Portrait d’une jeune relieure : Fedora Ploge

Amis Bibliophiles Bonjour,

Je reprends ma série de portraits avec aujourd’hui celui d’une toute jeune relieure, fraîchement diplômée de l’Ecole Estienne, et qui suit le blog depuis un moment, même si elle est encore trop timide pour intervenir. Toutes les images qui illustrent le portrait sont ses créations (superbe, non?)
Le poète sur la place. Ignazio Buttita. Reliure à décor sur ruban apparentBonjour Fédora, pourriez-vous nous parler un peu de vous?

Bonjour à tous les lecteurs du blog, je m’appelle Fédora, j’ai 22 ans, je suis passionnée par les livres depuis mon plus jeune âge et après avoir obtenu mon DMA (diplôme des métiers d’art en reliure dorure) à l’Ecole Estienne avec la mention d’excellence, je rêve d’ouvrir mon propre atelier en région parisienne.

Nous connaissons tous l’Ecole Estienne de nom, pourriez-vous nous en dire un peu plus?

L’école Estienne est le nom traditionnel de l’École supérieure des arts et industries graphiques. Elle a été fondée en 1886. Son nom est un hommage à l’imprimeur Robert Estienne. On y enseigne également la typographie, l’illustration, la gravure, la communication visuelle, les métiers de l’édition et de l’animation 3D.
Plaquette de dorure. Fleuron or et noir de fumée.Pour pouvoir entrer à l’école Estienne il faut soit avoir fait un bac arts appliqués ou soit, comme moi faire une mise a niveau en arts appliqués. Il y a des cours généraux (Français, Anglais, Histoire de l’art, Comptabilité…) puis la pratique. Deux ateliers sont mis à notre disposition, un de reliure et l’autre de dorure. Au long de la scolarité, nous avons plusieurs figures imposées à réaliser : bradel, reliure sur nerf, montage sur onglets avancés, gravures…
Voyage au Congo André Gide. Reliure présenté pour mon diplômeReliure box teinté avec boîtePuis pour la présentation de notre diplôme nous avons trois reliures à effectuer sur un thème de notre choix. Nous présentons le jour du diplôme ces trois reliures a un groupe composés de dix professionnels.
Au dessus de la simple obtention du diplôme, il existe mention bien ou mention d’excellence.
Reliure souple cuir imitation galuchat. Intérieur daimDepuis quand êtes vous passionnée par la reliure?

J’avais 17 ans quand la passion de la reliure s’est emparée de moi. A cet instant j’ai su que je voulais en faire mon métier. Dés lors, j’ai décidé de passer un BAC littéraire, pour étoffer ma mes connaissances. Ensuite j’ai passé une mise a niveau pour pouvoir intégrer l’école Estienne. Depuis l’obtention de mon diplôme je travaille dans un célèbre atelier de reliure, dorure et restauration à Paris.La Côté d’Azur illustrée. Boîte en papier japon teinté avec enveloppe portant des photosPendant ma scolarité j’ai réussi à obtenir la confiance d’une dizaine de clients. Mais il est dur de combiner le travail pour l’atelier et le travail pour mes clients. J’aimerais pouvoir me consacrer à eux à 100%, ainsi les délais seraient moins long.

La reliure est un art, que ressentez-vous quand vous vous occupez d’un livre?

C’est vrai que la reliure est un art. Pour faire ce métier il faut aimer l’objet livre, « un patient » qui est choyé et qui ne craint pas la piqûre ou la pointe du scalpel du relieur. Quand je recouvre le livre de cuir, de papier ou de toile j’ai l’impression de l’habiller pour le protéger. De le rendre beau, aussi beau que le texte à l’intérieur. Dominique Merigot, poèmes sur la place. Bradel cuir décor en ponçage, réserve avec des feuilles mortesPour moi le métier de relieur consiste dans un premier temps à penser à la pérennité du livre et donc à sa bonne conservation. Puis il faut aussi penser à associer l’intérieur du livre à l’extérieur. Il faut créer une harmonie entre le thème du livre et les matières et couleurs employées pour la reliure.
Chaque livre est unique (en ce moment, je travaille sur un Code Napoléon et sur un manuscrit).

Faites vous uniquement de la reliure, ou également de la dorure et de la restauration? Avez-vous une période de prédilection? Restaurez vous les livres anciens?

