre ouvrage est paru à peu près pendant sa vie.

Exemplaire de travail: terme technique usité pour décrire un livre. Il reflète la grande pudeur des bibliophiles face aux outrages que les années infligent aux livres précieux, souvent aux dépends de leur objectivité, mais de façon toujours involontaire. Synonyme : Reliure du temps. Langage courant : Reliure détruite. Bref, tout livre qui est déchiré, sans reliure, roussi, brûlé, dévoré par les vers ou les rats, etc.
Premier tirage: si votre copie possède un élément qui tend à montrer qu’elle est de premier tirage, soulignez-le avec force. Et n’oubliez pas de doubler le prix.

Edition Originale: à utiliser sans modération, ne jamais oublier qu’une édition revue, augmentée et/ou corrigée peut aisément être qualifiée d’originale (et en plus c’est vrai). Ou presque. Et n’oubliez pas de doubler le prix.

Edition (troisième et suivante): plus difficiles à vendre. Mais vous pouvez sans doute découvrir une préface inédite de trois lignes ou quelques corrections qui vous permettront un efficace « troisième (et meilleure) édition ».

Epave: on préférera « exemplaire de travail ». cf ci-dessus.

Faux-titres: très important si votre exemplaire en possède.

Frotté: doit toujours être accompagné de « légèrement ». Vous pouvez même ajouter «signes de l’amour que lui porta son ancien propriétaire ».

Illustrations: souvent « superbes », « célèbres » ou au moins « curieuses ».

Internet: non, vraiment, il ne faut pas.

Jamais ouvert/à l’état de neuf: indique en général un livre que personne n’a jamais eu envie d’ouvrir. N’oubliez pas de doubler le prix.

Merle blanc: ouvrage mythique que le bibliophile cherche sa vie durant et généralement paie trop cher le jour où l’occasion unique se présente.

Noms manuscrits sur les faux-titres ou la page de titre: ce petit défaut peut être aisément changé en qualité en consultant google ou un dictionnaire biographique. Ainsi un «Bougremont» maladroitement calligraphié vous conduira à : de Bougremont, Jean (1649 – 1720) : écuyer du Connétable de Bourgogne et seigneur de Bougremont, célèbre pour sa collection de hiboux empaillés. A vous de rédiger votre notice : « charmant ouvrage ayant sans doute appartenu à Jean de Bougremont, célèbre aristocrate du 17ème siècle, ornithologue et grand cavalier. Rare provenance».

Octavo : un format pratique quand vous n’êtes pas très sûr de vous.

Omelette aux oeuf de lapin: expression idiomatique employée par le bibliophile qui vient de « faire une adresse » pour rien. « Tiens, je vais rentrer chez moi me faire une omelette aux oeufs de lapin ».

Pas dans Worldcat, pas au CCFr: si vous n’avez plus rien à dire.

Provenance: un élément clef. Il est toujours plaisant (et souvent profitable) de cataloguer un exemplaire La Bédoyère – Hoe – Adams, mais si votre ouvrage contient l’ex-libris d’un illustre inconnu comme le marquis de Bougremont, alors vous devez simplement écrire « exemplaire Bougremont ». Ca fonctionne.

Rare: s’applique pour tout livre que vous croisez de temps en temps.

Rarissime: s’applique pour tout livre rare.

Restauration: toujours « habile » et « ancienne »

Rousseurs: toujours « légères », voire « minimes ».

« Titre et vingt premiers feuillets en déficit »: bon exemplaire.

Tranches peintes: elles sont toujours « superbes » et « exquises », même si c’est votre arrière grande tante Simone qui les a peintes un dimanche pluvieux.

Trou de ver: toujours « minuscules ». Toujours dans les marges. Il est communément admis que les vers n’aiment ni l a lecture, ni l’encre.

Unique: un mot dangereux, mais qui sonne bien.

A vous de jouer!

H

1 Commentaire

  1. Je n’avais jamais vu ce type de décor. Je comprends le côté économique du procédé, mais je ne raffole pas du résultat. Je préfère des plats lisses et sans ornements. Ou même tes vieux maroquins rouges.
    (là on dirait trop un Vieux Pané *clin d’oeil*)

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