Du classement et du rangement

Amis bibliophiles Bonsoir,

Mon problème, c’est que j’ai choisi de collectionner les livres rares, et non les bibliothèques, résultat, je croule, et la question du rangement, du classement et de l’organisation se posent tous les jours à moi.

Vous le savez, dans les scriptoriums, les livres étaient le plus souvent rangés à plat. Mais saviez-vous qu’ensuite, avant d’arriver à l’habitude qui est la notre aujourd’hui, les livres étaient rangés verticalement dans les rayonnages, certes, mais « à l’envers », présentant leur tranche aux yeux de tous, plutôt que leur dos, comme c’est le cas désormais.

D’où d’ailleurs les superbes réalisations qui furent faites pour Pillone et son fils par Vecellio, le neveu de Titien, vers 1590, et dont un grand nombre furent rassemblées par Pierre Berès (mais je parlerai de Pillone une autre fois, c’est prévu).
Comment faites vous de votre côté pour ranger vos livres? Au début, j’ai essayé de les ranger par thème, mais je me suis rendu compte que chaque nouvelle arrivée m’amenait à modifier toute l’organisation. Du coup, j’ai abandonné ce système et j’avoue, à ma grande honte, que je mixe désormais deux méthodes : un rangement par thème quand j’en ai le courage, mais la plupart du temps, un rangement par ordre d’arrivée (ce qui n’est pas idéal).

En même temps, je ne suis ni chercheur, ni marchand et je n’ai donc pas besoin de savoir immédiatement où se trouve tel ou tel livre. Au contraire même, c’est même devenu un plaisir de parcourir les rayonnages à la recherche d’un titre, et d’en redécouvrir d’autres au passage.

Hélas, cela ne suffît pas toujours et j’en suis arrivé à ranger les livres sur la tranche dans le fond des rayonnages (ils présentent leurs dos), et d’en présenter certains autres de face, c’est-à-dire plat mis en avant, devant ceux qui sont dans le fond du rayonnage… Ce n’est pas idéal non plus.

J’oubliais quand même quelque chose, je module ce classement en fonction de l’état des livres ou de leur thème, pour environ 5% d’entre eux : ceux qui pourraient s’avérer fragiles sont préservés de l’éclairage direct d’une part, et les curiosa et les livres occultes sont enfermés dans un petit cabinet particulier, qui est enserré dans un rayonnage. Ils sont ainsi à l’abri du soleil… et des regards.

Et vous? Auriez-vous une méthode miracle? Comment faites-vous? Comment lutter contre l’invasion?

H

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Lorsque l’imprimeur voit rouge

Lorsque l'imprimeur voit rouge

Amis Bibliophiles Bonsoir,

En complément de mon message sur le trafic, que vous trouverez ci-dessous, je vous propose ce soir un message de Bertrand « L’Imprimeur voit rouge », que je compléterai mardi ou mercredi (pour cause d’énigme demain) avec mon propre message « L’imprimeur est carrément devenu daltonien »… Quel feuilleton, c’est carrément du Dumas!

Laissons la parole à Bertrand , lorsque l’imprimeur voit rouge…

« Chers amis, je vais vous entretenir aujourd’hui d’un sujet qui ne me semble pas avoir occupé beaucoup de pages dans les annales de la bibliographie matérielle et descriptive.

J’ai hésité à donner pour titre à cet article : « Caprice d’imprimeur » et puis j’ai trouvé que finalement le titre ci-dessus était plus parlant, mais certes, moins littéraire.

Ainsi donc je vais vous parler des livres anciens dont la page de titre et seulement la page de titre est imprimée intégralement en rouge.

Vous avez tous ici, je suppose, eut en mains des ouvrages du XVIè, XVIIè, XVIIIè et du XIXè siècle dont la page de titre était imprimée en rouge et noir. C’est élégant, et somme toute assez commun. Les productions sorties des presses hollandaises notamment (Neaulme, Gosse, Elzevier, Marteau, etc) en sont les meilleures illustrations.

Mais avez déjà souvent rencontré dans vos pérégrinations bibliophiliques des ouvrages dont la page de titre est intégralement imprimée à l’encre rouge ?

Si tel est le cas, vous avez eu énormément de chance car je crois pouvoir affirmer que ce genre d’impression est assez rare pour ne pouvoir vous en citer que trois exemples (d’après mes rencontres). Les voici.

