Avec ses 75 kilos, le Codex Gigas, plus connu sous le nom de Bible du Diable, est le plus grand manuscrit médiéval connu au monde. Né au XIIIe siècle dans un monastère bénédictin de Bohême, il enferme à la fois la totalité de l’Ancien et du Nouveau Testament, plusieurs textes savants… et une légende qui sent le souffre. Petit voyage au cœur d’un livre hors norme.
Qu’est-ce que le Codex Gigas ?
Le Codex Gigas — littéralement « livre géant » en latin — est un manuscrit du XIIIe siècle conservé aujourd’hui à la Bibliothèque royale de Suède, à Stockholm. Ses dimensions impressionnent : 92 cm de hauteur, 50 cm de largeur, 22 cm d’épaisseur, pour un poids total de 74,8 kg. Il faut deux personnes pour l’ouvrir.
L’ouvrage compte 624 pages de parchemin, fabriquées à partir de la peau de 160 ânes. La calligraphie y est exceptionnelle de constance, et les enluminures rouges, bleues et vertes y sont nombreuses, parfois somptueuses.
L’origine du manuscrit est attribuée au monastère bénédictin de Podlažice, situé au centre de l’actuelle République tchèque. Il aurait été composé entre 1204 et 1230 environ.

Que contient le Codex Gigas ?
Le contenu du Codex Gigas est aussi vaste que son format. On y trouve :
- L’Ancien et le Nouveau Testament en latin (version Vulgate de saint Jérôme) ;
- Les Antiquités juives et la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe ;
- L’Etymologiae d’Isidore de Séville, encyclopédie du haut Moyen Âge ;
- Une chronique de Bohême de Cosmas de Prague ;
- Plusieurs traités médicaux, dont des œuvres d’Hippocrate ;
- Des formules d’exorcisme et incantations magiques ;
- Un calendrier liturgique avec nécrologe.
Cet éclectisme — textes sacrés, savoir profane, magie et médecine — en fait une véritable bibliothèque universelle reliée en un seul volume. À l’époque médiévale, on parle de la « huitième merveille du monde ».
La légende du moine et du diable
C’est ici que l’histoire bascule dans le mythe. La légende veut qu’un moine bénédictin du monastère de Podlažice, condamné pour faute grave à être emmuré vivant, ait imploré sa grâce en promettant de copier en une seule nuit un livre contenant tout le savoir humain — à la gloire de l’abbaye.
Voyant que la tâche était impossible, il aurait alors invoqué le Diable en personne. Lucifer aurait achevé l’ouvrage en échange de l’âme du copiste, qui aurait ajouté en signe de gratitude (ou d’aveu) la fameuse enluminure du Diable, pleine page, qui orne le folio 290.

L’enluminure du Diable, « huitième merveille du monde »
L’image en elle-même est exceptionnelle : un Diable mesurant près de 50 cm de haut, accroupi, bras levés, langue rouge tirée, griffes dressées, comme s’il s’apprêtait à saisir le lecteur. Les couleurs — vert, rouge, ocre, blanc — sont étonnamment fraîches après huit siècles.
Particularité troublante : la page qui fait face au portrait du Diable représente la Cité de Dieu (selon saint Augustin), c’est-à-dire le paradis céleste. Cette mise en regard du Mal et du Bien dans un même cahier renforce l’aura mystique du manuscrit.
Les analyses récentes des codicologues écartent évidemment l’hypothèse diabolique, mais reconnaissent que la qualité picturale et l’unité graphique de l’œuvre sont exceptionnelles pour un travail de cette ampleur.

De Podlažice à Stockholm : le voyage du manuscrit
Trois siècles après sa création, le manuscrit fascine l’empereur Rodolphe II du Saint-Empire, roi de Bohême et de Hongrie (1576-1612). Personnage hors-norme amateur de mages, d’astrologues et d’alchimistes autant que d’art et de philosophie, Rodolphe II rassemble dans son château de Prague une collection que toute l’Europe lui envie. Le Codex Gigas en fait partie.
