2008–2025 : de blog à Guilde, la bibliophilie continue

Amis Bibliophiles bonjour

“On croit parfois tourner une page ; mais c’est souvent elle qui nous tourne.”

En 2008, j’ai lancé le Blog du Bibliophile avec une seule idée : partager une passion à la fois intime et collective, celle des livres anciens, de leur histoire, de leurs mystères, de leurs excentricités, et de leurs beautés.

Durant plus de quinze ans, le blog a connu des centaines (en fait des milliers) d’articles, de rubriques, de correspondances avec d’autres amateurs, et d’expérimentations éditoriales…. et des dizaines de milliers de commentaires; vertigineux.

Je n’ai jamais prétendu tout savoir, mais j’ai tout tenté pour faire aimer ce que j’aimais.
Avec sincérité, avec humour quand j’y parvenais, et parfois avec cette douce ironie que cultivent ceux qui fréquentent les marges (des livres et du monde).

Mais voilà : les années passent, les étagères s’alourdissent, le temps libre se rétracte, et mes jours, comme les vôtres peut-être, ne comptent plus assez d’heures pour tout lire, tout écrire, tout nourrir.


Une nouvelle époque

Plutôt que de laisser le site s’endormir, j’ai décidé de passer le relais — non pas à une seule personne, mais à un collectif qui a bien voulu m’aider en reprenant le flambeau, une fraternité de lecteurs et d’observateurs passionnés, animés par une même rigueur, une même exigence, et un même amour du livre.

Ce collectif s’organise autour de la Guilde des Bibliopolicés, un petit cercle de bibliophiles.
Leur mission : expliquer, veiller, décrypter, défendre, parfois dénoncer, toujours transmettre.

À leurs côtés, d’autres voix viendront enrichir le site : plumes anciennes, signatures neuves, et regards multiples.


Une transmission, pas une disparition

Je continuerai à veiller, à lire, à murmurer peut-être — mais la lumière sera désormais portée par ces nouveaux visages, ces auteurs rigoureux et passionnés, leurs rapports circonstanciés, leurs billets de fond et d’humeur.

Le site bibliophilie.com n’est pas mort.
Il entre simplement dans un nouveau chapitre, que je souhaite aussi original que fidèle à son esprit d’origine. Et puis, c’est vrai, j’aime raconter des histoires 🙂

Merci à toutes et tous pour votre fidélité depuis 2008.
À ceux qui me suivaient sur Blogger, puis ici.
À ceux qui découvriront ce lieu pour la première fois.
Et à ceux qui, comme moi, continuent de croire qu’un vieux livre peut encore faire battre le cœur.

Vive la bibliophilie,
vive l’humour des notices,
et vive la Guilde des Bibliopolicés,
désormais en poste.

Je cède donc définitivement la parole à la Guilde, qui se présentera elle même à vous d’ici vendredi.

Hugues

La lettre du bibliophile

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À lire ensuite

Punk bibliophilie à Drouot: fuck, spring break et Marmontel… aux innocents les manettes pleines

Punk bibliophilie à Drouot: fuck, spring break et Marmontel… aux innocents les manettes pleines

Amis Bibliophiles bonsoir, 

Dimanche, j’ai bu un verre avec un punk, après nous sommes allés rue de Seine, faire les vitrines… Ca m’a donné envie de reposter ce message…