Tout d’abord, il y a quelques temps, j’ai eu l’opportunité d’acquérir un ouvrage fort rare des comédies de Plaute dans une édition lyonnaise datée de 1513, faite à l’imitation de Junte de Venise. C’est un petit in-8 dont seule la page de titre est imprimée en rouge. Ce qui rend l’ouvrage charmant et insolite. Voir la reproduction de la page de titre ci-dessous
Sans autre référence concernant les ouvrages imprimés au XVIè siècle, voire au XVè siècle (incunables), il me semble néanmoins avoir déjà croisé, de ci de là, au gré de mes lectures cataloguesques, quelques exemplaires d’ouvrages dont la page de titre était également entièrement en rouge (mais je n’ai pas d’autres références exactes à citrer pour le XVIè siècle). Peut-être n’est-ce pas si rare pour cette période du premier siècle de l’imprimerie que pour les suivants ??

Concernant le XVIIè siècle je n’ai aucun exemple à vous donner, n’en ayant jamais rencontré. J’attends donc vos propres exemples si vous en connaissez.

Passons maintenant au XVIIIè siècle. J’ai la chance de pouvoir vous exposer deux cas.

Le premier dont je viens de faire très récemment l’acquisition, justement pour cette raison (page de titre en rouge) et pour illustrer ici mon propos.

Il s’agit des Nouvelles Lettres Persanes, traduites de l’anglais. Ouvrage publié à Londres en 1735, sans indication d’imprimeur.

Les deux tomes sont reliés en un seul volume. Les deux pages de titre (voir ci-dessous) sont ornées d’une belle et grande vignette et sont entièrement imprimées en rouge.

L’ensemble du corpus de texte étant imprimé en noir. Cet ouvrage qui est une bonne imitation (ou continuation) des Lettres persanes de Montesquieu. L’ouvrage original anglais serait d’après Barbier et divers auteurs de Littleton.

L’autre ouvrage que nous pouvons citer pour le XVIIIè siècle est une véritable énigme bibliographique par ailleurs :

L’enfant trouvé, ou l’histoire du chevalier de Repert, écrite par lui-même. Ouvrage édité à l’adresse (fictive ?) de Paris, aux dépens de la Société, en 1738, 1739 et 1740. Il est composé de neuf parties d’une centaine de pages chaque, toutes avec une page de titre intégralement imprimée en rouge (voir ci-dessous). Les trois premières parties sont datées 1738, les trois suivantes de 1739 et enfin les trois dernières de 1740.

Nous avons donc ici, fait assez exceptionnel pour être remarqué, neuf pages de titres en rouge avec à chaque fois le corpus de texte entièrement en noir. Chaque titre est orné d’un petit fleuron typographique identique pour toutes.

De cet ouvrage, je ne sais rien ou presque. Ni l’auteur, ni le lieu d’impression exacte. La seule chose que j’ai pu facilement constater est qu’il ne se trouve pratiquement nulle part référencé.

C’est un oublié des bibliographes !

On en trouve cependant un exemplaire (première partie), numérisé dans Google Livres. La page de titre s’y trouve également en rouge. Il y en a un exemplaire des six premières parties seulement au catalogue de la bibliothèque de Nîmes (Google Livres). M. de La Vallière en possédait un exemplaire complet dans sa bibliothèque sous le numéro 9179 où il est précisé que l’impression serait d’Amsterdam. De toutes les bibliothèques présentes au catalogue collectif informatisé des bibliothèques de France, seule la Bibliothèque Nationale de France en possède un exemplaire complet.

Mais laissons là le mystère qui entoure cet agréable ouvrage de littérature de mœurs (que j’ai lu intégralement avec force plaisir je dois le dire). Les informations que chacun pourra apporter afin d’éclairer l’histoire de cet ouvrage seront bien évidemment précieuses et je vous en remercie par avance.

Alors que penser de ces pages de titre en rouge intégral ?

Fantaisie d’imprimeur ? Essai ? Demande express d’un amateur ?

A vrai dire je n’ai pas la réponse et vous la soumet plutôt. Je ferai simplement quelques remarques.

Premièrement, ce type de page de titre, à ce que j’ai pu constater, se rencontrent rarement.

Deuxièmement, j’étais convaincu, encore il y a peu, que toute l’édition d’un même ouvrage dont je possédais un exemplaire avec la page de titre en rouge était avec la page de titre en rouge. Je suivais en cela l’information donnée par Brunet concernant le Plautus de 1513 qui donne cette édition avec le titre en rouge.