En 1648, lors de la guerre de Trente Ans, les troupes suédoises prennent Prague et pillent la collection impériale. Le Codex Gigas est emporté à Stockholm comme butin de guerre, et rejoint les rayons de la Bibliothèque royale, où il se trouve toujours aujourd’hui.
En 1990, peu après la chute du régime communiste, Václav Havel, nouveau président de la République tchèque, demande le retour ou le prêt du manuscrit à Prague. D’interminables négociations diplomatiques s’ensuivront, qui n’aboutiront que quatorze ans plus tard, en 2004.
L’énigme du scribe unique
L’un des mystères encore irrésolus tient à la calligraphie elle-même. Selon les meilleures estimations, le manuscrit aurait été écrit par un seul homme, pendant une vingtaine à trente années.
Tomáš Vagenknecht, conservateur ayant étudié l’ouvrage, le souligne :
Ce qui nimbe ce livre de mystère, c’est la calligraphie : le style, la beauté et la pureté de l’écriture sont rigoureusement les mêmes, de la première à la dernière page. Or chaque scribe se fatigue, la main se lasse, la calligraphie évolue. Pas ici. Entre la première ligne et la dernière, il y a près de vingt-sept ans. Et rien ne change.
Cette régularité parfaite, à une époque sans cahier des charges typographiques ni standard d’écriture, contribue à la fascination que le Codex Gigas exerce sur les bibliophiles, les paléographes et les curieux.
Le retour à Prague (2007-2008)
Le manuscrit a quitté Stockholm pour la première fois depuis 358 ans en septembre 2007, à l’occasion d’une exposition exceptionnelle au Klementinum de Prague, organisée du 20 septembre 2007 au 6 janvier 2008. Une vitrine-coffre-fort spécialement aménagée dans un ancien collège jésuite a permis sa présentation au public.
L’exposition fut un succès retentissant : les Tchèques ont fait la queue pendant des heures pour voir « leur » manuscrit revenu de l’exil suédois.

Où voir le Codex Gigas aujourd’hui ?
Le Codex Gigas est conservé en permanence à la Bibliothèque royale de Suède (Kungliga biblioteket), à Stockholm, où il est exposé en vitrine et accessible au public sous certaines conditions.
Plus extraordinaire encore : la totalité du manuscrit a été numérisée en haute définition par la Bibliothèque royale de Suède et est accessible gratuitement en ligne, page par page. Vous pouvez tourner virtuellement les 624 folios, observer la fameuse enluminure du Diable, et lire les textes en latin sur le portail officiel de la KB.
Foire aux questions
Pourquoi appelle-t-on le Codex Gigas la « Bible du Diable » ?
En raison de l’enluminure pleine page représentant Lucifer (folio 290) et de la légende médiévale selon laquelle un moine emmuré vivant aurait pactisé avec le Diable pour achever ce livre en une seule nuit. La taille gigantesque du manuscrit a renforcé cette aura surnaturelle.
Combien pèse le Codex Gigas ?
74,8 kg, soit près de 75 kilos. Il faut deux personnes pour le manipuler.
Où se trouve le Codex Gigas aujourd’hui ?
À la Bibliothèque royale de Suède (Kungliga biblioteket) à Stockholm, depuis 1648. Une seule sortie : l’exposition à Prague en 2007-2008.
Peut-on consulter le Codex Gigas en ligne ?
Oui. La Bibliothèque royale de Suède a numérisé l’intégralité du manuscrit en très haute définition et le met à disposition gratuitement sur son site officiel.
Qui a écrit le Codex Gigas ?
Selon la tradition, un seul moine bénédictin du monastère de Podlažice (Bohême), au début du XIIIe siècle, durant une vingtaine d’années. Son identité nous est inconnue. La légende dit qu’il s’appelait Hermann, dit « l’Inclus ».
