Amis Bibliophiles Bonjour, J’espère que vous avez l’adsl! Je vous propose ci-dessous un superbe article de référence, écrit par Xavier pour le blog. Magnifique. Ce message compte pour vendredi! Il m’a donné un travail de mise en page important. Les papiers décorés :
Les Chinois ont inventé le papier au début de notre ère, en 105 après J.-C. Il a d’abord été employé comme support pour l’écriture, puis il fut teinté en surface. Chaque couleur avait alors sa signification particulière : le jaune contenait une substance épicée censé éloigner les insectes (conservation). Ces premières expériences décoratives encouragèrent le développement de techniques de plus en plus sophistiquées. Et le raffinement de la société chinoise était tel qu’il n’aurait pas permis l’utilisation d’un matériau sans qualité décorative ni esthétique. Sont donc apparus les premiers motifs décoratifs imprimés, ces techniques deviendront par la suite de plus en plus raffinées ; on saupoudrait d’or ou d’argent les papiers. Vers le Xe siècle, d’autres procédés apparaissent : papier à la colle et papiers « tigrés » (les couleurs sont jetées et forment un semis de petites tâches)
C’est vers le VIIIe siècle que les Japonais apprirent des Chinois la technique de fabrication du papier. Très vite il devint un objet de culte et de tradition. Dans ce contexte, la décoration du papier a connu un essor vertigineux. Les tous premiers papiers marbrés se font au Japon, en appliquant et en agitant une couleur unique sur de l’eau pure ; le « suminagashi « était né et devenait l’apanage de la famille impériale. Les techniques de décorations se multiplièrent : les papiers pliés et teintés, les papiers « batik ».
L’art des nuages : Au IXe siècle, le papier fut connu du monde islamique où il devint l’objet de soins très particuliers pour la décoration. La religion interdisant les représentations humaines et figuratives, les artistes, pour mettre en valeur les textes sacrés, devaient faire appel à leur imagination. Il y avait une recherche systématique d’harmonie entre le texte, la calligraphie, la mise en page et le papier décoré ; celui-ci était utilisé, soit comme support soit comme encadrement.
Ce n’est qu’au XVIe siècle qu’apparut la marbrure telle qu’on la pratique encore aujourd’hui. Les papiers marbrés étaient utilisés, soit comme support de calligraphie, soit comme encadrement de miniatures. Les motifs traditionnels étaient alors les cailloutés et les peignés ; certains marbreurs turcs du XIXe siècle ont développé un art très particulier avec des motifs figuratifs floraux. Manuscrit persan avec encadrement de papier marbré
Ce n’est qu’au XVe et XVIe siècle que ces techniques de décoration du papier sont apparues en Europe. Il s’agissait principalement de techniques d’impressions pour les papiers peints muraux. Les papiers à la colle étaient aussi très utilisés en France, en Italie et surtout en Allemagne où il existait des ateliers spécialisés dès le XVIe siècle. Au XVIIe et XVIIIe siècle la marbrure connut son apogée, elle est principalement utilisée dans les reliures et les cartonnages ; les principaux motifs étaient alors : les peignés, les coquilles et les cailloutés. En Allemagne, certains papiers étaient imprimés et dorés par gaufrage à chaud, de feuilles de cuivre ou d’argent sur un papier à la colle uni ou multicolore. Miniature indienne marbrée représentant une scène de chasse (musée national de New Dehli)
Au XIXe siècle, l’industrialisation et la mécanisation supprimèrent l’aspect artisanal de la décoration du papier. En marbrure, on remet au goût du jour les motifs traditionnels tout en développant les papiers à la colle. Au XXe siècle, l’art de la marbrure subit un certain déclin ; il y a très peu d’artisans capables de reproduire les motifs traditionnels. Peu à peu, la marbrure fut délaissée par certains au profit de réalisations beaucoup plus modernes et originales. L’apparition de nouveaux produits, l’adaptation de certaines techniques du papier, permettent aujourd’hui une plus grande liberté de création et une plus large utilisation des papiers décorés.
Les papiers à la colle :
D’origine ancienne, ce procédé, permet des réalisations particulièrement originales. Les couleurs (en tube ou en poudre) ne se fixent pas au papier tant que la colle d’amidon n’est pas sèche.
