Les différents type de reliure: la reliure dos-à-dos

Amis Bibliophiles bonjour,
Les hasards d’une acquisition (non encore achevée, puisque je ne suis pas encore parvenu à trouver un accord avec le libraire, ce qui ne saurait tarder…), m’ont conduit à me pencher sur un type très particulier de reliure, la reliure dos-à-dos.
Les différents type de reliure: la reliure dos-à-dos
Ce type de reliure, très rare, consiste en fait en la réunion de deux textes (ou plus) en un seul volume, mais en les présentant tête-bêche, de façon à pouvoir démarrer la lecture dans les deux sens, en ayant simplement retourné le volume. Suis-je clair? Pour clarifier, quelque soit le sens dans lequel vous prenez le livre, vous êtes toujours dans le sens de la lecture pour l’un ou l’autre des deux ouvrages.
Les différents type de reliure: la reliure dos-à-dos (2)
Les différents type de reliure: la reliure dos-à-dos (3)
La dénomination « dos-à-dos » illustre le fait de mettre ces deux textes dos-à-dos en sens inverse et de les relier en un seul volume, ce qui suppose, vous l’aurez compris, que les textes soient séparés par un plat. Dans le cas de deux textes reliés dos-à-dos l’amateur se trouve donc en présence d’un ouvrage ayant trois plats (ou 4 contreplats, si je veux compliquer un peu mon explication: le plat supérieur (et son contreplat), le plat inférieur (et son contreplat), et la séparation centrale, composée soit deux contreplats, ou d’un plat, selon la terminologie choisie.
Naturellement, ce type de reliure présente pas mal de complications techniques, et prend tout son sens lorsqu’il s’agît de relier deux textes complémentaires (l’ancien et le nouveau Testament par exemple), ou opposés. 
J’ai eu l’occasion de manipuler plusieurs reliures « dos-à-dos », la plupart du 17ème siècle. Certaines étaient  « simples », c’est à dire réunissant deux ouvrages, mais également des reliures « dos-à-dos » plus complexes allant jusqu’à réunir 4 ou 5 textes. Les différents type de reliure: la reliure dos-à-dos (4)C’est toujours très impressionnant. Ces reliures sont très rares, et sont donc très recherchées. Elles représentent une sorte de sommet dans l’art complexe de la reliure et sont réservées aux relieurs accomplis.Les différents type de reliure: la reliure dos-à-dos (5)Si je parviens à réaliser mon acquisition, je vous la présenterai sur le blog. Si certains des lecteurs du blog possèdent ce type de reliure, je serais très heureux de diffuser quelques images.
H

Foire aux questions sur la reliure dos-à-dos

Qu’est-ce qu’une reliure dos-à-dos ?

C’est une reliure unissant deux livres en un seul volume, partageant une couverture commune mais ouvrant dans deux sens opposés. Quand on retourne le livre, on accède au second titre.

D’où vient cette pratique ?

La reliure dos-à-dos était courante du XVIe au XVIIIe siècle, souvent pour associer deux ouvrages religieux complémentaires (par ex. Nouveau Testament et Psaumes) ou bilingues (latin/grec).

Comment reconnaître une reliure dos-à-dos ?

Le livre a deux pages de titre, deux paginations distinctes, et la tranche du milieu sépare les deux ouvrages. Curiosité reconnaissable au premier coup d’œil.

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La fin du Bibliophile…. Réponse à l’énigme: le « Quinti Horatii Flacci Opera » de John Pine… où quand le Bibliophile cherche à attenter à ses jours…

La fin du Bibliophile…. Réponse à l'énigme: le « Quinti Horatii Flacci Opera » de John Pine… où quand le Bibliophile cherche à attenter à ses jours…

Amis Bibliophiles bonjour,
J’ai d’abord pensé à me mettre sous ma bibliothèque, à genoux, le front offert, et à l’agiter dans tous les sens pour les livres tombent, m’assomment et m’ensevelissent… puis j’ai imaginé m’ouvrir les poignets avec les (trop?) plats trop fins, effilés, d’un Trautz, ou alors ingurgiter sans répit et jusqu’au moment fatal les pages d’un Buffon in-4, la totale… Bref il fallait que j’en finisse. Mettre fin à tout ceci, cette mascarade…

Tout a commencé là où tout à toujours commencé: avec un livre. Bonne facture, intéressant sur le plan bibliophilique, bonheur de bibliopégimane (amateur de belles reliures), grand classique des beaux ouvrages du 18ème et qui de surcroît reste suffisamment original pour constituer une belle énigme pour le blog. 