Pour aller plus loin
Vous avez dit… diabolique ?
H
I’m no longer sure the place you’re getting your information, but good topic. I must spend some time learning more or understanding more. Thank you for fantastic info I was on the lookout for this info for my mission.|
Hi, after reading this amazing paragraph i am also cheerful to share my know-how here with colleagues.|
360 frontal https://www.youtube.com/watch?v=ny8rUpI_98I Droit ENVOYE AVEC BEAUCOUP En tenant Application JE RECOMMANDE CETTE Humain SERIEUSE Indulgence
I am curious to find out what blog system you have been utilizing? I’m having some small security issues with my latest site and I’d like to find something more secure. Do you have any suggestions?|
What’s up to every body, it’s my first visit of this blog; this weblog carries awesome and truly fine material in support of visitors.|
With havin so much written content do you ever run into any issues of plagorism or copyright infringement? My blog has a lot of unique content I’ve either authored myself or outsourced but it looks like a lot of it is popping it up all over the internet without my permission. Do you know any methods to help stop content from being ripped off? I’d truly appreciate it.|
Do you mind if I quote a couple of your posts as long as I provide credit and sources back to your weblog? My website is in the very same area of interest as yours and my visitors would definitely benefit from some of the information you present here. Please let me know if this okay with you. Appreciate it!|
oui la société des "cent-une" existe toujours et édite un livre tous les deux ans. le dernier est " un matin pour la vie" illustré par Pierre Collin sorti au mois de novembre 2011
2008 voulais-je dire
Sur les femmes et la bibliophilie, il y aurait une thèse à écrire. Je suis parfois stupéfait, en voyant une salle de vente, de constater que le public est exclusivement masculin. Heureusement, cela n'arrive généralement que quand on y vend du Napoléon. Mais tout de même…
Les femmes n'en demeurent pas moins, quoiqu'avec une certaine discretion, de redoutables bibliophiles.
C'est d'ailleurs ma relieure qui m'a fait découvrir les Cent-Une, société dont elle fait partie, et j'ai été ébloui par certaines de leurs productions, notamment par les Poésies de Mallarmé illustrées par Berthe Morisot, dont l'étui seul (un éventail) est déjà un chef-d'oeuvre.
Selon la légende, cette société aurait été créée en réaction à quelque propos outrageseument misogyne tenu par le président de la société de cent bibliophiles lors d'un dîner.
Heureux d'entendre parler d'elles ici (voir le catalogue de la vente Madeleine de Harting, qui créa la librairie la Porte étroite et qui fut membre des Cent-Une : presque toute leurs productions y étaient – Alde vers mars 2009).
Julien
si je comprends bien : Lauverjat fait les questions et les réponses !
En tous cas c'est très intéressant. Je ne sais pour les "cent bibliophiles " mais en ce qui concerne les "cent une" ces dernières ont quelques belles réalisations à leur actif.
Patrick C
Cette société était bien différente des "cent une", bien que fondée à la même époque, toujours en réponse ?! à la société "les cent bibliophiles" (fondée en 1895). En 1928, Denise Bernollin travaille à des illustrations pour "La maison de Claudine" de Colette à la demande de la Société des cent femmes bibliophiles amies du livre. Mais le livre sera illustré par Hélène Perdriat et publié en 1929.
La société n'existe plus aujourd'hui car on trouve une plaquette intitulée:
"Cent femmes amies des livres. 1927-1967 : Notice éditée à l'occasion de la dissolution de l'association, suivie du catalogue des ouvrages édités". [Paris], 1968
la présidente était peut-être alors Madame Duval.
Merci Hugues pour cette découverte
Lauverjat
Cette société a-t-elle un rapport avec les "cent-une" fondée en 1926 (cent est masculin, cent un au féminin donne cent une). Les cent une existent toujours.
Lauverjat