La technique de la décoration « à la colle » est certainement antérieure à toutes les autres, du fait de sa préparation très simple : il s’agit en effet de mélanger des couleurs à une colle de farine, puis d’étendre directement ce mélange sur la feuille de papier, à l’aide d’une grosse brosse
Pour la réalisation des motifs, on se sert de peignes, de spatules, de grilles, de morceaux de bois…
Deux exemples de papiers à la colle
Les papiers tirés :
Même technique que pour le papier à la colle, mais on utilise de la colle de farine (plus ferme), les deux feuilles se détachent dans un mouvement régulier.
Ci dessous, un papier tiré, réalisation du papier tiré
La marbrure :
Le motif n’est pas exécuté directement sur un papier absorbant (oriental, chinois ou japonais de 130/150 g.) ; il est d’abord réalisé à la surface d’un liquide, puis transféré sur le papier. Il y a plusieurs techniques : sur eau, avec des peintures grasses (encres de typographie ou peinture à l’huile) ; sur gomme, avec des peintures grasses ou des encres de Chine.
La marbrure sur gomme
Née en Turquie au XVIe siècle, elle a pour base la gomme adragante, suc gommeux issu de l’incision de l’écorce de certains arbustes du genre astralagus. Ces végétaux poussent au Proche-Orient ou en Grèce. Au XIXe siècle, la gomme adragante a été souvent remplacée par le lichen carragheen, algue gommeuse qui donne en marbrure plus d’éclat aux couleurs et plus de précision au dessin. Aujourd’hui comme hier, les couleurs traditionnelles sont des pigments minéraux (ocres, oxydes naturels, etc.) ou végétaux (indigo, bois de Brésil, etc.)
La pose des couleurs, les peignes, le peigné
La feuille, le séchage des feuilles
Il y a trois grandes familles : les marbrés, peignés et les cailloutés
Les marbrés : Le marbré, très employé par les romantiques, est un caillouté dont la particularité principale est que chaque goutte est bordée par un anneau plus clair. L’Empire voit naitre un nouveau modèle qui annonce les marbrés romantiques, le fond est souvent bleu, noir ou rouge, et sur ces couleurs qui deviennent de fines veines, sont jetées des taches bleues parsemées de minuscules bulles blanches comme un bouillonnement et qui donnent un aspect poudreux.
Deux différents peignés droits, dits « non pareils » Le sens d’un papier peigné :
Jusqu’au XVIIIe siècle, ils étaient généralement disposés dans le sens de la largeur, pointes des motifs orientés vers la gouttière ; aujourd’hui certains papiers continuent à être marbrés ou imprimés de manière à respecter cet usage. Tel est le cas de la plupart des petits peignés aux motifs très serrés. Dans un souci de conformité avec les critères décoratifs des reliures couvrant cette période, de tels papiers sont tout à fait indiqués. Avec les peignés larges on innove en employant le dessin dans le sens de la hauteur, c’est-à-dire, la pointe du motif dirigé vers la tête du livre.
Les cailloutés : Motif caillouté sur un ouvrage de 1840 Les scrotels, ou schroetel : le scrotel romantique est un papier caillouté à une seule couleur, ils sont souvent utilisés comme gardes, alors que les plats étaient en œil de chat. La plupart des scrotels seront polis à la pierre d’agate. La Révolution donne un coup d’arrêt au papier marbré, on se sert d’un papier à la colle marron, ocre rouge ou plus souvent bleu vif. Sous le Premier Empire, on emploie encore le papier à la colle, surtout pour les travaux courant.