Pour ma part je fais de la reliure et de la restauration. Pour la dorure ça dépend du travail a faire. Je restaure des livres anciens, mais je fais aussi de la reliure traditionnelle et de création.
Reliure sur nerfs, à coinsQui sont vos modèles en matière de reliure?

Mes modèles en matière de reliure sont tout d’abord les professeurs que j’ai eus pendant ma scolarité, Monsieur Ribal (doreur connu dans le monde entier)
Monsieur Brindeau et Madame Douet (relieur).Il y a aussi Monique Mathieu connu pour l’élaboration de décors fabuleux, et Florent Rousseau qui fait essentiellement de la reliure d’art.
Que vous préférez dans la reliure?

J’avoue que je préfère le moment de la couvrure. L’objet est bientôt fini et l’on ressent une certaine satisfaction. Par ailleurs, la restauration est peut-être le moment le plus émouvant, quand on donne une seconde vie à un livre.

Quelle serait la reliure de vos rêves, et vos matériaux favoris?

Une reliure d’art avec un décor magnifique, avec des incrustations de matières et une structure inédite. J’ai une prédilection pour le chagrin pour sa souplesse, le box pour sa classe et sa sobriété, et pour le galuchat pour son touché et son originalité.
Demi reliure chagrin/papier fait mainEtes vous également bibliophile? Si oui, quels sont les livres qui vous intéressent et où achetez vous vos livres? Internet, salons, libraires?

Ma mère a vécu en Afrique et ce continent m’a toujours passionnée. J’ai décidé de faire mon diplôme autour de ce thème. Je collectionne les livres de voyage vers l’Afrique.
Je suis également amatrice de beaux livres comme les livres d’artistes présentés à la librairie Nicaise. J’achète peu sur internet parce que pour moi, le contact physique avec un livre primordial.
Carnet de croquis de Marcel DuchampVous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter concernant la reliure, ou autre chose qui touche à la bibliophilie?

En voici une : dans l’atelier où je travaille actuellement un bibliophile nous a apporté un magnifique livre d’une valeur de 50 000 mille euros (décor prestigieux, des milliers de petits fleurons or, mosaïques….), ce qu’il n’avait pas vu lors de l’achat c’est que l’ancien restaurateur n’avait pas mis à l’intérieur du livre des gardes de la bonne époque. Il n’était pas assez connaisseur pour s’en rendre compte.
Restauration de papierEvoquons pour finir les aspects pratiques… au cas où l’un des lecteurs du blog souhaitait vous confier un livre…

Chaque livre est différent et il m’est difficile de donner des tarifs, cela dépend du format, des réparations. Après descriptif du livre je peux donner une estimation. Le mieux étant bien sur de voir le livre. C’est la même chose pour les délais, mais je m’engage généralement sur une date précise, que je fais tout pour respecter. Tranche fil main, en soieVous êtes à Paris, ce qui n’est pas le cas de tous les lecteurs du blog, comment procédez-vous avec un client en général?

Oui je suis à Paris, mais j’ai des clients un peu partout en France. Nous échangeons beaucoup par mail et par colis. Quand c’est possible nous nous déplaçons une fois chacun quand il y a un travail particulier. Pour chaque client il y a tout d’abord un premier rendez vous au cours duquel je présente mon travail, puis en général une discussion avec un réel échange s’installe, pendant laquelle je note avec précision les attentes du client.
Reliure arabe. ParcheminQuels sont vos projets?

Pour finir mon projet serait d’ouvrir mon atelier de reliure en région parisienne, le plus tôt possible. J’adore votre blog, cela ne m’étonne pas qu’il ait autant de succès. Je trouve très intéressant toute la description des cuirs. Même le novice peut s’y retrouver dans votre blog et c’est ce qui me plaît.

Merci!… Bonne chance Fédora! Tenez-nous au courant.

