La Reliure à Dentelle

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Autre type de reliure, que l’on croise encore assez souvent : la reliure à dentelle.
La reliure à dentelle présente une juxtaposition de petits fers sur le bords des plats, qui donne cette apparence de bande de dentelle, plus ou moins large. Les fers sont parfois appliqués à l’aide d’une plaque et d’un balancier. Cette dentelle peut également être à froid, mais c’est plus rare. C’est une dentelle assez caractéristique du 18ème siècle, qui sera reprise par les grands relieurs de la fin du 19ème, sur leurs reliures pastiches.
La dentelle est parfois également présente sur les contreplats, mais on parle alors de dentelle intérieure, et non pas de reliure à dentelle.
On connaît aussi la dentelle Pompadour, que l’on peut trouver sur les ouvrages reliés aux armes de la marquise de Pompadour, c’est une dentelle large.

H

La lettre du bibliophile

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Portrait d’un immense relieur: Marius Michel

Portrait d'un immense relieur: Marius Michel

Amis Bibliophiles Bonjour,

Il est des noms que l’on retient instantanément et pour toujours dans la vie d’un bibliophile est Marius-Michel (ou Marius Michel… mais jamais Marius, comme on peut le lire malheureusement parfois, alors que ce n’est nullement son prénom) est l’un de ceux là. Mais qui est Marius-Michel, ou qui sont les Marius-Michel devrais-je dire ?
Celui que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Marius-Michel (1846-1925) et qui s’appelait en réalité Henri-François-Victor Marius Michel, est un relieur-doreur d’art et décorateur français du 19ème siècle. Il est en fait le fils d’un doreur, Jean Michel (1821 – 1890), dit Marius-Michel, qui travaillait pour les grands relieurs de l’époque.
Ancien élève des Arts décoratifs et des Beaux-Arts dont il suivait les cours tout en travaillant dès son jeune âge dans l’atelier familial, Henri-François-Victor crée avec un atelier avec son père en 1876, au 15 rue du Four à Paris. L’objectif de cet atelier est d’exécuter à la fois les décors et les reliures et c’est Marius-Michel fils qui en sera le véritable animateur. En effet, sa conviction profonde est qu’il faut proposer une nouvelle forme de reliure, plus adaptée aux œuvres des grands auteurs de l’époque. Ses conceptions novatrices sont d’ailleurs en rupture totale avec les tendances de ces contemporains et des goûts encore très conservateurs des bibliophiles de son époque : ce sont les reliures pastiches et les copies (comme celle de Trautz par exemple) qui recueillent alors les suffrages des commanditaires.
Malgré les premières difficultés, Marius-Michel reste fermement convaincu de ses choix et présente dès 1878 une série de reliures aux décors de grands motifs floraux qui révolutionneront l’Exposition Universelle. Peu à peu, les grands bibliophiles et ses confrères se laisseront convaincre et en 1895 il est nommé au conseil de surveillance de l’école Estienne, signe qu’il est désormais à la fois l’un des plus grands artisans relieurs de son époque, mais aussi le chef de file de son propre courant décoratif qui allie les matériaux gravés et ciselés, l’harmonie des couleurs et les motifs floraux ou végétaux.
La consécration viendra lors de l’Exposition Universelle de 1900 au cours de laquelle un Grand Prix lui est décerné. Béraldi écrira alors « L’exposition de 1900 met au comble de la gloire Marius-Michel, jadis jeune relieur inquiet s’efforçant de renouveler le décor par la flore ornementale et influencé par le 16ème siècle, … sa vitrine est une réunion des morceaux les plus précieux… Tout a été dit sur l’harmonie contrastée des tons de maroquin amoureusement choisis, toujours dans la note grave. Tout a été dit sur l’élégance des décors admirablement proportionnés, établis sur des données géométriques certaines, empruntés à la flore ornementale, qui va de la rose et de l’œillet au chèvrefeuille et à l’orchidée ; un art absolument nouveau, sans être de « l’Art Nouveau » ou du « modern style ». Grand Prix pour la seconde fois, il vient d’être fait chevalier de la Légion d’Honneur, car dans la reliure d’art une croix est autrement difficile à emporter que dans le biscuit ou le cirage. ». S’il conclue avec malice, Béraldi résume parfaitement l’art de Marius-Michel. Les caractéristiques essentielles de son œuvre restent l’adéquation entre la reliure et le texte, les motifs floraux, qui peuvent être mosaïqués ou même réservées à des gardes de soie, et les cuirs incisés et modelés. Cela consiste en fait à graver, inciser et travailler un morceau de cuir humide avec des pointes chauffées. Le morceau de cuir ainsi préparé était ensuite encastré dans un espace qui lui était réservé dans la reliure. Marius-Michel exécutait parfois lui-même ce procédé, mais d’autres, plus illustratifs, furent réalisés par Lepère et Steinlein. Ceci dit, l’atelier Marius-Michel produisit également des reliures plus classiques, jansénistes par exemple. A noter enfin que l’on trouve parfois des reliures portant la mention « relieur: Hardy (par exemple) et doreur : Marius-Michel », j’en ai eu entre les mains, et qui montrent que l’artiste travaillait parfois en collaboration avec ses pairs.

