Le petit Lexique du Livre Ancien

Le livre ancien est un univers qui a son propre language. Avant de se lancer dans un achat via un catalogue, qu’il soit online ou sur papier, mieux vaut connaître quelques termes techniques pour bien comprendre la description.

En voici quelques uns, les plus couramment utilisés. N’hésitez pas à m’en soumettre d’autres, que j’ajouterai dans la liste :
Ais : dans les reliures médiévales et jusqu’au milieu du XVIe siècle, plat de bois recouvert de peau (remplacé plus tard par du carton). Armes, Armoiries : marques héraldiques de possession frappées sur une reliure. Bandeau : Ornement décoratif en tête de la page. Basane : peau de mouton utilisée pour la reliure ordinaire. Bradel : procédé inventé par le relieur Bradel à la fin du XVIIIe siècle, caractérisé par un dos sans nerfs, une gorge à la charnière des plats, le volume s’ouvrant alors plus facilement. Broché : Livre dont les cahiers, cousus, sont presque toujours recouverts d’une simple couverture de papier. Chagrin : cuir à petit grain, fabriqué à partir de peaux d’âne, de mulet, de cheval. Charnière : articulation du plat et du dos d’un volume. Coiffe : extrémité du dos d’un livre, l’une est la coiffe de tête ou supérieure (haut), l’autre est la coiffe de queue ou inférieure (bas). Collation : Description physique du livre qui détaille sa pagination et ses planches. Elle permet ainsi de s’assurer qu’il est bien complet.

Colophon : Du grec kolophôn, «fin, terminaison». Note imprimée ou manuscrite, à la fin d’un ouvrage, indiquant les éléments matériels de l’édition. Dans un livre ancien, et avant l’apparition de la page de titre, il rassemblait les indications sur l’édition : auteur, titre, imprimeur, date, etc. Pour les livres modernes, on dit « achevé d’imprimer ». Contreplat : intérieur du plat d’une reliure.

Cul-de-lampe : Figure gravée ou typographique centrée en fin de chapitre

Curiosa : L’un des thèmes du livre ancien, qui concerne les ouvrages légers, licencieux, ou érotiques.
Décor à froid : reliure décorée ou estampée, d’où l’or est absent. Demi-reliure : couvrure du dos du livre, empiétant plus ou moins sur les plats, en cuir ou toile ou parchemin, la partie restante étant le plus souvent recouverte d’un papier. Dos : partie visible du livre, lorsqu’il est rangé dans la bibliothèque. Il porte généralement le nom de l’auteur et le titre. Édition originale ou EO : Première publication d’un ouvrage.

Envoi : Dédicace autographe de l’auteur.

Ex-dono : Inscription manuscrite portée sur un livre pour l’offrir, mais qui, par opposition à «l’envoi», n’est pas forcément de la main de l’auteur.

Ex-libris : Signifiant littéralement « d’entre les livres », c’est un signe de propriété. Ce peut être une inscription manuscrite, un simple carré de papier, une étiquette imprimée ou gravée, portant des initiales, un symbole, des armes, un nom… Fers : instruments pour réaliser des impressions dorées ou à froid sur une reliure. Frontispice : Composition gravée ou imprimée placée, en général, en regard du titre. Gouttière : partie du livre opposée au dos (tranche extérieure). Incunable : « Incunabulum » = berceau. Un ouvrage datant des débuts de l’imprimerie, paru avant la fin de l’année 1500. Janséniste : reliure en pleine peau de belle qualité, sans aucun ornement extérieur.
Livre ancien : Par convention, un livre imprimé avant 1800 Manuscrit : Texte écrit à la main. S’il est de la main même de l’auteur, il est dit « manuscrit autographe ». Maroquin : cuir de chèvre, venant à l’origine du Maroc. C’est le plus noble des cuirs. Il est épais et solide. Mors : limite entre le dos et les plats du livre. Nerfs : ils servent à la couture des cahiers et font saillie au dos de la reliure. Certaines reliures sont à dos lisse ou à faux nerfs. Planche : Illustration hors-texte, quel que soit le procédé d’impression Plaque : décor gravé sur métal appliqué d’un seul coup de presse sur un plat de reliure. Plats : les deux parties latérales (supérieure et inférieure) de la reliure. Pleine reliure : couverture faite d’une seule matière, l’ouvrage étant entièrement recouvert de cuir, toile ou autre. Préfaçon : Édition sauvage d’un texte, parue avant l’édition originale préparée par l’auteur. Elle était fabriquée généralement en Belgique au XIXe siècle à partir de textes ou feuilletons parus dans des périodiques (édition pré-originale). Réglé (exemplaire réglé) : Encadrement du texte tracé à la main et à la plume, presque toujours à l’encre rouge, en vue de souligner la disposition harmonieuse de la typographie d’une page. Reliure à coins : demi-reliure, dont les coins sont généralement recouverts du même matériau que le dos.