Identification de quelques types de papiers marbrés
Motif à chevrons
Autre type de motif peigné, bouquet ou feuillage
Les tourniquets, qui sont une évolution des peignés Motif coquille, milieu XVIIIe Deux types de papiers flammés Feuille de chêne, Peigné ondulé à quatre couleurs, dans le genre XVIIIe genre XVIIIe Papier ombré, XIXe (1825-30), marbré sur eau Les papiers dominotés :
Il s’agit d’une technique particulière de décoration du papier qui est imprimé au moyen d’une planche de bois. La surface du bois qui crée l’impression est en relief, alors que le fond est creusé ; le dessin en relief est encré et imprimé sur le papier par une pression du bois tout entier. Tampons de bois pour la réalisation de papiers dominotés
Voilà! Merci Xavier pour ce superbe message, vraiment.HSources consultées : – Bertrand, pour les trois premiers papiers dominotés – Z1k, pour le dominoté de 1740 (sur l’histoire des Celtes) Merci de votre aide. – Google Books, qui numérise les pages de gardes en couleur – Stéphane Ipert, Florent Rousseau-Le papier décoré, Dessain et Tolra, P., 1988 – Marie-Ange Doizy-De la dominoterie à la marbrure. Histoire des techniques traditionnelles de la décoration du papier, Arts et Métiers du livre, P., 1996, il existe une édition de tête, tirée à 200 ex. avec son portfolio contenant les échantillons de papiers décorés anciens et modernes d’une trentaine de marbreurs. -Papier(s), Seuil, 2000 Métiers d’art, septembre 1991, n°44, La Reliure
La lettre du bibliophile
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Amis Bibliophiles bonjour, Terminons cette belle année par un message quelque peu différent. Après le message sur la carte du Vinland (http://bibliophilie.blogspot.com/2009/01/la-carte-du-vinland-un-oopart.html), je vous propose de découvrir aujourd’hui un nouveau mystère bibliophilique, le manuscrit Voynich. Même si le manuscrit de Voynich n’est pas réellement un OOPArt, comme l’est la Carte du Vinland. Pour mémoire, voici la « définition » de l’OOPArt que j’avais donnée ici même il y a quelques mois (années?): OOPArt est le terme créé par le zoologiste américain Ivan T. Sanderson pour désigner un artéfact archéologique ou historique dont les caractéristiques diffèrent de celles attendues d’un objet appartenant à la zone géographique ou temporelle du site où il a été découvert, au point qu’il est impossible au monde scientifique de le reconnaître comme appartenant réellement à la culture de ce site. Les crânes de cristal par exemple, qupar exemple être des faux, des canulars, liés à des erreurs d’interprétation, ou des objets mis en avant pour défendre des thèses contestables, telles que le créationisme ou l’ufologie.Le manuscrit de Voynich, pour étrange et mystérieux qu’il puisse être et malgré quelques hypothèses qui ont a un moment voulu faire de lui un canular du début du 20ème siècle, n’est pas un OOPArt, dans un le sens où il n’est ni anachronique, ni un « non-sens » culturel. Au contraire même. En préambule, je vous prie de m’excuser si certaines informations sont déjà connues de vous, ou si certaines sont déjà dépassées, mais il y a des centaines de milliers de pages d’étude sur le manuscrit de Voynich et en faire la synthèse est illusoire, en tout cas à l’échelle d’un message sur le blog du Bibliophile. Aussi, en 2009, le mystère demeure entier quant à la nature exacte de ce manuscrit puisque les thèses les plus diverses s’affrontent, même s’il une vérité semble se dessiner peu à peu. Le manuscrit de Voynich donc. De quoi parlons-nous? Le manuscrit de Voynich est un manuscrit ancien de 235 pages écrit à l’aide d’un alphabet inconnu. Selon les estimations les plus couramment admises, il aurait été écrit entre 1450 et 1520. (Le livre est constitué de 235 pages de 15 cm de large et 23 cm de haut. Le manuscrit est en vélin et 42 pages sont manquantes d’après la pagination.)Ce manuscrit tire son nom d’un de ses anciens propriétaires, Wilfrid M. Voynich, qui l’acquit en 1912 avec une trentaine d’autres manuscrits auprès des Jésuites de Frascati, aux environs de Rome. A la mort de Voynich en 1930, sa veuve Ethel Lilian Voynich hérita du manuscrit. Elle mourut en 1960 et laissa le manuscrit à son amie proche, Mlle Anne Nill. En 1961, Anne Nill vendit le livre au marchand de livres anciens Hans P. Kraus. Incapable de trouver un acheteur, Kraus en fit finalement, don à l’université