Bibliophilie et Sciences: quelques ouvrages des Joliot-Curie autour de la radioactivité artificielle,

Amis Bibliophiles bonjour,

On parle actuellement beaucoup de radioactivité. Ce phénomène a été découvert par Henri Becquerel en 1896 dans les atomes d’uranium. En 1898, Pierre et Marie Curie le découvrent dans deux autres éléments, le radium et le polonium. Jusque là la radioactivité concernait des éléments naturels d’où l’expression de radioactivité naturelle. En 1934 Irène Curie et son époux Frédéric Joliot publient une découverte extraordinaire: en bombardant des atomes stables (non radioactifs) avec certaines particules (α), ils se transforment en atomes instables (radioactifs). Ce sont ces atomes créés dans les centrales nucléaires qui s’échappent aujourd’hui dans la nature et qui sont dangereux pour la vie.

Je vous présente quelques uns des premiers textes concernant cette découverte fondamentale..

PHOTOGRAPHIE DU COUPLE DANS LEUR LABORATOIRE.Photo Meurisse datée 1935: Mr et Me Joliot Curie (Prix Nobel) viennent d’être promus chevaliers de la Légion d’Honneur.

RADIOACTIVITÉ ARTIFICIELLE.Paris, Gauthier-Villars. 1934.1 volume in-4 ; 14 pp, pp (213) à 292 – pp (513) à 624 – pp (2033) à 2128.
Ce volume est formé des trois cahiers contenant les premières communications parues dans les Comptes Rendus des séances de l’Académie des Sciences le lundi 15 janvier 1934 (page 254), le lundi 5 février 1934  (page 559) et le lundi 11 juin 1934  (page 2089).
Les auteurs étudient le rayonnement émis par une source de Polonium couverte d’une feuille mince d’aluminium. Ils constatent que l’aluminium stable est transformé en phosphore instable n’existant pas à l’état naturel. La radioactivité artificielle est née. Ces recherches leur valurent le Prix Nobel de chimie en 1935.

PHOTOGRAPHIE DU ROI DE SUÈDE FÉLICITANT IRÈNE CURIE.Photographie originale de l’agence « International news photos » datée du 20 décembre 1935. Cette photo a fait la page de titre du journal L’Illustration du 21 décembre 1935.

RADIOACTIVITÉ ARTIFICIELLE.Paris, Hermann. 1935. EO.1 brochure in-8 ; 28 pp, 3 pl, (1) p.
Cette brochure est la première publication en librairie de ces recherches.

PHOTOGRAPHIE DU COUPLE.Photographie originale de l’agence « International news photos » datée du 25 novembre 1935 montrant le couple recevant les télégrammes de félicitation pour leur prix Nobel. 

TRANSMUTATIONS.Paris : Hermann et Cie, 1936. 1 brochure in-4 ; 82, (2) pp.
Cette brochure fait partie de la collection des Actualités scientifiques et industrielles  n°341. Elle a paru à l’occasion du congrès international de physique organisé par l’Union internationale de physique et la Physical Society à Londres en 1934. Elle contient également des interventions de Rutherford, Born, Fermi, Crokcroft, etc.
Frédéric Joliot conclut ainsi son exposé : « … nous sommes en droit de penser que les chercheurs, brisant ou construisant les éléments à volonté, trouveront le moyen de réaliser de véritables transmutations à caractère explosif, une transmutation en entraînant plusieurs autres. Si de telles transmutations arrivent à se propager dans la matière, on peut concevoir l’énorme libération d’énergie utilisable qui aura lieu. Mais hélas, si la contagion a lieu pour tous les éléments de notre planète, nous devons prévoir avec appréhension les conséquences du déclenchement d’un pareil cataclysme… Si un jour un chercheur trouve le procédé, tentera-t-il l’expérience ? Je pense qu’il la réalisera, le chercheur étant curieux et aimant l’aventure».
Cette aventure, nous la vivons …

Mme JOLIOT- CURIE GUEST OF EINSTEIN PRINCETON N. J.Princeton, New Jersey, USA. 20 mars 1948. Photographie originale de l’agence Acme Newspicture. Tirage argentique.
L’étiquette collée au dos indique : Albert Einstein (right), and Mme Irene Joliot-Curie, French nuclear physicist, sit in the sun on the back porch of Einstein’s home in Princeton,N.J. Mme. Joliot-Curie, who was detained overnight at Ellis Island when she arrived in the U.S. March 18th, was Prof. Einstein’s guest.
Contrairement à Frédéric Joliot, Iréne Joliot-Curie n’est pas membre du parti communiste. En mars 1948 elle entreprend un voyage aux États Unis à l’invitation du « comité d’aide aux réfugiés espagnols antifascistes ». Le 18 mars, arrivant à New York, elle se voit refuser l’entrée aux États-Unis. Elle est détenue pendant une nuit à Ellis Island. Elle rend visite à Einstein puis fait une série de conférences à travers le pays.
A cette date la première bombe nucléaire a déjà sévi. En 1956 est  mis en service, à Marcoule, le premier réacteur français producteur d’électricité, d’une puissance de 40 MW ….
Bernard

La lettre du bibliophile

Si cette chronique vous a plu : recevez trois nouvelles par semaine — livres rares, reliures, enchères, et les Dossiers IGLI. 18 ans d'archives, quelques milliers de lecteurs.