H Pour contacter Fédora : fedora86@hotmail.fr

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Portrait de Gonzalo… Le Bibliophile qui aime les « pseudos »

Portrait de Gonzalo… Le Bibliophile qui aime les « pseudos »

Amis Bibliophiles Bonsoir,
L’une des choses qui me frappent régulièrement en lisant vos commentaires sur le blog, c’est leur pertinence et la qualité des intervenants.
Voici le portrait d’un nouveau venu, qui intervient régulièrement sur le blog, Gonzalo…
Bonjour Gonzalo, pourriez-vous nous parler un peu de vous et de votre bibliothèque?
Gonzalo, vingt-deux ans, étudiant en histoire. Je rédige actuellement, dans un cadre universitaire, un mémoire sur un imprimeur français du XVIe siècle.
Ma bibliothèque s’est constituée récemment. Après mon baccalauréat, il y a quelques années (j’étais alors en khâgne), j’ai commencé à acquérir des livres chez des bouquinistes ou chez Emmaüs, sans même trop savoir ce que j’achetais. J’allais au moins deux fois par semaine chez un bouquiniste, parfois tous les jours, et j’y raflais systématiquement ce qui venait d’arriver. J’ai énormément lu à cette époque. Un peu de tout, des classiques français que l’on me faisait étudier en cours, mais aussi des auteurs moins connus. Ma bibliothèque a donc grandi très vite. Depuis trois ou quatre ans, je me débarrasse progressivement des livres qui m’encombrent (voilà ce qu’il en coûte d’acheter n’importe quoi !). Le nombre de volumes de ma bibliothèque progresse de manière beaucoup plus raisonnable, mais elle gagne en qualité. Je n’ai pas une bibliothèque très importante (j’imagine que vos lecteurs en ont de bien plus belles et de bien plus complètes). Je pense posséder environs 800 volumes, je n’ai jamais pris la peine de les compter. Environs un quart constitue une « bibliothèque de travail », ouvrages de sciences humaines, d’histoire et d’histoire du livre. J’essaie actuellement, compte tenu de mes études et de mon goût pour le livre ancien, de me constituer un petit fond d’usuels d’histoire du livre. Le tout est entreposé dans des meubles de pin que j’ai fait moi-même. Une partie vitrée accueil les livres un peu rares ou anciens, ou qui me sont chers. Je suis toujours à la recherche du mode de classement idéal, qui mériterait une discussion sur le blog ! Depuis quand la passion de la bibliophilie s’est-elle emparée de vous?
Depuis peu, depuis toujours… Je suis issu d’une famille très attachée à la littérature, au texte, mais la dimension matérielle lui échappe dans une certaine mesure (non qu’elle l’ignore complètement, mais elle ne s’y intéresse que peu). Il y a cependant toujours eu une bibliothèque intéressante à la maison (bibliothèque parentale dans laquelle je puise allègrement). J’ai commencé à éprouver le besoin de posséder un livre lorsque j’ai véritablement commencé à aimer lire (c’est-à-dire ne pas aimer tout lire), le jour où j’ai su dire que Sartre m’ennuyait et que San Antonio m’enthousiasmait (j’assume!). Mais je ne m’autorise de réelles dépenses que depuis un an environ, lorsque j’ai commencé à lire des études bibliographiques et bibliophiliques, lorsque je me suis formé à l’histoire du livre (par curiosité et besoin estudiantin, car j’ai la chance de pouvoir mélanger mes études et mes passions !). Je n’ai commencé à acheter des ouvrages « un peu cher » (selon mes moyens…) que lorsque j’ai su (ou cru savoir) ce que j’achetais. Je me sentais incapable de juger de la qualité d’un exemplaire auparavant. Je me sens un tout petit peu plus capable désormais, même si je fais encore des erreurs et de mauvais choix… Je continue à apprendre. J’ai également eu la chance de pouvoir entrer en contact avec des gens d’une rare compétence notamment grâce à mes études. J’ai comme professeur l’un des meilleurs spécialistes français des incunables. J’ai pu, au cours de mes recherches, discuter avec de nombreux conservateurs de bibliothèques. Je bénéficie également des conseils avisés d’un libraire avec qui je suis en contact. Il me semble important, lorsqu’on est amateur débutant, de bien s’entourer, d’avoir des gens à qui l’on peut demander conseil, et qui peuvent également nous orienter, ou nous ouvrir à de nouveaux horizons. Votre blog joue aussi, dans une dimension moins « personnelle », ce rôle.

