Reconnaître une édition originale : le guide

À la manière de Lucas Corso, chasseur de livres et traqueur d’exemplaires authentiques.

Amis bibliophiles, bonjour.

Une édition originale, c’est le premier état d’un texte, sa naissance imprimée ; tout le reste n’en est que la copie. Mais le marché regorge de réimpressions habillées en originales, et seul un œil méthodique fait la différence. Voici comment ne pas se faire avoir.

L’édition originale, qu’on abrège volontiers en EO, est la première édition d’un ouvrage dans son premier tirage, la forme sous laquelle un texte est apparu pour la première fois ; sa valeur tient à cette primauté, qui en fait l’exemplaire le plus proche du moment de création. Encore faut-il distinguer la première édition du premier tirage, car une édition peut connaître plusieurs tirages successifs, et l’idéal du chasseur réunit les deux : le premier tirage de la première édition.

Plusieurs indices trahissent une originale. La mention d’édition, d’abord : une vraie originale ne porte généralement aucune indication du genre « deuxième édition » ou « nouvelle édition revue » — et l’on se méfiera, à l’inverse, des « édition originale » imprimées trop fièrement, car on ne se vante pas de ce qui va de soi. La date ensuite, qu’il faut comparer entre la page de titre et l’achevé d’imprimer en fin de volume, toute incohérence étant un signal. La justification du tirage, pour les livres modernes, situe l’exemplaire dans l’édition par le nombre d’exemplaires, les papiers et la numérotation. Restent enfin les fameux « points », ces détails précis qu’ont relevés les bibliographes — une coquille corrigée, un cartonnage, un état de gravure — et qui distinguent le premier tirage des suivants : c’est là que se gagne ou se perd une enquête.

Les pièges sont nombreux. La réimpression à l’identique, le « remis dans le commerce » coiffé d’une nouvelle page de titre, l’exemplaire de deuxième tirage vendu comme premier : autant de chausse-trappes. L’habit ne fait pas l’originale ; le détail, lui, ne ment pas.

Pour trancher, on consulte les bibliographies de référence, qui décrivent l’originale point par point et forment la carte du chasseur. Elles se répartissent par époque : le Tchemerzine couvre les auteurs français des quinzième au dix-huitième siècles, tandis que le Vicaire, avec son Manuel de l’amateur de livres du dix-neuvième siècle, et le Clouzot, avec son Guide du bibliophile français, se consacrent au dix-neuvième. Choisissez l’outil selon la période de votre livre, car aucun ne fait tout.

Pour authentifier, il faut savoir lire un livre : voyez nos pages sur les formats, sur les reliures et sur l’estimation.

Un livre trop sûr de lui ment souvent. Le vrai se laisse vérifier. — à la manière de L. Corso.

La lettre du bibliophile

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Les portraits dans les livres du 17ème siècle

Les portraits dans les livres du 17ème siècle

Amis Bibliophiles bonjour,
Au XVIIe siècle le portrait gravé change d’apparence dans les livres. Le petit médaillon de l’auteur au verso du titre tend à disparaître. Dès la fin du XVIe est apparu sur les pages de titre un décor gravé d’architecture en forme d’arc de triomphe qui participe à la solennelisation du livre. Comme le dit Jean-Marc Chatelain “les grands livres d’apparat du XVIIe siècle sont des machines à produire de l’éternité”(la naissance du livre moderne). 

Dans cette mise en scène le portrait de l’auteur se retrouve au dessus de la clef de voûte de l’arc de triomphe, (Ronsard, Paris, Nicolas Buon, 1609 ; Alciat, Paris, Jean Richer 1618; Montaigne, Rouen, Jean Berthelin 1641).
Surtout avec le temps s’impose le grand portrait gravé pleine page en frontispice dans des formats toujours plus grands. Ces gravures désormais quasi exclusivement sur cuivre sont parfois exécutées d’après peintures ou dessins et le nom de l’artiste figure en face de celui du graveur.

Le portrait dans un ovale entouré de sa légende, repose sur un piédestal pourvu d’une corniche, comme une statue sur son socle. Les armoiries du portraituré sont placées à la base de l’ovale.
Le siècle s’ouvre avec Thomas de Leu et Léonard Gaultier. Puis d’autres grands artistes s’illustrent (Gérard Edelinck, François Poilly..). Le plus célèbre, Robert Nanteuil, graveur portraitiste né à Reims (…!), est aussi le plus fécond.
A côté de cette production “livresque” des éditeurs publient des portraits isolés qu’il est parfois heureux de retrouver reliés par les bibliophiles de l’époque avec les oeuvres de l’auteur (Catherinot, Marolles, ).Le cas de Michel de Marolles est intéressant car il s’agit d’un des plus grands collectionneurs d’estampes et de portraits gravés de son temps dont la collection (120 000 images dont 17000 portraits) fut acquise par le roi en 1667 et se trouve aujourd’hui dans le fond N 2 de la Bnf. On retrouve son portrait gravé en tiré à part, en vis à vis de ses armoiries, un madrigal au verso.Pour terminé ce bref tour d’horizon voici un type de portrait en médaillon au sein d’un frontispice allégorique de Hadrien Valois, recueil publié par son fils en 1694 sous le titre Valesiana.
Lauverjat

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