Pas de pub, pas de revente de données. Désabonnement en un clic.

À lire ensuite

Labarraque, Maxime du Camp, un chameau, un empereur, un roi et l’eau de Javel

Labarraque, Maxime du Camp, un chameau, un empereur, un roi et l'eau de Javel

Amis Bibliophiles bonjour,
Chameau, dromadaire, chameau, dromadaire… La question s’était posée sur le blog suite à l’article de Bernard sur Charles Perrault, mais elle avait également suscité la curiosité de René qui voudrait vous présenter un tout petit opuscule, mince par la taille mais d’une importance capitale par son contenu.Le 15 septembre 1915, La Chronique Médicale publiait cette lettre inédite de Maxime Du Camp, qui se piquait de quelques notions médicales.
« Louis 18 était si gâté et dégageait une telle infection que nul n’osait approcher du cadavre ; on fit venir Labarraque, pharmacien célèbre de ce temps, membre du conseil de salubrité, etc., et inventeur du fameux chlorure désinfectant qui porte son nom. Il trempa un drap dans le susdit chlorure, et le tendant devant lui comme une sorte d’écran, il marcha jusqu’au cadavre et le couvrit tout entier. Pendant près d’une heure, il l’aspergea de chlorure; puis, requis par le grand maitre des cérémonies de procéder à l’embaumement, et voyant le grand maitre s’éloigner, il lui fit observer que sa charge le forçait à recevoir les entrailles du roi sur un plat d’or ou d’argent (?). Le grand maitre n’y consentit pas et l’autopsie fut plus que rapide.
J’ignore le nom du grand maitre. Voilà, cher ami, ce que ma mémoire me rappelle et encore je n’affirme pas pour le dernier fait relatif aux entrailles de ne pas faire confusion, car voilà que j’ai souvenir d’avoir lu quelque chose d’approchant touchant la mort de Louis 15. Vous pourrez facilement vérifier le fait et voir si je fais erreur.
Quant au chlorure et à Labarraque, j’affirme : c’est ce dernier qui m’a conté l’anecdote.
Max. »
L’article de la Chronique était intitulé : Vieux-Neuf médical. La liqueur de Labarraque.Voilà qu’il se relève d’un discrédit, d’ailleurs injustifié, ce vieux médicament de nos pères, qui rend actuellement tant de services dans le traitement des blessures, Il n’est, à vrai dire, de meilleur désinfectant des plaies et l’on ne s’explique guère pourquoi on a été si longtemps à l’oublier.
L’inventeur de la recette n’était pas le premier venu : Antoine Germain Labarraque était un chimiste de renom, pharmacien de l’Empereur, puis de Louis XVIII avant de procéder, comme nous l’avons lu, à la désinfection de son cadavre.
Né en 1777, arraché à ses études par la guerre, il s’engage a 18 ans dans les armées de la République où il fut distingué en raison de ses connaissances chimiques. Les pharmaciens militaires étant rares et les autorités militaires n’étant pas trop regardantes, le sergent Labarraque fut nommé pharmacien, puis pharmacien en chef de l’hôpital espagnol de Barra. Il avait vingt ans.
Licencié après une longue maladie, il suivit à Montpellier les cours de Chaptal et à Paris ceux de Vauquelin. Il fut reçu officiellement pharmacien en 1805 et sur les conseils de Cadet de Cassicourt étudia le chlore et ses applications.
Ses recherches conduisirent Labarraque à employer le « chlorure d’oxyde de soude et de chaux », obtenu par l’action du chlorure de chaux sur le carbonate de soude, pour traiter dans les boyauderies les intestins animaux, matériaux éminemment sujets à la pourriture. L’un des produits de la réaction faisait cesser toute putréfaction.
Les expériences du pharmacien firent sensation. On le sollicita pour le nettoyage des écuries de l’armée, on brûlait jusqu’alors tout le matériel contaminé. On appliqua ses chlorures à l’assainissement des Halles, des abattoirs, des hôpitaux, des amphithéâtres. On en fit usage dans les étables et les égouts.
Il publia donc, en 1825, le petit ouvrage intitulé De l’Emploi des Chlorures d’Oxide de Sodium et de Chaux. Plaquette de 48 pages, imprimée à Paris par Madame Huzard. Petit ouvrage fort rare et dont la couverture est presque toujours absente.
Le présent exemplaire comporte un envoi au Dr Récamier.
Durant l’épidémie de choléra de 1832, de nombreux Parisiens durent leur salut à l’usage de ce premier et précieux désinfectant. L’année suivante ce fut encore Labarraque qui participa à l’exhumation des combattants de Juillet, ensevelis à la hâte sous les plates-bandes du Louvre.
Le chlorure d’oxyde de sodium fut livré en flacons avec le mode d’emploi :  » Soit pour panser les plaies de mauvaise nature, soit comme moyen d’assainissement des lieux insalubres… « 
Labarraque mourut, riche et décoré en 1850, des suites d’une attaque d’apoplexie. Cette précieuse « liqueur », qui n’est autre qu’une solution d’hypochlorite de sodium, fut d’abord tout naturellement connue sous le nom « Eau de Labarraque » puis sous celui d’ « Eau de Javel ».
En effet, avant Labarraque, un autre chimiste français célèbre, Claude Berthollet avait étudié les propriétés oxydantes du chlore et des hypochlorites pour un tout autre usage, celui du blanchîment des toiles textiles. Sa manufacture de produits chimiques se trouvait à Paris dans le quartier de Javel.
Si le pauvre Claude Perrault, hélas trop tôt disparu, avait connu l’Eau de Labarraque quand il a procédé à la dissection de son chamadaire septique, il eut conservé la santé, pour la plus grande gloire de la Science.
Merci René,H

