Fait divers: un relieur se guillotine avec un massicot

Amis Bibliophiles bonjour,
C’est une effroyable découverte que firent deux ouvriers relieurs en arrivant comme chaque matin à l’atelier de leur employeur. Ils parlaient du naufrage d’un navire ou encore de cette manifestation de croque-morts, mais ils étaient loin d’imaginer que l’horreur à laquelle ils allaient être confrontés… 

… mais laissons plutôt le Supplément Littéraire Illustré du Petit Parisien en date du dimanche 19 juin 1910 nous en dire plus sur cette triste affaire… 
« Tous nos lecteurs ne savent pas ce qu’est un massicot. Le « massicot » est une machine destinée à couper le  papier et dont la pièce principale est une longue et forte lame qui, actionnée par une force motrice, tranche des épaisseurs considérables de feuilles de papier avec autant d’aisance qu’un couteau entre dans une motte de beurre.C’est cet appareil qui servit, il y a quelques jours, à un malheureux désespéré pour se suicider. 
En pénétrant dans l’atelier de reliure où ils sont employés, 37 rue de l’Amiral-Roussin, deux ouvriers, Philippe Cordebaigt et Antoine Lassouche, reculèrent terrifiés. Au milieu de la pièce, leur patron, M. Stanilas Ruffin, célibataire, âgé de cinquante-trois ans, gisait sanglant. Le malheureux, affolé par le mauvais état de ses affaires, s’était tué en choisissant un horrible mode de suicide.
Le désespéré, en effet, avait passé le cou dans le talon du massicot et avait jouer le déclic. L’appareil avait rempli le rôle d’une véritable guillotine. La tête, horriblement grimaçante, et presque détachée du tronc, ne tenait plus que par quelques lambeaux de chair et restait suspendue au dessus d’une mare de sang noirâtre et coagulé.
Les ouvriers allèrent avertir M. Coueille, commissaire de police du quartier Necker, qui procéda aux constatations d’usage. »

Etait-ce pour la qualité de son travail ou pour ce trépas mystérieux…? Stanislas Ruffin n’eût pas droit aux égards du Fléty. La chose est désormais réparée. 

H

La lettre du bibliophile

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Conte de Noël pour bibliophile: deux bois de Gustave Doré pour le Don Quichotte et le La Fontaine sauvés du feu.

Conte de Noël pour bibliophile: deux bois de Gustave Doré pour le Don Quichotte et le La Fontaine sauvés du feu.

Amis Bibliophiles bonjour,
L’édition de Don Quichotte publiée par Hachette en 1863 (L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche. Avec 370 gravures de Gustave Doré, A Paris, Hachette, 1863, deux volumes in-folio) est l’un des grands livres de la bibliophilie, elle réunit en effet deux immenses noms (4 si on compte Viardot et Hachette), l’auteur Cervantès et l’un des plus grands illustrateurs français, Gustave Doré.
C’est à la demande du public et des éditeurs que Doré s’orienta vers les grands formats. Le Don Quichotte faisait partie de ses projets dès 1855 et c’est suite à sa rencontre avec Louis Viardot, auteur d’une nouvelle traduction, qu’il se lança dans l’aventure.
L’ouvrage fût édité par Hachette et connût immédiatement un grand succès: Doré connaît l’Espagne et son Don Quichotte « est un personnage noble, exalté et tragique, un rêveur idéaliste condamné à souffrir dans un monde insensible au message qu’il veut porter. Doré accentue ainsi les effets dramatiques. La dimension comique du personnage est alors reléguée. En réalité, Doré nous montre un personnage baignant complètement dans le Romantisme de l’époque… Ses gravures en pleine page, aux décors fouillés, amples, profonds et spectaculaires, composent probablement l’ensemble le plus emblématique de l’iconographie du Quichotte, en France, en Espagne et au-delà, tous siècles confondus. ».
Si l’ouvrage reste dans la mémoire des bibliophiles, chez nos amis de Hachette, un livre chasse l’autre et les bois qui ont servi à graver ces merveilleux ouvrages devinrent vite fort encombrants… Aussi au fil du temps les employés de l’auguste maison prirent l’habitude de démarrer le feu du poêle avec le bois trouvé dans les locaux. 
C’était encore le cas dans les années 1960, soit un siècle après la parution du Don Quichotte de Doré, et c’est à ce moment précis qu’un ami d’une des lectrices du blog sauva du poêle deux bois, dont l’un du Don Quichotte (l’autre provenant sans doute d’une fable de La Fontaine)… Deux de sauvés pour combien de sacrifiés? Nous ne le saurons jamais, mais comme les bureaux d’Hachette n’ont jamais hébergé de forêt, on peut frémir…
Les bois sont aujourd’hui dans les mains d’orfèvre de Claire et c’est très rassurant. 
Le premier issu du Don Quichotte, mesure 123 x 82 x 20 mm., il porte au verso l’inscription « Ch XXIII – 1er volume ». Il n’a plus son cartonnage, mais porte bien la signature de Doré. En vérifiant dans mon exemplaire, il s’avère que ce sont très exactement les dimensions de la gravure qui termine le chapitre 23.



Le second bois est issu d’une boîte qui contenait à l’origine deux bois gravés et qui porte l’inscription « Le Rat et l’Eléphant ». Il est également signé Doré et ses dimensions sont 168 x 78 x 23. Il est fort probable qu’il vienne du La Fontaine illustré par Doré, mais ne le possédant pas, je suis incapable de situer cette gravure, et la scène ne montre ni rate, ni éléphant. 🙂



Deux bois donc qui furent sauvés des flammes, un joli conte de Noël si on oublie les stères qui furent sacrifiés au confort des employés de Hachette jusqu’à la fin des années 60… Vive le chauffage central.
H

15 Commentaires

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  4. Il ne s'agit pas d'un suicide mais d'un meurtre ! L'affaire était pourtant facile à élucider… (le bras n'est pas assez long pour atteindre la barre du massicot) Hercule Gandillet – le frère.

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