Un conte pour bibliophile ou le Béranger de Noël (aka, les libraires sont sympas)

Amis Bibliophiles bonjour, 

Les libraires sont sympa. On devrait éditer ce genre d’autocollant que l’on collait à l’arrière des voitures il n’y a pas si longtemps que cela.
C’est l’histoire d’un bibliophile et d’un libraire. L’un achète souvent chez lui et y passe avec une régularité de métronome. L’autre ne vous chasse pas à coups de balai et vous sort toujours toujours des livres de derrière les fagots.
Lors de la visite hebdomadaire du bibliophile, le libraire lui glisse que « lundi prochain à 14h » (jour habituellement de fermeture) il inaugurera sa vitrine de Noël et d’ajouter : « Je ne le dis pas à tout le monde » . Une vente privée, sur invitation en quelque sorte. Redoutable.  Et il paraît que le marketing s’enseigne à Bac+5…

Que croyez-vous qu’il se passât ? Le bibliophile (qui avait, justement, à faire à proximité) passa sur les coups de 15h. La vitrine était alléchante. C’était à coup sûr Noël.  
Pourtant c’est à l’intérieur que le bibliophile trouvât ce qui (comme on dit) « lui fît son Noël » car il cherchait depuis longtemps un beau Béranger. Et quand l’exemplaire est beau et qu’en plus il contient un billet où Béranger parle de livres…

« Vous me comblez, mon cher Fayot, et ma bibliothèque s’enrichit à vos dépens. Si c’est comme cela que vous croyez réparer vos affaires, je vous prédis une ruine complète (?). Je n’en suis pas moins très heureux d’avoir une part de vos dépouilles.A vous de cœur, Béranger6 Xre (1830) »

Quant à l’exemplaire qui contient cette lettre: 8 volumes in-12 relié en plein maroquin à longs grains par Thouvenin Jeune. A noter que cet ensemble comprend 2 tomes 3… ou du moins deux tomaisons identiques (la musique pour accompagner les chansons des 3 premiers volumes ?). Un fleuron légèrement différent au dos du tome 6 également.
1821, Chansons, Par M.J.P Béranger à Paris chez les marchands de nouveautés (Imprimerie Firmin Didot) (2 tomes)1825, Chansons nouvelles par M.J.P »Béranger à Paris chez les marchands de nouveautés (Imrimerie Plassan)S.D., Airs anciens et nouveaux des Chansons de Mr PJ de Béranger publiés par A. Guichard-Printemps, à Paris (Hentz Jouve, Ciorréard, Guichard)Décembre 1821, Procés fait aux chansons  de P-J Béranger avec le réquisitoire de Me Marchandy ; Le plaidoyer de Me Dupin ; L’Arrêt de renvoi, et d’Autres pièces, Paris chez les marchands de nouveautés.1828, Chansons inédites de M. P-J de Béranger, Paris Baudouin frères1833, Chansons nouvelles et dernières de P.J. De Béranger dédiées à M. Lucien Bonaparte, Paris, Perrotin1822, Procès fait à messieurs de Béranger et Baudouin, Paris, Baudouin frères.
A qui s’adresse Béranger? Sans doute au Fayot cité dans sa correspondance : http://books.google.fr/books?id=4Xz1-SWLi50C&pg=PA3&lpg=PA3&dq=fayot+b%C3%A9ranger+1830&source=bl&ots=X4-3hRpebq&sig=hL6g_fL8tP77s2NZa1os-0OeT5c&hl=en&ei=I_ToTrqpApD0-gaVx527Cg&sa=X&oi=book_result&ct=result&redir_esc=y#v=onepage&q=fayot%20b%C3%A9ranger%201830&f=false
Sans doute (?) ce Fayot Alfred Charles François né en 1797 journaliste et pamphlétaire surtout connu pour ses publication sur la Pologne : http://books.google.fr/books?id=4Xz1-SWLi50C&pg=PA3&lpg=PA3&dq=fayot+b%C3%A9ranger+1830&source=bl&ots=X4-3hRpebq&sig=hL6g_fL8tP77s2NZa1os-0OeT5c&hl=en&ei=I_ToTrqpApD0-gaVx527Cg&sa=X&oi=book_result&ct=result&redir_esc=y#v=onepage&q=fayot%20b%C3%A9ranger%201830&f=false
Reste que Béranger réputé sans bibliothèque (je ne parle pas de bibliophilie… mais lui parle de sa bibliothèque) venait sans doute de recevoir un don (ou une vente à vil prix?) d’un certain nombre d’ouvrages. A la suite de quel événement ?
Amusant, non ?
Olivier.

