Amis Bibliophiles Bonjour, J’espère que vous avez l’adsl! Je vous propose ci-dessous un superbe article de référence, écrit par Xavier pour le blog. Magnifique. Ce message compte pour vendredi! Il m’a donné un travail de mise en page important.
Les papiers décorés :
Les Chinois ont inventé le papier au début de notre ère, en 105 après J.-C. Il a d’abord été employé comme support pour l’écriture, puis il fut teinté en surface. Chaque couleur avait alors sa signification particulière : le jaune contenait une substance épicée censé éloigner les insectes (conservation). Ces premières expériences décoratives encouragèrent le développement de techniques de plus en plus sophistiquées. Et le raffinement de la société chinoise était tel qu’il n’aurait pas permis l’utilisation d’un matériau sans qualité décorative ni esthétique. Sont donc apparus les premiers motifs décoratifs imprimés, ces techniques deviendront par la suite de plus en plus raffinées ; on saupoudrait d’or ou d’argent les papiers. Vers le Xe siècle, d’autres procédés apparaissent : papier à la colle et papiers « tigrés » (les couleurs sont jetées et forment un semis de petites tâches)
C’est vers le VIIIe siècle que les Japonais apprirent des Chinois la technique de fabrication du papier. Très vite il devint un objet de culte et de tradition. Dans ce contexte, la décoration du papier a connu un essor vertigineux. Les tous premiers papiers marbrés se font au Japon, en appliquant et en agitant une couleur unique sur de l’eau pure ; le « suminagashi « était né et devenait l’apanage de la famille impériale. Les techniques de décorations se multiplièrent : les papiers pliés et teintés, les papiers « batik ».
L’art des nuages :
Au IXe siècle, le papier fut connu du monde islamique où il devint l’objet de soins très particuliers pour la décoration. La religion interdisant les représentations humaines et figuratives, les artistes, pour mettre en valeur les textes sacrés, devaient faire appel à leur imagination. Il y avait une recherche systématique d’harmonie entre le texte, la calligraphie, la mise en page et le papier décoré ; celui-ci était utilisé, soit comme support soit comme encadrement.
Ce n’est qu’au XVIe siècle qu’apparut la marbrure telle qu’on la pratique encore aujourd’hui. Les papiers marbrés étaient utilisés, soit comme support de calligraphie, soit comme encadrement de miniatures. Les motifs traditionnels étaient alors les cailloutés et les peignés ; certains marbreurs turcs du XIXe siècle ont développé un art très particulier avec des motifs figuratifs floraux.
Manuscrit persan avec encadrement de papier marbré
Ce n’est qu’au XVe et XVIe siècle que ces techniques de décoration du papier sont apparues en Europe. Il s’agissait principalement de techniques d’impressions pour les papiers peints muraux. Les papiers à la colle étaient aussi très utilisés en France, en Italie et surtout en Allemagne où il existait des ateliers spécialisés dès le XVIe siècle. Au XVIIe et XVIIIe siècle la marbrure connut son apogée, elle est principalement utilisée dans les reliures et les cartonnages ; les principaux motifs étaient alors : les peignés, les coquilles et les cailloutés. En Allemagne, certains papiers étaient imprimés et dorés par gaufrage à chaud, de feuilles de cuivre ou d’argent sur un papier à la colle uni ou multicolore.
Miniature indienne marbrée représentant une scène de chasse (musée national de New Dehli)
Au XIXe siècle, l’industrialisation et la mécanisation supprimèrent l’aspect artisanal de la décoration du papier. En marbrure, on remet au goût du jour les motifs traditionnels tout en développant les papiers à la colle.
Au XXe siècle, l’art de la marbrure subit un certain déclin ; il y a très peu d’artisans capables de reproduire les motifs traditionnels. Peu à peu, la marbrure fut délaissée par certains au profit de réalisations beaucoup plus modernes et originales. L’apparition de nouveaux produits, l’adaptation de certaines techniques du papier, permettent aujourd’hui une plus grande liberté de création et une plus large utilisation des papiers décorés.
Les papiers à la colle :
D’origine ancienne, ce procédé, permet des réalisations particulièrement originales. Les couleurs (en tube ou en poudre) ne se fixent pas au papier tant que la colle d’amidon n’est pas sèche.
La technique de la décoration « à la colle » est certainement antérieure à toutes les autres, du fait de sa préparation très simple : il s’agit en effet de mélanger des couleurs à une colle de farine, puis d’étendre directement ce mélange sur la feuille de papier, à l’aide d’une grosse brosse
Pour la réalisation des motifs, on se sert de peignes, de spatules, de grilles, de morceaux de bois…

Deux exemples de papiers à la colle

Les papiers tirés :
Même technique que pour le papier à la colle, mais on utilise de la colle de farine (plus ferme), les deux feuilles se détachent dans un mouvement régulier.
Ci dessous, un papier tiré, réalisation du papier tiré