Je suis cependant détrompé maintenant car j’ai pu localiser un exemplaire des Nouvelles Lettres persanes de Littleton, 1735, avec les pages de titre en noir ! Cela remet évidemment en cause le fait que l’ensemble de l’édition était tirée avec tous les titres en rouge.

Alors combien d’exemplaires avec les titres en rouge ? Pourquoi ?

Autant de questions qui sans aucun doute resteront sans réponse…

A vous de dire maintenant. Évidement le plus intéressant serait de recenser un maximum d’exemplaires présentant cette particularité bibliographique qui en fait des curiosités (pour moi en tous les cas). Envoyez vos photos de pages de titre en rouge à Hugues par e-mail, nous en ferons la synthèse.

En espérant que vous aurez pris du plaisir à lire cette esquisse bibliographique,

Amitiés bibliophiliques, Bertrand.

Merci Bertrand,

Hugues

17 Commentaires

  1. Bonjour,
    J'espère qu'après tout ce temps vous êtes arrivés à ranger efficacement vos livres.
    Sincèrement, dans votre cas, le rangement n'est pas aussi évident qu'on peux le croire, vu les différentes contraintes que vous éprouvez, pourtant, je peux vous proposer de les ranger par ordre alphabétique, en fonction du titre ou même du nom de l'auteur.
    Bon courage.

  2. Pour cela il faudrait que Hugues me tire le portrait et pour que j’accepte, il faudrait au préalable que Hugues fasse son autoportrait, ce qui ne semble pas gagné 😉
    Pudique, Hugues, qui l’eût cru !
    Eric

  3. Bonsoir
    « En ce qui me concerne, je classe mes livres par catégories :
    trois catégories « spécialisées » : Mathématiques, Alchimie, Chimie « 

    Ce serait très sympa que vous nous présentiez quelques ouvrages sur l’Alchimie; je pense que Hugues ne s’y opposerait pas ?

    Cordialement

    J

  4. Je retranscrit ci-dessous le texte de Gabriel Peignot « Manuel du Bibliophile » sur ce même sujet.

    Au passage, son avis concernant le bois à utiliser pour sa bibliothèque :
    « Si l’on a une bibliothèque composée de livres précieux, il est à propos de prendre du bois de cèdre, ou au moins du chêne très sec et très sain, pour en faire le meuble et les tablettes destinées à recevoir les ouvrages. Le cèdre, par son odeur, le chêne, par sa dureté, sont plus propres à écarter les vers et autres insectes, qui se creusent si facilement un asile dans le sapin et autres
    bois tendres. »

    Et concernant le classement :

    « Il existe un grand nombre de systèmes sur la manière de classer les livres »… »mais on revient toujours à celui de G. Martin » … » Il divise les connoissances humaines en cinq grandes branches : 1° religion, 2° jurisprudence, 3° sciences et arts, 4° Belles—lettres, 5° histoire, et ensuite il établit des sous-divisions , dont voici les principales: » ….
    « En général , pour qu’une bibliothèque flatte l’oeil et que l’on puisse y trouver sur-le-champ ce dont on a besoin, il faut avoir l’attention de réunir d’abord tous les formats de même espèce, c’est-à-dire, mettre tous les in_folio ensemble, tous les in—4°, tous les in-8°, etc.; ensuite il faut classer les ouvrages, dans la série de chaque format, selon les cinq grandes divisions que nous venons d’exposer, et enfin, ranger par ordre chronologique, dans chaque division ou sous-division, les auteurs qui ont travaillé sur la même matière. C’est le moyen le plus sûr de savoir où chaque ouvrage et chaque volume est placé , et d’être toujours au courant de ce que l’on possède, et de ce que l’on désire encore acquérir pour se compléter dans chaque partie, selon ses besoins ou selon ses goûts.
    Cet ordre, que la différence des formats nécessite dans l’arrangement d’une bibliothèque, ne conviendroit pas dans le catalogue que l’on en voudroit faire, quoiqu’il ait été suivi jadis par plusieurs libraires il isole trop des parties qui appartiennent à une même division. Pour faire un catalogue régulier, il faut commencer par faire copier les titres de tous les livres sur des cartes, ensuite classer toutes ces cartes dans l’ordre des divisions et sous-divisions que nous avons rapportées plus haut, puis les transcrire dans ce nouvel ordre sur un registre. On aura soin de mettre en tête du catalogue la table des divisions, et, à la fin, la table alphabétique des auteurs, suivie de celle des ouvrages anonymes. Un catalogue ainsi rédigé, a l’avantage de présenter toutes les richesses d’une bibliothèque dans l’ordre le plus méthodique, et de faciliter les recherches. »

    Vive l’informatique !