Quels sont vos domaines de prédilection, ou votre approche est-elle éclectique et vous fonctionnez au coup de coeur?
Je le répète, je débute. Je n’ai pas de domaine de prédilection, mais j’ai déjà eu bien des coups de coeur. Je possède assez peu d’ouvrages rares de toutes façons. Mon objectif pour l’instant n’est pas de constituer « un fond » : je veux juste pouvoir feuilleter des livres agréables de temps en temps. Mon approche changera certainement à l’avenir, mon goût va peut-être s’affirmer, ou s’orienter vers des domaines particuliers ; mes connaissances se complèteront sans doute, et je chercherai alors des choses beaucoup plus précises. J’imagine que les bibliophiles chevronnés qui vous lisent sont passés par là (dites moi si je me trompe!). Je me soucie assez peu, pour le moment, de la « cohérence » de ma bibliothèque: je pars du principe qu’une bibliothèque est forcément cohérente si une seule personne l’a composée. Et puis, la variété ne m’a jamais dérangé!
J’ai quand même une curiosité très prononcée pour tout ce qui touche à l’histoire de la typographie et aux caractères de formes particulières (expérimentations et novations diverses et variées). C’est sur ce genre d’ouvrages que mes yeux se posent lorsque je feuillette des catalogues de libraires… Les grecs du Roi me font rêver bien sûr, mais aussi les caractères gravés par Pierre Moreau au XVIIe siècle, ou les italiques aldines, par exemple. Je suis par exemple ravi d’avoir pu dénicher un modeste petit opuscule assez tardif (1785), imprimé en caractères de civilité, vraisemblablement un livre de colportage si j’en juge à la simple couvrure de parchemin qui fait office de reliure. Un ouvrage qui, sans être une acquisition phénoménale, n’a pas cessé de me réjouir par sa typographie. Je revendique cette approche plus matérielle que littéraire des livres rares ou anciens (en tous cas pour certains d’entre eux).

Où achetez vous vos livres? Internet, salons, libraires?
Pour la (toute petite) partie bibliophilique de ma bibliothèque, internet vient en tête: ebay bien sûr (mais prudemment), sites de libraires, site du SLAM. Internet est une véritable révolution pour les amateurs. J’ai tendance à penser que les critiques virulentes auxquelles s’adonnent un certain nombre de libraires et de bibliophiles sont vaines. Ma génération étudie, travaille, consomme et se détend avec internet. Les gens de mon âge savent pour la plupart se méfier des pièges du web. L’internet est un outil qui permet de consulter les catalogues de libraires ou de vente partout dans le monde. Plus besoin d’aller consulter l’énorme catalogue imprimé de la BnF, ni même le NUC! Le Catalogue collectif de France est également un outil d’une redoutable efficacité. Sans compter la grande quantité d’usuels qui ont été numérisés et sont désormais disponibles gratuitement (Brunet, Vicaire, Barbier, et la « biographie universelle » de Michaud sont désormais dans mon disque dur). C’est fabuleux! Je suis, vous l’aurez compris, un partisan résolu de l’utilisation du net (sans être aussi enthousiaste en ce qui concerne ebay).
J’achète aussi bien sûr chez des libraires. Parfois également en salle des ventes : ce sont des endroits où il est assez facile de faire des affaires.
Je n’ai jamais rien acheté sur un salon ; je n’ai à vrai dire pas tellement fréquenté de salons, même si un libraire que je connais bien a accepté de m’accueillir sur son stand pendant le salon du livre ancien au Grand Palais en 2007. Les tarifs pratiqués sur les salons sont souvent plus élevés qu’en catalogue, mais ces événements offrent l’avantage de rassembler un grand nombre de libraires, qui rassemblent eux-mêmes le meilleur de leur fonds. Cela présente un intérêt évident, me semble-t-il, pour l’amateur. Un salon comme celui de Paris doit aussi être envisagé comme un grand espace d’exposition (ha ! le stand de la librairie Tenschert…!). Pas obligé d’être acheteur pour y trouver de l’intérêt!