Yale en 1969 (Hans P. Kraus ou HPK pour le petit monde de la librairie ancienne du 20ème siècle ouvrît sa librairie à Vienne en 1932, avant de l’installer à New York en 1939. Elle semble avoir fermé en 2003).Le propriétaire officiel le plus ancien de ce manuscrit était un certain Georg Baresch, un alchimiste qui vivait à Prague au XVIIème siècle. Apparemment Baresch était lui aussi perplexe à propos de ce « Sphinx » qui a « pris de la place inutilement dans sa bibliothèque » pendant des années. Baresch écrivit au réputé jésuite bien connu des bibliophiles Athanasius Kircher pour l’informer qu’il détenait un livre mystérieux qui était écrit dans une écriture inconnue et abondamment illustré avec des dessins de plantes, d’étoiles, de secrets alchimiques. On imagine que Baresch espérait que Kircher pourrait déchiffrer ce manuscrit grâce à son expérience reconnue de « briseur de codes ». Il lui envoya une copie d’une partie du manuscrit à Rome par deux fois, demandant des indices. Sa lettre destinée à Kircher datant de 1639, qui a été retrouvée récemment par René Zandbergen, est la première allusion au manuscrit trouvée jusqu’alors.On ne sait si Kircher a répondu mais il semblerait qu’il s’intéressa assez au sujet pour tenter d’acquérir le livre, que Baresch refusa apparemment de montrer. A la mort de Baresch, le manuscrit passa à son ami Jan Marek Marci (Johannes Marcus Marci), alors proviseur à l’Université Charles de Prague, qui envoya finalement le livre à Kircher, son ami de longue date et correspondant. La lettre d’explication de Marci (1666) est encore jointe au manuscrit. La lettre prétend entre autres que le manuscrit fut, à l’origine, acheté pour 600 talers d’or par l’Empereur Rodolphe II qui pensait que l’ouvrage était le fruit du travail de Roger Bacon. Voici en substance le texte de la lettre: « Ce livre que m’a légué un ami intime, je vous le destine, mon très cher Athanasius, aussitôt qu’il est venu en ma possession, car je suis convaincu qu’il ne peut être lu par personne d’autre que vous . Le précédent détenteur de ce livre voulait vous demander votre opinion par lettre, en vous copiant et vous envoyant une partie du livre duquel vous auriez pu lire ensuite le reste, mais il a refusé à ce jour d’envoyer le livre lui-même.Pour son déchiffrement il devolut un labeur soutenu, comme est apparent de la tentative que je vous envoie présentement, et il abandonna l’espoir de trouver durant sa vie. Mais son labeur aura été vain, tel le Sphinx qui n’obeirait qu’à ses maîtres, Kircher.Acceptez maintenant cette marque de témoignage , telle qu’elle est et malgré une longue attente, de mon affection pour vous, et percez ses obstacles, s’il y en a, avec votre succès habituel. Dr Raphaël, précepteur de langue de Ferdinand III, alors Roi de Bohème, m’a dit que le livre évoqué a appartenu à l’empereur Rodolphe et qui offra au titulaire du livre 600 ducats. Il croyait que l’auteur était Roger Bacon, l’anglais. Sur ce point, je suspends mon jugement. C’est votre rôle de définir pour nous quelle vue nous prendrons sur le sujet, vers qui par grâce et bonté je me confie sans réserve, et restant aux ordres de votre révérence » On perd ensuite la trace du livre pendant 200 ans, mais selon toute vraisemblance il était conservé, comme le reste de la correspondance de Kircher, dans la bibliothèque du collège romain, actuelle université pontificale grégorienne. Il y resta probablement jusqu’à l’invasion de la ville par les troupes de Victor-Emmanuel II d’Italie, qui annexa les États pontificaux en 1870. Le nouveau gouvernement italien décida de confisquer beaucoup de biens de l’Église, notamment la bibliothèque du collège romain. D’après les recherches de Xavier Ceccaldi et d’autres, de nombreux livres avaient été transférés à la hâte juste avant ces événements dans les bibliothèques privées de ses facultés. Ces dernières avaient été exemptes des confiscations. Les lettres de Kircher étaient parmi ces livres et, apparemment, le manuscrit de Voynich aussi, vu qu’il portait encore l’ex-libris de Petrus Beckx, Supérieur général de la Compagnie de Jésus et proviseur de l’université en même temps.La bibliothèque privée de Beckx fut déménagée à la Villa Mondragone, Frascati, un grand palais près de Rome, acheté par la Compagnie de Jésus en 1866. C’est à cette bibliothèque que Voynich acheta le manuscrit. Le mystère est donc