    En ce qui me concerne, je classe mes livres par catégories :
    trois catégories « spécialisées » : Mathématiques, Alchimie, Chimie
    Dans ces catégories, j’adopte un classement « au mieux » en fonction du format et des sous-catégories.

    Ensuite, le tout venant (je plaisante) :
    Incunable (ici pas de manque de place pour ce rayon qui reste désespérément vide)
    Livres du XIX° (hors Mathématiques, alchimie, chimie)
    Livres anciens (hors catégories ci dessus)
    Et enfin les bibliographies et livres sur les livres.

    Eric

  5. Puisque l’on évoque les boites, quelqu’un connait-il le nom des boites en carton noir, résistant au feu, imperméable et non acide qu’utilisent les dépots d’archives? Je sais que ces boites ont un nom, mais je ne parviens pas à le retrouver…

    Mes livres anciens fragiles sont tous de petites tailles, alors je me contente d’enveloppe craft.

  6. Raphaël bonjour,

    Je demanderai rapidement au conservateur de la BM de Reims quel est son fournisseur pour des boites que je connais, qui sont a priori au top car probablement conformes aux données de la BnF sur le sujet.

    Jean-Paul

  7. Une question plus particulièrement à Intaglio mais adressée également à la communauté des collectionneurs :
    Quel est votre avis et vers quel choix de fournisseurs
    orienteriez-vous pour des boites ou étuis en carton de qualité « conservation », afin d’assurer la protection de livres fragiles, sans aller jusqu’aux prestations des relieurs, certes plus esthétiques, mais aussi plus onéreuses. J’ai repéré par exemple:
    http://www.klug-conservation.com/site/index.php?prod=nomi&lang=fr&nava=1&typ=Haupt-Kategorie

    Merci de vos avis.

    Raphael

  8. La question du matériau à employer pour les bibliothèques tracasse aussi les bibliothèques (nationales, municipales, etc.). Le bois fut longtemps privilégié malgré les risques d’incendie (cf. incendie de la Herzogin Anna Amalia Bibliothek du 2/9/2004, url : http://de.wikipedia.org/wiki/Herzogin_Anna_Amalia_Bibliothek) et les risques d’infestation. Le fer est désormais employé par les grands établissements pour leurs magasins même si l’on a constaté que sous l’effet de la chaleur il pliait et que le bois pouvait résister longtemps. Cf. « steel shelving is the best choice to avoid possible damage to the collection materials from direct contact with the finish. » in : http://www.librisdesign.org/docs/CollectionPreservation.pdf. Cf. aussi : http://www.culture.gouv.fr/culture/conservation/fr/preventi/guide_dll.htm#Sommaire

  9. Bonjour Gonzalo,
    A la lecture de ta question, je m’apperçois que j’ai mis deux « t » au lieu d’un à « raboté » !
    Sinon, le choix entre sapin et chêne n’est effectivement qu’une question de prix pour la même qualité de résultat. Et surtout, ne jamais cirer ni l’un ni l’autre, pas à cause du bois, mais à cause des livres !

    Jean-Paul

  10. Pour la partie livres anciens de ma bibliothèque, aucun classement: je n’en ai qu’une poignée, et un simple regard suffit à les embrasser tous (je manie la métaphore avec approximation, veuillez m’en excuser). Sous vitrine!

    Pour le reste de ma bibliothèque (qui mélange les tirages de tête aux éditions de poche), deux grandes sections: classement alphabétique d’auteurs pour tous ce qui est littérature et philosophie (que je mélange volontairement, certains romans sont de véritables traités philosophiques, alors que certains traités philosophiques m’apparaissent plus comme de la poésie). Classement par thème pour la section documentaire. A côté de cela, une bibliothèque de travail comprenant tous mes livres d’histoire et de sciences humaines, et d’histoire du livre (à part). Je suis en train de faire une tentative de classement thématique (une « dewey » personnelle!) pour le rayon « books about books », je vous tiendrai au courant si la chose vous intéresse.

    Ha oui, j’oubliai: pragmatisme oblige, séparation entre les livres de format moyen (8° et plus petits) et grands formats, auxquels un meuble est consacré.