7 Commentaires

  1. La radioactivité fut, peu de temps après sa découverte, considérée comme une sorte de panacée. Dans l'ignorance où l'on était des méfaits des divers rayonnements, les corps radioactifs furent utilisés à des fins thérapeutiques ou cosmétiques – comme par exemple les produits THO-RADIA du "Dr Alfred Curie" qui ne contenait heureusement que des doses extrêmement faibles de sels de Thorium et de Radium.
    Encore dans les années 1950 , une Société qui commercialisait une eau minérale, la désignait comme la plus radioactive au monde !

    Avoir été et ne plus être.

    René de BLC

  2. Amis bibliophiles, un peu de légèreté après cet intelligent et digne commentaire de Pierre.

    Ce weekend l'unique salon lyonnais consacré aux livres et vieux papier, à l'espace DOUBLE MIXTE
    43 Boulevard du 11 novembre 1918
    69100 Villeurbanne de 9 h à 18 h samedi et dimanche. Je ne sais pas si le salon sera plus orienté vieux papier, ou livre? Je connais au moins un stand ou il y aura de belles reliures signées en maroquin, des E.O. et des envois!…

    A bientôt
    Daniel B.

  3. Merci, Bernard, pour ce billet qui nous rappelle que l'exploitation des progrès de la science, et en particulier de l'utilisation de l'énergie, est sujette à discussions.

    Cette énergie nucléaire que nous redoutons, nous l'utilisons pour notre confort et notre bien tous les jours. D'ailleurs en ce moment, je l'utilise pour faire fonctionner mon ordinateur , ma machine à laver, la lumière et d'autres l'utilisent dans des hôpitaux pour sauver des vies… A côté de cela, nous réalisons que nous ne maitrisons pas encore cette énergie. Quel dilemme !

    Je voudrais rendre hommage au peuple japonais pour la dignité avec laquelle il affronte ses malheurs. Cette dignité nous oblige au silence. Ceux qui savent nous diront ensuite ce qu'il aurait fallu faire. Pendant qu'ils y sont, ils nous diront ce que nous devrons faire.

    Si un jour un chercheur trouve un autre procédé, tentera-t-il l’expérience ? Je pense qu’il la réalisera, le chercheur étant curieux et aimant l’aventure».
    Pierre

  4. Dans le négatif je veux bien, dans un tirage c'est beaucoup plus tiré par les cheveux. Cheveux que le bibliophile ne tardera pas à s'arracher en se posant la question de la notion de "photo originale" ! 🙂
    En regardant la photo du couple au moment de leur prix nobel je ne peux m'empêcher de penser à Frédéric Joliot, 9 ans plus tard, inventant une variante du cocktail molotov pour libérer Paris. Une bonne formation en chimie ça sert à tout !

  5. Super papier, Bernard, merci beaucoup. Je suis en train de me passionner pour les autographes, vous me donnez envie de me pencher… sur les photos ! Celle où l'on voit Einstein et Me Curie… Quelle rencontre… Et la magie de l'argentique : moi, je ne peux pas m'empêcher qu'il y a un peu d'eux, de leur lumière, de leurs ondes, de leurs radiations ! "dans" la photo… Alors qu'avec les photosites des APN… En tout cas merci beaucoup.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.