double à ce jour: après plus de 360 ans, personne n’est encore parvenu à comprendre ou traduire un seul mot des 235 pages, et son auteur reste mystérieux, même s’il existe aujourd’hui des présomptions fortes.En effet, bien que la piste Bacon ait été écartée par divers chercheurs, elle a permis d’orienter les recherches vers John Dee, qui est probablement la personne qui a vendu le manuscrit à Rodolphe II de Bavière. Dee était un mathématicien et un astrologue de la cour de la reine Élisabeth 1ère, il vivait en Bohème avec son médium Edward Kelley quand ils tentèrent de s’attacher la protection de l’Empereur. Néanmoins, Dee tenait un registre de ses activités, et ce registre ne mentionne pas le manuscrit, ce qui rend l’hypothèse douteuse. (A moins qu’il ne l’ait rédigé sans y faire référence pour favoriser l’hypothèse qu’il s’agisse d’un vrai travail de Roger Bacon).Kelley Les chercheurs se sont alors tournés vers Kelley. Kelley était un alchimiste peu ordinaire: il avait annoncé sa capacité à transformer du cuivre en or par le biais d’une poudre secrète qu’il avait découverte dans la tombe d’un évêque au Pays de Galles. Il affirma également être capable d’invoquer des anges en touchant une boule de cristal et d’avoir de longues conversations avec eux. Dee rapporta ces faits dans des documents manuscrits. Le langage des anges était l’énochien, d’après Énoch, le père biblique de Mathusalem. D’après la légende, Kelley aurait fait un voyage avec les anges et aurait expliqué son périple dans le livre d’Énoch. Plusieurs personnes ont suggéré que comme Kelley avait inventé le livre d’Enoch pour tromper Dee, il aurait également pu fabriquer le manuscrit de Voynich dans le but de le vendre à l’empereur (qui rémunérait déjà Kelley pour ses supposés talents d’alchimiste). Toutefois, si Roger Bacon n’est pas l’auteur de l’ouvrage alors le lien entre Kelley et le manuscrit de Voynich est tout aussi faible que celui concernant Dee. Le mystère reste donc entier. L’hypothèse Voynich? Certains chercheurs évoquèrent la possibilité que Voynich fût un falsificateur, mais ceci est à écarter définitivement en raison des lettres (Marci notamment et des traces laissées par le manuscrit dans l’histoire). Autres hypothèses? Une reproduction photostatique de la première page du manuscrit, réalisée par Voynich vers 1921, montre certaines annotations quasiment imperceptibles qui avaient été effacées. Le texte a pu être rehaussé à l’aide de produits chimiques, et a laissé apparaître le nom de Jacobj `a Tepenec. Il s’agirait de Jakub Horcicky de Tepenec, Jacobus Sinapius en latin. Ce spécialiste en herboristerie était le docteur personnel de l’empereur Rodolphe II et s’occupait également de ses jardins. Voynich et d’autres personnes après lui, conclurent d’après cette « signature » que Jacobus possédait l’ouvrage avant Baresch, voire qu’il puisse en être l’auteur.Un doute repose sur cette piste : la signature effacée du manuscrit ne correspond pas aux autres signatures connues de Jacobus comme celle découverte par le chercheur Jan Hurich. Il est tout à fait plausible que cette annotation sur la page fut l’œuvre d’un libraire ou d’une quelconque personne qui eut l’occasion d’étudier ou de posséder le livre. À l’époque de Kircher, Jacobus est le seul alchimiste ou docteur de la cour de Rodolphe II auquel on a consacré une page entière dans les livres d’histoire jésuites. Tycho Brahe est par exemple à peine mentionné. L’application des produits chimiques a tellement dégradé le vélin que la signature est à peine visible. Il est possible que Voynich ait volontairement façonné et endommagé cette signature dans le but de renforcer la théorie attribuant la paternité à Roger Bacon, tout en empêchant d’éventuelles contre-expertises. Jan Marci? Celui-ci rencontra Kircher alors qu’il était à la tête d’une délégation envoyée par l’université Charles à Rome en 1683. Au cours des vingt-sept années qui suivirent, les deux érudits s’échangèrent un volumineux courrier scientifique. Le voyage de Marci avait pour but d’assurer l’indépendance de l’université Charles vis-à-vis des jésuites. Ceux-ci géraient le collège Clementinum, qui était un rival pour l’université. Malgré ces efforts, les deux établissements furent fusionnés sous le contrôle des jésuites.C’est dans ce contexte religieux et politique tendu que Marci aurait pu fabriquer les lettres de Baresch