La Reliure à Dentelle

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Autre type de reliure, que l’on croise encore assez souvent : la reliure à dentelle.
La reliure à dentelle présente une juxtaposition de petits fers sur le bords des plats, qui donne cette apparence de bande de dentelle, plus ou moins large. Les fers sont parfois appliqués à l’aide d’une plaque et d’un balancier. Cette dentelle peut également être à froid, mais c’est plus rare. C’est une dentelle assez caractéristique du 18ème siècle, qui sera reprise par les grands relieurs de la fin du 19ème, sur leurs reliures pastiches.
La dentelle est parfois également présente sur les contreplats, mais on parle alors de dentelle intérieure, et non pas de reliure à dentelle.
On connaît aussi la dentelle Pompadour, que l’on peut trouver sur les ouvrages reliés aux armes de la marquise de Pompadour, c’est une dentelle large.

H

La lettre du bibliophile

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Dorure et finesse des pièces de titre

Dorure et finesse des pièces de titre

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Vos commentaires sur mon message d’hier, sur le fait qu’un doreur puisse faire figurer ou non le titre en entier au dos d’un ouvrage m’ont fait réfléchir.
Je suis allé chercher dans mes rayonnages de quoi alimenter cette réflexion. Finalement, à bien y regarder, j’ai l’impression que cela dépend plus de la dextérité du doreur, ou de la finesse de ses outils, que de la largeur du livre (sans parler de la longueur du texte, même si cela ne semble pas décisif, comme le montrent les images). Ainsi le titre pourra être incomplet au dos d’un ouvrage en plein veau du 18ème siècle et qui fait 3 cm de large, et complet sur une reliure de maître de la fin du 19ème siècle, qui fait elle moins de 0,4 cm.
Le triomphe de Pradon, 1684, in-12, maroquin signé Duru et Chambolle. Largeur du dos 8 mm.D’un côté on a une reliure assez courante, de l’autre une reliure de luxe. Voici quelques exemples.
Histoire Générale des Larrons, 1640. Largeur du dos : 33 mm
La Guerre des Dieux, Parny, in-12, maroquin Lavallière signé Lortic. Largeur du dos : 11 mm

Mémoires et avantures d’un homme de qualité, in-12, maroquin rouge signé Lortic. Largeur du dos : 23 mm

La Lanterne Magique Nationale, in-8, maroquin rouge signé Chatelin, largeur du dos : 7 mm.
Les Disputes, par Ruhlières, 1796, in-8, maroquin rouge signé Trautz-Bauzonnet, largeur du dos : 4 mm, et tout le titre est lisible!
Quoi qu’il en soit, je ne suis pas comme PierreG, un titre incomplet ne me dérange pas : si le livre m’appartient, je sais qui il est, si le livre n’est pas à moi, au contraire, cela excite ma curiosité. Quant aux titres « en long », j’imagine qu’ils ont été abandonnés pour cause de torticolis chroniques (essayez donc de parcourir un rayonnage entier de titre en long…). Ces titres en long sont d’ailleurs un héritage de l’époque où les livres étaient rangés à plat.
Exemple de titre « en long ».
Les titres incomplets sont même d’ailleurs assez amusants, combien de fois ai-je frissonné en prenant sur l’étal d’un libraire un volume à la pièce de titre prometteuse du type « hist. ven. »… Hélas, pas de place Saint-Marc à l’intérieur, mais une histoire in-extenso du vendredi saint. Au moment de conclure, après avoir ajouté les images, je me rends compte que même sur une plaquette extrêmement fine (largeur du dos : 0,45 cm et 16 feuillets), un atelier comme Trautz-Bauzonnet parvient à dorer le titre sur le dos, et il reste parfaitement lisible. Je crois que la démonstration est faite… la netteté du titre au dos dépend plus de la qualité du doreur et du relieur que de la longueur du titre. La qualité des matériaux employés dans les exemples que j’ai utilisés tend également à le prouver.
H

5 Commentaires

  1. Un peu d’histoire :

    Pierre-Paul Dubuisson, l’un des plus fameux relieurs de son temps, succède en 1758 à Antoine-Michel Padeloup comme relieur du roi. Dessinateur et peintre, il est l’auteur de plaques qui ont permis d’orner les plats de la volumineuse série de l’Almanach royal. La reliure de cet Almanach de 1753 est en maroquin vert avec un décor à la dentelle, et les armes du marquis de Paulmy, peintes sous mica, fine pellicule transparente. Bibliophile avisé, Antoine René de Voyer d’Argenson, marquis de Paulmy (1722-1787), fut le fondateur de la bibliothèque de l’Arsenal ; il possédait de très belles reliures comme celle-ci. Le chiffre que l’on peut déchiffrer sur le plat inférieur laisserait penser que cette reliure a appartenu auparavant à Marc-Pierre, comte d’Argenson (1696-1764), oncle du marquis de Paulmy, à qui il légua sa propre bibliothèque. (extrait du site de la BNF).

    Amitiés, Bertrand

  2. La dentelle montrée plus haut par Hugues n’est pas une dentelle appliquée à la plaque, mais bien appliquée « aux petits fers, c’est à dire que plusieurs petits fers à dorer sont appliqués de manière successive et juxtaposée pour former parfois un décor complexe et harmonieux, comme ici.

    Le relieur le plus connu et qui a exercé à partir du milieu du XVIIIè siècle, et qui a utilisé des plaques (décor global gravé sur un grand fer de bronze de la taille des plats du livre) est Pierre-Paul Dubuisson et ensuite son fils.

    Voir ici pour un exemple en image :

    http://reproductions.chapitre.com/repro/DUBUISSON-PIERRE-PAUL/RELIURES-ATTRIBUES-AU-RELIEUR-DUBUISSON-FILS-OFFICE-DE-LA-SEMAINE-SAINTE-A-L-USAGE-DE-ROME-ET-DE.html

    Amitiés, Bertrand

  3. Pour rebondir sur le message de Jean-Paul, j’ajouterai juste que les relieurs du XVIIIe siècle aimaient conjuger ces deux grands genres de reliure de luxe, et qu’on connait un grand nombre de reliures à la dentelle mosaïquée. J’en possède une, qui est un plein veau brun, avec une large dentelle sur les plats, dentelle qui encadre un rectangle de maroquin rouge.

    Hugues, une phrase dans ton message m’interpelle: « Les fers sont en général appliqués à l’aide d’une plaque et d’un balancier. » Est-ce que quelqu’un pourrait m’expliquer cette question technique? Quel est l’intérêt d’une plaque pour une dentelle: est-ce une dentelle toute faite sur une plaque, qu’on appose? Cela impliquerait que plusieurs reliures présentent exactement la même dentelle (même plaque). Est-ce que cela existe?
    Merci d’avance à tous pour vos précisions…

  4. La reliure à la dentelle et la reliure mosaïquée sont les deux grands genres de reliure de luxe au XVIIIe s.La paterrnité des dentelles revient à Antoine-Michel Padeloup (1685-1758). Nicolas-Denis Derome le Jeune (1731-1790) a souvent signé ce style de décor.

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