Rousseurs : Taches brunes ou sépia que l’on trouve sur le papier. Tranches : les trois côtés du livre, autres que le dos et les plats, et formés par l’épaisseur des pages. Veau : autrefois le plus employé de tous les cuirs, avec une riche variété de teintes. Vélin : peau de veau ou d’agneau de belle qualité, traitée comme le parchemin, mais plus fine et plus blanche. N’hésitez pas si vous avez d’autres définitions à ajouter. H
Ouvrages présentés : Les 3 voyages de Cook + la Vie de Cook. L’édition originale en format in-4 (1774 – 1778 – 1785 – 1785), soit 14 volumes, de mémoire près de 210 planches. Sans doute mon plus important achat… qui nécessite que je me sépare d’autres ouvrages pour le financer… 🙂

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La Souscription au 18ème

La Souscription au 18ème

La souscription, qui existe encore aujourd’hui pour préparer la commercialisation d’un ouvrage rare était un modèle économique assez utilisé au 18ème siècle (j’en ai d »ailleurs déjà parlé pour la mise en vente de l’édition de Kehl des oeuvres de Voltaire). Le saviez-vous? Savez-vous comment cela fonctionnait, et pourquoi?

En fait, la souscription était utilisée dans deux cas principaux : le premier, lorsqu’un libraire ou un écrivain sans mécène souhaitait couvrir ses frais d’impression avant la distribution et un succès peut être fort aléatoire. Dans ce cas, le livre ne se fait que si le nombre de souscripteurs est suffisamment important, et il contiendra d’ailleurs le plus souvent une liste des souscripteurs, à titre de reconnaissance, mais aussi pour mettre leur générosité en avant (néanmoins, les généreux souscripteurs français et allemands négligeront le plus souvent cette publicité, considérée comme vulgaire, alors qu’elle est fort prisée en Angleterre)… Dans le second cas, des souscriptions sont également lancées pour des ouvrages exceptionnels.
Sur le plan pratique, c’était assez simple, on imprimait des prospectus pour annoncer la souscription. Ceux-ci étaient disponibles chez le libraire, parfois affichés sur sa devanture, voire envoyés aux clients habituels de la librairie. La souscription en elle-même peut soit être une avance, soit être une promesse d’achat du livre lorsque celui-ci paraîtra. Il est à noter que dans ce dernier cas, le livre sera vendu aux souscripteurs à un prix généralement inférieur au prix « public ».

Comme je l’évoquais pour l’édition de Kehl, dans le cas d’une édition en plusieurs volumes, un calendrier des avances est établi, et comme dans le cas de Kehl, il arrive que des mécènes souscrivent à des exemplaires qu’ils renonceront à recevoir. Pour l’édition de Kehl financée par Beaumarchais, c’est le roi de Prusse, grand ami de Voltaire, qui renonça ainsi à certains de ses… 200 exemplaires!

On considère généralement que cette technique de financement fût mise au point par les anglais au 17ème siècle, elle servi notamment pour la Bible polyglotte de Walton. En France, le procédé devint courant au 18ème et on pense que c’est l’Antiquité expliquée et représentée en figures de Montfaucon qui fût le premier ouvrage concerné, en 1716.

Passé le 18ème, ce procédé est moins prisé, et ne restera rare par la suite, quand la production industrielle permettra d’imprimer à des coûts moindres. Aujourd’hui, la souscription est limitée aux ouvrages de luxes, dont le tirage limité et numéroté. Dans la plupart des cas, le souscripteur se voit alors remettre un exemplaire nominatif.


H
Images : une belle galerie de portraits issus des voyages de Cook (édition EO in-4)

2 Commentaires

  1. Bonjour Philippe,

    Merci beaucoup pour votre participation. Je ne connais pas les manuscrits médiévaux, mais pour ce qui est des livres imprimés, j’ai répondu à votre demande dans mon message d’aujourd’hui.
    H

  2. Bonjour à vous, et félicitations pour votre très bon blog.
    Je « débute » dans la collection de livres anciens, et je suis moi aussi étudiant. Je sais ce que c’est de voir un livre qui vous plaît et que vous ne pouvez pas vous payer parce que les moyens manquent…
    Mais là n’est pas la question que je voulais poser. J’ai parfois du mal à identifier les tailles des livres. Lorsque les descriptions disent in-8, in 12, etc. à quoi correspondent-elles en général, pour ce qui est des livres imprimés (ça change souvent pour les ms. médiévaux)?
    Je vous remercie d’avance pour votre réponse.

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