et plus tard le manuscrit de Voynich dans le but de se venger de Kircher, favorable au jésuitisme. La personnalité de Marci et ses connaissances semblent être compatibles avec la réalisation de l’ouvrage. Kircher était convaincu de détenir le savoir, mais il était plus connu pour ses erreurs et sa candeur que pour son prétendu génie. Kircher était donc une cible facile et il s’était déjà fait ridiculiser à une autre occasion. L’orientaliste Andreas Mueller lui avait concocté un manuscrit soi-disant originaire d’Égypte, le contenu était en fait incohérent et volontairement sans aucune signification. Mueller demanda à Kircher d’en faire une traduction. Kircher renvoya alors une traduction complète, ce qui ne manqua pas de le discréditer.Les seules preuves de l’existence de Georg Baresch sont trois lettres envoyées à Kircher : une par Baresch (1639) et deux par Marci (environ une année plus tard). La correspondance entre Marci et Kircher s’achève en 1665, au même moment que la lettre concernant le manuscrit de Voynich. Cependant, toute cette thèse repose sur la haine de Marci à l’égard des jésuites. Ce sentiment n’est que pure conjecture : Marci était un fervent catholique, il avait lui-même étudié pour devenir jésuite et peu avant sa mort en 1667, il fut nommé membre honorifique de l’ordre.Là encore, la piste existe, mais aucun élément factuel ne peut la confirmer définitivement. Ce qui semble certain aujourd’hui, c’est que ces pages indécodables sont le fruit d’un seul auteur, sur des périodes différentes, que ce livre existait déjà sous le règne de Rodolphe II, et que Marci et Kircher au moins ont été en contact avec lui. En ce qui concerne le sens du texte, là encore nous sommes face à un paradoxe: globalement le sens de l’ouvrage est compréhensible en raison des très nombreuses illustrations et ses grandes parties se détachent assez simplement, mais chaque mot reste encore incompréhensible malgré les efforts de nombreux crytopgraphes, notamment militaires. Le texte est clairement écrit de gauche à droite, avec une marge à droite quelque peu inégale. Les sections les plus longues sont divisées en paragraphes avec parfois des « puces » dans la marge de gauche. Il n’y a aucun signe évident de ponctuation. Le ductus (l’ordre et la direction selon lesquels on trace les traits qui composent la lettre) est fluide ce qui laisse penser que le scribe comprenait ce qu’il écrivait au moment de la rédaction. Le manuscrit ne donne pas l’impression que les caractères ont été apposés un par un, caractéristique qui apparaît dans le cas d’un chiffrement compliqué. L’écriture n’est toutefois pas toujours soigneuse : par endroit, l’auteur doit resserrer les interlignes par manque de place. Ceci est particulièrement visible dans la partie « recettes » avec un texte ondulé qui dénote que le scribe n’était probablement pas un « professionnel ».Le texte comprend plus de 170 000 glyphes, normalement séparés les uns des autres par de fins interstices. La plupart de ces glyphes sont écrits avec un ou deux traits. Les experts restent divisés concernant l’alphabet utilisé car certains des glyphes sont similaires. On pense toutefois que l’alphabet du manuscrit de Voynich comprend entre 20 et 30 signes. Certains caractères inhabituels apparaissent ici et là, on en dénombre une douzaine de ce type. Des espacements plus larges divisent le texte en 35 000 mots environ, de taille variable. Il semble que le texte suit des règles phonétiques ou orthographiques : certains caractères doivent apparaître dans chaque mot (à l’instar des voyelles en français), certains caractères n’en suivent jamais d’autres, d’autres peuvent apparaître en double. Etrange système double avec des progressions arithmétiques d’un alphabet multiple ou sustème basé sur une grille de Cardan, ou même langue mandchoue? Je vous laisse continuer les recherches de votre côté si le sujet vous passionne.Ce côté de l’énigme ne renseigne pas sur l’auteur mais permet quand même de limiter son origine à un nombre réduit d’érudits capables entre le 13ème et le 16ème siècle de lire, écrire et imaginer un système d’écriture complet. En ce qui concerne l’écriture elle-même, et sa datation, elle date sans doute d’avant le style gothique, et les experts pensent qu’il y a peu de chances qu’elle soit postérieure au 15ème siècle.Voilà pour l’histoire et les tentatives de datation, mais