La marbrure :
Le motif n’est pas exécuté directement sur un papier absorbant (oriental, chinois ou japonais de 130/150 g.) ; il est d’abord réalisé à la surface d’un liquide, puis transféré sur le papier. Il y a plusieurs techniques : sur eau, avec des peintures grasses (encres de typographie ou peinture à l’huile) ; sur gomme, avec des peintures grasses ou des encres de Chine.
La marbrure sur gomme
Née en Turquie au XVIe siècle, elle a pour base la gomme adragante, suc gommeux issu de l’incision de l’écorce de certains arbustes du genre astralagus. Ces végétaux poussent au Proche-Orient ou en Grèce. Au XIXe siècle, la gomme adragante a été souvent remplacée par le lichen carragheen, algue gommeuse qui donne en marbrure plus d’éclat aux couleurs et plus de précision au dessin.
Aujourd’hui comme hier, les couleurs traditionnelles sont des pigments minéraux (ocres, oxydes naturels, etc.) ou végétaux (indigo, bois de Brésil, etc.)
La pose des couleurs, les peignes, le peigné




La feuille, le séchage des feuilles
Il y a trois grandes familles : les marbrés, peignés et les cailloutés
Les marbrés : 
Le marbré, très employé par les romantiques, est un caillouté dont la particularité principale est que chaque goutte est bordée par un anneau plus clair. L’Empire voit naitre un nouveau modèle qui annonce les marbrés romantiques, le fond est souvent bleu, noir ou rouge, et sur ces couleurs qui deviennent de fines veines, sont jetées des taches bleues parsemées de minuscules bulles blanches comme un bouillonnement et qui donnent un aspect poudreux.
Deux différents peignés droits, dits « non pareils » 
Le sens d’un papier peigné :
Jusqu’au XVIIIe siècle, ils étaient généralement disposés dans le sens de la largeur, pointes des motifs orientés vers la gouttière ; aujourd’hui certains papiers continuent à être marbrés ou imprimés de manière à respecter cet usage. Tel est le cas de la plupart des petits peignés aux motifs très serrés. Dans un souci de conformité avec les critères décoratifs des reliures couvrant cette période, de tels papiers sont tout à fait indiqués.
Avec les peignés larges on innove en employant le dessin dans le sens de la hauteur, c’est-à-dire, la pointe du motif dirigé vers la tête du livre.
Les cailloutés :
Motif caillouté sur un ouvrage de 1840

Les scrotels, ou schroetel :
le scrotel romantique est un papier caillouté à une seule couleur, ils sont souvent utilisés comme gardes, alors que les plats étaient en œil de chat. La plupart des scrotels seront polis à la pierre d’agate.
La Révolution donne un coup d’arrêt au papier marbré, on se sert d’un papier à la colle marron, ocre rouge ou plus souvent bleu vif. Sous le Premier Empire, on emploie encore le papier à la colle, surtout pour les travaux courant.
Identification de quelques types de papiers marbrés
Motif à chevrons
Autre type de motif peigné, bouquet ou feuillage
Les tourniquets, qui sont une évolution des peignés
Motif coquille, milieu XVIIIe

Deux types de papiers flammés
Feuille de chêne, Peigné ondulé à quatre couleurs, dans le genre XVIIIe genre XVIIIe
Papier ombré, XIXe (1825-30), marbré sur eau
Les papiers dominotés :
Il s’agit d’une technique particulière de décoration du papier qui est imprimé au moyen d’une planche de bois. La surface du bois qui crée l’impression est en relief, alors que le fond est creusé ; le dessin en relief est encré et imprimé sur le papier par une pression du bois tout entier.