La lettre du bibliophile

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Conte de Noël pour bibliophile: deux bois de Gustave Doré pour le Don Quichotte et le La Fontaine sauvés du feu.

Conte de Noël pour bibliophile: deux bois de Gustave Doré pour le Don Quichotte et le La Fontaine sauvés du feu.

Amis Bibliophiles bonjour,
L’édition de Don Quichotte publiée par Hachette en 1863 (L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche. Avec 370 gravures de Gustave Doré, A Paris, Hachette, 1863, deux volumes in-folio) est l’un des grands livres de la bibliophilie, elle réunit en effet deux immenses noms (4 si on compte Viardot et Hachette), l’auteur Cervantès et l’un des plus grands illustrateurs français, Gustave Doré.
C’est à la demande du public et des éditeurs que Doré s’orienta vers les grands formats. Le Don Quichotte faisait partie de ses projets dès 1855 et c’est suite à sa rencontre avec Louis Viardot, auteur d’une nouvelle traduction, qu’il se lança dans l’aventure.
L’ouvrage fût édité par Hachette et connût immédiatement un grand succès: Doré connaît l’Espagne et son Don Quichotte « est un personnage noble, exalté et tragique, un rêveur idéaliste condamné à souffrir dans un monde insensible au message qu’il veut porter. Doré accentue ainsi les effets dramatiques. La dimension comique du personnage est alors reléguée. En réalité, Doré nous montre un personnage baignant complètement dans le Romantisme de l’époque… Ses gravures en pleine page, aux décors fouillés, amples, profonds et spectaculaires, composent probablement l’ensemble le plus emblématique de l’iconographie du Quichotte, en France, en Espagne et au-delà, tous siècles confondus. ».
Si l’ouvrage reste dans la mémoire des bibliophiles, chez nos amis de Hachette, un livre chasse l’autre et les bois qui ont servi à graver ces merveilleux ouvrages devinrent vite fort encombrants… Aussi au fil du temps les employés de l’auguste maison prirent l’habitude de démarrer le feu du poêle avec le bois trouvé dans les locaux. 
C’était encore le cas dans les années 1960, soit un siècle après la parution du Don Quichotte de Doré, et c’est à ce moment précis qu’un ami d’une des lectrices du blog sauva du poêle deux bois, dont l’un du Don Quichotte (l’autre provenant sans doute d’une fable de La Fontaine)… Deux de sauvés pour combien de sacrifiés? Nous ne le saurons jamais, mais comme les bureaux d’Hachette n’ont jamais hébergé de forêt, on peut frémir…
Les bois sont aujourd’hui dans les mains d’orfèvre de Claire et c’est très rassurant. 
Le premier issu du Don Quichotte, mesure 123 x 82 x 20 mm., il porte au verso l’inscription « Ch XXIII – 1er volume ». Il n’a plus son cartonnage, mais porte bien la signature de Doré. En vérifiant dans mon exemplaire, il s’avère que ce sont très exactement les dimensions de la gravure qui termine le chapitre 23.



Le second bois est issu d’une boîte qui contenait à l’origine deux bois gravés et qui porte l’inscription « Le Rat et l’Eléphant ». Il est également signé Doré et ses dimensions sont 168 x 78 x 23. Il est fort probable qu’il vienne du La Fontaine illustré par Doré, mais ne le possédant pas, je suis incapable de situer cette gravure, et la scène ne montre ni rate, ni éléphant. 🙂



Deux bois donc qui furent sauvés des flammes, un joli conte de Noël si on oublie les stères qui furent sacrifiés au confort des employés de Hachette jusqu’à la fin des années 60… Vive le chauffage central.
H

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