qu’est ce donc dans la pratique pour nous, bibliophiles que nous sommes, que ce manuscrit de Voynich? L’impression générale dégagée par le manuscrit suggère qu’il devait servir de pharmacopée ou de référence pour de la médecine médiévale. La présence d’étranges illustrations peut également suggérer d’autres sujets et permet de classer ce manuscrit dans les ouvrages alchimiques. Trois grandes parties se détachent: un herbier, un traité alchimique et une partie astrologique. Sur son excellent site (http://www.almaleh.com/voynichf.htm), Francois Almaleh décrit superbement ces trois parties avec les mots suivants: « 1. capter les humeurs (c’est-à-dire le principe de vie) où l’on voit les nymphes jeunes et nues qui communiquent ces humeurs par des tubulures, après des passages dans l’eau et le « feu ». Pour garder la vie, il faut capter ce principe de vie, chez les jeunes nymphes. 2. mélanger ces principes de vie avec des herbes et plantes rares.3. concocter tout cela en fonction de thèmes zodiacaux, c’est à dire en fonction des thèmes astrologiques afin de réunir les meilleurs conditions de réalisation de l’élixir. » Les illustrations dans le manuscrit donnent peu d’indications sur son contenu exact mais permettent d’identifier une demi-douzaine de sections consacrées à des sujets différents avec un style qui varie. Excepté pour la dernière section dont le contenu est entièrement textuel, presque toutes les pages contiennent au moins une illustration. Les sections et leur nom contemporain sont: Herbier : chaque page contient une plante, parfois deux, accompagnées de paragraphes. Le tout est présenté selon le style européen des herbiers de l’époque. Certaines parties sont des agrandissements et des versions améliorées des esquisses présentes dans la partie pharmacologie.Astronomie : des diagrammes d’astres comme des soleils, des lunes et des étoiles suggèrent que le contenu porte sur l’astrologie et l’astronomie. Une série de 12 diagrammes représente les symboles des constellations du Zodiaque (deux poissons pour la constellation des Poissons, un Taureau, un soldat avec une arbalète pour le Sagittaire, etc.). Chaque symbole est entouré d’exactement 30 figures féminines, la plupart nues, qui portent une étoile avec une légende. Les deux dernières pages de cette section, le Verseau et le Capricorne, ont été perdues. Quant au Bélier et au Taureau, les pages qui leur sont consacrées sont divisées en deux paires de schémas avec 15 étoiles chacun. Certains de ces dessins sont sur des pages qui peuvent être dépliées. Biologie ou balnéothérapie : un texte dense et continu parsemé de dessins qui représentent principalement des femmes nues se baignant dans des bassins ou nageant dans un réseau de tubes élaboré. La forme d’une partie de cette plomberie fait penser à des organes. Certaines de ces femmes portent des couronnes. Cosmologie : des diagrammes circulaires à la signification obscure. Cette section possède également des dépliants. L’un d’entre eux s’étale sur six pages et contient des cartes de 9 « îles » reliées par des chemins avec la présence de châteaux et de ce que l’on estime être un volcan. Pharmacologie : plusieurs dessins de plantes avec une légende. Les figures décrivent des parties des végétaux (racines, feuilles, etc.) ce qui fait penser à un guide pour un apothicaire. Des objets dans les marges ressemblent à des pots utilisés par les pharmaciens de l’époque, les pages sont clairsemées avec seulement quelques paragraphes de texte.Recettes : beaucoup de paragraphes assez courts, chacun étant marqué d’une puce en forme de fleur ou d’étoile. Comme vous pouvez le constater, c’est un travail somptueux, qui est aujourd’hui conservé, avec ses mystères, est conservé à la Bibliothèque Beinecke de l’université Yale… comme la Carte du Vinland, cocasse, non?Je vous laisse aller plus loin si vous le désirez, la littérature sur le sujet est abondante. Il est en tout amusant de constater que le manuscrit de Voynich a eu un rayonnement important dans notre culture populaire: le « très dangereux » grimoire Necronomicon apparaît dans le mythe de Cthulhu de H. P. Lovecraft. Alors que vraisemblablement Lovecraft a créé le Necronomicon sans connaître le manuscrit de Voynich, Colin Wilson a publié une nouvelle en 1969 appelée The Return of the Lloigor (Le retour du Lloigor), dans Tales of the Cthulhu Mythos (Contes du