    Petite question pour Jean-Paul: pourquoi « sapin rabotté »? quelle est l’importance de l’essence du bois pour la conservation des livres? Le chêne ne convient-il pas? Le sapin n’est il important que pour son prix (excellente raison), ou pour des raisons plus directement bibliophiliques?

    Quelqu’un a-t-il des connaissances sur ce qui est de la fabrication des meubles?

  11. La question ne se pose même pas chez moi… Chambre de 12m² où je suis obligé de caser environ 1100 mangas et BD, 250 poches, 200 livres d’histoire et d’art, et 150 livres anciens… Il faut trouver un ordre, et le plus simple possible est le mieux… Quatre étagères pour les in-12 et moins, une pour les in-8 et plus. Les plus moches au fond, là où il fait le plus noir, les plus beau, devant, là où la lumière (pas la lumière solaire, et pas de lumière directe) les atteints. Pour les autres livres, ils sont mis là où ils peuvent rentrer. C’est tout simple. Pas vraiment de classement par thème. Juste un demi rayon Histoire des Deux Indes et autres livres d’Histoire. On fait comme on peut.
    Et on attendra également pour les étagères en acajou! Pour le moment, c’est de l’agglo de base, résistant et pas cher.

  12. Bonsoir à tous,
    Bien entendu pas de recette miracle pour moi non plus, juste une observation. Mon philosophe de père est un maniaque du rangement et de l’ordre pour tout ce qui est papiers, livres, etc. Ironie, il est aussi celui qui réalise mes étagères. Pour ma part, et ce depuis toujours, je suis un vrai « bordèlique » (dixit ma chère mère, philosophe elle aussi). Au désespoir de mon collègue de bureau les livres, les papiers, s’accumulent sur mon bureau sans ordre apparent… L’expérience aidant, cette absence d’ordre me semble demeurer le meilleur ordre : je ne perds rien (au contraire de mon philosophe de père qui cherhce des années durant des choses qu’il a si bien classées…), je « retrouve » des livres qui avaient disparu de mon angle de vision (il en va également ainsi de mes vêtements, au désespoir de ma philosophe de compagne), j’ai construit toute ma colonne vertébrale intellectuelle ainsi dans un joyeux bazar (où rien ne se perd et se confond confusément et, finalement, construit un ordre). Les formats, les époques, les éditeurs, les thèmes, la lumière…? Oui et non. Je viens d’acheter une grande bibliothèque : spontanément j’ai regroupé par format les ouvrages qui me sont chers. Deux semaines après… au fil des lectures seul le classement par format demeure (et encore…).Dans un monde idéal, j’aurais une pièce par thème (j’accumule aussi les gravures et objets du 17ème, 18ème…). Dans un monde où je paie mon loyer, j’en reste à mon « système » : à l’abri de la lumière, sur des étagères qui les préservent, dans un ordre qui est le mien (et je le partage).
    Si je reviens sur terre :
    – la question du nombre d’ouvrages est primordiale (ceux qui possèdent des milliers d’ouvrages doivent se poser d’autres questions que les miennes) ; la taille de l’habitation est, évidemment, liée à celle-ci. 100 ouvrages dans 900 mètres carrés ou 900 dans 100 mètres carrés. L’équation n’est pas la même.
    – la bilbiopégimanie (j’ai bon?) joue évidemment elle aussi. Les cerises devant, les peaux humaines aussi (lorsque les enfants sont sortis). Sans l’être, mes exemplaires les plus miteux sont, eux aussi, relégués aux arrière-scènes…
    – le bibliophile enfin (et surtout) qui saura expliquer l’économie de son rangement aux oreilles attendries de ses confrères et à celles inquiétes de ses amis…

    Bien à vous tous,
    Olivier

  13. Ce problème est un vrai « serpent de mer »…
    Toutes les générations de bibliophiles et de bibliothécaires sont confrontées les unes après les autres à cette question.
    Il n’y a pas de solution unique pour tous. Chacun tente d’approcher l’idéal, dans l’environnement disponible.
    Quand on a la chance d’avoir de la place, le moins mauvais système est le rangement par thème, et par formats dans chaque thème, sur des rayonnages en sapin rabotté faits sur mesure, avec une bibliothèque vitrée fermée pour les exemplaires les plus fragiles ou les plus précieux pour une raison ou une autre. Ce n’est malheureusement pas la solution la moins onéreuse, sans compter qu’on peut remplacer le sapin par de l’acajou…

    Jean-Paul

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.