Quel est le ou les livres qui vous font rêver? Et les livres que vous possédez déjà et qui vous sont particulièrement chers?
Beaucoup de livres me font rêver. Entre autres, les incunables, les très belles impressions du XVIème siècle (allez, une au hasard qui m’a marqué lorsque j’ai commencé à m’intéresser au livre: la bible polyglotte plantinienne), les « Étrennes de poésie françoise en vers mesurés » de Jean-Antoine de Baif (1574), le »De Re diplomatica » de Mabillon (1681), l’E.O. de Tristram Shandy (1759), et toutes autres très belles, très importantes ou très étonnantes choses… Je l’ai déjà dit dans un commentaire sur le blog, je préfère réfléchir en terme d’exemplaire plus qu’en terme de titre. Un texte de peu d’intérêt peut devenir désirable s’il est bien relié. Je n’achèterai pas (ou alors à vraiment très bas prix) un livre s’il est incomplet, dérelié, sans marge, ou trop sale. Je rêve parfois à des textes dont je ne connais rien en voyant une belle typographie ou une belle reliure. Je rêve aussi parfois de posséder des beaux exemplaires de grands textes que je n’ai lus qu’en poche… L’amateur de livres rêve beaucoup! L’un des livres qui m’est le plus cher est mon premier achat « bibliophilique ». Un ouvrage qui ne vaut à peu près rien d’un point de vue économique (un tome seul [sur six!], auquel il manque la plupart des gravures), mais qui m’est toujours cher. Il s’agit du deuxième tome du Traité de Diplomatique de Toustain et Tassin (1755). Toustain et Tassin, deux bénédictins de la Congrégation de Sainte-Maure, prennent la relève de Mabillon et rédigent un énorme traité de diplomatique (« l’art de déchiffrer les chartes et les diplômes »). Avec Mabillon, Toustain et Tassin inventent la paléographie et la critique scientifique des sources historiques. Témoignage émouvant pour un étudiant en histoire que celui de sa discipline en train de naître! Un volume in-quarto, relié plein veau, avec de très belles planches reproduisant divers type de documents (monnaies, inscriptions lapidaires, chartes, etc.). Les formes de lettres anciennes sont souvent reproduits en plein texte (ont-ils gravés des poinçons et fondus des caractères pour cette unique impression? j’en rêve!). J’ai acquis très récemment une impression didonne de 1783 très bien conservée, sous une reliure à plaque romantique (Restauration, pour être précis) que je me plais à attribuer à Bibolet (sans autre preuve que le style et une roulette… un peu léger, je sais!). C’est la seule belle reliure que je possède. Rien de trop fastueux, mais je l’aime beaucoup.
Je me suis également offert il y a plusieurs mois l’un des 55 exemplaires du tirage de tête (sur vergé d’Arches) de « Pseudo » d’Emile Ajar/Romain Gary. Gary est certainement l’auteur français auquel je suis le plus attaché, et Pseudo est l’un de ses livres les plus fort. Je tenais à en posséder un bel exemplaire. J’attends d’avoir un peu plus de moyens pour donner à cet ouvrage la reliure qu’il mérite. Il patiente en attendant dans son aquarium de papier cristal…

Vous savez que les lecteurs du blog aiment les histoires, auriez-vous une anecdote à nous raconter, sur une trouvaille, un livre, autre chose qui touche à la bibliophilie?
Une simple anecdote. Au cours de mes recherches sur un imprimeur du XVIe siècle, en visite dans une bibliothèque municipale, j’ai eu la chance de tomber sur un exemplaire sorti de ses presses et entièrement constitué d’épreuves d’imprimerie, corrigées à la main, qui n’était pas référencé comme tel dans le catalogue. J’en ai été stupéfait! C’est pour moi une source importante, d’autant que l’on connaît assez peu d’exemplaires d’épreuves pour l’imprimerie du XVIe siècle. Ce sont des deuxièmes épreuves, avec assez peu de corrections, mais avec des particularités typographiques intéressantes: grandes capitales utilisées « en vrac » (sans dessus/dessous) pour caler le texte dans la galée, italiques capitales manquantes et complétées par de simples traits (ce qui me renseigne sur l’état des casses d’italique dans l’atelier de mon imprimeur). C’est pour moi une trouvaille passionnante sur laquelle je travaille encore. Enfin, vous êtes un visiteur fidèle du blog… qu’en attendez-vous?
Qu’il me cultive, qu’il m’informe, qu’il me détende aussi, et qu’il crée des rapports entre les amateurs. L’amour du livre est une belle chose, autant le cultiver. Autant le partager, en partageant des connaissances, comme vous le faites et comme le font vos lecteurs dans leurs commentaires. J’apprends beaucoup à vous lire, et vous encourage vivement à continuer. Merci pour l’honneur que vous m’avez fait en me posant ces questions, j’espère n’avoir été ni trop long, ni trop ennuyeux… Il est toujours délicat de trop parler à la première personne!
Merci!H
Légende des images : 01 – Deux pages du traité de « La Civilité qui se pratique en France », Orléans, Rouzeau-Montaut, 1785.02 – Détail du même ouvrage.03 – E.O. de « Pseudo » d’Emile Ajar: tirage courant (droite) et grand papier (gauche), PAris, Mercure de France, 1976.04 – Confrontation des deux pages 38 du même ouvrage. Grand papier (et grande marge!) à gauche, tirage courant à droite).08 – Isocrate, Orationes et Epistolae (grec et latin), Paris, Jean Libert, 1621. Détail.10 – Toustain et Tassin, » Nouveau traité de Diplomatique », t. II, Paris, Guillaume Desprez, 1755. Titre.11 – Ibid. Incipit. 12 – Ibid. Incipit (2).13 – Ibid. Une planche.14 – Ibid. Une plance.