Tampons de bois pour la réalisation de papiers dominotés



Voilà! Merci Xavier pour ce superbe message, vraiment.HSources consultées :
– Bertrand, pour les trois premiers papiers dominotés
– Z1k, pour le dominoté de 1740 (sur l’histoire des Celtes)
Merci de votre aide.
– Google Books, qui numérise les pages de gardes en couleur
– Stéphane Ipert, Florent Rousseau-Le papier décoré, Dessain et Tolra, P., 1988
– Marie-Ange Doizy-De la dominoterie à la marbrure. Histoire des techniques traditionnelles de la décoration du papier, Arts et Métiers du livre, P., 1996, il existe une édition de tête, tirée à 200 ex. avec son portfolio contenant les échantillons de papiers décorés anciens et modernes d’une trentaine de marbreurs.
-Papier(s), Seuil, 2000
Métiers d’art, septembre 1991, n°44, La Reliure
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>> "Pas envieux mais admiratif. "
L'un n'exclut pas l'autre!
;o)
Évidemment ma Vie de Sainte Catherine de Sienne, par Joergensen et édité par Gabriel Beauchesne en 1919 fait pâle figure ;-))
Magnifique acquisition qui rassemble tout ce qu'un bibliophile espère ; la provenance, l'édition et la reliure. Pas envieux mais admiratif. La personne qui vous l'a cédé peut avoir une légitime fierté d'avoir laissé cet exemplaire entre de bonnes mains. Pierre
Pour autant qu'on puisse en juger, votre roulette "aux pélicans" se retrouve sur un ouvrage de la 2e vente Beres (Le flagice de peste, 1530, lot 36).
Belle acquisition …
Philippem (un peu envieux …)
Merci Hugues de votre réponse, je vous envoie la photo de ma gravure. Cette affaire de différences de bois me turlupine.
Que faisait donc Jean Gerson chez Catherine de Seine? C'était sa cousine ?
Textor
Mazette!
Superbe!
Olivier
Textor,
Il s'agit du portrait de Jean Charlier, dit Jean de Gerson,
sur la page de titre de "La Mendicité spirituelle" (Paris, Michel Le Noir, 1501 n.s.), repris par Philibert Berjeau le 15 août 1861
pour orner la page de couverture de sa revue "Le Bibliophile illustré".
Là où ça se complique, c'est que mon bois n'est pas identique à celui de 1501…
Si vous m'envoyez le votre, nous pourrons comparer.
Hugues
Ce bois figurant un professeur pensif dans sa bibliothèque avait déjà été présenté récemment sur ce blog (difficile à retrouver quand on ne se souvient plus du nom de l’article ou de la date).
S’agissait-il du même livre ou bien d’un bois provenant d’un autre ouvrage ? J'aimerais le retrouver.
En effet, l’image présentée ici diffère de celle de mon exemplaire. Le trait noir horizontal marquant le bas de l’image s’arrête au niveau des plis du personnage. Ici on voit davantage de carrelage. Curieux, non ? Le bois aurait été coupé ? Pourtant les dates des 2 livres sont très proches (1503 et 1505). Existerait-il plusieurs versions de la gravure ?
Textor
PS : Evidemment, la comparaison s'arrête là, mon exemplaire n'est ni relié par Chambolle-Duru ni commenté par Pichon !! 🙂
Bel ouvrage vaiment. Félicitations Hugues !
Le monde est petit, si vous m'autorisez cette mauvaise blague, car je suis en train de faire des recherches sur la famille d'imprimeurs Marchand, dont la maison à deux corps d'hôtel, cour et jardin était située près du collège de Boncour sur la Montagne Sainte Geneviève. L'oncle avait cédé à ses neveux, Guy (Guidon Mercatore) Girard et Jean son officine au lieu-dit Beauregard, appelé ensuite Champ-Gaillard. (Campo Gallardo, dans mon ouvrage daté de 1505, que je viens d’acheter ce samedi à Nantes – je ne vous donne pas le prix, mon banquier nous lit peut-être) Jean, comme Guy apparemment, imprimait pour Jehan Petit. Outre la marque de Petit, mon exemplaire a le même frontispice au verso du titre
Textor
Le blog fera foi si l'on doute de ma propriété sur ce livre 🙂
Le prix… Quand on aime on ne compte pas. C'est ce que je dis à mon épouse, de manière générale… et encore plus quand elle me demande le prix d'un livre.
Et puis, maintenant que je sais que les Anglais ne sont plus les seuls à pouvoir se vanter de l'avoir, ça me rend encore plus heureux 🙂
Hugues
Les veuves joyeuses ne sont pas les plus drôles… (sourire).
Vraiment un bel exemplaire d'un livre rare qui fait baver le Bibliomane moderne… sauf à savoir le prix… car finalement tout à un prix non ? … (sourire).
Fais gaffe si tu l'emmènes au Grand Palais à pas passer trop près du stand central… où alors emmène ta facture avec toi (sourire).
B.
Merci Lauverjat… Cher Guy, il va vous falloir revoir votre description. 🙂
Bertrand: les veuves joyeuses ne pleurent pas 🙂
H
"Descr.: le seul ex. Est à Londres (BM)"
Donc un unicum détrôné par ton exemplaire. Comme le dit l'un de mes maîtres: "unicum… c'est toujours provisoire!"
Joli joli livre!
ça se discute ;-))
ça dépend de la veuve en fait ;-))
B.
Je préfère casser ma tirelire que faire pleurer une veuve!
Donc j'ai pris mon marteau et craaaac!
🙂
H
Superbe exemplaire, j'adore.
Le catalogue des gothiques français de Guy Bechtel (1ere édition)donne :
V-146. Paris, G. Marchant/ J. Petit, 1503 : La vie de madame saincte Katherine de Seine [sic]. (3 avril 1503).
Form. 4°
Descr.: le seul ex. Est à Londres (BM)
biblio : Moreau 1503-133.
Lauverjat
Pierre Berès vient de se retourner dans sa tombe !
Belle acquisition ! Soit tu as cassé la tirelire, soit une veuve pleure encore… (sourire).
B.