Petite promenade bibliophilique à Tarascon, chez Tartarin (et les autres!)

Amis Bibliophiles Bonsoir,

J’ai appris à lire, ce furent donc mes premiers pas de liseur et de bibliophile, dans Tartarin et voici que Pierre nous propose ce soir une promenade dans sa jolie ville de Tarascon. Comment résister? Laissez-vous guider dans les rues et finissez votre chemin dans sa librairie, vous y serez bien reçu (enfin s’il daigne un jour nous en donner l’adresse!). Sourire.

Chaque ville a ses personnages emblématiques.

Tarascon en Provence ne déroge pas à la règle même s’il est difficile de faire abstraction des voisins proches. Je vous engage à chercher sur vos étagères, comme moi, des ouvrages anciens qui s’attachent à ces icônes. Peut-être cette idée vous amusera t-elle ?

Bon ! Je sais c’est un peu plus difficile si l’on est Parisien. Il suffit peut-être alors de se cantonner à sa rue…
Le premier personnage représentatif de Tarascon est Sainte Marthe. Vous savez sûrement que Marthe, Marie-Madeleine, Lazare et d’autres Saints ont accosté en Camargue. Marthe remonte le Rhône et arrive à Tarascon ou sévit un monstre (la tarasque). Implorée par ses habitants, elle capture le monstre et les tarasconnais se convertissent à la religion catholique. De beaux livres anciens racontent cette sainte vie mais on peut trouver pour rien quelques plaquettes amusantes. 
Nous sommes, à Tarascon, très fiers de notre château médieval. Notre bon roi René a gardé son cœur pour la Provence à n’en point douter. A sa mort, Louis XI va s’emparer de ses biens et la Provence sera annexée sans guerre au royaume de France… Pourquoi ne pas se contenter d’une petite percaline illustrée pour se remémorer ce siècle ? Un ouvrage de la fin du 17eme siècle a réussi la gageure d’être plus imprimé que la Bible et l’on doit la chose à un tarasconnais méconnu de ses habitants. Le Sieur Barreme est à l’origine d’un ouvrage très utile aux commerçants de l’époque. Le livre des comptes faits qui permet la conversion des principales unités de mesures et leurs utilisations avec des exemples à la clef. Comme pour les livres de cuisine anciens, l’état des ouvrages laisse à désirer… (
Mistral est de Maillane mais appartient un peu à Tarascon tant il existe de félibres locaux qui ont été ses disciples. C’est à lui que l’on doit d’avoir fixé la langue Provençale et de lui avoir donné ses lettres de noblesse. Je conseille néanmoins les versions avec la traduction française et d’un poids inférieur à celui présenté si vous désirez en faire un livre de chevet… 
Tartarin est un peu le cauchemar de certains tarasconnais qui sont fatigués d’être assimilés à ce brave homme truffé de tous nos défauts. De façon cyclique se pose le problème d’élever une statue à un personnage imaginaire… Et alors dans l’assemblée échauffée… Tartarin renaît ! Daudet n’aurait jamais, même dans ses rêves les plus fou, pensé avoir enfanté d’un monstre éditorial aussi planétaire.

Pagnol appartient à Tarascon car il y a été enseignant et y a habité. Qu’on se le dise ! C’est pourquoi nous sommes féru de trilogies, si possible onéreuses et grassement illustrées. 
Voila ! J’ai présenté quelques livres mais j’ai oublié les partitions de Jean Gilles, les poèmes d’Alexandrine Bremond, les romans de Marie Mauron et les autobiographies de nos plus grands taureaux d’abrivados. Venez les découvrir ! Pierre

Volontiers Pierre, mais quelle est l’adresse de votre librairie? 

H

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Messier, relieur parisien méconnu de l’époque romantique