Les étudiants américains ont, nous le savons, leur petit rendez-vous annuel de débauche appelé spring break. Il faut relâcher la pression d’une année difficile et laborieuse, se laisser aller à ses instincts primaires afin d’évacuer les frustrations consécutives à toutes ces contraintes volontairement acceptées. On a tous besoin d’une soupape, c’est humain. 
L’auteur et le bibliophile du blog au Salon du livre de FrancfortLes libraires aussi. Leur spring break à eux ? Les manettes en salle des ventes. En tant que spectateur, c’est à priori plus terne et moins alléchant :  moins de nichons, moins de concours de t-shirt mouillés, moins de cocktails, moins de jeunes filles avenantes, moins de rock’n’roll…
Résumons : moins de Bukowski et plus de Marmontel.
Libraires français en plein Spring break
avant que la saison ne reprenne à DrouotL’intérêt du spectacle est donc de prime abord plus intellectuel que corporel et immédiat, même si les deux manifestations possèdent un point commun qui saute aux yeux de tous : l’éternelle condition humaine.
Ce billet n’a rien de moqueur, il est plein d’une tendresse réelle. Je possède, c’est certain, plus d’un point commun avec ces libraires-à-manettes et j’envie parfois cette fougue un peu punk-en-mocassins-à-glands qui les pousse dans la fosse, au premier rang de ce concert qui se rejoue toutes les semaines, depuis des années, au théâtre du 9 rue Drouot, et ailleurs.
Acteur principal ou second rôle est un choix de vie qui n’est pas sans conséquences. Le devant de la scène expose toujours aux quolibets et jugements, l’arrière-salle est moins dangereuse, mais qui regarde trop sans agir doit se méfier de la misanthropie qui rôde.
Quoiqu’il puisse en être, il reste bon, je crois, d’assister à une belle session de manettes une fois dans sa vie. Pas de ces petites manettes achetées dédaigneusement quelques poignées d’euros en bayant aux corneilles ô corneille, non, de la vraie, belle, grosse manette, avec un peu de peau de truie et du maroquin, merci. De la manette d’arsouille, où les cagettes sont fouillées, le contenu déplacé de l’une à l’autre le matin de onze heures à midi, de celles où ils savent, on sait, qu’il y de la marge, et de la grosse. Du fric à se faire et quoi merde, faut bien croûter !
Oui, faut bien.
Les livres sont maltraités : peu importe, les mains qui les touchent, elles, sont pures, car déconnectées du cerveau. Ou l’inverse, je ne sais.
Mais sont-ce réellement encore des livres que ces livres en manettes ? Difficile à dire. A la fois oui, et non. Ils sont ce que ce que le lingot est à la monnaie.  Et puis, qui en voudrait de ces livres ? Dans la salle, personne. Moi je n’y mettrais pas un centime, je les dédaigne et leur valeur marchande m’est inexistante.  
Sont-ce encore des libraires qui achètent ces manettes ? Oui et non, ce sont avant tout des hommes et des femmes qui doivent payer laborieusement leurs factures, ou plus légèrement les traites de leur 4×4, selon. Alors ils font avec ce qu’ils savent faire, on ne s’improvise pas un autre métier foireux, qu’on exercerait sans vergogne, juste pour faire bouillir la casserole en préservant vertueusement celui qu’on aime. Et puis ils sont les derniers à s’intéresser à ces ouvrages délaissés, l’effervescence qui va bientôt entourer ces quelques livres sonnera pour eux comme la plus belle des oraisons.
Attention à bien vous renseigner avant : les plus exceptionnelles parties de manettes se jouent en fin de vente, il faut négliger et rejeter celles qui passent en début, trop facile Monsieur le Commissaire… Non non, on veut de la manette de 17h nous, 17h30 si vous en avez dans le futal, et en nombre, 30/40 strict minimum. Il faut risquer le dépassement, l’engueulade et l’amende sinon ce n’est pas du jeu. On veut voir cette termitière de libraires en fusion, ne faisant qu’un sous une impénétrable carapace de chitine, agglutinés, leurs petites pattes insectoïdes tripotant tout, vociférants, enchérissant, excités et fébriles mais se voulant blasés, plaisantant -toujours les mêmes plaisanteries-, se riant des autres, de tous et de tout, d’eux-mêmes et de cette chienne de vie.
Oh putain ça fait du bien, oui.
« C’était ma manette! »C’est une scène extatique, dont, je crois, ils n’ont plus eux-mêmes vraiment conscience. C’est cet abandon qui est beau, ce lâcher-prise. Face à une manette le libraire laisse entrevoir en public cette part que tous nous cachons au plus grand nombre car il en va ainsi de l’évolution sociale : la bête en nous. 
Elle doit être jugulée mais elle sort.
Pour eux elle sort à ce moment là, est-ce un mal ? Elle sort forcément à un endroit ou un autre pour tout le monde. Ca n’en est pas moins pathétique bien entendu, mais personne n’échappe au lot commun alors leur jeter la pierre, certainement pas. Au surplus, aimerais-je sans l’avouer qu’elle puisse sortir ailleurs, que les livres soient épargnés de la mascarade humaine, un no man’s land… Voilà bien une pensée complètement idiote qui ne me vaut pas mieux qu’un aller simple à Disneyland.
De tout il reste une chose pour laquelle je suis leur éternel débiteur et obligé, chose qui me fait aimer cette comédie de la manette toujours recommencée et me rend affectueux ses acteurs : Quand le spectacle commence, sous mes yeux, à portée de main, d’oreille et de cervelle, me vient une phrase qui me satisfait depuis toujours : « on est dédommagé de la perte de son innocence par celle de ses préjugés ».
Fuck et merci.
X.

8 Commentaires

  1. J’ai suivi le blog depuis le tout début (le temps où la publicité était faite de fausses annonces sur ebay !) et il a très largement formé le (modeste) bibliophile que je suis.
    Merci Hugues et longue vie à la Guilde

  2. Merci Hugues.
    « Etre avec des gens qu’on aime, cela suffit ; rêver, leur parler, ne leur parler point, penser à eux, penser à des choses plus indifférentes, mais auprès d’eux tout est égal. »
    JDLB

  3. Trop content de voir réapparaître le blog
    Il avait été pendant toute son existence une source passionnant d’érudition, de commentaires, de savoirs partagés. J’en avais gardé un souvenir ébloui

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