Pour la réponse, j’attendais l’ami Ugo, et pour cause, puisqu’un cousin de cet ouvrage fût vendu à la vente Garnier, mais ce fût Martin qui surgît le premier (était-ce vraiment une surprise?). Son indice mît Montag sur la voie. Bref, l’ouvrage était identifié, il ne me restait plus qu’à présenter aux autres lecteurs les caractéristiques de cette acquisition récente. Elle faisait partie d’un lot, et je n’avais pas encore eu le temps de creuser l’affaire.
La gravure bien sûr me plaisait beaucoup, la question des souscripteurs m’avait interloqué, le relieur restait (et reste encore) mystérieux. Il n’y avait plus qu’à se pencher sur la question, et rédiger en même temps une jolie fiche.
  
Je pensais encore alors que tout ceci allait être un délice… Je cherche quelques informations, ça et là, je relis la fiche d’Ugo, je déglutis, j’ouvre précipitamment mon exemplaire, je re-déglutis. Malheur, misère… Mon exemplaire est parfait, il n’a pas l’erreur (« post est » versus « potest ») dans le portrait de César. Il est parfait… trop parfait hélas puisqu’il est de fait de second tirage… Un exemplaire sans erreur. Quelle horreur. J’imagine déjà Raphael qui jubile, Lauverjat qui rit sous cape… Je suis refait. 
Il ne me reste plus qu’à vous présenter l’ouvrage, répondre à l’énigme et boire le calice jusqu’à la lie.
 

La réponse à l’énigme est en effet l’un des plus célèbres ouvrages gravés du 18ème siècle, le « Quinti Horatii Flacci Opera », gravé et publié par John Pine en 1733 (premier volume) et 1737 (second volume). 2 volumes in-octavo (264 et 192 pp) en plein maroquin de l’époque, très richement orné et sortant probablement de l’un des meilleurs ateliers de l’époque. L’ouvrage est entièrement gravé sur cuivre, imprimée sur grand papier (texte et illustrations) et contient deux frontispices et une magnifique iconographie: gravures, ornements, vignettes, cul de lampe. Il est vraiment splendide (en premier tirage, j’entends bien… même si le second tirage ne s’en sort pas trop mal).

C’est la page 108 du second tome qui permet de distinguer les deux tirages: dans le 1er tirage, le portrait de César en médaillon comprend l’inscription « Post Est », alors qu’il fait bien entendu lire « Potest », erreur qui sera corrigé dans le second tirage. 

Le tome 1er lui, n’a connu qu’un seul tirage, ce qui est quand même une petite consolation.
John Pine (1690-1756) pourrait bien avoir été l’élève de Bernard Picart, l’une des autres sommités de l’époque. Il était en tout cas le meilleur graveur anglais de son époque et cet Horace est vraiment somptueux. 

Les souscripteurs ne s’y sont pas trompés, notamment les libraires, puisque la liste s’est allongée entre le premier et le second tome.
H
Merci à Ugo pour la belle fiche de la vente Garnier, utile, trop utile…, enfin merci à Célia…

14 Commentaires

  1. J'aime bien le "une hérésie pour le relieur", il est vrai qu'à moins de faire un plat centrale taillé dans la masse en forme de lentille biconcave! 🙂 , il semble matériellement impossible d'avoir le bon galbe du plat centrale pour les deux livres. Le compromis doit être un plat plat ?. Voila qui n'aurait pas été du gout de Marius Michel, le roi du plat parfaitement galbé.! C'est très beau en tous cas. Merci pour ces photos. Je rêverai de trouver les entretiens d'Aloysia reliés avec les mémoires de mademoiselle Fanny, dans ce type de reliure! 😉

    Daniel B.

  2. Jamais vu. Mais je suis encore jeune (hum hum).
    Quant à l'appellation, n'en ayant pas vu d’autres (par définition) j'ai tendance à suivre le dos-à-dos l'appellation siamoise me semblant approximative. Voire contre-productive (les siamois ne partageant pas un même cerveau or il s'agit d'un livre en plusieurs volumes reliés entre-eux).
    Mais je ne suis pas médecin ni relieur et il existe peut-être (sans doute?) d'autres modes de rattachement en reliure.

  3. J'ai déjà "croisé" des reliures dos à dos de deux volumes, mais les reliures plus complexes avec 4 ou 5 ouvrages, je ne connaissais même pas leur existence … Trouvez vite un accord avec votre libraire, pour nous faire partager cette trouvaille qui ne manquera pas d'être passionnante.
    Philippem

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