Mythe de Cthulhu) de la maison d’édition Arkham’s House, où un personnage découvre que le manuscrit de Voynich est une copie partielle du grimoire mortel. Depuis, le Necronomicon de la fiction a été assimilé de façon récurrente à cette énigme réelle par d’autres auteurs; Des dessins et des allusions au manuscrit de Voynich ont été inclus dans l’intrigue du film Indiana Jones et la dernière Croisade; L’intrigue de Il Romanzo Di Nostradamus écrit par Valerio Evangelisti met en scène le manuscrit de Voynich comme un travail de magie noire, contre lequel l’astrologue français Nostradamus luttera toute sa vie; Dan Simmons mentionne le manuscrit de Voynich dans Olympos (p. 486), le décrivant comme « un singulier et intéressant manuscrit acheté par Rudolph II le saint Empereur Romain, en 1586 »; et même dans le jeu vidéo Les Chevaliers de Baphomet : le Manuscrit de Voynich, le manuscrit de Voynich est traduit par un hacker qui se fait alors assassiner par des neo-templiers pour protéger les informations contenues, à savoir la localisation d’endroits sur terre où l’on trouverait de « l’énergie géomancienne », etc. Encore une fois, ce message est une invitation au voyage, une invitation à découvrir le manuscrit de Voynich. Je vous laisse faire le reste du chemin si cela vous intéresse. H Je vous invite à consulter les sources suivantes: wikipedia bien sûr mais surtout http://www.almaleh.com/voynichf.htm, http://www.ms-voynich.com/preambule.html et www.voynich.info, qui conclue par ces termes: « Le manuscrit de Voynich est une invention relativement récente, contenant un texte factice, forgé à l’aide d’un système de remplissage numérique. », et qui offre une solution de déchiffrement (mais ne rêvez, pas de texte déchiffré disponible sur le site). Je vous laisse vous faire votre propre avis…
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Pour faire un peu de publicité à ceux qui le méritent, je vous recommande Claire Guillot à Saint-Gengoux-le-National (entre Buxy et Cluny en Saône-et-Loire), une créatrice de papiers marbrés particulièrement douée, à la fois innovante et expérientée.
La version avec toutes les photos est ici : http://atreus.zshare.net/download/ c0b0b6c64c0266f9c42b2863ffaaf2e3/ 1204884150/8590597/ les%20papiers%20decores.zip
Je précise que j’ai enlevé une dizaine de photos pour réduire la taille du message et son éventuel temps de chargement. Et notamment parce que la mise en page sur un outil de blog est moins simple que sous word, par exemple. H
Superbe! Félicitations pour cet article Xavier! Au fait, comment appelle-t-on les bibliophiles qui sont également amoureux des pages de garde marbrées de leurs livres??
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A consommer sans modération, merci votre recherche est excellente
Xavier, merci pour ce fantastique article. Moi qui suis (pardonnez l’expression) raide-dingue des papiers décorés, marbrés… je suis servie 🙂
Bravo! Ce genre de message me rend définitivement addictif à ce blog.
Pour faire un peu de publicité à ceux qui le méritent, je vous recommande Claire Guillot à Saint-Gengoux-le-National (entre Buxy et Cluny en Saône-et-Loire), une créatrice de papiers marbrés particulièrement douée, à la fois innovante et expérientée.
La version avec toutes les photos est ici :
http://atreus.zshare.net/download/
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1204884150/8590597/
les%20papiers%20decores.zip
Je précise que j’ai enlevé une dizaine de photos pour réduire la taille du message et son éventuel temps de chargement. Et notamment parce que la mise en page sur un outil de blog est moins simple que sous word, par exemple.
H
Ce commentaire a été supprimé par l’auteur.
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Félicitations pour cet article de fond. Vraiment ce blog est un must !
Merci les gars, ça me fait plaisir, j’ai écrit cet article pour vous tous.
Pilou, j’ai cherché, rien trouvé et je ne sais pas.
A Bientôt
xavier
Superbe! Félicitations pour cet article Xavier!
Au fait, comment appelle-t-on les bibliophiles qui sont également amoureux des pages de garde marbrées de leurs livres??
Merci pour ce splendide article. Maintenant je vais pouvoir mettre des noms sur les différents papiers que l’on est amené à rencontrer.
Eric
Merci de ta participation pour la mise en page, mon article transmis ce soir est déjà en ligne, Bravo.