Les différents types de reliures: une reliure orientaliste du 18ème siècle par Le Monnier

Amis Bibliophiles bonjour,
Pour rebondir sur le commentaire de Samuel, voici quelques détails sur la reliure orientaliste dont je présentais une image, tirée de l’ouvrage d’Uzanne, The French bookbinders of the 18th century.
Il s’agît en fait d’une reliure en maroquin citron, mosaïquée sur un exemplaire de L’imitation de Jésus-Christ (Paris, 1690), qui appartenait à la bibliothèque du Comte de Sauvage.


Selon Uzanne, le spécialiste de ces reliures en vogue à l’époque était Le Monnier (qui signait « Monnier » sur les plats). Cet exemplaire du Comte de Sauvage en est l’un des plus beaux exemples: dans cette mosaïque complexe, on découvre « deux scènes de l’Ancien Testament mettant en scène deux personnages , des minarets, des dragons, des dromadaires ». Elle est doublée de maroquin vert.

L’étiquette de Le MonnierUne autre reliure de Le Monnier sur Daphnis et Chloé (1718)Comme le souligne Uzanne, c’est une vraie curiosité, mais peut-on la considérer comme emblématique de la reliure du 18ème, je ne le pense pas. Il est amusant de constater qu’après avoir disparu, ces décors orientaux referont leur apparition au 19ème, avec les reliures japonisantes.H

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Les reliures III : la Reliure Romantique

Les reliures III : la Reliure Romantique

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Poursuivons notre route sur le chemin des reliures, avec les reliures romantiques, emblématiques de la première moitié du 19ème siècle. Je passe en effet sur les reliures napoléoniennes, qui ne différent des reliures de l’Ancien Régime que par un goût prononcé pour les décors antiques et pour les emblèmes de l’Empire : aigle impériale, N couronné, abeilles, etc.
Reliure plein maroquin bleu marine à gros grain, riche décor doré au dos et sur les plats, à noter le titre Rabelais au dos, à peine lisible car imprimé aux petits fers dorés gothiques ! Reliure signée et datée en bas du dos (ce qui est assez rare pour les reliures romantiques – Pequignot 1835). Edition de Rabelais sur deux colonnes, 1835. Reliure strictement de la même année que l’édition.En général, on appelle romantiques les écrivains du début du 19ème siècle qui se sont affranchis des règles de pensée, de composition et de style établies par les auteurs classiques. J’ai le sentiment qu’il en est de même pour la reliure romantique, qui incarne une forme de renouvellement du genre, mêlant le classicisme d’un 18 ème flamboyant et de nouvelles tendances, plus « sensibles », plus expressives et plus figuratives : le gothique remis au goût du jour (voir les reliures à la cathédrale, les rosaces, etc.), mais aussi le rêve, l’exotisme, etc., que l’ont retrouve dans de nouveaux types de fers et qui s’expriment sur de nouvelles matières (maroquins à grain long, cuirs de Russie, maroquins et veaux de couleurs violette, rose, lilas, bleue, etc.).
Reliure plein maroquin rouge à grain long, dos lisse orné de fers dorés et de fers noirs, large encadrement des plats par une frise dorée. Sur les poésies de Madame Amable Tastu. Classique de l’époque romantique. Volume in-8 édité en 1827.Je vais peut-être m’attirer les foudres de certains d’entre vous, qu’ils veuillent bien me pardonner, la vulgarisation étant l’un des objectifs du blog, mais on peut globalement dire que la dénomination reliure romantique rassemble la grande partie des reliures réalisées au 19ème siècle, après le premier empire… La tendance s’éteint après 1850, et la tendance devient moins marquée, d’autant que les reliures industrielles et les pasticheurs viennent concurrencer l’époque romantique.

Ce qui, donc, caractérise la reliure romantique ? Les fers se diversifient vraiment et deviennent figuratifs, plus expressifs, les dos sont ornés de fleurons qui peuvent être longitudinaux et, surtout, les demi-reliures font leur apparition (massive) sur le marché. Et si elles sont au départ négligées par les bibliophiles, mêmes les grands relieurs de l’époque en proposent à leurs clients.
Reliure dans le style de Thouvenin mais non signée. Volume in-24 relié plein veau aubergine, dos à faux nerfs plats, décors de filets dorés et de fers à froid, plats richement ornés d’une rosace centrale et de multiples décors de fleurs tourbillonantes à froid, le tout dans un encadrement de filets dorés. Recouvre « Le mérite des femmes » par Legouvé, classique romantique parmi les classiques, réédité de très nombreuses fois dans les années 1810-1840. Cette édition date de 1826. La reliure est strictement contemporaine.Ce qui change également, c’est que cette période est aussi celle de grands bouleversements industriels. On trouvera donc simultanément plusieurs types de reliures au 19ème : la reliure de luxe, réalisée par de grands relieurs, qui continue à employer des matériaux nobles, et qui peut-être romantique ou pastiche, et la reliure industrielle qui peut utiliser des cuirs, mais repose généralement sur des cartonnages, ou des percalines. A la frontière entre ces deux univers, se trouve des relieurs semi-industriels, comme Gruel, qui utilise encore le maroquin et vend des quantités importantes d’ouvrages religieux reliés de maroquin.

Ces différentes appellations se mélangent peu à peu, et on pourra trouver simultanément sur le marché des cartonnages romantiques, des reliures pastiches extrêmement proches des reliures du 18 ème, des maroquins semi-industriels de Gruel, des cartonnages industriels, des maroquins romantiques très 19ème à la cathédrale et, comme nous l’avons vu il y a quelques jours, des pastiches à la fanfare de reliures du 17 ème.

Je ne suis pas spécialiste, mais cela me semble cohérent avec la révolution industrielle qui touchera (aussi) le monde du livre au 19 ème : les nouveaux moyens technologiques permettent de proposer des reliures à des prix réduits, pour le plus grand nombre, mais une élite bibliophilique continue de rechercher des reliures de grande qualité, qu’elles soient romantiques ou pastiches. Reliure plein maroquin rouge à grain long, dos plat orné de fers dorés et à froid, plats idem, cartonnage bradel recouvrant un almanach des Dames pour l’année 1819. Etui de maroquin décoré de même. Petit bijou bibliophilique destiné aux dames de l’époque romantique.Les grands noms de l’époque? Thouvenin, Bozérian, résolument romantiques, et d’autres noms tels que Cuzin, Capé, Chambolle, Duru, Gruel, mais aussi à la fin du siècle les débuts des grands relieurs qui marqueront la première partie du 20 ème siècle, Marius-Michel par exemple, et prépareront les bibliophiles à la reliure d’art.
H

2 Commentaires

  1. Il serait intéressant de lister les exemplaires de ce type de reliures qui sont passés ces dernières années, soit chez les libraires, soit dans les salles des ventes. A mon avis ils doivent se compter sur les doigts des deux mains non ? Intéressant à suivre. Merci pour ces photos.

    B.

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