Messier, relieur parisien méconnu de l'époque romantique

Amis Bibliophiles bonsoir,

Chacun connaît les grandes signatures des relieurs de la Restauration, Simier, Thouvenin, Ginain, Vogel ou encore Purgold, (bien que la production de ce dernier semble moins considérable en quantité que sa réputation). Tous sont abondamment cités par les spécialistes de la reliure et les bibliophiles.
Messier, en revanche, est un relieur parisien de l’époque romantique sur lequel les bibliographes sont laconiques. Certes il ne fréquente pas comme ses prestigieux confrères les Expositions des produits de l’industrie en vogue sous la Restauration. Voltaire, 1816, : Librairie Du Cardinal /Livre-rare-book.comJe n’ai pas trouvé sa naissance ni même son prénom. Peut-être ce Jean-Baptiste Messier maître doreur à Paris qui épouse le 24 novembre 1774 Marie Louise Mardelle est-il de sa famille ? Ou cet autre Messier qui enseigne, à la fin du XVIIIe siècle, à Tournai, la buffleterie et peut-être la reliure, à Donat Casterman, futur relieur imprimeur libraire?
Il exerce en tous cas 13, rue des Marais-Saint-Germain à Paris, de 1826 à 1842. Cette ancienne rue porte actuellement le nom de rue Visconti. Aussi faut-il observer que le relieur Doll exerçait à cette adresse jusqu’avant sa retraite en 1825. Cependant en 1826 et 1827 on y trouve aussi brièvement un autre relieur du nom de Chaumont. S’agit-il d’une association fugitive ? L’étude des fers employés par Messier permet cependant d’identifier du matériel employé précédemment par Doll (à la réserve de pouvoir comparer les livres des deuxrelieurs simultanément).
Œuvres Millevoye, 1827, librairie Gribaudo VandammeA la même adresse exerce encore Charles Motte un imprimeur lithographe. Messier affectionne le veau glaçé. Il orne les plats d’un encadrement de filet au noir, à froid ou doré, doublé à l’intérieur d’une roulette de palmettes dorée ou à froid. Le plus souvent il pousse au centre une plaque restauration. La variation de l’usage des combinaisons au noir, à froid ou doré multiplie les compositions avec un nombre de fers et de plaques réduit. Lescoupes sont ornées de roulettes ou de filets hachés dorés. Les caissons du dos présentent parfois un fleuron serti dans un double ou triple encadrement de filets dorés. Au final, ses décors ne diffèrent pas de ses concurrents de l’époque tels Duplanil ou Simier.



Ses livres sont cependant très soignés et bien équilibrés, « agréables à tripoter » comme dit Beraldi. Le bibliophile Jean-Baptiste Tenant de Latour, ancien bibliothécaire du roi, parle de lui comme de « mon excellent relieur, l’honnête Messier » en 1827. Jean-Baptiste Huzard le fait travailler, ainsi que Laurent de Bure, libraire-éditeur, sur ses classiques français de la Bibliothèque de l’Amateur au format in-8. De Bure propose en effet ses livres reliés par les artisans en vue du moment Simier, Germain-Simier, Thouvenin, Caron, etc.
Pour autant Messier avait-il la faveur de l’élite des bibliophiles de l’époque? Le sondage auquel je me suis livré laisse apparaître sa signature sur une très large majorité de livres contemporains. On lui reproche aussi d’avoir outrageusement rogné pour en dorer les tranches un manuscrit sur peau de vélin mais cette pratique tient à son époque.
En 1842 Messier cesse son activité, reprise sur place par Prévost jusqu’en 1849 et dont la carrière nous est encore plus obscure.
Lauverjat

3 Commentaires

  1. Le régionalisme me parait être le fond de commerce d’une librairie située dans une région à forte identité culturelle. Aussi, bien qu’amateur dans ce domaine, je me suis attaché depuis longtemps à enrichir mes rayonnages d’ouvrages idoines. Ma faible expérience de libraire (1 mois) attire donc à moi les bibliophiles pointus à la recherche du coup de fusil !
    Je cultive quelquefois la naïveté. souvent elle est naturelle…

    Voici donc, à part les nombreuses plaquettes 19eme aux sujets improbables, les ouvrages qu’ils convoitent en premier : Mireille, grand in4 en reliure éditeur complet des gravures et dessins de Burnand / Guide du voyageur sur le canal du midi… broché in8, avec cartes, Douladoure,1853 / Mireille opéra de Gounod, partition chant et piano dans une très belle reliure / Monuments inédits sur l’apostolat de sainte Marie Madeleine… seul tome2 in4 malheureusement, 1848 !

    Pour les régionalistes généralistes moins exigeants, je préfère proposer des biographies ou faire découvrir des éditions classiques habillées de belles reliures.

  2. Un beau billet qui me laisse rêveuse. Il ne manquait que les cigales en « musique de fond » 🙂

    [Ce n’est pas de la bibliophilie, mais connaissez-vous la bande dessinée « l’Auberge de la Tarasque » de Laurent Parcelier ? Une véritable pépite.]

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