21 Commentaires

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  2. Bonsoir Bertran,
    En effet je pense que la reliure d’art contemporaine est l’art de la décoration de la reliure avec le choix des matériaux, des couleurs, de la technique….

    Amicalement Fédora

  3. Merci Fedora de votre réponse qui me satisfait pleinement. En effet, tout doit être parfait ou tout au moins tout doit tendre vers la perfection.

    Malgré tout vous n’avez pas répondu vraiment à ma deuxième question que je réitère ici :

    Ne considérez-vous pas que la reliure d’art contemporaine est avant tout l’Art de la décoration de la reliure ?

    Amitiés, Bertrand

  4. Bonsoir Bertran,
    En temps que relieuse d’art je considére que le décor et la technique du corps d’ouvrage sont aussi importants. Le livre doit être harmonieux dans sont integralité. Tout doit être impécable à mes yeux.

    Amitiés, Fédora

  5. Bravo pour ces belles réalisations.

    Une question :

    En tant que relieuse d’art, considérez-vous qu’il existe pour vous une priorité du décor de la reliure sur la technique du corps d’ouvrage, ou bien les deux sont-ils aussi importants à vos yeux ?

    Ne considérez-vous pas que la reliure d’art contemporaine est avant tout l’Art de la décoration de la reliure ?

    PS : mes questions n’ont rien de polémique pour ceux qui le penseraient, au contraire, je cherche juste à connaitre le fond de la pensée d’un relieur d’art moderne et sa façon de voir les choses.

    Amitiés, Bertrand

  6. « oooh ! aaah ! c’est beauuu !!! » Voici à peu de choses près ce que je me suis dit en découvrant ce billet.
    Je fais de la reliure (en tant qu’amateur, je débute) et je suis en émerveillement devant ces photos.
    Bravo, Fédora, bon courage et bonne chance dans tous vos projets !

  7. > quand je pense que certains trouvent que c’est un « blog de rigolos »

    Qui? qui?

    Et puis après tout, s’ils ont raison, tant mieux pour nous! Je préfère la compagnie de Rabelais à celle de Bossuet. Vivez joyeux, bande de rigolos!

    PS/ Mais sérieusement, c’est qui?

  8. Superbe! Fédora, je garde précieusement votre adresse email. Vos réalisations sont magnifiques, et visiblement vous êtes toute jeune! Bravo!

    Hugues, merci pour ce portrait et pour le blog… quand je pense que certains trouvent que c’est un « blog de rigolos » (et mon petit doigt pense savoir de qui il s’agît)… j’ai envie de répondre que ce seront bientôt eux qui me feront le plus rire (quand ce n’est pas pleurer).
    Etienne

  9. Superbe reliures, et intéressant portrait.

    Pourquoi, Fédora, ne laissez vous jamais de commentaires? Réponse exigée en commentaire! ;o)

    Ce qui me fait plaisir, c’est de voir que la tranche d’age 20/25 ans (la mienne!) semble plutôt bien représentée dans les lecteurs du blog. On se sent moins seul! C’est chouette.

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