Marius-Michel père n’aura pu assister au triomphe de son fils à l’Exposition Universelle de 1900 et mourût en 1890, Marius-Michel fils, lui s’éteindra en 1925 après avoir confié son atelier à Georges Cretté (voir http://bibliophilie.blogspot.com/2007/10/georges-crett-le-costumier-du-livre.html) en 1918.

Marius-Michel aura laissé deux réflexions majeures sur la reliure : La Reliure française depuis l’invention de l’imprimerie (1880-1881) et L’Ornementation des Reliures Modernes, à Paris, 1889, chez Marius Michel et Fils, et qui est d’ailleurs cosigné par MM Marius Michel, Relieurs-Doreurs. J’aime particulièrement dans cet ouvrage la fin de l’avant-propos qui donne matière à sourire et pourrait encore avantageusement servir : « … c’est que rien n’avait été fait jusque-là de sérieux sur cet art si intéressant et nous considérons comme un honneur d’avoir vu toutes les publications parues depuis sur ce sujet nous faire de larges emprunts ; regrettant seulement que certains de nos emprunteurs aient dissimulé avec autant de soin la source où ils avaient puisé un savoir d’aussi fraîche date ». MM Marius Michel avaient du caractère, qui pourra s’en plaindre ?
Une petite information qui manque souvent dans les articles que l’on peut lire sur Marius-Michel : père et fils étaient également bibliophiles, voici d’ailleurs leurs ex-libris. Ils n’en sont que plus sympathiques encore !

H

5 Commentaires

  1. Un peu d’histoire :

    Pierre-Paul Dubuisson, l’un des plus fameux relieurs de son temps, succède en 1758 à Antoine-Michel Padeloup comme relieur du roi. Dessinateur et peintre, il est l’auteur de plaques qui ont permis d’orner les plats de la volumineuse série de l’Almanach royal. La reliure de cet Almanach de 1753 est en maroquin vert avec un décor à la dentelle, et les armes du marquis de Paulmy, peintes sous mica, fine pellicule transparente. Bibliophile avisé, Antoine René de Voyer d’Argenson, marquis de Paulmy (1722-1787), fut le fondateur de la bibliothèque de l’Arsenal ; il possédait de très belles reliures comme celle-ci. Le chiffre que l’on peut déchiffrer sur le plat inférieur laisserait penser que cette reliure a appartenu auparavant à Marc-Pierre, comte d’Argenson (1696-1764), oncle du marquis de Paulmy, à qui il légua sa propre bibliothèque. (extrait du site de la BNF).

    Amitiés, Bertrand

  2. La dentelle montrée plus haut par Hugues n’est pas une dentelle appliquée à la plaque, mais bien appliquée « aux petits fers, c’est à dire que plusieurs petits fers à dorer sont appliqués de manière successive et juxtaposée pour former parfois un décor complexe et harmonieux, comme ici.

    Le relieur le plus connu et qui a exercé à partir du milieu du XVIIIè siècle, et qui a utilisé des plaques (décor global gravé sur un grand fer de bronze de la taille des plats du livre) est Pierre-Paul Dubuisson et ensuite son fils.

    Voir ici pour un exemple en image :

    http://reproductions.chapitre.com/repro/DUBUISSON-PIERRE-PAUL/RELIURES-ATTRIBUES-AU-RELIEUR-DUBUISSON-FILS-OFFICE-DE-LA-SEMAINE-SAINTE-A-L-USAGE-DE-ROME-ET-DE.html

    Amitiés, Bertrand

  3. Pour rebondir sur le message de Jean-Paul, j’ajouterai juste que les relieurs du XVIIIe siècle aimaient conjuger ces deux grands genres de reliure de luxe, et qu’on connait un grand nombre de reliures à la dentelle mosaïquée. J’en possède une, qui est un plein veau brun, avec une large dentelle sur les plats, dentelle qui encadre un rectangle de maroquin rouge.

    Hugues, une phrase dans ton message m’interpelle: « Les fers sont en général appliqués à l’aide d’une plaque et d’un balancier. » Est-ce que quelqu’un pourrait m’expliquer cette question technique? Quel est l’intérêt d’une plaque pour une dentelle: est-ce une dentelle toute faite sur une plaque, qu’on appose? Cela impliquerait que plusieurs reliures présentent exactement la même dentelle (même plaque). Est-ce que cela existe?
    Merci d’avance à tous pour vos précisions…

  4. La reliure à la dentelle et la reliure mosaïquée sont les deux grands genres de reliure de luxe au XVIIIe s.La paterrnité des dentelles revient à Antoine-Michel Padeloup (1685-1758). Nicolas-Denis Derome le Jeune (1731-1790) a souvent signé ce style de décor.

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